Avril 2014
Partie 3 - Épilogue
Le voir ainsi lui mit du baume au cœur. Il semblait si serein, si paisible pendant qu'il surveillait la viande mijoter, les pommes de terres en boîte rôtir dans le four et le mixer hacher les morceaux d'ail et d'échalote pour la salade. Naélie en était presque captivée, assise sur sa chaise après avoir mis la table. Il était huit heures du soir quand ils passèrent à table. Ce qui étonna le moins la blonde, c'était le goût du tout. Ce qui l'étonna le plus, ce fut que le Soldat de l'Hiver parvenait à cuisiner. Il venait des années 40, avait fait la guerre, s'était retrouvé aux mains d'une foutue organisation malveillante, avait subit des lavages de cerveau répétitifs, avait traversé les septante dernières années en alternant entre assassinats et cryogénisations, et ce type parvenait à cuisiner alors qu'elle n'était pas fichue de le faire.
- C'est délicieux, merci, lui fit-elle en redressant la tête.
- Tant mieux. Je ne sais pas comment j'y arrive, mais j'y arrive.
- Cela pourrait peut-être réveiller des souvenirs, osa Naélie.
- Peut-être, oui.
- Après, vous voudriez tenter de discuter, pour voir si quelque chose vous revient ?
- Je ne sais pas.
Elle lui adressa un sourire, puis se re concentra sur son assiette qu'elle vida assez vite, régalée par le repas. C'était une première, quelque chose d'aussi bon. En général, elle commandait du chinois, ou une pizza ou elle faisait des plats surgelés. Les fois où elle cuisinait, c'était un jour dans le mois. Elle s'y forçait, pour tenter de s'améliorer, en vain. Elle était une piètre cuisinière, et cela ne changera sûrement jamais. Adieu les illusions. Ils débarrassèrent la table. Alors que Naélie lui avait dit de ne pas s'encombrer de cette tâche, Bucky était actuellement occupé à remplir le lave-vaisselle.
- C'est une époque beaucoup plus pratique, dit-il si bas que la jeune fille ne savait pas s'il s'adressait à elle ou se parlait simplement à lui-même.
Quand il se redressa, son regard se posa sur la gorge de la blonde, et il fronça les sourcils. Prudemment, il avança sa main de chair vers celle-ci, effleurant les marques profondes et les reliefs qui étaient encore fort visibles, malgré le temps écoulé depuis.
- Ils m'ont fait un lavage après que je vous aie attaqués sur le pont. Parce que j'avais été troublé par Steve. Mais je me souviens quand même que c'est moi qui vous ais fait ça.
- N'y pensez pas. Ce n'était pas réellement vous. C'était HYDRA.
Il ne sembla pas convaincu, mais abaissa quand même sa main, se dirigeant vers la table pour attraper son assiette qu'il rinça avant de la fourrer dans l'appareil qui allait la nettoyer. Après cela, ils s'installèrent tous les deux sur le canapé, et Naélie commença à lui poser des questions sur lui, histoire de savoir où en était sa mémoire bousillée. Il avait beaucoup de mal à faire resurgir son passé. Pourtant, il avait des brides de souvenirs. Par exemple, il expliqua à son hôtesse que Steve et lui, en étant enfants, avaient l'habitude de dormir sur des matelas au sol lorsqu'ils n'étaient pas chacun chez eux. Il raconta également une anecdote sur l'autre Super Soldat qu'elle se promit de lui ressortir s'il se moquait encore une fois d'elle. Aux alentours de minuit, voyant qu'il commençait à montrer des signes de fatigue, et sentant ses propres paupières se fermer toutes seules, Naélie se leva pour aller chercher une couverture et un oreiller à Bucky.
- Tenez. Normalement, c'est un clic-clac, mais je ne l'ai jamais déplié...
- Ce n'est rien, il me va tel quel. Je n'ai pas besoin de plus pour dormir.
- Ouais... Les vieilles habitudes.
- Nous n'avions pas autant de conforts lorsque nous étions sur le terrain, en '43.
- Vous vous souvenez de ça ?
- C'est certainement quelque chose de marquant, répondit le brun en haussant les épaules.
Elle le laissa s'installer tranquillement, lui souhaita une bonne nuit et s'en alla prendre sa douche pour ensuite s'engouffrer dans ses draps, trouvant le sommeil de manière relativement rapide. Toute la nuit, elle revit les images des affrontements qui avaient eu lieu la semaine précédente. Depuis qu'elle s'était réveillée, à l'hôpital, deux jours s'étaient écoulés. Cinq depuis la destruction des héliporteurs. Six depuis l'attaque du pont. Sa gorge aurait dû être guérie, pourtant, les marques étaient toujours aussi voyantes qu'au moment où elles avaient été faites. Ses rêves ne furent qu'une succession de questions qu'elle se posait en son fort intérieur.
Le lendemain, quand elle se leva, la première chose qu'elle fit fut de s'assurer que Bucky était toujours là. Il était bien allongé dans le canapé, sur le ventre et un filet de bave s'écoulait de sa bouche pour atterrir sur l'oreiller et le coussin du lit improvisé. Par moments, un ronflement franchissait également les lèvres. Le sourire que la blonde avait se fit attendri, et elle se dépêcha de s'habiller avant que l'homme ne se réveille. Elle trouva ensuite une boite de céréales qu'elle versa dans un bol, en mangeant une partie sèche, puis rajoutant du lait dans ce qu'il restait. Soudain, un boom sonore se fit entendre, faisant trembler le sol, et Naélie releva vivement la tête pour apercevoir celle du Super Soldat N° 2 émerger de derrière l'accoudoir, un regard surpris sur le visage.
- Vous avez bavé sur mon canapé. Et en plus, vous ronflez, lui lança-t-elle, une pointe d'amusement dans la voix avant de porter sa cuillère à bouche, mâchant son déjeuner. Bonjour, fit-elle ensuite, la bouche remplie.
- Bonjour.
Le Soldat de l'Hiver regarda autour de lui, se massant le crâne. Il se releva, replia la couverture qu'il déposa sur le canapé, l'oreiller par-dessus, et rejoignit la jeune fille dans la cuisine, prenant place à la table. Elle lui tendit la boite de céréales et un bol qu'elle avait prévu en plus, et ils déjeunèrent tous les deux sans un mot.
- Vous devriez quitter la ville, annonça-t-elle soudain.
- Je sais. C'est prévu. Je ne sais pas où je vais aller, mais je quitte le pays.
- En Europe. Allez en Europe.
- Ouais.
- Je vais vous fournir quelques trucs, pour que vous puissiez vous débrouiller. Comme un peu d'argent, des vêtements propres, des vivres.
- Vous n'êtes pas obligées.
- Je sais.
- Alors pourquoi le faites-vous ? J'ai failli vous tuer. Plusieurs fois, quand même.
- Mais vous étiez manipulé. Vous êtes un ami de Steve. Et vous m'avez sauvé la vie, dans le Potomac, alors que vous auriez pu me laisser me noyer.
- Vous êtes une amie de Steve, lui répondit-il comme si cela justifiait son geste improbable, et en référence à ce qu'elle venait de lui dire.
- Quand comptez-vous partir ?
- Aujourd'hui.
Naélie hocha la tête, et finit son bol. Bucky passa par la salle de bain pour sa toilette, et la jeune fille lui donna une nouvelle brosse à dent, notant dans un coin de sa tête qu'elle devait en racheter une de réserve. Pendant que l'homme était occupé, elle se rendit dans son salon, cherchant tout ce qui pourrait être nécessaire au fugitif. Elle contacta des gens qui allaient l'aider à traverser l'océan en bateau, descendit dans sa rue pour retirer de l'argent au distributeur tout en brouillant les pistes grâce aux anciens codes qu'elle utilisait au Shield, puis rentra chez elle, trouvant Bucky devant la télé, regardant un dessin-animé.
- Sérieusement ? Vous aimez ça ?
- Disons que... C'est divertissant, pour quelqu'un qui n'a jamais connu ça.
- Cela se tient. Bon, voici de l'argent. Les horaires des trains, bus, métros etc. pour rejoindre New York à cette adresse où vous aurez à trouver un certain Franklin. Il vous permettra de vous rendre en Europe. Les vêtements seront avec lui.
- Merci pour ce que vous faites.
- C'est normal. En revanche, Steve ne doit pas savoir. Je le trahis, en vous permettant de vous enfuir.
- Je suis désolé pour ça, mais j'en ai besoin.
Opinant du chef, la jeune fille vint s'asseoir dans le canapé, regardant la télé avec lui. Vers dix heures, Bucky décida qu'il avait assez abusé de l'hospitalité de la blonde et embarqua tous les papiers qu'elle lui avait fourni, la remerciant une dernière fois avant de quitter les lieux, refermant la porte derrière lui, et laissant une Naélie inquiète qui serait presque prête à prier pour que tout se passe bien pour l'ancien Sergent Barnes. Elle s'empara de la couverture et du coussin, les emmenant dans sa chambre où s'empilait le linge à laver.
