Février 2017

Partie 5 - Bonus 2.2

Ils s'étaient mis au travail dès le lendemain. D'après Strange, avec les enseignements de Kamar-Taj, Naélie pourrait être capable de solidifier ses flammes pour en faire à peu près tout ce qu'elle voulait, dont les fameux liens dont ils avaient parlé. D'abord réticent, Wong avait fini par accepter que le Doctor Strange lui apprenne à le faire. De son côté, Wong prit l'initiative de lui apprendre à se téléporter en emportant des objets avec elle, parce qu'il avait été triste quand elle lui avait expliqué qu'elle avait réduit en poussière ses CD lors de son déménagement entre la Tour Stark et le Quartier Général des Avengers. D'ailleurs, il avait hurlé au scandale en apprenant que parmi ces CD se trouvaient certains de Beyoncé. Une fois seule avec Strange, elle lui avait demandé quel était le délire de l'autre avec cette chanteuse. Il lui avait éhontément rit au nez, sans lui répondre.

Installés dans une pièce presque vide, Strange et Naélie se faisaient face, debout et bien droits. La première étape consistait à gérer la concentration. L'homme demanda à la jeune femme de fermer les yeux et de se focaliser uniquement sur les bruits qui l'entouraient. Leurs deux respirations, dans la pièce. La cape du sorcier qui voletait, mécontente de rester là à ne rien faire, les voitures, au-dehors, le vent, la population de New York insouciante qui déambulait dans les rues, profitant de leur vie, ou au contraire courant pour ne pas perdre une seule seconde.

- Qu'est-ce que je dois faire, au juste ? demanda la rousse, brisant le silence.

- Arrêter de penser. Juste, écouter. Ressentir les choses. Je vous dirais quand vous pourrez cesser. En attendant, vous avez échoué une première fois à l'épreuve.

Naélie pinça les lèvres en apprenant cela. Les yeux ouverts et fixés sur le sorcier, elle vit sans le voir le geste de celui-ci pour l'inciter à recommencer. Il fut obligé de le lui dire à voix haute pour reprendre. À nouveau, elle distingua le bruit dehors. Après plusieurs minutes, elle croisa les bras, gonflant les joues de mécontentement. Elle ne comprenait pas à quoi tout cela servait. Sans s'en rendre compte, elle souffla, aussi vite réprimandée par Strange, qui lui annonça qu'elle allait recommencer depuis le début. Elle voulu protester, mais se ravisa, prenant sur elle. Après tout, c'était elle qui avait évoqué l'envie d'apprendre à faire comme les maîtres des arts mystiques. C'était à elle qu'elle devait s'en prendre, pas au sorcier qui l'y aidait.

Plusieurs heures plus tard, après maintes et maintes reprises, Naélie et Strange arrêtèrent pour la journée. Ils avaient d'autres choses à faire, telles que mettre de l'ordre dans le Saint des Saints, faire le ménage ou préparer le repas du soir. Wong avait expliqué qu'ils faisaient une ronde des tâches pour que ce ne soit pas toujours le même qui fasse une chose, et avait exprimé sa joie de savoir qu'elle restait vivre avec eux pour avoir encore plus de temps entre deux aspirations des lieux.

- Vous n'utilisez pas vos pouvoirs pour rendre l'endroit propre ?

- Non. Ce serait en abuser, vous ne croyez pas ?

- Si, bien sûr. Du coup, je dois faire quoi, moi ?

- Vaisselle après manger, répondit Wong qui passait à côté du duo avec une pile de linge.

- Wong est de corvée lessive aujourd'hui. Et moi, cuisine.

- Vous ne l'étiez pas déjà hier ?

- Si, mais ça ne comptait pas. Je n'ai eu qu'à prendre ce qui était déjà préparé. Si vous voulez, vous pouvez continuer l'exercice seule, en attendant.

- Merci, sans façon. Je vais plutôt aller lire, dans ma chambre.

- Comme vous voulez.

Après avoir salué l'homme, Naélie se rendit dans la bibliothèque, attrapant un livre au hasard, et retourna dans sa chambre, s'installant confortablement dans son lit pour se mettre à lire. L'ouvrage narrait les débuts des arts mystiques à maintenant. Les premiers maîtres du domaine, les plus célèbres, les plus puissants, les plus dangereux... La fausse rousse fut captivée par les informations, si bien qu'elle ne vit pas le temps passer. Ce n'est que lorsque Strange apparu dans sa chambre, à travers un portail, qu'elle sursauta violemment en faisant voler le livre qui retomba par terre. Une main sur la poitrine, à l'endroit du cœur, elle reprit sa respiration, les yeux fermés.

- Et bien, il semblerait que vous ayez fini par vous concentrer. Le souper est servi. Nous n'attendons que vous, lui dit l'homme, amusé.

- Franchement, les portes, ce n'est pas fait pour rien ! Vous m'avez fichu la trouille de ma vie, Strange !

- C'était une chose à voir. Dommage que Wong n'était pas là.

- Je n'ai pas droit à un peu d'intimité ? C'est la chambre que vous avez mis à ma disposition, d'accord, mais c'est devenu mon endroit privé, non ?

- En effet. Mais comme je l'ai dit, c'était une chose à voir. J'aurais d'ailleurs apprécié en garder une trace. Allez, ramassez le livre, avant qu'il ne s'abîme, et descendez. Ça va refroidir. Oh, j'y pense, je pourrais utiliser la pierre du temps pour faire un replay...

Naélie lui balança un oreiller qui percuta le mur, le sorcier ayant retraversé son portail et ayant donc quitté la chambre. La jeune femme tenta de calmer son cœur tout en récupérant le livre et le coussin à terre, les déposant respectivement sur la table de chevet et dans le lit, puis sortit de sa chambre afin de rejoindre les deux autres habitants du Saint des Saints.

Lorsqu'elle arriva dans la salle à manger, Wong rigolait légèrement, et lui offrit un grand sourire dont il n'avait pas du tout l'habitude. Un simple regard vers Strange lui fit comprendre qu'il avait raconté sa petite farce à son collègue. Maugréant dans sa barbe (inexistante, cela va sans dire), Naélie prit place à l'endroit qui était désormais son emplacement à table. Le souper qu'avait préparé le farceur improvisé se révéla succulent. Poulet rôti, pommes de terre gratinées, salade à la mayonnaise. Et un bon verre de vin, que Naélie refusa.

- Sérieusement ? Vous n'aimez pas le vin ?

- Pas trop, non.

- Vous préférez la bière ?

- Je ne bois pas spécialement d'alcool, à vrai dire.

- Dommage, fit Wong en s'emparant du verre devant Naélie pour en ingurgiter une partie avant de le déposer à côté de son propre verre. Quoi ? Moi j'adore ce vin, se justifia-t-il en voyant le regard des deux autres sur lui.

La jeune femme haussa les épaules en souriant, signifiant qu'il faisait ce qu'il voulait. Durant le repas, peu de mots furent échangés, si ce ne sont les compliments faits à Strange. La cape de ce dernier se mit même à lui caresser la joue, malgré qu'il la repoussa plusieurs fois. Amusée, Naélie se cacha pour rire, tandis que le concerné pestait contre sa relique beaucoup trop encombrante. Une heure plus tard, la jeune femme se trouvait dans la cuisine, rinçant les assiettes, les couverts et les verres sales, ainsi que les casseroles et plats utilisés pour cuisiner. Elle chantonnait, perdue dans ses pensées. Les personnes qui vivaient ici étaient assez spéciales, dans tous les sens du terme. Mais elle sentait que si tout le monde y mettait du sien, tout se passerait pour le mieux.

Elle déposa une assiette propre sur le plan de travail, en vue de l'essuyer une fois les trois finies, puis se tourne vers les placards histoire de voir où elles se rangeaient. Mais au moment où elle n'eu plus la porte de la cuisine en vue, quelqu'un se racla la gorge.

- Vous chantez très mal.

- Bon sang, Strange ! Arrêtez de me faire peur ainsi !

- C'est tout ce que vous retenez ?

- Je sais très bien que je chante comme une casserole. Ce n'est pas la première fois qu'on me le dit, et sûrement pas la dernière. Qu'est-ce que vous voulez ?

- Oh, rien.

Et il tourna les talons, la laissant seule, abasourdie. Quel idiot ! La jeune femme s'essuya le front, puis reprit sa tâche. Ce n'est qu'à dix heures du soir qu'elle sortit de cet endroit, prête à prendre une bonne douche bien chaude, parce qu'il fallait avouer que le Saint des Saints n'était pas l'endroit le mieux chauffer de New York. Dans les couloirs, elle croisa Wong qui l'informa que le lendemain, elle aurait "cours" avec lui, et non avec Strange.

- Et au fait, vous n'avez pas de vêtements à laver ?

- Non... Je n'ai que ceux que je porte qui m'ont été donnés par une amie. Quand je fuis, je ne pense pas forcément à emporter mes habits, voyez-vous. Et encore moins en sachant qu'une fois arrivée après ma téléportation, ils seront réduits en poussière.

- Très bien. Il faudra donc vous en achetez, vous ne pensez pas ?

- C'est sûr que je commence à ne pas apprécier le fait de rester avec les mêmes choses sur moi depuis deux jours entiers.

- Je vous emmènerais demain au centre commercial, fit la voix de Strange.

En se tournant, la jeune femme n'eut que le temps de voir le bout de la Cape de Lévitation disparaître dans l'embrasure d'une porte. Wong fronça les sourcils, souhaitant bonne chance à leur invitée, puis regagna sa chambre. La rousse l'imita, se débarrassant de ses bottines, assise sur la banquette au pied de son lit. En fouillant un peu, elle s'était rendu compte qu'il s'agissait en vérité d'un coffre sur lequel un coussin confortable avait été installé, pour en faire un siège. Elle enleva son t-shirt et son jean, les abandonnant au milieu de la pièce, puis alla prendre sa douche. Une question lui trottait dans la tête : comment cela se faisait-il qu'elle était incapable de transporter un objet en se téléportant, mais que pourtant, ce qu'elle portait sur elle ne partait pas en miette, comme le reste. Bon, elle était bien contente que cela ne soit pas le cas, mais la question méritait une réponse.

Lorsqu'elle revint dans la chambre, elle découvrit du linge propre sur le lit, avec un mot de Wong lui disant qu'elle pouvait déjà enfiler un pyjama pour la nuit. Elle sentit ses joues rosir en apprenant que quelqu'un était entré ici alors qu'elle se lavait. Il allait falloir qu'ils aient une conversation les deux hommes et elle, parce que ce n'était pas possible, ça.

Le lendemain, elle fut réveillée par trois coups frappés à sa porte, et la voix de Wong qui l'informait qu'elle avait quinze minutes pour être prête et dans la salle d'entraînement. En quatrième vitesse, elle se débarbouilla, ramassa ses vêtements laissés au sol le soir précédent et revêtit sa tenue de combat. Même pas le temps de prendre un croissant qui l'appelait sur la table. Un signe de la main adressé à Strange et un appel de Wong plus tard, elle se trouvait dans la salle presque vide servant de salle d'entraînement. Une table y avait été installée, avec des objets de diverses tailles. Le plus petit était une balle en mousse, le plus grand un ballon de basket.

- Bien. Vous allez prendre l'un de ces objets et vous téléporter dans une pièce du Sanctuaire. Aller-retour.

- Nous allons vite tomber à court d'objet, vous savez.

- La clef, c'est la concentration.

- Oh non, pas encore... murmura-t-elle de manière inaudible.

- Une fois que vous aurez appris avec elle, vous n'en aurez même plus besoin.

Naélie s'empara de la balle en mousse. Autant commencé par quelque chose de petit, c'était certainement plus facile. Elle vint se placer devant Wong qui lui conseilla, indépendamment du fait de devoir visualiser son endroit correctement, de bien imaginer la balle entière, à l'arrivée. Là était toute la nécessité de la concentration. Le premier essaie ne fut en rien une surprise. Le temps qu'elle revienne dans la pièce initiale, la balle en mousse n'était plus qu'un amas de petits morceaux. Elle les reposa sur la table, prit un autre objet (une fourchette pliée, certainement destinée à la poubelle), et recommença, toujours avec le même résultat.

- Je sais que ce doit être compliqué de penser aux deux choses simultanément, mais vous devez trouver le moyen de réussir. Essayez de visualiser les choses sous un autre angle, comprenez-vous ?

- Du genre... Hors de mon corps ? Je veux dire... Comment l'expliquer ? Comme si je me voyais moi-même ?

- Un peu ainsi, oui. Allez-y, continuez.

Un verre, une vieille écharpe délavée et déchirée, une bouteille, un coussin poisseux et un emballage en carton plus tard, la rousse sentait ses forces s'échapper d'elle. Cela lui prenait beaucoup d'énergie de se téléporter, et le fait de devoir se focaliser sur autre chose en plus de l'endroit qu'elle souhaitait atteindre n'aidait pas. Et pour en rajouter encore, les objets semblaient encore plus détruits que les premiers qu'elle avait emportés.

- Vous allez bien ? s'inquiéta Wong en la voyant haleter.

- Oui oui... Juste une petite seconde, que je reprenne mon souffle. C'est quoi le suivant ?

- Vous avez encore le choix entre un vieux pot et le ballon de basket.

- Bon sang, pourquoi j'ai l'impression que je vais finir par fusionner avec un objet ?

- Parce que c'est un risque, confirma le plus vieux, la faisant relever la tête soudainement. Vous ne vous en doutiez pas ? Lorsque vous vous téléportez, les molécules de votre corps se séparent pour se rassembler plus loin. N'est-ce pas ?

- Oui.

- Lors d'un voyage avec un objet, vous risquez d'inter-changer les molécules. Imaginez, avoir un ballon de basket à la place de la tête, ça pourrait être amusant.

- Parlez pour vous, maugréa Naélie en repartant avec le pot.

Une demi-heure plus tard, vers onze heures, ils furent appelés pour dîner. Des sandwichs jambon fromage, ou dagoberts. C'est avec joie que la jeune femme en avala deux, affamée par ses multiples téléportations, ainsi qu'une bonne soupe tomate.

- C'est à qui de cuisiner ce soir ?

- Vous.

- Je vous préviens, je suis une buse en cuisine ! déclara Naélie en coquant dans son sandwich.

- Vous ne savez rien faire ou je rêve, lâcha Strange, lui faisant froncer les sourcils.

- Je vous signale que personne n'est parfait, d'abord, et puis, je sais faire plein de trucs. Déjà, je suis capable de me battre. Ce n'est pas rien.

- Vous aurais-je vexée ?

- Absolument.

- Et bien, pour me faire pardonner, je vous payerais ce que vous voudrez au centre commercial.

- Je n'ai pas besoin de votre argent, monsieur Strange.

- Doctor.

- Ouais ouais.