Avril 2014

Partie 3 - Chapitre 7

Tous autour de la tombe, ils se seraient réellement cru là pour pleurer la mort d'un ami. Pourtant, Nicholas J. Fury était bel et bien vivant. Il avait simplement besoin d'être considéré comme mort. Comme il l'avait dit, on n'essaye pas de tuer quelqu'un de déjà mort, n'est-ce pas ? Il proposa à la team de se joindre à lui pour traquer les membres d'HYDRA qui n'avaient pas coulés avec le navire, mais tous refusèrent. Ils avaient des choses à faire, de leur côté. Natasha se cherchait une nouvelle couverture, Sam et Steve décidèrent de se lancer à la recherche de Bucky Barnes. Après avoir parlé avec Steve, Naélie et lui s'étaient mutuellement confirmé leurs impressions. Le Soldat les avait bel et bien sauvé tous les deux. Cette dernière avait décidé de se poser un peu. En deux ans, elle avait combattu un dieu d'Asgard et une armée extraterrestre, puis une armée d'Elfes noirs et enfin une organisation nazie. Et elle n'avait même pas encore vingt-deux ans.

- Mais tenez-moi au courant, tous les deux. Je veux savoir où vous vous trouvez, où vous allez, l'avancée de vos recherches, et votre état. Je veux pouvoir vous rejoindre si vous avez un problème, pigé ? les menaça-t-elle.

- Pigé, répondirent en cœur les deux hommes, la faisant sourire.

- Bon, je vais aller voir une exposition, moi, se moqua Naélie en embrassant Sam et Steve sur la joue, se hissant sur la pointe des pieds pour cela.

- Non, vraiment ? Tu vas voir le musée Captain America ?

- Ouaip. Bye, les amis.

Elle leur fit un signe de la main avant de s'en aller. Maintenant, elle espérait sincèrement que les choses allaient se calmer un peu, parce que ça avait été tourmenté. Mais elle savait que c'était impossible. Des membres d'HYDRA étaient toujours dans la nature, Bucky Barnes également, et le Shield avait été démantelé. Plus d'organisation pour protéger la population, mais une pour la détruire.

La jeune fille arriva devant le musée, et l'admira un instant avant de payer l'entrée et de pénétrer à l'intérieur. L'univers de Steve Rogers s'offrit aussitôt à elle, et elle y plongea sans hésiter, trop heureuse de pouvoir connaître son ami plus en profondeur. Elle passa dans chaque pièce, chaque allée, devant chaque panneau, apprenant les différentes épreuves qu'il avait subies. Puis elle arriva devant une affiche expliquant la mise au point du Sérum qui fit de Steve un Super Soldat. Et là, juste derrière Howard Stark, juste dans un coin de la photographie, Naélie eut un choc. Lila. Sa grand-mère. Son portrait craché, soit dit en passant. La blonde se mit à lire frénétiquement, cherchant le moindre passage qui parlerait d'elle. Et elle le trouva. Lila Ignis avait été membre de l'équipe de Stark de 1943 à 1964. Elle n'avait que seize ans quand elle l'intégra, et elle le quitta...

- L'année de naissance de maman... Qu'est-ce que... Grand-mère, qu'est-ce que tu nous as caché ?

Troublée, Naélie se redressa et continua sa visite, portant moins attention à l'histoire de Steve et plus à celle de Stark et Peggy Carter. Plusieurs photos montraient effectivement sa grand-mère auprès d'eux, bien qu'en retrait sur les photos en noir et blanc. La jeune fille arriva soudain dans la salle réservée aux Commandos Hurlants. Son regard se posa sur les mannequins qui représentaient les membres principaux, moins le Captain, puisque c'était ici que Steve était venu chercher son uniforme après avoir abandonné le sien. Au centre de la pièce, un hologramme présentait l'histoire du seul membre de l'équipe qui donna sa vie en mission. Le sergent James Buchanan Barnes. Et juste de l'autre côté, en face d'elle, ce dernier qui l'avait remarquée lui aussi. Ils restèrent un moment immobiles, jusqu'à ce que leur attention soit retenue par un groupe d'hommes en noir qui entra dans la pièce à son tour. HYDRA. La peur se lit dans les yeux de Barnes lorsqu'il les reposa sur Naélie. Sans un mot, elle lui fit un signe de la tête, lui indiquant une sortie, et elle se précipita sur le groupe, l'interpellant pour demander où se trouvait les toilettes.

- Nous ne sommes pas des vigiles, cracha l'un des hommes.

- Ah. Désolée, vous y ressembliez...

- Ouais, ouais.

Ils partirent, ne semblant même pas l'avoir reconnue. Tant mieux, elle n'avait pas pensé à ce détail quand elle s'était jetée sur eux sans réfléchir. Elle tourna la tête vers l'endroit où se tenait Bucky. Il était parti. Naélie termina la visite en vitesse. Et elle sortit par la porte de derrière, histoire de ne pas être remarquée par les agents qui, à coup sûr, attendaient devant l'entrée et pourraient, eux, la reconnaître. À peine eut-elle passé l'embrasure de la porte qu'elle sentit une présence dans son dos. Elle fit volte face, prête à attaquer, avant de se reprendre en voyant de qui il s'agissait.

- Merci.

- Il n'y a pas de quoi. Pourquoi êtes-vous encore à Washington ?

- J'avais besoin de réponses.

- Et vous les avez eues ?

- Steve Rogers connaissait bien Bucky. Mais je ne suis plus Bucky.

Naélie pencha la tête sur le côté, prise de pitié. Il semblait mal en point. Elle se demanda où il se cachait, comment il faisait pour échapper aux agents qui cherchaient à le récupérer, s'il trouvait de quoi manger, boire, se défendre. Apparemment, il s'était coupé les cheveux. Donc il avait sûrement une planque ou au moins un endroit sûr. Pourtant, la jeune fille lui tourna le dos en lui disant de le suivre sur un ton qui ne laissait pas place au refus. Elle le conduisit à son appartement, définitivement débarrassé des micros. Enfin, c'était dans son intention. Mais sur la route, elle remarqua des agents. Pas sûre qu'ils les aient vus, elle attrapa le bras de métal de Bucky et le força à accélérer jusqu'à un abri de bus.

- Faites semblant de discuter avec moi.

- Quoi ?

- Faites ce que je dis, lui souffla-t-elle avant de lever le doigt sur les horaires de bus. Mais si, je te dis que c'est celui-ci que nous devons prendre pour être là-bas à l'heure, s'exclama-t-elle. Bucky, répondez, fit-elle plus bas comme il ne réagissait pas.

- Heu... Ouais, vous... tu as peut-être raison... mais...

- C'est bon, ça va, ils sont partis.

Elle le traîna à nouveau à sa suite, en silence. Ils arrivèrent à bon port sans autre tracas, et lorsqu'ils entrèrent dans l'appartement, Naélie enleva sa veste et son écharpe qu'elle accrocha au porte-manteau, invitant l'homme à faire de même. Elle déposa son porte-feuille et son trousseau de clé sur la commode de l'entrée, et se rendit dans la cuisine en disant à Bucky d'entrer plus loin que le mini hall.

- Vous souhaitez quelque chose à boire ?

Le brun se contenta d'approcher, sa casquette en main, mais ne répondit pas. Même lorsqu'elle lui montra une bouteille de soda. Il ne fit toujours aucun geste quand elle lui proposa quelque chose à manger. Il semblait avoir perdu sa langue, et pour une raison inconnue, Naélie sentait son cœur se serrer. Est-ce que, depuis qu'il était devenu le Soldat de l'Hiver, quelqu'un lui avait un jour laissé le choix de ses actes et de ses envies ? Savait-il seulement qu'il avait le droit de vouloir boire ou manger sans qu'on l'y force ?

- Vous pouvez vous asseoir, si vous en avez envie. Et vous pouvez réclamer quelque chose pour vous nourrir ou vous hydrater, également.

- Merci, répondit-il simplement en acceptant finalement le verre qu'elle déposa devant lui.

- Steve va partir à votre recherche. Il sera heureux de savoir que vous êtes toujours ici.

- Ne lui dites pas ! s'écria soudain Bucky en faisant claquer le verre sur la table. Je ne veux pas que quelqu'un sache où je suis.

- Steve est votre meilleur ami. Il ne vous laissera plus jamais tomber aux mains d'HYDRA et...

- NON !

Naélie tressaillit, fixant l'homme droit dans les yeux. Il paraissait paniqué et en plus, sa main de fer, qui tenait le verre, s'était serrée si fort autour de celui-ci qu'elle avait fini par le briser en mille morceaux, renversant le contenu. Il s'excusa, se levant pour attraper de quoi nettoyer.

- Laissez, je vais le faire, lui fit la blonde avec douceur, posant sa main sur celle qu'il tendait vers le torchon.

En quelques secondes, les morceaux de verre étaient emballés dans du papier et jetés à la poubelle, et le liquide effacé. Barnes s'était rassis, en silence, se contentant d'observer les moindres faits et gestes de son hôtesse avec méfiance, comme s'il craignait qu'elle n'utilise l'un des bouts de verre contre lui. Et même une fois ceux-ci disparu, il ne baissa pas sa garde, comme si un torchon pouvait le tuer. Après avoir fini de nettoyer, Naélie s'installa à son tour, sur la chaise en face de celle du brun, et le silence s'abattit dans la pièce. Ils se jaugèrent, longuement.

- Nous sommes en sécurité ici ? demanda-t-il soudain.

- Oui. C'est mon appartement, et il n'y a jamais eu des micros très longtemps. Ça fait une semaine que je n'en trouve plus.

- Vous n'êtes pas ici dans une résidence du Shield ?

- J'ai refusé. Je ne voulais pas être sous surveillance constante. La voisine de Steve était carrément une agente sous couverture.

- Je comprends. Mais ça aurait été plus simple.

- Non. J'aime ma liberté. En plus, je loue cet appart à une personne très sympa qui m'a permit d'y apporter toutes les modifications que je souhaitais. C'est ma cuisine, ma salle à manger, ma salle de bain, mon salon et ma chambre.

- La liberté... murmura Bucky, les yeux dans le vague.

La jeune fille se leva, sortant un autre verre de son armoire et se servit à boire, demandant à son invité s'il souhaitait autre chose pour remplacer ce qui avait été perdu. Il refusa la proposition d'un geste combiné de la tête et de la main, puis Naélie vint se planter devant lui, les yeux pétillants.

- Je consens à partager avec vous ma cuisine-salle-à-manger, mon salon et donc mon canapé pour que vous puissiez dormir, ainsi que, par-dessus tout, ma salle de bain, lui annonça-t-elle, et voyant qu'il ne comprenait pas l'illusion, elle rajouta en rigolant : en gros, ça veut dire "Allez prendre une douche. Vous puez !".

L'homme prit un air étonné, puis il sourit très faiblement avant de se lever et de lui demander la direction à suivre. Elle la lui indiqua, lui expliquant où il pourrait trouver de quoi se laver et se sécher, puis quand il fut parti, elle se donna du courage pour préparer le souper. S'il y avait bien deux choses dont elle avait horreur dans les petites choses du quotidien, c'était le ménage et la cuisine. Ce que c'était exaspérant ! Beaucoup disaient que passer le balai ou faire les poussières les aidaient à se relaxer, mais pas pour elle, au contraire. Elle fouilla dans ses placards, récupérant ce qui pourrait servir pour le repas du soir. Se mettant aussitôt à chantonner l'air de Blanche-Neige, elle mit une poêle sur le feu, et entreprit de cuire.

Bucky Barnes entra dans la cuisine quelques dizaines de minutes plus tard, seulement entouré par une serviette à la taille. Lorsque le regard de la jeune fille se posa sur lui, il fut inévitablement dévié sur son torse, mais elle le détourna aussitôt, le rouge aux joues, lui demandant d'enfiler quelque chose.

- Je suppose que vous n'avez pas de vêtements propres pour moi.

- Non, désolée... Sauf si vous pouvez entrer un legging ou une blouse. Ce dont je doute.

- Ok, je remets mes autres vêtements alors.

Et il tourna les talons, retournant dans la salle de bain. Au moment où il lui tourna le dos, Naélie ne put s'empêcher de laisser couler ses yeux le long du dos de l'homme. Elle se mordit la lèvre avant de se donner une puissante gifle mentale, retournant à ses fourneaux en pestant. Le dîner était cramé. C'est alors que son téléphone sonna, et en voyant le nom de la personne qui l'appelait, elle sentit son cœur rater un battement. Steve. Bucky revint au même instant dans la cuisine, habillé, mais les cheveux dégoulinants. Elle décrocha.

- Steve ! s'exclama-t-elle suffisamment fort pour que son invité comprenne.

- Salut, Diablesse. Dit, je viens de lancer une recherche faciale sur Bucky, et il se trouvait au musée, cette après-midi. Tu ne l'y a pas vu par hasard.

Elle sentit son souffle se couper. Sa loyauté envers le Captain allait être sérieusement remise en cause, là. En plus, Bucky lui adressait des signes pour qu'elle réponde négativement, et la détresse qu'elle lisait sur son visage la troubla plus encore que la réponse qu'elle fournit à son ami.

- Non, je ne l'y ai pas vu, Stevie... Je suis désolée.

- Ok, pas grave. Désolé pour le dérangement.

- Tu ne me déranges pas. Dis, au fait, tu as écouté du Michael Jackson, comme je te l'avais conseillé ?

- Naélie. Ça fait des mois que j'ai commencé à écouter ses chansons. Qu'est-ce que tu crois ?

Et dans un petit rire, il raccrocha, et la blonde baissa lentement le bras. Elle était mal. L'envie du jeune homme de retrouver son meilleur ami... elle la connaissait pourtant. Elle avait vu sa détresse après qu'il ait reconnu Bucky lors de l'attaque sur le pont. Elle avait vu ses efforts pour lui faire entendre raison dans l'héliporteur. Et pourtant, elle venait de le mettre dans une galère en ne lui avouant pas qu'il se trouvait juste devant elle, dans son appartement. Bordel, quelle mauvaise Poufsouffle elle faisait.

- Merci de m'avoir couvert.

- Je ne sais même pas pourquoi je l'ai fait, avoua la jeune fille en soupirant. Je sais que l'unique but de Steve durant ces prochains mois sera de vous retrouver. J'aurais pu lui épargner tellement de temps...

- Je ne veux pas le retrouver maintenant. Je veux que lorsque nous serons à nouveau face à face... Je ne suis rien, pour l'instant. Juste... Une ancienne arme. J'aimerais avoir retrouvé un peu... d'humanité la prochaine fois que nous nous verrons, lui et moi.

- Je vous comprends. Mais vous ne pensez pas qu'il pourrait vous aider à la reconquérir, justement ?

- J'ai honte.

La révélation ne la choqua même pas. Elle s'en serait douté. Comprenant que cela ne servait plus à rien de discuter, elle retourna s'occuper de ses affaires, lorsqu'elle vit du coin de l'œil Bucky s'approcher de la cuisinière. Dans un soupir à la limite de la moquerie, il lui proposa de l'aider, et c'est ainsi qu'il se retrouva à jongler entre poêles et casseroles pour préparer quelque chose de mangeable. Et elle, elle lui apportait ce dont il avait besoin pendant qu'il lui expliquait comment s'y prendre.