Août - septembre 2017

Partie 5 - Bonus 2.4

En plein mois d'août, la chaleur se faisait étouffante au Saint des Saints de New York. Cela faisait maintenant sept mois que Naélie y avait élu domicile, et trois mois et demi qu'elle sortait avec le grand Stephen Strange, comme il aimait le lui rappeler. Naélie se trouvait sur le toit du Sanctuaire, profitant d'un moment de calme et de pause pour prendre le soleil, elle qui n'était plus réellement sortie depuis trop longtemps. Assise à même le sol, tête rejetée en arrière, le soleil caressait sa peau, incapable de la brûler, elle qui était le feu. Mais ce calme fut troublé par autre chose que la circulation en contrebas. Wong apparu à côté d'elle, à travers un portail, lui qui craignait fortement d'emprunter l'échelle plus que bancale qui menait au toit.

- Mademoiselle Ignis. Vous rêvez de liberté ?

- Un peu, je dois bien l'avouer.

- Vous ne vous plaisez pas ici ?

- Bien sûr que si. Mais le monde me manque quand même.

Le maître des arts mystiques vint s'asseoir à côté d'elle, et remarqua soudain un objet qu'il était sûr et certain de ne jamais avoir vu dans le Saint des Saints. Un coussin divisé en quatre carrés égaux, noirs et jaunes, un blaireau au centre. Il fronça les sourcils, se tournant vers la jeune femme qui lui offrit un grand sourire plein de fierté.

- Vous...

- Tout droit sortit du magasin. Téléportation avec un objet : réussite.

L'homme sourit à son tour, content qu'au bout de six mois, la rousse soit enfin capable de transporter des choses durant ses déplacements hors du commun. Ils restèrent assis, là, durant de longues minutes. Ce n'est que lorsque le soleil commença à décliner qu'ils se décidèrent à rentrer, Naélie emmenant son nouvel accessoire dans sa chambre avant de se rendre dans la cave pour sortir le linge du séchoir.

Strange avait dressé la table avec soin, comme à chaque fois que c'était à son tour de faire la cuisine. La jeune femme en avait profité pour prendre une bonne douche fraîche, et s'apprêtait à enfiler un débardeur quand soudain, l'homme à la cape ouvrit sa porte, la faisant sursauter et plaquer le vêtement contre son corps.

- Hey, on en avait déjà parlé ! Tu frappes avant d'entrer.

- Désolé, ça fait trois fois que je t'appelle. Le souper est prêt.

- Je n'avais pas entendu... J'arrive, je m'habille, Strangy.

- Arrête avec ce surnom idiot, Ely. Dis-moi, la première fois que nous nous sommes parlé... La situation était étrangement semblable, tu ne trouves pas ?

- Si. Sauf qu'à l'époque, tu venais de me sauver la vie en débloquant mon pouvoir mis à mal par un trauma crânien.

L'ancien neurochirurgien s'approcha de la jeune femme en refermant la porte derrière lui, venant la prendre dans ses bras pour l'embrasser tendrement. Il saisit son menton entre deux doigts pour lui lever la tête, et posa ses lèvres sur leurs jumelles, en forçant la barrière d'un geste doux. Naélie en lâcha même son haut pour venir entourer le torse de son petit ami. On frappa à la porte, ce qui eut pour effet de les séparer, mais leurs regards étaient toujours accrochés.

- Wong semble s'impatienter, murmura la rousse.

- On ferait mieux d'y aller avant qu'il ne décide de tout manger, ou pire, de nous interdire l'entrée de la salle à manger.

Hochant la tête, Naélie ramassa son débardeur et l'enfila en vitesse tandis que l'homme à la cape sortait de la chambre, non sans se retourner une dernière fois, un sourire aux lèvres, lui disant qu'il apprécierait vraiment que la prochaine fois, elle soit encore moins couverte quand il entrera dans la pièce sans frapper, ce qui lui valu de recevoir le coussin récemment arrivé dans la bâtisse à la figure.

- Oh, félicitation, au fait, pour ton exploit. Combien tu en as détruit pour en ramener un.

- Sept. Je les ai tous remboursés, bien entendu, d'ailleurs, ça coûte une sacrée fortune. L'important, c'est que j'ai fini par y arriver.

- Le tout est d'y arriver à chaque fois, maintenant. N'oublies pas que tu dois encore passer à l'étape supérieure avec moi.

- Strange, le réprimanda Naélie, arrachant un rire au sorcier qui précisa parler des cours.

- Mais si tu veux passer à l'étape supérieure de ce côté-là aussi, ça ne me dérange pas.

Elle le frappa au moment où ils descendaient les escaliers, son éclat de rire raisonnant dans le hall. Wong ne se priva pas pour leur faire une remarque lorsqu'ils s'installèrent pour manger. Et bien entendu, ayant capté la conversation de ses deux "colocataires", il les prévint que si jamais il tombait sur eux dans une position compromettante, il n'hésiterait pas à se venger, et pas qu'une fois. Les joues rouges, Naélie protesta, assurant qu'il ne risquait pas du tout de les surprendre, sauf si lui même cherchait à le faire.

- Sinon, il faut que je vous prévienne que la semaine prochaine, je dois me rendre à Londres, pour discuter de la manière dont nous pourrions reconstruire un Saint des Saints là-bas. Quelques membres de Kamar'Taj seront également présents.

- Tu en as pour combien de temps ? s'enquit la jeune femme.

- Je ne sais pas exactement. Trois jours, peut-être moins ou au contraire plus.

- Je peux venir avec toi ?

- Est-ce une bonne idée ? intervint Wong. N'oubliez pas que vous devez vous cacher, mademoiselle Ignis.

Mais la jeune femme ne se laissa pas démonter, énumérant plusieurs arguments en sa faveur, dont le fait qu'elle devait encore arriver à créer des choses solides à base de feu. Finalement, après une longue discussion, Wong consentit à ce qu'elle sorte du Sanctuaire, ce à quoi Strange répondit ne pas avoir donné son avis.

- Tu ne vas pas me dire que tu es contre !

- Bien sûr que non, mais je suis le principal concerné, et vous ne m'avez rien demandé. C'est moi qui vais devoir te supporter durant mon séjour.

- Me supporter ? Dis-le si je t'ennuie, bouda la jeune femme en piquant dans une pomme de terre.

Wong leva les yeux au ciel, Strange laissa échapper un ricanement, Naélie sourit tout en le cachant. Désormais, elle siégeait à côté du Doctor Strange lors des repas ou des réunions dans la salle à manger.

La semaine suivante, la première du mois de septembre, Strange et Naélie se rendirent en Angleterre, grâce à un portail mystique. Le lieu de rendez-vous était un hôtel. Chacun y avait une chambre, sauf Naélie qui n'était pas prévue.

- Tu aurais largement eu le temps de les prévenir, murmura-t-elle à Strange tandis que celui-ci venait de lui annoncer qu'elle n'avait pas d'endroit où dormir.

- Et bien, peut-être que je n'avais pas envie de les prévenir. Maintenant, l'hôtel est complet et tu n'as pas de chambre réservée. Ce qui veut dire que tu n'as qu'une solution.

- Rentrer à New York, soupira la rousse.

- Ah non ! Tu dors avec moi.

- J'en ai marre que tu parviennes à toujours tout prévoir, répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel.

Il fallait dire que c'était la première fois qu'ils allaient partager un même lit. Ils prirent possession de la chambre, constatant avec plaisir qu'un panier garnit avait été laissé sur la commode en guise de bienvenue. Ni une ni deux, Naélie s'empara d'une poire et croqua dedans, affamée. Elle n'avait pas déjeuné, et elle le regrettait légèrement. Strange s'approcha alors d'elle, essuyant le liquide qui coulait du fruit juteux sur le menton de la rousse, tout en la regardant tendrement.

- Il faut que je te dise quelque chose, Ely.

- Tu me fais peur là. Ce n'est jamais bon signe quand les gens disent ça.

- Je t'aime.

Elle stoppa net son mouvement, sa poire à quelques centimètres de sa bouche. Alors là, si elle s'y attendait... Et en parlant d'attendre, Strange semblait se languir d'une réponse. Les yeux écarquillés de la jeune femme se posèrent sur un point imaginaire à côté de l'homme qui portait un costard afin de passer inaperçu.

- On dirait un poisson rouge, s'amusa-t-il en la voyant ouvrir et refermer la bouche de la sorte.

- Te moques pas, Strangy. Ce n'est pas n'importe quoi de dire "je t'aime", tu sais.

- Je sais, c'est bien pour ça que j'y ai longuement réfléchi. Naélie, je t'aime, vraiment. Tu comptes pour moi.

Cette phrase fit un choc à la jeune femme, qui l'avait entendue de la bouche du premier homme pour lequel elle avait eu de vrais sentiments. Et il la lui avait sortie au moment de sa mort... Mais là, l'homme qui se tenait devant elle était bien vivant, en pleine forme, et il venait de lui dire qu'il l'aimait, alors qu'attendait-elle pour répondre ? Et bien, elle attendait de voir vers quoi tout cela les menait. Et bon, elle appréciait énormément Stephen Strange, elle se sentait bien à ses côtés, elle s'amusait, apprenait énormément de choses de toutes sortes... Il était tout ce qu'elle pouvait apprécier chez un homme.

- Je pense que je... Strange, laisse-moi un peu de temps, ok ?

- Si tu veux... Naélie ?

- Oui ?

- J'ai vu le futur, tu sais. Et malgré tout ce qui arrivera d'ici quelques mois, je sais que tu comptes vraiment. Je ferais en sorte que nous soyons heureux, ensembles, quoi qu'il arrive.

- Tu n'as vraiment pas le droit de me dire ce qu'il adviendra ?

- Non.

- Alors arrête de parler du futur, je suis beaucoup trop curieuse pour ne pas obtenir de réponse à mes questions. Tu devrais rejoindre tes copains magiciens. Vous avez du boulot. Je vais installer les affaires, et je verrais ce que je ferais ensuite.

Elle s'empressa de quitter la pièce pour se rendre dans la salle de bain et s'éloigner de son petit ami. Ce que ce genre de chose pouvait être compliqué. Qu'est-ce que l'amour, au fond ? Peut-on réellement tomber amoureux (véritablement amoureux) plus d'une fois dans sa vie ? Comment sait-on qu'on a trouvé le Grand Amour et qu'il n'y en a pas un plus grand encore qui nous attend, quelque part ? Tant de questions sans réponses. Et pourtant, Strange savait, lui, comment ils allaient finir tous les deux. Seront-ils mariés ? Parents ? Ou se sépareront-ils d'ici les quelques mois qu'il avait évoqués ? S'il disait vrai et avait vu le futur, c'est que son "je t'aime" signifiait qu'il croyait en eux. Qu'ils étaient faits pour s'aimer. Strange était quelqu'un de très intelligent. Doué, puissant, doté d'un cerveau hors du commun. Il n'allait pas risquer quoi que soit avec une personne dont il n'était pas certain que ce soit la bonne, d'où son envie de voir le futur et tous ceux possibles... Si ?

La fausse rousse déposa leurs trousses de toilette sur le meuble de l'évier puis observa son reflet dans le miroir. Elle se sentait si différente aujourd'hui de la jeune fille qu'elle avait été, avant l'explosion. Bientôt, elle aurait vingt-cinq ans. Tout cela lui semblait si lointain et pourtant si proche. Elle n'aurait jamais imaginé, à la mort de sa mère et de son frère, qu'elle deviendrait une femme telle qu'elle l'était. Un instant adulée par des milliers de personnes, maintenant contrainte de vivre cachée pour échapper aux gouvernements n'ayant pas supporter que des gens comme elle et les autres Avengers se permettent d'agir sans leurs consentements. Que lui dirait Eugénia si elle était là ? "Ma fille, croit en tes choix, ne laisse pas les autres te dicter ta conduite. Deviens celle que tu souhaites devenir, et n'essayes pas d'être ce que les autres veulent que tu sois. Toi seule décides pour toi, sois indépendante, et fière d'être qui tu es", lui avait-elle dit un jour. Peu avant l'explosion. Elle lui manquait terriblement, en cet instant. Elle aurait pu la conseiller sur ses doutes.

Il lui fallut un long moment avant de sortir de ses pensées, et c'est en allumant la télé qu'elle décida de se changer les idées. Le panier garni à côté d'elle, la télécommande en main pour zapper, elle s'installa sur le grand lit et s'occupa quelques heures grâce à des émissions ou des séries. Puis vint le moment où elle en eu marre et entreprit de s'entraîner, profitant du calme et du manque de distractions. Elle avait réussi plusieurs fois à créer un bâton entre ses mains, un bâton qui était aussi brûlant que des flammes, de la même couleur, mais qui s'était écroulé en cendre aussitôt lâché d'un côté. Il fallait qu'elle parvienne à le solidifier de façon permanente, sinon, cela ne servait à rien.

C'est occupée à cela que Strange la retrouva en rentrant, fin d'après-midi. Il ne fit pas de bruit pour ne pas troubler sa concentration. Mal lui en prit. Ne l'ayant de fait pas entendu, Naélie sursauta violemment en sentant le lit s'affaisser à sa droite lorsqu'il s'assit, et il passa à quelques millimètres d'une immolation.

- Hey, si tu veux me tuer, je te serais reconnaissant de trouver une manière moins douloureuse, plaisanta l'homme.

- Désolée.

- Alors, qu'as-tu fais ?

- Télé, mangé, entraînement.

- Tout un programme. Et si je te disais maintenant de prendre une bonne douche ? J'ai prévu quelque chose pour ce soir.

- Tu sous-entends que je pue ?

- Bah...

Elle lui écrasa son poing sur le bras, mais rigola tout de même tout en se levant pour se rendre dans la salle de bain, munie de tout le nécessaire à sa douche.