Novembre 2013
Partie 2 - Chapitre 3
Tout s'était passé si vite. Il n'avait suffi que de quelques courtes minutes pour que la vie entière sur Asgard bascule de la joie à la tristesse. Thor et Odin se tenaient tous deux au-dessus du corps de la Reine Frigga, poignardée par le monstre qui voulait s'en prendre à Jane afin de récupérer l'Ether qui coulait dans ses veines. Quelques petites minutes. Si seulement elle avait pu se téléporter, Naélie aurait été là pour protéger la Reine. Peut-être que ça n'aurait pas fait la différence, petite humaine qu'elle était à côté des Elfes noirs, mais au moins, elle se serait sentie utile... Avec des "si", on refaisait le monde. Quelques courtes minutes, c'est tout ce qui avait suffit. C'est tout ce qu'il fallu à Malekith pour détruire la vie de Thor et d'Odin. Et celle de Loki.
Naélie s'était précipitée vers la salle du trône où la bataille faisait rage. Des centaines d'Elfes noirs s'opposaient aux Gardes royaux. Elle avait enlevé ses bracelets, pestant contre les barrières magiques et autres sorts qui empêchaient la téléportation dans l'enceinte du palais, et ce malgré la destruction du bouclier protecteur. Les deux longs bouts de métal s'étaient accrochés à l'armure qu'elle portait et claquaient sur ses cuisses alors qu'elle courait. Un coup dans la figure d'un Elfe, une boule de feu dans celle d'un autre. Un coup de pied entre les jambes – elle eut mal pour lui – et un coup de coude dans le sternum d'un quatrième. Des flammes apparurent dans la salle immense dont la plupart des colonnes s'étaient écroulées. Naélie ramassa une épée par terre. Elle ne savait même pas pourquoi, mais elle sentait qu'ici, ce serait la meilleure façon pour elle de se défendre. Alors, elle mit en pratique tout ce qu'elle avait appris durant ses cours d'escrime et sa séance d'entraînement douloureux avec Sif. Cependant, elle n'avait pas ses bracelets, si bien que l'épée s'enflamma. Le fer commença à fondre, mais Naélie s'empressa d'embrocher le plus d'ennemis possibles avant que l'instrument ne devienne plus qu'une flaque gluante de métal fondu.
Tandis que le nombre de personnes vivantes baissait drastiquement, il fallu qu'un chevalier vienne l'aider tant elle était assaillie par les Elfes. Mais le chevalier ne tarda pas à perdre la vie, lui aussi, comme des dizaines de ses compagnons d'arme. Une épée transperça la cuisse de la blonde qui en hurla de douleur, posant le genou à terre. L'Elfe partit en fumée. Bien fait. L'épée fut délogée de son petit coin, plantée dans le cœur d'un autre opposant qui arrivait par-derrière. Dieu, que la douleur était puissante ! Naélie écarta les bras, et deux jets de flammes fauchèrent deux dizaines d'Elfes noirs qui partirent rejoindre leurs morts. Tant mieux. Puis, c'est là que tout bascula. Elle ne sut jamais comment, mais la fille de feu ressentit la détresse de Jane. Ou du moins, elle ressentit qu'une force supérieure allait finir par s'en prendre à elle. Et par conséquent, à la Reine également. Alors, faisant fit des élancements qui lui parcouraient la cuisse, elle se mit à courir en direction des appartements royaux. Mais la vitesse n'était pas suffisante, alors elle opta pour le vol au moyen de la propulsion. Trop tard. Lorsqu'elle arriva finalement, Thor lançait Mjölnir par dessus le balcon, fauchant le monstre et le chef des Elfes noirs. Frigga gisait au sol, sans vie, soutenue par son mari. Jane apparu entre deux colonnes, apeurée et désolée. Naélie la rejoint, s'assurant qu'elle n'avait rien.
- Elle m'a camouflée, afin qu'il ne puisse pas m'avoir. Cela l'a mis tellement en colère. Elle a voulu se défendre, mais ce... Truc la tenait sous la gorge avec une épée qu'il a enfoncé dans son dos, lui expliqua la scientifique, les larmes aux yeux.
Voilà, elle se sentait coupable elle aussi. Elles se sentaient toutes les deux coupables. Naélie aurait voulu être là, elle aurait donné sa vie pour protéger Frigga qui, sans aucun doute, était une souveraine aimable, douce, à l'écoute et on ne peut plus juste. La blonde porta son regard sur le fils et le père, tout deux se laissant aller dans leurs émotions. Elle ne connaissait pas Odin, mais Thor... Il n'y avait aucun doute sur la peine qui transperçait son âme. Naélie ne put retenir ses propres larmes qui roulèrent sur sa joue, se perdant sur le sol de marbre.
L'enterrement était tel que l'on décrivait ceux des Vikings. La Reine, habillée de sa plus belle robe, reposait sur une barque, entourée de fleurs. Mise à l'eau, l'embarcation flotta quelque temps, dans le plus grand des silences, puis fut enflammée de loin par un archer. Aussitôt, des centaines d'autres se joignirent à la première et subirent le même sort. Lorsque celle de Frigga atteint les chutes d'eau, la fin du territoire d'Asgard, elle ne tomba pas dans le vide tout de suite, continuant de voguer au gré des vagues. Puis le corps de la défunte se transforma en pluie d'or, s'envolant dans les airs. Le peuple entier était présent, Odin et Thor en première ligne. Jane et Naélie se tenaient un peu en retrait, auprès de Sif, Fandral et Volstagg. Tous avaient les yeux rougis par le chagrin, mais les deux jeunes femmes ne pouvaient pas en comprendre l'étendue. Elles n'avaient côtoyé la Reine qu'une seule et unique journée alors qu'eux... Ils avaient plus de mille ans, après tout.
Elles furent installées dans une même chambre. Ce qu'elles ne savaient pas, c'était que le sur-lendemain, Odin renverrait Naélie sur Terre, mais garderait Jane sous son toit, puisqu'ils n'avaient pas encore trouvé le moyen d'extraire l'Ether de son corps. Le sommeil refusa de s'offrir à la blonde, qui se tourna et se retourna dans ses couvertures pendant plusieurs heures, essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller Jane qui était tombée comme une masse, épuisée par la journée qu'elle venait de vivre. La dernière fois qu'elle regarda sa montre, il était passé quatre heures du matin. Et quand enfin elle tomba dans les bras de Morphée (était-ce bien d'évoquer le dieu d'une autre mythologie alors qu'elle se trouvait ici, au cœur même d'un univers différent ?), Naélie se retrouva en contact avec quelqu'un qu'elle n'aurait pas imaginé revoir un jour.
Tout avait commencé par un cauchemar. Elle qui parvenait à rejoindre la Reine à temps, mais qui finissait par la tuer de sa propre main, dirigée par Malekith, puis le rêve se brouilla, comme lorsqu'il y a des interférences à la télé. Et elle se retrouva dans une pièce immaculée mais dont trois des quatre murs étaient fait d'une énergie orange. Et en face d'elle, assit par terre entouré par des débris de chaises et de différents meubles, Loki. Le dieu de la malice faisait peine à voir. Il était uniquement vêtu d'un haut et d'un pantalon gris, les pieds nus, et les cheveux en bataille. Lorsqu'il la vit, il fronça les sourcils, se releva et prit une apparence plus présentable, comme s'il refusait que quelqu'un le voie dans son véritable état.
- Et bien. Tu es donc ici, toi aussi ?
- Qu'est-ce que...
- Nous avons un lien télépathique depuis que j'ai utilisé le pouvoir du sceptre sur toi. En gros, nous sommes liés mentalement.
- J'avais compris lorsque vous l'avez dit la première fois, râla Naélie en s'approchant. Vous vous prenez pour les dises ?
- Comment les connais-tu ?
- J'ai lu plusieurs ouvrages sur la mythologie nordique.
- Notre lien n'a rien à voir, de toute manière. Je ne suis pas une dise. Ce n'est qu'une coïncidence si je discute avec toi durant tes rêves.
- Très bien, ne pas utiliser le second degré avec vous. Comment ça se fait que ce n'est qu'après un an que je le découvre, ce lien ?
- Cela ne fonctionne que si nous sommes sur la même planète, et uniquement durant ton sommeil.
- Pourtant, vous avez passé une nuit sur Terre, en prison. Et puis, comment ça se fait que j'ai l'impression que vous étiez déjà au courant avant ?
- Je n'en sais pas plus, cracha le dieu, visiblement énervé et ne répondant pas à la question.
Naélie se sentit mal pour lui. Il souffrait. Pas physiquement, loin de là, mais moralement. Il venait de perdre la seule et unique personne pour laquelle il éprouvait autre chose que de la haine. Il venait de perdre sa mère. La blonde baissa la tête, cherchant les mots pour lui communiquer ses condoléances sans le mettre en colère, et surtout, sans qu'il pense qu'elle le prenait en pitié. Après quelques secondes de silence, elle releva les yeux pour les plonger dans ceux du dieu de la malice. Ils étaient brillants, et rouges, preuve qu'il avait pleuré. Pleuré... Loki éprouvait une peine réelle.
- Je suis vraiment désolée, Loki. J'aurais voulu pouvoir faire quelque chose pour elle.
- Je n'en ai rien à faire, mortelle.
- De mes condoléances, ou de la mort de votre mère ?
- Des deux ! s'écria-t-il en faisant un pas dans sa direction, réduisant à son tour la distance.
- Pour le dieu du mensonge, vous mentez mal. La douleur se lit sans problème dans vos yeux. Tout votre corps hurle à la peine. Vous aimiez votre mère. Non... Vous l'aimez. Et je sais que vous pensez maintenant que vous avez été abandonné, que vous êtes seul, contre tous. Mais c'est faux.
- Qu'est-ce que tu en sais, stupide créature ? TU N'ES PAS DANS MA TÊTE !
- J'y suis allé. Je sais que j'ai raison.
- Tu te trompes.
- Pourquoi étiez-vous dans un état si lamentable quand je suis arrivée, alors ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
Il détourna les yeux, fixant un point invisible, de mauvaise foi. Naélie ne savait pas comment réagir. Si c'était un homme normal, elle se serrait empressée de le prendre dans ses bras, pour le consoler. Mais il était tout sauf un homme normal. Il était un dieu. Un putain de dieu qui avait essayé d'envahir la Terre, sa planète. Mais il était manipulé, lui aussi, songea Naélie en le fixant, sourcils froncés. Loki n'allait définitivement pas bien. Elle lui demanda s'il la prenait pour une idiote, et il releva la tête vers elle, lui aussi fronçant les sourcils. Il exigea des explications à cette question, et elle lui fit remarquer qu'elle n'était pas aveugle et que ce n'était pas son petit tour de magie qui allait lui faire oublier qu'elle l'avait vu prostré et mal en point.
- Tu n'es qu'un misérable insecte, Naélie Ignis. Tu m'énerves.
- Je sais. Mais personne ne devrait traverser une épreuve pareille seul.
- Laisse-moi, je me fiche qu'elle soit... Qu'elle soit...
- Tu n'arrives même pas à le dire, Loki, fit la blonde en abandonnant volontairement le vouvoiement, ce qu'il sembla remarquer parce qu'il eut un petit sursaut, n'en disant cependant rien.
- Pourquoi es-tu aussi collante ?
- J'ai perdu ma mère, moi aussi. Je sais ce que tu ressens.
Et là, il se passa quelque chose qu'elle n'aurait pas pu prévoir. Le regard de Loki s'adoucit, il laissa tomber ses épaules, et il sembla tout à coup beaucoup plus humain. Très vite, toute cette illusion disparu, et le véritable dieu revint, à terre, les pieds en sang (ou peut-être avait-il marché dans les fruits rouges éparpillés sur le sol ? La jeune fille espérait que ce soit la seconde solution, pour le bien du dieu). Alors, Naélie vint s'asseoir à côté de lui, et il se laissa aller sur son épaule. Il pleura, sans gêne. Elle ne le jugerait pas. Il le savait. Après tout, lui aussi avait été dans sa tête. Bien que ce relâchement soudain et pour le moins inattendu la pris par surprise, la blonde ne dit rien. Ils restèrent là, jusqu'à ce que la connexion soit perdue à cause du réveil de la jeune fille aux alentours de sept heures.
Elle voulait tuer quelqu'un. Elle n'avait aucune envie de rentrer chez elle maintenant, et surtout pas sans son amie ! Mais qu'est-ce qu'il s'imaginait, Odin ? Qu'elle allait laisser Jane ici, toute seule (bon, pas tout à fait, elle avait Thor, et Naélie savait très bien qu'à choisir, la brune préférait être en la compagnie de Barbie plutôt qu'en la sienne). Mais elle n'allait décemment pas abandonner l'autre terrienne ici. Heureusement, le dieu du tonnerre était du même avis que sa collègue Avenger.
- Jane est en danger tant qu'elle possède l'Ether en elle. Il faut absolument qu'elle en soit débarrassée et qu'elle rentre avec toi sur Midgard. Cette nuit, j'ai réunis Fandral, Volstagg, Sif et Heimdall. Nous avons élaborer un plan pour faire sortir Jane. Tu veux en être, amie Naélie ?
- Bien entendu ! Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
Merde. Alors là, pardonnez la grossièreté, mais putain de merde. Thor ne lui avait pas tout dis. Il avait bien parlé du seul gars de ce Royaume qui connaissait les autres moyens de quitter Asgard. Mais il n'avait pas précisé de qui il s'agissait ! Loki, sérieux ? Si elle avait su qu'il ferait partie du plan, elle... non, elle n'aurait rien changé, mais elle se serait montrer beaucoup plus discrète bon sang ! Et en plus, il venait de se recevoir une gifle monumentale de la part de Jane, qui vengeait ainsi à sa façon New York. Merde ! Naélie, qui avait revêtu ses propres habits (qu'elle portait toujours par-dessus sa combinaison ignifugée), avait fait le gai à l'endroit du rendez-vous qui réunirait Thor et Jane. Et Loki et elle. Le dieu du mensonge lui adressa un regard froid qui lui pinça le cœur, pourtant, juste avant qu'il ne détourne les yeux, elle entraperçu un léger sourire sur ses lèvres. Putain de merde ! Pourquoi son cœur battait-il si fort ? Et pourquoi elle avait chaud d'abord ? Il faisait froid dehors ! C'était quoi ça ? Sif menaça Loki de le tuer s'il trahissait son frère. Arrivés dans la salle du trône où ils allaient voler le vaisseau des Elfes Noirs, Volstagg fit de même, mais Loki le prit au sarcasme, disant que cela allait faire du monde qui prévoyait de lui faire la peau. En même temps... songea Naélie en frappant son poing contre celui du guerrier qui allait user de toute sa force et de tout son talent pour retenir un maximum les gardes (dont elle avait appris qu'ils s'appelaient les "Einherjar"), qu'ils entendaient déjà arriver en criant. Lorsqu'elle rejoignit le trio dans la mini salle des commandes, Thor s'énervait sur les différents panneaux.
- Et bien, arrête de cogner. Vas-y en douceur !
- J'ai beau y aller en douceur, ce truc ne marche pas !
En disant cela, Thor frappa de toutes ses forces sur les tableaux, qui finirent par s'allumer en clignotant. Naélie soupira en regardant les deux frères se disputer. Le décollage fut difficile, et Thor termina de détruire les colonnes de la salle du trône, ce dont se moqua Loki en lui disant qu'il en avait oublié, ce à quoi le blond répondit par une magnifique "la ferme". Puis Jane s'effondra au sol.
- Juste ciel, est-elle morte ? demanda Loki d'une manière si désinvolte et moqueuse qu'en passant, Naélie le bouscula.
La jeune fille s'accroupit auprès de son amie, s'assurant qu'elle n'avait rien et qu'elle ne s'était pas blessée en tombant. Loki ponctua chacune des actions de leurs poursuivant, mettant Thor suffisamment en colère pour qu'il devienne grossier. Soudain, le vaisseau fut secoué, touché par un tir. Naélie fut projetée en arrière, atterrissant sur ses fesses. Elle se redressa en grimaçant et en massant son postérieur meurtri.
- Bon, ce n'est pas tout ça, mais maintenant, il faudrait penser à semer nos poursuivant, fit remarquer Naélie qui se retrouva à nouveau par terre après que Thor ait décapité une statue (celle de son grand-père, d'après les dires de Loki).
Le vaisseau virevolta, passant entre les colonnes du Bifröst, toujours poursuivit. La jeune fille s'accrocha comme elle put au tableau de commande, refusant d'être à nouveau propulsée par terre. C'est alors que Loki péta sérieusement un câble, engueulant son frère.
- C'est vraiment remarquable, Thor. C'est exceptionnel, je dois dire. Voler le vaisseau le plus grand et le plus voyant de l'univers, virevolter au-dessus de la ville et démolir à tout va. C'est remarquable, Thor, c'est remarquable.
Alors, le dieu du tonnerre craqua à son tour, lâchant ses commandes et poussant son frère par la porte ouverte de l'appareil. Loki fut hapé par le vent et son cri s'y perdit.
