Avril 2014

Partie 3 - Chapitre 6

Elle n'aurait pas su dire lequel des deux s'était élancé en premier. Tout ce qu'elle savait, c'est que là, elle avait une balle dans le bras, que ça faisait toujours autant mal, et qu'elle avait balancé l'autre par-dessus la rambarde, le laissant se faire déchiqueter par les hélices de l'un des moteurs de l'héliporteur. La seule vision de cette action lui donna envie de remettre le contenu de son estomac. Mon dieu, elle ne s'habituera jamais à ce genre de chose. Maintenant, elle devait à tout prix rejoindre Captain America, dans l'espoir que ce qu'elle avait dit à Dryer était ce qu'il s'était réellement passé. Son cœur battait à tout rompre pendant qu'elle courait dans les couloirs tout en essayant de se débarrasser d'un maximum d'éclat de balle dans son bras. Au détour d'une intersection, elle tomba sur un autre groupe ennemi. Et même si elle était tentée de jeter ses valeurs au feu et de leur briser la nuque à tous, elle se contenta de les assommer dans la mesure du possible. Ne tuer qu'en cas de nécessité, se répétait-elle dans sa tête, comme pour se convaincre. Et pourtant, qu'est-ce qu'elle avait envie de tous les massacrer, pour tout ce qu'ils avaient déjà fait, et tout ce qu'ils s'apprêtaient encore à faire.

- Naélie, tu es là ? fit la voix de Hill.

- Ouais, j'essaye de rejoindre Steve, il est en train de se battre contre le Soldat de l'Hiver.

- Il ne reste pas plus de trois minutes. Il doit se dépêcher sinon, les tirs seront déclenchés.

- Je sais, Maria. Je vais aussi vite que possible, mais déjà, c'est un vrai labyrinthe, et en plus, je ne peux pas utiliser mes projecteurs pour aller plus rapidement, les couloirs sont trop courts pour ça.

- Ouais, désolée.

- Je comprends ton empressement, je crois que je suis dans le même état, à deux doigts de me frapper moi-même parce que je ne vais pas assez vite et en plus, comme je ne connais pas les lieux, je ne peux même pas m'y téléporter. Bon, je te laisse, j'arrive à l'endroit prévu. Et il n'y a pas que Barnes qui tente d'arrêter Steve.

En effet, deux snipers, de chaque côté de la salle, le pointaient de leurs fusils, empêchés de tirer par les mouvements incessant des deux supers soldats. Hestia les mit hors d'état de nuire grâce à deux lances-flammes. Au moment où elle se tournait vers son ami, en contrebas, elle vit l'arme de Bucky pointée sur lui.

- STEVE !

Trop tard. La balle l'avait atteint en plein milieu de la cuisse, mais il continua son ascension vers les dizaines de serveurs lames. Et alors que Naélie se précipitait vers le Soldat de l'Hiver, tentant de l'arrêter, celui-ci tira une nouvelle fois, atteignant Steve dans le dos, l'immobilisant au même moment où Maria Hill annonçait le décompte des trente secondes.

- Captain, relèves-toi, lui cria la blonde en bousculant Bucky avec violence, maintenant son attention sur elle pendant que son ami remplaçait enfin le serveur lame, supprimant le million de cibles.

- Vous n'avez pas encore gagné, grogna le brun, envoyant son bras de métal avec force dans le visage de la jeune fille qui se retrouva propulsée contre le module central.

- Bucky, intervint Steve, je t'en prie, souviens-toi.

Le Chewbacca marqua un moment d'hésitation, mais le rôle qui lui avait été attribué fut plus fort, et il sortit une nouvelle arme de sa tenue, qu'Hestia reconnu sans peine. Elle était dans la merde si elle ne se bougeait pas. Alors elle se téléporta juste à côté de Steve, histoire de se mettre hors d'atteinte, mais l'autre semblait avoir prévu son déplacement, et il la tenait déjà en joue quand elle réapparut sur la plateforme. Il tira. La balle l'atteignit juste en dessous de la poitrine, lui coupant le souffle.

- NAÉLIE ! s'écria Steve en voulant la rattraper, mais elle était déjà au sol, suffoquant.

- Une de moins, marmonna Bucky en la regardant d'un œil noir.

À partir de ce moment-là, la jeune fille ne fut plus d'aucune aide, luttant contre autre chose que le Soldat de l'Hiver, ou HYDRA. Cette fois, la balle ne l'avait pas ratée, et elle luttait contre la mort. Les cris de son ami, ceux de leur ennemi, les tirs des héliporteurs qui s'entre-détruisaient, tous cela n'était qu'une vague bande son en arrière-plan pour elle. Ses poumons avaient sûrement été touchés, parce qu'il lui semblait se noyer dans son sang. En tout cas, c'est ce que lui disait son cerveau alors qu'un goût métallique se répandait dans sa bouche et que l'odeur caractéristique emplissait ses narines.

- Saloperie, grimaça Naélie en tentant de se redresser, mais une plainte douloureuse sortit de sa bouche. Allez, Ignis, relève-toi...

Elle usa de toutes ses forces, de toute sa volonté, pour se redresser dans l'espoir d'au moins sortir Steve d'un mauvais pas. Elle envoya une gerbe de flammes dans les pieds du Soldat de l'Hiver qui trébucha au moment où un élément tombait sur lui. Et c'est là que tout sombra autour d'elle. Elle entendit le cri de Steve.

La douleur était présente. Elle sentait comme un lien enserrant sa poitrine si fort qu'elle ne pouvait plus respirer correctement. Puis elle sentit l'air, sur sa peau, le froid, et l'eau. Enfin, surtout l'impact avec l'eau. Indépendamment du sang, elle sentit l'eau s'engouffrer dans sa gorge. La jeune fille battit des bras, essayant de remonter à la surface en faisant fit de la douleur. Mais elle était irrémédiablement attirée par le fond du Potomac. Elle ne pouvait maintenant plus respirer, et son âme était prête à quitter son corps. Des souvenirs lui revinrent en mémoire. Sa mère, assise tout prêt d'elle lorsqu'elle n'avait que six ou sept ans, lui lisant une histoire après qu'elle ait fait un cauchemar. Puis l'unique moment heureux qu'elle avait partagé avec son frère, quand elle lui avait construit un pistolet laser inoffensif pour la fête du lycée, ce qui lui avait valu de gagner le concours du meilleur déguisement. Ce fut la seule fois qu'il la serra dans ses bras en l'appelant petite soeur. Elle avait douze ans, lui dix-sept. Ses yeux se fermèrent et elle abandonna.

Des bips réguliers se faisaient entendre dans le lointain. Naélie immergea de son coma après trois jours. La première chose qu'elle vit, ce fut la tignasse rousse de Natasha, assise à sa droite dans la petite chambre d'hôpital. Elle dormait et semblait si paisible en cet instant que la blonde n'eut pas le cœur de lui signaler son propre réveil. Elle porta une main à son abdomen, à l'endroit où on lui avait tiré dessus, et ses doigts sentirent un relief sous la blouse dont elle était vêtue. En tirant un peu sur le col, Naélie découvrit un pansement s'étalant de sa poitrine à son nombril sur le côté gauche. La balle ne l'avait peut-être pas ratée elle, mais elle avait bien raté son cœur, par contre. Heureusement, d'ailleurs, sinon, elle ne serait plus là pour s'en rendre compte. La douleur était toujours présente, mais la jeune fille savait que la blessure était certainement totalement refermée.

- Tu as une sale tête, fit la voix de son amie.

- Nat. Je pourrais dire pareil, malheureusement, tu n'es pas dégeu. Comment t'as fait pour t'en sortir sans égratignure ? se lamenta la blonde en se recouchant.

- Le talent, ma belle. Le talent.

- Très drôle. Comment va Steve ?

- Ses blessures ont été soignées, et bien qu'il va lui falloir plusieurs jours pour guérir complètement, son état permettait sa sortie. Sérieusement, j'aimerais bien guérir aussi vite que vous, ce doit être trop cool de ne pas passer des semaines sur un lit d'hôpital.

- Sûrement, ouais. Et moi ?

- Tu as eu un trauma crânien. Et comme tu étais totalement évanouie et mal en point à cause de la balle que tu as reçue, il ne se résorbait pas. Tu as donc dû être opérée pour les deux. Ils ont carrément fait venir un neurochirurgien de New York, parce qu'il est considéré comme le meilleur. Enfin ! Ils se sont occupés des fragments de balle. L'un d'eux se dirigeait vers ton cœur. Tu es passée à un pas de la mort, ma chère.

- Rassurant. Et du coup, je sors quand ?

- Reste un peu couchée une minute, idiote. Tu as été dans le coma pendant trois jours, quand même.

Naélie fronça les sourcils. Alors comme ça, malgré sa super régénération, elle était quand même restée inconsciente autant de temps ? Et bien, ses pouvoirs avaient beaucoup plus de limite qu'elle ne pensait. Quoi qu'il en soit, maintenant, elle était réveillée, et elle se sentait de quitter cet endroit (qu'elle n'aimait pas du tout). Une infirmière entra, la saluant avec un grand sourire.

- Bonjour... Heu... Je suis l'infirmière Higgins... Je suis tellement soulagée que vous soyez tirée d'affaire, vous aussi, s'exclama la jeune femme en s'approchant. Je suis une de vos fans, vous savez, Hestia.

- Quoi ? Comment ça ?

- J'étais à New York, lors de l'attaque extraterrestre. Et vous m'avez sauvé la vie en brûlant un groupe d'envahisseur alors qu'ils détruisaient tout sur leur passage. J'étais dans ma voiture.

- Ah... Et bien... Heu... je suis heureuse que vous soyez saine et sauve.

- Merci. Grâce à vous, j'ai pu continuer ma vie. Maintenant, j'ai même un petit ami. Et ne vous inquiétez pas, personne saura que Naélie Ignis et Hestia sont la même personne. Je garderais le secret.

- Pas sûre que ce soit encore un secret, marmonna Natasha derrière elle.

Mais ce qui importait le plus à Naélie, c'était la reconnaissance qu'elle lisait dans les yeux de la femme qui lui faisait face. Et quand celle-ci la serra dans ses bras, elle lui rendit son étreinte. Ensuite, elle lui énuméra tous les soins qu'on lui avait prodigués, les blessures dont elle souffrait en arrivant et le traitement qu'elle devrait suivre pour son trauma. Quand elle se pencha sur elle pour examiner sa blessure par balle, elle hocha la tête en souriant.

- La cicatrisation est terminée. Vous garderez la marque, mais ça ne s'est pas infecté. Le neurochirurgien qui s'est occupé de votre opération doit passer vous voir, mais je pense qu'à ce stade, vous devriez sortir bientôt. Vos pouvoirs sont extraordinaires, mademoiselle Ignis !

- Merci, madame Higgins.

Elle lui adressa un sourire rayonnant puis quitta la chambre, laissant les deux – désormais anciennes – membres du Shield seules. Natasha se tourna vers Naélie en souriant. Elle se leva et vint s'asseoir sur le lit, puis enlaça la blonde dans une étreinte puissante et amicale.

- Ne me fais plus jamais ça. Sérieux, quand j'ai vu l'héliporteur exploser, j'ai eu la peur de ma vie, Naé.

- Désolée... Crois-moi que si j'avais pu, je me serais barrée bien plus tôt. Surtout qu'une fois dans l'eau, j'ai suffoqué...

- Quoi ? Mais... Comment es-tu sortie du Potomac alors ?

- Bah, je pensais que vous m'aviez trouvée. Ce n'est pas le cas ?

- Non. Quand Fury, Wilson et moi sommes arrivés, vous étiez sur la rive avec Steve. On a pensé que l'un des deux avait ramené l'autre avant de s'évanouir.

- Ce n'était pas moi.

- Et ce n'était pas Steve. Mais qui alors ?

Naélie tourna la tête, tentant de se remémorer les événements. C'est alors qu'un flash lui revint. Elle vit Steve, pas loin d'elle dans l'eau, être attrapé par une main de fer. Puis cette même main s'enrouler autour de sa taille et la hisser à la surface. Le Soldat de l'Hiver. C'était lui qui les avait tous les deux traînés hors du fleuve, leur sauvant ainsi la vie. Alors, ok pour Steve, c'était normal, si le bras armé d'HYDRA avait fini par se souvenir de son meilleur ami. Mais elle, il aurait très bien pu la laisser là, surtout qu'il lui avait tiré dessus. Elle ne fit pas part à Natasha de ce souvenir, préférant en discuter avec Steve d'abord.

Quelques heures plus tard, un homme d'une trentaine d'années entra dans la chambre et eut la surprise de la trouver vide. Mais où était donc sa patiente ? C'est à ce moment-là qu'une jeune fille sortit de la minie salle de bain présente dans chacune des chambres de cet hôpital, à moitié dénudée, et ne semblant pas l'avoir remarqué. Il se racla la gorge, lui faisant pousser un cri de surprise et attraper un t-shirt qui traînait sur le dossier de la chaise. Naélie sentit son visage rougir. Dés que son amie, qui lui avait ramené un sac avec des vêtements propres, avait quitté les lieux, elle s'était rendue dans la douche. Elle n'avait pas pensé se retrouver dans cette situation. Bon sang, heureusement qu'elle avait déjà enfilé ses sous-vêtements et son pantalon ! Elle s'empressa de passer sa tête dans sa blouse lorsque le médecin lui tourna le dos.

- Voilà. Je suis vraiment désolée, docteur...

- Non, ça va. Mais dites-moi, comment cela se fait-il que vous soyez déjà sur pied après ce que vous avez eu ?

- Je guéris vite.

- Mais quand même, pas assez vite pour moi. Vous devriez rester alitée plusieurs jours !

- On ne vous a pas prévenu ? s'enquit la jeune fille en ramassant ses bottines. Quand je dis guérir vite, c'est genre... Très vite.

Elle souleva sa blouse, lui faisant voir la cicatrice de la blessure par balle datant de trois jours. Il écarquilla les yeux, puis les posa sur le visage de sa patiente. Après s'être remis de son étonnement, il lui demanda de s'allonger le temps qu'il l'examine. Et effet, son diagnostic fut sans appel. Elle était totalement rétablie. Un miracle.

- Vous êtes une mutante ?

- Pas tout à fait. Disons... Une Avenger.

- Je préférerais que vous restiez encore cette nuit, histoire d'être certain que tout vas bien.

- Ok.

- Vous avez le pouvoir de guérison rapide. C'est... Fantastique. Si seulement la médecine avait le moyen...

- Dites, vous n'allez pas me kidnapper pour faire des expériences sur moi quand même ? s'inquiéta Naélie. Non parce que dans les films, le méchant dit toujours une chose semblable avant d'enlever le héros et de le torturer pour reproduire son pouvoir.

- Vous avez une imagination débordante.

- C'est à cause d'une amie qui aime bien s'imaginer des scénarios catastrophes. Elle s'appelle Darcy. Et pour info, c'est aussi ce que dirait le méchant.

Le neurochirurgien l'examina du regard pendant un instant avant de partir dans un rire. Il termina ses examens, notant ses observations sur ses fiches, ne se détachant pas de son air amusé. Il déposa ensuite les feuilles sur la tablette, vérifiant les appareils médicaux. Puis il adressa un sourire à Naélie avant d'embarquer ses notes et de tourner les talons.

- Pour info, je ne suis pas un kidnappeur psychopathe. Je suis juste le docteur Strange. Stephen Strange. À demain matin, pour les derniers examens.

- Et vous êtes venu tout droit de New York pour me soigner ?

- Il vous fallait le meilleur.

Il quitta la chambre, faisant rire Naélie qui se laissa tomber en arrière sur le coussin, pestant sur le fait qu'elle allait sûrement devoir remettre la blouse de l'hôpital.