Février/mai 2017
Partie 5 - Bonus 2.3
Le centre commercial rappela des centaines de souvenirs à la fausse rousse. Notamment celui de la chasse à l'homme dont Steve, Natasha et elle avaient été victimes, près de trois ans plus tôt. Penser à eux lui pinça le cœur, et elle décida de se focaliser sur ce qu'il se passait autour d'elle. Déjà, elle avait repéré les caméras de surveillance, évitant de se trouver face à elles. Pas question d'être découverte aussi bêtement qu'en allant faire du shopping parce que bon sang, elle n'avait rien à se mettre. Littéralement, pas comme quand elle n'aime plus ce qui se trouve dans sa garde-robe et qu'elle veut de nouveaux vêtements.
Strange marchait devant elle, cherchant une boutique de prêt-à-porter. Lorsqu'il la trouva, il l'appela, et ils y entrèrent, commençant à rassembler ce qu'elle pouvait porter. La chose que Naélie n'aurait cependant jamais imaginée, c'était d'être conseillée sur des vêtements pour elle par un homme dont elle ne connaissait rien et qui, normalement, ne connaissait rien d'elle. Pourtant, il savait exactement ce qu'il lui fallait, et c'est avec une nouvelle garde-robe qu'elle ressortit de là. Il l'avait même frappée sur la main quand elle avait voulu payer, s'en chargeant sous ses protestations qu'il n'écouta pas.
Une fois sortis du centre commercial, ils prirent un portail pour rentrer au Saint des Saints, et la jeune femme continua d'insister sur le fait qu'elle ne voulait pas qu'il dépense son argent. Mais l'ancien neurochirurgien la fit taire d'un geste de la main, lui disant que ce n'était pas quelques habits qui allaient le ruiner, et surtout pas ceux qu'elle avait choisi, relativement bon marché. C'est donc gênée et reconnaissante qu'elle monta dans sa chambre pour ranger les achats. Elle détestait ce genre de situation. Elle n'aimait pas être gâtée comme ça, sans raison. Et encore moins par des inconnus, aussi riches soient-ils. Elle se sentait comme... Une profiteuse, rien de plus.
Elle reprit l'entraînement avec Wong dans l'après-midi, mais elle fut contrainte de s'arrêter vers six heures, sa tâche étant de faire le souper. C'est avec peine qu'elle parvint à cuire la viande, qui faillit brûler dans la poêle pendant qu'elle épluchait les patates. Quant aux légumes, elle opta pour des concombres assaisonnés à l'huile d'olive et au vinaigre blanc, du sel et du poivre. Ça, elle savait faire. Le duo de maîtres de la magie ne fit aucun commentaire négatif, ce qui eut pour effet de l'inquiéter. Ils ne se seraient pas gênés pour lui faire une remarque, surtout Strange, qu'importe le niveau atteint par son repas.
- C'était si mauvais que ça ? s'enquit-elle finalement en voyant l'homme à la cape se lever pour commencer à débarrasser.
- Figurez-vous, mademoiselle Ignis, qu'au contraire, c'était bluffant, pour une personne nulle en cuisine.
Et il tourna les talons, comme il savait si bien le faire, sa cape virevoltant derrière lui. C'est avec un sourire qu'elle se tourna vers Wong, qui lui adressa un pouce levé pour confirmer les dires de son collègue. La journée se termina pour elle, avachie dans son lit devant la télévision. Une série passait, parlant de voyage dans le temps au moyen d'une cabine de police anglaise. Elle n'avait jamais regardé auparavant, mais cela semblait assez intéressant, comme sujet.
Plusieurs semaines s'étaient écoulées. Le train-train s'était installé. Un jour sur deux, elle était prise en charge par Wong, l'autre jour par Strange. Désormais, elle en était à essayer de transformer une flamme en un bâton. Et c'était beaucoup plus compliqué que ça en avait l'air, en témoigne le plafond de la pièce, brûlé et réparé quinze fois en un seul jour. Les petites tâches du quotidien roulaient entre les trois habitants du Sanctuaire, et Naélie commençait même à cuisiner des choses potables (après avoir fait sauter un couvercle sous la pression et brûlé une partie de la pièce en oubliant de surveiller le four).
Puis, était arrivé ce jour de mai, trois mois après sa venue ici. Strange lui avait proposé de lui montrer comment faire un gratin, et ils s'étaient retrouvés tous les deux en cuisine pendant que Wong s'occupait du ménage à l'étage (une tâche vraiment, mais vraiment très longue, heureusement qu'il trichait un peu, d'ailleurs). Alors qu'elle épluchait les gousses d'ail, le sorcier les coupait en petits cubes. Et lorsqu'elle se coupa, la lame ayant glissé, elle ne broncha pas, la douleur étant tout ce qu'il y avait de minime, et elle savait qu'en quelques secondes, elle guérirait. Pourtant, l'homme avait vu l'incident, et il s'était empressé de se saisir de la main au doigt blessé pour le porter à ses lèvres. Naélie en avait été tellement surprise que son bras était resté en l'air et qu'elle s'était figée en fixant l'autre qui avait repris son activité comme si de rien était.
Peu après, la rousse s'était retrouvée collée entre le plan de travail et le corps de Strange qui la guidait pour couper les pommes de terre en rondelles. Elle était tellement rouge qu'elle n'osait même pas tourner la tête vers lui, de peur qu'il le remarque. Ce fut laborieux, et la jeune femme était à peu près certaine d'avoir été grillée. Quoi qu'il en soit, elle avait vérifié que son visage était redevenu normal avant de se rendre dans la salle à manger. Et cet événement avait été le premier d'une longue série de comportements étranges de la part de Stephen Strange.
Une semaine après ça, alors qu'ils étaient en train d'essayer de créer un bâton de feu, l'homme à la cape s'approcha de Naélie qui fixait ses deux mains entre lesquelles dansait une flamme horizontale qu'elle imaginait se solidifier. Il la contourna pour arriver dans son dos. Soudain, elle sentit la main de l'homme sur son épaule, glisser lentement sur son bras. Un test, ce devait être ça. Quand la main arriva à quelques millimètres de sa peau, la rousse ferma les yeux.
- Reste concentrée, Naélie.
C'était fini. La flamme lui échappa, devenant beaucoup plus grande et percutant le mur qui devint noir. L'ancienne Avenger se tourna pour faire face à Strange, sourcils froncés. C'était la première fois qu'il la tutoyait, et mieux encore : il l'avait appelée par son prénom. Et mon dieu, soufflé ainsi à son oreille, il lui avait procuré un frisson dans le dos.
- Pourriez-vous me dire à quoi vous jouez, Strange ?
- Je ne vois pas de quoi vous parlez.
Revoilà le vouvoiement. Mais qu'avait-il derrière la tête ? Il affichait un air tout à fait serein, sérieux et strict. Il tendit une main vers les dégâts et une lumière verte l'enveloppa, signe qu'il se servait de la Pierre du Temps pour inverser celui-ci, comme si la flamme n'était jamais partie. Naélie croisa les bras, refusant de continuer la leçon si l'homme ne lui disait pas immédiatement ce qu'il lui prenait depuis quelques jours. Pourtant, il resta stoïque, prétextant que s'il passait du temps avec elle, c'était pour lui apprendre à faire beaucoup plus avec ses pouvoirs, et qu'il n'en tirait rien personnellement.
- Vous jouez avec moi, et c'est une chose que je ne supporte pas, Strange.
- Je ne vois toujours pas quoi vous parlez.
- C'est bon, ça suffit.
Elle fit un signe de la main, comme pour le pousser pour passer et quitter la pièce, mais au moment où elle passa à côté de lui, il l'attrapa par le bras, l'empêchant d'avancer plus.
- Attendez. Je vous ai dit qu'il fallait que vous vous concentriez pour parvenir à transformer votre flamme en un bâton de feu. Ce ne sont que des moyens pour vous déconcentrer afin que vous vous amélioriez.
- Je n'y crois pas. Dans la cuisine, il y a une semaine, c'était inutile. Et hier, lorsque vous êtes venu me trouver pendant que je lisais et que vous avez commencé à me chercher, jusqu'à ce que nous tombions par terre, ce n'était pas ça non plus. À quoi jouez-vous, Strange ?
Il resserra sa poigne autour de son bras, la tirant vers lui si vite qu'elle faillit trébucher. Mais elle se retrouva collée contre le torse du sorcier, et en deux temps trois mouvements, leurs paires de lèvres ne firent plus qu'une. Entraînée dans un baiser assez dur, elle eut du mal à y mettre du sien, pourtant, elle en frissonna. Elle se laissa totalement aller dans les bras de l'homme qui menait la danse de leurs deux langues. Lorsqu'ils se séparèrent, Naélie reprit sa respiration en grandes inspirations, et Strange la regardait avec insistance, comme pour attendre sa réaction à son geste. Réaction qui ne se fit pas attendre, puisqu'elle écrasa sa main sur la joue du plus grand avant de partir à grands pas.
Qu'est-ce qu'il lui avait pris de l'embrasser comme ça, sans prévenir ? Croisant Wong dans les escaliers, elle l'ignora superbement, furibonde, car oui, sa réaction était absurde, puisqu'elle avait apprécié l'échange on ne peut plus inattendu. Mais, il y avait tellement de choses qui venaient en tête de la jeune femme, lui disant que ce n'était pas une chose à faire... Aimer être embrassée par un type de quarante ans alors qu'elle en a vingt-quatre. Elle est une fugitive et si jamais on la débusque, elle va encore devoir fuir, sans lui. Elle n'est pas attirée par lui, même s'il est on ne peut plus charismatique. Et qu'il l'amuse beaucoup. Et qu'il possède une cape fantastique qu'elle avait même surnommé Lévi. Et qu'il est génial comme maître des arts mystiques. Et qu'il est intelligent. Et beau. Et attentionné quand il n'est pas d'humeur narquoise. Mais il est doté d'un caractère beaucoup trop imbu, et en cela, il ressemble fort à Tony Stark. Trop fort.
Arrivée dans sa chambre elle se mit à réfléchir et se rendit à l'évidence. Bon sang, il était beaucoup plus jeune que les deux autres hommes qui avaient réellement compté pour elle ! Bucky était né en 1917, d'après le panneau récapitulatif au musée Captain America, et Loki... Loki avait plus de mille ans ! Strange était jeune par rapport à ces deux là ! Elle fourra sa tête dans ses mains, soupirant avec désespoir. Un contre qui tombait à l'eau. Et il y avait beaucoup trop de pour dans sa liste mentale, là. Hé, oh ! Elle ne pouvait tout simplement pas se permettre de tomber amoureuse. Quelle horreur, elle se sentait comme une collégienne. Ce genre de réflexions, de problèmes... Ce ne devrait pas être dans ses préoccupations actuelles ! Qu'est-ce qu'il lui arrivait à la fin ? Elle redevenait l'adolescente qu'elle fut un temps. Trois coups frappés à sa porte la sortirent de ses pensées.
- Entrez, fit-elle alors que la porte s'ouvrait.
- Lévi ? Attends, sérieusement ?
La relique s'avança vers le lit, lévitant sans aucune aide extérieure. Depuis le temps qu'elle était ici, Naélie avait appris à ne pas chercher à comprendre par quelle sorcellerie cette cape pouvait être pourvue d'une certaine forme de conscience. Quoi qu'il en soit, elle resta juste à côté de la rousse, jusqu'à ce que la voix de Strange retentisse dans le couloir. Il apparut bientôt dans l'embrasure, appelant son accessoire. Et en un tour de main (ou de coin... Comment on disait pour une cape ?), celle-ci poussa son propriétaire à l'intérieur de la chambre et en sortit. Une lumière orangée scella la serrure, signe que Wong était dans le coup aussi.
- Hey ! Qu'est-ce que vous faites ? s'écria Strange en frappant à la porte.
Bouche bée, la jeune femme ne bougea pas d'un poil, observant la scène qui s'offrait à ses yeux. Ils s'étaient donné le mot pour la faire chier ou quoi ? Ce n'est qu'au moment que le sorcier redevint silencieux, tous ses tours de magie ayant échoué à cause de son ami, que Naélie se décida à émettre l'hypothèse qu'il pourrait se servir de la Pierre pour remonter le temps et se libérer.
- Je ne peux pas, prétexta l'autre. Ce n'est pas une urgence digne de l'usage de la Pierre.
- Ah, parce que de la suie et les murs brûlés, c'est une urgence digne de ça ?
- Oui... répondit l'homme, hésitant.
La rousse fronça les sourcils. Donc maintenant, c'était sûr, il se fichait de sa figure. Soit il était lui aussi avec les deux autres énergumènes, soit il avait décidé de prendre profit de la situation. Soudain, il s'assit en tailleur à même le sol, puis se mit à méditer. Naélie n'osa pas parler, mais quand elle vit la tête du sorcier se mettre à tourner dans tous les sens, elle se dit que ce ne devait pas être normal. C'est pourquoi elle posa sa main sur son épaule, en l'appelant, sans succès.
- Stephen, finit-elle par lâcher, et le dénommé retomba au sol, ouvrant les yeux un peu perdu. Qu'étiez-vous en train de faire ?
- Je viens de prendre quelques dizaines d'années.
- Quoi ? s'exclama Naélie en se reculant.
- J'ai utilisé la Pierre du Temps pour voir les différents futurs possibles. Pour cela, il m'a fallu des dizaines d'années.
- Je... J'ai peur de ne pas comprendre...
- Retenez simplement que je sais à peu près ce qu'il va se passer.
- Vous avez parlé de plusieurs futurs. Comment pouvez-vous savoir ?
- Parce qu'ils finissent tous de la même façon.
Elle se risqua alors à lui demander plus de précisions, qu'il ne se gêna pas pour lui fournir à sa manière plutôt que celle normale qui impliquait des paroles, et non des gestes. Il se releva d'un seul mouvement, puis vint attraper le visage de la jeune femme afin de joindre une seconde fois leurs bouches. Cette fois-ci, cependant, Naélie ne se laissa pas aller comme la première fois, restant droite et fermant les yeux tout en passant ses bras dans le dos du plus vieux, un soupire de contentement s'échappant de ses lèvres. Et elle répondit au baiser, sans plus se poser aucune question absurde. C'était bête, parce que le sorcier l'attirait vraiment. Et tant pis si elle ressemblait à une adolescente amoureuse. Parce qu'importe l'âge, c'était un sentiment chaleureux, l'amour. Et ça rendait les gens plus joyeux.
Ils entendirent la porte se déverrouiller, mais ce détail était désormais sans importance. Ils étaient occupés à s'étouffer mutuellement, tant ils se refusaient à casser le baiser.
- Pas de gifle, cette fois, voulut s'assurer Strange dans un souffle, à quelques millimètres de la jeune femme.
- Pourquoi, tu en veux une ?
- Sans façon.
