Septembre 2016 à février 2017
Partie 5 - Bonus 1.4
Naélie courait entre les arbres, sautant par-dessus les racines. Son sac-à-dos rebondissait derrière elle et son poids menaçait de la faire tomber à la renverse à chaque bond. Évitant une branche de justesse, elle trébucha sur un buisson, se cassant la figure. Elle eu de la chance car à moins de cinquante centimètres de l'endroit ou sa tête cogna, se trouvait une pierre qui aurait été susceptible de la tuer sur le coup, et ce qu'importe les pouvoirs de guérison qu'elle possédait. Derrière elle, les bruits et les cris des agents gouvernementaux qui la traquaient comme du gibier, retentissaient comme un cor de chasse.
Tout avait commencé deux jours plus tôt. Elle rentrait tranquillement des courses qu'elle avait faites pour elle et la gentille dame qui lui louait sa maison. Il y avait déjà trois mois qu'elle vivait là, et bien qu'elle se faisait la plus discrète possible, elle ne résistait jamais à une petite vieille ou un petit vieux qui lui demandait de l'aide, si bien que la plupart des habitants âgés de soixante à quatre-vingts ans avaient fini par la connaître et l'apprécier. Ce jour-là était chaud et ensoleillé, permettant à la jeune femme de ne pas prendre la voiture de sa locatrice, et de profiter des chemins de campagne. Deux sacs de courses, plus son sac à dos, elle remercia le sort de ne pas être obligée de porter des pack d'eau ou des boites de conserve.
Elle avait déjà essayé d'apprendre à se téléporter avec des objets. Surtout que ces derniers mois, elle n'avait rien de mieux à faire, mais cela finissait toujours avec de la bouillie. Les fleurs, les pierres, les morceaux de bois... Rien n'arrivait à bon port en un seul morceau. Découragée, la jeune femme avait décidé d'abandonner et de se rendre à l'évidence : elle n'était bonne à rien. Mais en voyant des journées comme celle-ci, elle était contente d'en profiter.
- Ilde. Je suis rentrée.
Ilde était une femme de quatre-vingt-un ans, toute droite venue de la province d'Anvers, dans le nord du pays, la partie parlant le néerlandais. Bilingue, elle s'était très vite intégrée, bien que la guéguerre opposant Flamands et Wallons était présente un peu partout dans le pourtant petit Royaume. Ses cheveux, qu'elle qualifiait d'autrefois long et blonds comme le blé, s'étaient ternis avec le temps, et ne lui arrivaient plus qu'en dessous des oreilles dans des boucles désordonnées. Forcée de se déplacer avec un déambulateur, et avec la lenteur de la personne âgée qu'elle était.
- Je suis dans le canapé, ma petite.
Déposant les courses sur la table de la cuisine, elle rejoignit la vieille femme qu'elle trouva à l'endroit indiqué, regardant la télé. Elles se firent la bise, puis commencèrent à discuter des dernières nouvelles du village.
- Tient, en parlant de ça, la coupa Ilde. Un homme est passé, peu après ton départ. Il voulait te voir. Mais il a donné un nom étrange...
- Quel nom ?
- Naélie Ignis.
- Ah. Mais qu'est-ce qui te fait croire que c'est moi qu'il cherchait ? interrogea la jeune femme, le regard fuyant.
En arrivant ici, elle avait pris une autre identité, celle d'une camarade de classe à l'école primaire : Émilie Branson. Ilde lui lança un regard attendri avant de reposer ses yeux sur la télé tout en lâchant une phrase qui fit ressentir un frisson à la rousse.
- Je suis peut-être vieille, mais je ne suis pas sénile, ma petite. Je t'ai vue te téléporter, il y a quelque temps. Et pester d'ailleurs. C'est fou ce que les jeunes d'aujourd'hui peuvent pester ! Il faudrait surveiller ton langage.
- Vous m'avez vue ?
- Bien sûr. C'est bien dommage que tu ne puisses pas emmener des objets avec toi.
- Que voulait cet homme ? Il n'a rien dit ?
- Non. Mais il était habillé d'un costard noir, et m'a montré une plaque.
- De police ?
- Je dirais plutôt du gouvernement. Mais pas le nôtre.
- Les Etats-Unis... souffla Naélie en se laissant tomber contre le dossier du canapé.
La vieille dame soupira à son tour. Elle fit mine de se lever, mais les tremblements dans son corps la forcèrent à se rasseoir. La rousse l'aida alors, et elles se rendirent dans la salle à manger, où la propriétaire farfouilla un instant dans ses tiroirs, en sortant une photo en noir et blanc.
- Tu sais pourquoi je t'ai immédiatement acceptée ici, Naélie ?
- Ilde...
- Comme je te l'ai dit, je ne suis pas sénile. Bon, tu réponds à ma question ?
- Non, je ne le sais pas.
- Parce que tu me fais penser à ma soeur. Nous vivions dans un village, un peu plus loin. J'avais quatre ans quand la guerre a commencé. Elle en avait six. Durant l'hiver 44, les Allemands sont arrivés, et ont tout brûlé. Ma soeur m'a sauvé la vie et est morte dans les flammes qui ravageait notre ferme.
- Je suis désolée, Ilde... Cette période de l'histoire...
- Il faut que tu te protèges. Ne te laisse pas attraper par ces gens qui n'ont pas supporté que tu n'aies pas les mêmes idées qu'eux. Je sais que vous autres, les Avengers, faîtes tout ce que vous pouvez pour protéger les gens. Pour gagner la guerre, il y a eu de nombreuses pertes. Mais les Allemands n'ont plus pu brûler des villages une fois leur défaite prononcée.
- Et que vous pensez que je doives faire ?
- Va en France. Ma petite-fille t'aidera à trouver un lieu de vie correct, elle est dans l'immobilier. Et sa propre fille est très fan de toi.
- De moi ?
- Oui. La Fille de Feu. Hestia.
Cependant, dans sa fuite, Naélie avait été rattrapée, et la voilà qui courait dans la forêt, à perdre haleine. Trois mois de tranquillité et elle avait été retrouvée. Une nouvelle chute la fit rouler dans une descente. C'était la fin de l'été, le tapis de feuilles n'était pas aussi présent qu'en automne, ce qui rendait ces roulades assez douloureuses. Quelques os en pâtirent, d'ailleurs, et il fallut attendre qu'ils se ressoudent pour continuer. Elle entendait les pas se rapprocher, et commençait vraiment à paniquer. Il n'y avait pas un jour qu'elle avait passé la frontière, alternant entre marche, train et vol. Elle se trouvait quelque part dans le département de l'Yonne, et devait se rendre à Tours, dans l'Indre-et-Loire.
- Nous savons que vous êtes là, Ignis. Sortez de votre cachette.
Bordel, elle se trouvait dans de sales draps, là. Soudain, elle décida qu'elle se fichait bien qu'ils la voient. De toute façon, c'était trop tard pour se remettre à courir. Elle appuya donc sur les boutons de ses bracelets qui firent apparaître sa combinaison, puis enleva ces derniers, s'envolant dans un tourbillon de flammes. Elle vit les hommes et femmes relever la tête et entendit même des jurons.
Lorsqu'elle arriva à Tours, la petite-fille d'Ilde l'attendait exactement là où elles avaient rendez-vous. Mais Naélie lui expliqua sa situation, puis elle s'envola vers le sud du pays. Elle devait mettre un peu de distance entre les gars et elle.
Malheureusement, durant les six mois qui suivirent cette course-poursuite, la jeune femme n'avait connu qu'un seul moment de répit. Celui qui s'étendait de la semaine précédent Noël, et par la même occasion, son anniversaire, à ce jour-là. Après avoir loué une chambre dans un hôtel en France, puis un appartement en Espagne et enfin un autre appart en Italie, Naélie s'était installée près de Londres, là où elle avait vécu avec Jane, Darcy et Selvig, trois années plus tôt. Mais le groupe n'était, bien entendu, plus là, chacun repartit à ses occupations sur d'autres sujets d'étude.
Il n'avait fallu qu'une seule chose pour que tout bascule : un braquage, dans l'épicerie tenue par un couple qui avait fait de ce commerce sa raison de vivre. Les deux hommes armés étaient entrés, avaient exigé la caisse et volé quelques articles (essentiellement alcool et cigarettes). Mais voilà, dans le petit magasin, il y avait une mère et son fils, et Naélie. La jeune femme n'avait pas hésité à s'interposer entre les deux clients et l'arme de l'un des malfrats, la balle rebondissant sur sa combinaison qu'elle s'était assurée de revêtir. En quelques mouvements appris de Natasha et de Maria, elle avait mis à terre les braqueurs. Seulement, tout avait été filmé, de l'extérieur. Ni une, ni deux, la voilà repartie en cavale.
Elle avait pris route vers l'Écosse, et c'est avec une surprise immense qu'elle croisa, dans un café, Wanda et Vision. Le plus intéressant fut le fait qu'ils ne l'avaient pas vue et qu'ils s'embrassaient allègrement dans le coin de la salle. Vision avait pris une apparence humaine, personne ne pouvait se douter qu'il s'agissait d'un androïde. La rousse s'avança doucement vers leur table, attendant qu'ils aient fini de se bécoter, puis s'installa face à eux.
- Qui êtes-v... Naélie ? s'exclama Wanda à voix basse, regardant autour d'elle pour être sûre que personne ne l'ait entendue.
- Salut, ça fait un bail. Alors, vous êtes donc ensembles ?
- Oui...
- Bonjour, mademoiselle Ignis, la salua poliment Vision.
- Est-ce que ça te choque ? demanda la sorcière avant que l'autre jeune femme ait répondu.
- Vous faites votre vie. Sérieusement, Wanda, ce n'est pas moi qui vais vous juger. N'oublie pas que je suis tombée amoureuse d'un extraterrestre, et qu'en plus de ça, c'était un véritable psychopathe au moment où nous nous sommes rencontrés.
- Pardon. Je me suis laissée emportée...
- Ce n'est rien. Comment allez-vous depuis la dernière fois ? C'était il y a quoi... huit mois ?
- Neuf, en fait. Nous avons été en Irlande, d'abord, mais nous avons été découverts après deux mois, expliqua celle qui avait désormais, elle aussi, les cheveux roux.
- Depuis, nous sommes ici, compléta Vision. Et vous, mademoiselle Ignis ?
- Vision, pitié, je t'ai déjà demandé un million de fois de m'appeler Naélie, soupira la jeune femme. Je suis restée en Belgique trois mois, depuis, je suis passée par plusieurs pays. La France, l'Espagne, l'Italie, l'Angleterre.
- Se cacher n'est pas ton fort ?
- Disons qu'il y aura toujours un truc pour me faire sortir.
Le trio commanda un café et de quoi manger, tandis qu'ils s'échangeaient les dernières nouvelles. Wanda et Vision avaient eu des nouvelles de Natasha, elle aussi contrainte de fuir après les avoir finalement aidé en Allemagne. Elle avait apparemment eu des soucis avec l'ancienne organisation qui l'avait formée. Mais ils n'avaient pas plus d'informations.
- Clint et Scott ont pu passer leur accord. Ils sont assignés à résidence deux ans. Après, ils seront libres, leur apprit Naélie.
- C'est bien. Je suis heureuse pour eux. Enfin... Je veux dire, ils auraient pu être rejetés en prison.
- J'avais compris. Moi aussi je suis contente pour eux. Steve et Sam ?
- Rien. Pas plus que toi.
- Désolée, mon téléphone est parti en miette quand j'ai quitté l'Espagne. Ils m'ont tiré dessus, mais il m'a sauvée. La balle était à la hauteur de mon cœur et je n'avais pas ma combinaison pour me protéger.
Prudemment, le nouveau couple proposa à la jeune femme de venir chez eux, le temps de trouver de quoi se cacher. Elle refusa, mais face à leur insistance, elle consentit à passer une nuit dans leur appartement.
Leur logement était spacieux, digne d'une pièce de la Tour Stark. Ils lui prêtèrent la chambre d'ami, qui avait d'abord été occupée par Wanda avant qu'elle ne s'installe dans la même que Vision. L'après-midi fut consacrée à la cuisine, que la jeune Sokovienne apprenait à l'ancienne IA, et Naélie s'amusa de les voir si amoureux et heureux. Cela la rassura de voir qu'ils s'en sortaient bien.
- J'ai peur que si je reste ici, ils vous tombent dessus...
- T'inquiètes pas. Mes pouvoirs nous servent à nous cacher, lui assura l'autre fausse rousse.
- Vous êtes sûrs de vous ?
- Oui. Nous sommes amis, non ? Nous pouvons bien nous entraider. Tu as une préférence pour la cuisson ?
- Bien cuit, s'il te plaît.
En attendant que le repas soit prêt, la fille de feu explora un peu le salon, et tomba sur des articles découpés dans les journaux, relatant des faits ayant eu lieu le mois précédent à Londres. Un vieux bâtiment que tout le monde croyait abandonné avait explosé, et l'enquête ne menait à rien. Naélie revint auprès du couple.
- Qu'est-ce qu'il y a avec cette explosion ?
- Oh, c'est Wanda qui s'y intéresse, répondit Vision en se tournant vers la jeune femme.
- Ah, ça. En fait, ce bâtiment qui a explosé, ça s'appelle un Saint des Saints. Il y en a trois, sur Terre. Les autres sont à Hong Kong et à New York. Ils nous protègent, mais eux-même ont besoin d'une protection. J'ai appris qu'il existait des personnes, tout à fait normal, qui se rendent dans un endroit gardé secret afin de devenir des maîtres des arts mystiques. L'homme qui s'occupe maintenant du Sanctuaire de New York possèdent un pierre d'infinité.
- Une pierre ? Mais... Il est prudent, tu crois, qu'il la manipule ?
- Il a sauvé la planète. Alors je pense qu'il n'y a rien à dire.
- C'est vrai que c'est intéressant... murmura Naélie en fixant la photo d'un article où l'on voyait le maître dont parlait son amie, de dos et portant une longue cape rouge au col proéminent.
Elle savait où elle allait se rendre. Enfin, s'il le voulait bien. Mais des endroits cachés comme ceux-là, c'était ce dont elle avait besoin. Naélie ne tarda pas, après la bonne nuit de sommeil, à se rendre à New York après avoir chaleureusement remercié le couple pour l'avoir hébergée, Wanda lui ayant fourni un nouveau téléphone avec les numéros de leurs amis, et le sien.
