Novembre 2013
Partie 2 - Chapitre 1
Ils se retrouvèrent dans l'ancienne cage d'escaliers, entourant la rambarde de ceux-ci. Les enfants d'un côté, les adultes de l'autre. Ces premiers semblaient impatients de pouvoir montrer leur découverte, si bien qu'il ne fallu même pas les prier pour qu'ils le fassent. L'un d'eux ramassa une vieille canette de soda rouillée et la laissa tomber dans le trou où elle disparut soudainement. Naélie se surprit à espérer qu'ils soient vaccinés contre le tétanos vu l'état de l'objet et de l'endroit.
- Où est-ce qu'elle est ? demanda Darcy avec excitation.
- Regardez en l'air.
Toutes les têtes se levèrent, et les quatre adultes purent observer, avec stupeur, la canette réapparaître et tomber à nouveau dans le vide, répétant l'action à l'infini. Naélie avait la bouche ouverte et suivait les mouvements comme s'il s'agissait d'une balle de tennis que se renvoyaient sans cesse les joueurs de ce sport. Elle dû secouer la tête pour sortir de sa contemplation et refermer sa bouche. Jane, elle, reporta son attention sur son appareil, puis les abandonna là alors que Darcy lui demandait une chaussure.
- Ian, passe-moi une chaussure ! fit l'assistante à son assistant qui la regarda en ne sachant pas quoi faire.
- Darcy, souffla Naélie en ramassant une pierre de grosse taille, ne pouvant pas résister à l'envie d'essayer elle aussi.
La brune fit le tour de toutes les personnes présentes, parvenant à récupérer une botte, trois baskets et un après-ski (la petite fille à qui il appartenait confessa qu'elle avait perdu toutes ses chaussures ici et qu'il s'agissait là de sa dernière paire, ce qui ne dissuada pas Darcy pour autant puisqu'elle la laissa tomber dans la cage d'escalier sans état d'âme, la regardant disparaître et ne jamais revenir). Ian et Naélie ne se laissèrent pas amadouer, gardant leurs pieds au chaud. Bon, il avait fallu que la blonde persuade le jeune homme de ne pas se laisser faire par son "employeuse", sinon, lui n'aurait pas résisté aux demandes insistantes. Après plusieurs minutes, la blonde se lassa, préférant partir à l'exploration plutôt que de continuer à regarder de pauvres enfants se faire dépouiller rien que pour avoir le plaisir de voir des objets traverser un portail dimensionnel. C'est ainsi qu'elle se retrouva à errer dans l'usine.
Les murs étaient vieux, en ruine. On aurait dit qu'un tremblement de terre était la cause de l'abandon de cet endroit. Des fissures couraient le long de chaque paroi, allant du sol au plafond, et se prolongeant même sur ce dernier. Naélie craignait que celui-ci ne s'effondre sur eux, surtout si le sol sur lequel elle avançait était dans le même état. Plus elle avançait, plus de vieux souvenirs lui revenaient en mémoire, lui donnant un mal de crâne qui finit par être si intense qu'elle s'assit par terre, prenant appui sur le mur sous la fenêtre. La douleur fut si vive à un moment qu'elle porta ses deux mains sur ses tempes, serrant les dents en priant pour que cela passe.
- Ce n'est pas possible ! grimaça-t-elle. Pas maintenant...
Puis ce fut le trou noir. Elle tomba, inconsciente, sa tête cognant le sol avec violence. Aussitôt, elle se retrouva plongée dans ses vieux souvenirs, quelques années plus tôt, alors qu'elle accompagnait sa mère au boulot. Elle devait avoir sept ou huit ans. Eugénia Ignis était à la tête d'une usine depuis plusieurs semaines maintenant, ayant grimpé les échelons à une vitesse fulgurante. Mais ce jour-là, l'école de la petite fille était fermée, son grand frère était au collège et personne ne pouvait la garder, si bien qu'elle avait été contrainte de l'emmener avec elle. Voilà comment Naélie s'était retrouvée à déambuler entre les différents établis, émerveillée par le travail que fournissaient les ouvriers. Elle avait passé la journée à observer et avait fini par se prendre de passion pour ce genre de chose. Depuis ce jour, elle s'était mise à construire elle aussi, tout et n'importe quoi, développant un esprit de création et pourvu d'une logique hors normes.
Elle adorait accompagner sa mère au travail, qui elle-même adorait son boulot. Elle participait encore aux assemblages, appréciant utiliser ses mains et n'aimait pas tellement rester derrière un bureau pour remplir des documents et des rapports. Plus Naélie grandissait, plus elle rendait visite à sa mère à l'usine. Après l'école, le collège puis le lycée. La jeune fille avait appris à connaître chacun des membres du personnel, qu'elle appréciait énormément. Puis un jour, cette usine lui prit tout ce qu'elle avait.
C'était par un beau dimanche après-midi. Le soleil brillait et une majeur partie des familles du quartier avait pris des paniers à pique-nique pour déjeuner dans le parc à quelques kilomètres de là. Naélie avait dix-huit ans, son diplôme fraîchement obtenu, et pour fêter cela, sa mère avait prévu une sortie entre elles-deux, mais Thomas, le fils aîné, était justement venu passer la semaine avec elles, les contraignant à rester à la maison. Naélie et Thomas ne s'étaient jamais entendus. Jamais. Aussi loin qu'elle s'en souvienne, ça avait toujours était la guerre entre eux. C'est pour ça que l'idée même qu'il ait envie de passer du temps avec elle et leur mère l'avait étonnée. Mais le destin avait décidé qu'elle n'en connaîtrait jamais la raison. L'usine dans laquelle Eugénia travaillait explosa aux alentours de quatorze heures, rasant le quartier entier. La famille Ignis périt, Naélie étant devenu une toute autre personne après cet "accident". C'est à partir de ce moment-là qu'elle s'était mise à détester Tony Stark qui avait tout simplement ignorer cela, alors qu'il s'agissait de l'une de ses usines. Pourtant, il était déjà le grand Iron Man que les enfants adulaient. C'était incompréhensible qu'il passe l'éponge sur quelque chose d'aussi important, ce qu'il n'avait, semble-t-il, pas eu de mal à faire.
Eugénia avait toujours pesté contre son boss, disant qu'il n'était qu'un riche ingénieur qui pensait que tout lui était dû. C'est pour ça qu'elle s'en tenait éloignée le plus possible, donnant le même conseil à sa fille. Elle boycottait les réceptions qu'il organisait, les séminaires lorsqu'il n'était pas nécessaire qu'elle soit présente et lui transmettait ses rapports par l'intermédiaire d'assistants.
Naélie fut brusquement ramenée à la réalité par la voix paniquée de Darcy et des secousses horribles infligées à son corps. Elle ouvrit les yeux, hagards. L'assistante de Jane commença à lui crier tout un tas de chose dont elle ne compris pas un mot et faisant des gestes dans tous les sens, manquant parfois de frapper la blonde qui tentait de la calmer.
- Darcy, calme-toi, s'il te plaît ! Je ne comprends rien à ce que tu dis !
Malgré cela, la brune continua son tintamarre, les larmes lui montant maintenant aux yeux. La plus vieille n'allait vraiment pas bien, ce qui n'arrangea pas l'état de panique grandissante dans lequel Naélie se plongeait peu à peu à cause d'elle. N'arrivant pas à lui faire retrouver ses esprits, la blonde fit la première chose qui lui passa par la tête pour la calme : elle lui retourna une gifle monumentale qui fit très bien son effet. Mais la fille de feu ne vit pas le retour arriver. La main de Darcy s'abattit avec encore plus de violence sur sa propre joue, lui faisant tourner la tête et la déstabilisant.
- Oh mon dieu ! Oh, pardon Naélie, je suis désolée, je ne l'ai pas voulu... C'était un réflexe, pardon, pardon !
- Ce n'est pas grave, je l'ai cherché. Désolée aussi pour la mienne. Je n'arrivais pas à te faire taire. Et si tu n'avais pas eu l'air aussi affolée, j'aurais bien éclaté de rire. Bon, alors, qu'est-ce qu'il se passe ?
- On a perdu Jane !
Perdu ? Comment ça "perdu" ? Pourquoi "perdu" ? On ne pouvait pas perdre une personne quand même ! Un objet d'accord, mais une femme dans la trentaine ayant toute sa tête et un cerveau en parfait état de fonctionnement ne pouvait pas être "perdue"... Si ? Naélie demanda une précision à Darcy quant à l'utilisation du terme "perdu", mais elle ne fit que le répéter, puis en donna plusieurs synonymes.
- On a cherché partout dans les bâtiments, sur le terrain vague d'à côté, mais on ne la trouve pas. Et le pire, c'est que toi aussi, tu avais disparu, alors on a cru que vous étiez peut-être tombée dans un gouffre, ou dans l'une de ces choses comme celle de la cage d'escalier, mais comme tu es là, je suis encore plus inquiète, parce que ça veut dire que Jane est toute seule !
- Il y a combien de temps que vous cherchez ?
- Deux heures, mais Jane est partie bien avant toi. Et nous n'avons pas commencé à chercher tout de suite non plus. Je dirais qu'en tout, nous ne l'avons plus vue depuis au moins trois heures et demi...
Voilà, Naélie commençait vraiment à angoisser. Trois heures et demi que Jane ne donnait plus signe de vie... Non, ne pas penser à ces mots, c'était beaucoup trop négatif. Il fallait qu'ils continuent à chercher. Peut-être qu'elle était en effet tombée, et dans ce cas, il fallait se dépêcher, parce que si elle s'était blessée, elle risquait de... Non, encore beaucoup trop négatif comme pensée ! Alors que les deux jeunes filles couraient dans les anciens couloirs, Darcy lui avoua qu'elle avait appelé la police juste avant de la réveiller, ce qui la fit s'arrêter net.
- Darcy, la police ? Jane va te tuer quand on la retrouvera !
- Si on la retrouve...
- Ah non, hein, pas de ça. On la retrouvera. Tu sais bien que ses recherches sont toute sa vie. Si jamais d'autres viennent fouiner ici, et découvrent le passage, elle nous tuera même certainement toutes les deux. Et si je meurs par ta faute, alors que j'ai survécu à New York, je te jure, Darcy, que je te ferais la misère dans l'au-delà, la menaça Naélie en se forçant à ne pas parler de l'explosion qui lui avait donné ses pouvoirs.
- C'est bon, ça va ! râla l'intéressée en croisant les bras.
Mais elles n'avaient pas le temps pour les chamailleries, ni les enfantillages. Elles devaient absolument fouiller chaque recoin de cet endroit avant l'arrivée de la police. La plus âgée annonça que son assistant était descendu dans la cour où il attendait justement les policiers et leurs moyens de retrouver leur amie et collègue. Mais une demi-heure supplémentaire passa sans aucune piste, et elles entendaient les sirènes au loin. Alors, à contre cœur, Naélie décréta qu'il valait mieux rejoindre Ian pour accueillir les flics.
Quand les premiers agents sortirent de leurs voitures, la blonde sut qu'ils allaient tous se retrouver embarquer une fois Jane retrouvée. Ils avaient des regards noirs en les regardant tous les trois. Les gosses s'étaient fait la malle bien avant que Darcy ne trouve Naélie, il ne restait donc que les trois adultes. Un inspecteur les prit à part chacun leur tour, les interrogeant sur la raison de leur présence, la dernière fois qu'ils avaient vu la disparue, s'il n'y avait pas eu une dispute qui aurait justifier le départ de la dite disparue, et il leur posa tellement de questions n'ayant rien à voir avec ce pourquoi ils les avaient appelés que Naélie cru un instant qu'elle allait tous les cramer de rage. Malgré ses bracelets sous sa veste, elle pouvait sentir ses doigts puis ses mains chauffer.
Une équipe fut envoyée dans le site entier pour chercher Jane. Une heure plus tard, ils n'avaient toujours rien trouvé qui puisse les aider à savoir où elle se trouvait. Les trois Américains commençaient à désespérer, si bien que Darcy partait maintenant dans des délires aussi horribles que glauques.
- Imaginez qu'elle se soit fait kidnapper par un vieil homme obèse qui l'a emmenée dans sa vieille camionnette blanche sans vitres pour la violer et la tuer après.
- Darcy, tu deviens vraiment bizarre. Arrête. Et puis, pourquoi un vieil homme obèse d'abord ? Ça changerait quelque chose si c'était un bel homme mince ?
- Non... Mais c'est pour illustrer toute l'horreur de la chose. Mes images doivent être frappantes.
- Tais-toi, Cy. Tu me donnes mal à la tête... Et tu es irrespectueuse en plus, soupira Naélie en portant sa main sur ses tempes.
- La tête, parlons-en ! Il va sûrement la lui couper aussi, pour l'entreposer dans un vieux congélateur au fin fond de son garage...
- DARCY ! s'écria Naélie, franchement dégoûtée à présent.
La plus jeune se leva, préférant aller faire un tour plutôt que de continuer à écouter son amie psychopathe déblatérer des horreurs quant à la situation de Jane Foster. Elle avait besoin de réfléchir. La seule explication réellement plausible était que la jeune femme avait accidentellement traversé un portail. Et comme certaines choses, elle n'était pas parvenue à en revenir. Mais alors, où avait-elle atterri ? Avec un peu de chance, dans un autre endroit de l'Angleterre. Avec moins de chance, dans un autre pays. Et sans chance aucun... Sur une autre planète. Si cette dernière hypothèse était la bonne, alors il y avait du souci à se faire. Soudain, des cris sortirent Naélie de ses pensées, et en se retournant, elle put constater avec plaisir et un soulagement immense que leur amie était revenue.
- Quoi ? Mais Jane, tu as disparu pendant plus de cinq heures ! entendit Naélie de la part de Darcy.
- Cinq heures ? Mais... ça n'a duré que quelques minutes... s'étonna la plus grande en regardant son appareil dans sa main.
La pluie se mit à tomber, et alors que la blonde avait rejoint les deux autres femmes qui continuaient de discuter, elle remarqua qu'un cercle s'était formé. Un cercle totalement sec dont le centre était Jane. Elle tendit la main vers les cordes qui tombaient du ciel, ne pouvant qu'affirmer qu'en effet, il pleuvait bien, mais pas sur elles.
- C'est bizarre, remarqua enfin Darcy. Hey, ce ne serait pas...
Les deux autres se tournèrent vers l'endroit que regardait la brune, et elles virent Thor, en habits asgardiens, fixant sa bien-aimée avec inquiétude. Jane n'attendit pas une seule seconde et couru vers lui, lui retournant aussitôt deux claques qui firent sursauter Naélie et rire Darcy. Ça, elles ne s'y attendaient pas. Et en plus, avec l'éloignement de Jane, le cercle de protection contre la pluie s'était lui aussi déplacé, les laissant là, sous les trombes d'eau qui s'engouffrèrent dans leurs manteaux, puis sous leurs vêtements, les trempant jusqu'aux os.
- J'en ai marre, je la rejoins, tant pis, craqua la brune en courant auprès du couple.
Naélie tenta de l'en empêcher pour qu'elle les laisse parler, mais ce fut chose vaine. Darcy était une véritable tête de mule. Et elle semblait même connaître Thor, parce que quand Jane revint sur ses pas, allant à la rencontre des policiers, son assistante se mit à discuter avec le dieu. Celui-ci finit par remarquer la présence de Naélie, et avec un sourire non dépourvu de son inquiétude, il lui adressa un signe de salut auquel elle répondit faiblement, grelottant à cause de la pluie qui coulait sur sa peau, glaciale. Elle tourna la tête vers la scientifique qui semblait assez énervée par les policiers.
- Non, nous sommes là pour des recherches, disait Jane.
- Vous allez nous suivre. Vous êtes sur une propriété privée.
L'agent voulu se saisir du bras de la brune. À cet instant, une onde de choc surpuissante propulsa tous ceux présents par terre, y compris Jane. Thor accouru, l'aidant à se relever tandis que Darcy s'occupait de Naélie qui avait percuter un conteneur, y laissant un impact de la forme de son pauvre corps.
- Tu connais le beau dieu du tonnerre ? lui demanda la brune en la remettant sur pied.
- Il était dans l'équipe qui sauva New York.
- Mais comment lui t'a-t-il reconnu ?
- C'est un dieu, répondit la jeune fille comme si cette simple vérité expliquait tout.
Darcy voulut lui tirer les vers du nez, mais Naélie fut distraite par les gestes du blond qui, semble-t-il, s'apprêtait à emmener Jane loin d'ici. Alors elle courut vers eux, l'arrêtant juste à temps, le regard empli de détermination.
- Attends, Thor, laisse-moi venir avec toi !
- Elle est en danger.
- Justement, Jane est mon amie aussi, alors je veux pouvoir l'aider. S'il te plaît.
- D'accord, viens.
Naélie s'approcha, et Thor la colla à lui, levant la tête vers le ciel pour demander à Heimdall de les ramener sur Asgard sous les yeux ébahis de chaque humain, y compris Darcy et Ian.
