Mai 2018
Partie 6 - Prologue
Penchée en avant, coudes sur la table et menton dans ses mains, Naélie lisait attentivement un manuel quand soudain, un parapluie passa à quelques millimètres de sa tête, manquant de l'embrocher. En plus, il détruisait pas mal de choses sur son passage. Intriguée, la jeune femme décida de le suivre, passant par la bibliothèque et remarquant une étagère effondrée, les livres qui l'occupaient étalés sur le sol. Que c'était-il passé ici ? Une bagarre ? Wong avait-il décidé de se venger de Strange pour toutes les fois où il l'avait mis mal à l'aise ? Dans ce cas, elle allait certainement être la prochaine. Le parapluie se dirigea vers la cage d'escalier, et c'est là qu'elle entendit des excuses prononcées par une voix qu'elle connaissait parfaitement bien. Elle se mit à courir, descendant les marches deux à deux en appelant le nom de son ami qui, bien que surpris dans un premier temps, écarta les bras pour qu'elle puisse venir s'y jeter.
- Bon sang, tu m'as manqué Barbie !
- Toi aussi tu m'as manqué, amie Naélie. Que fais-tu ici ?
- Je me cache. Longue histoire, rajouta-t-elle sous le regard interrogateur du dieu asgardien. Et toi, que fais-tu ici ?
- Je cherche mon père. Odin est en exile sur Terre.
C'est là qu'elle remarqua un portail ouvert sur un magnifique paysage de verdure, et Stephen lui apprit que le roi d'Asgard se trouvait en Norvège. Cela rappela à Naélie le jour où son petit ami était venu la trouver pour contacter Thor à propos de son père, et elle comprit ce qu'il s'était donc passé. C'était plusieurs mois avant ça.
- La Norvège hein ? J'aimerais tellement voir ce pays...
- Naélie... soupira Stephen.
- Allez, s'il te plaît Strangy !
- Cela ne me pose aucun problème qu'elle m'accompagne, intervint Thor. Une fois Père récupéré, nous rentrerons à Asgard. Naé connaît mon royaume, si elle veut venir y passer quelques jours...
- Naélie, répéta le sorcier, n'oublie pas que tu dois te montrer discrète.
- Personne n'aura jamais l'idée, ni la possibilité de venir me chercher sur Asgard, surtout s'ils n'ont pas été fichus de me retrouver à New York.
L'homme à la cape poussa un nouveau soupir. Il savait bien qu'une fois qu'elle serait partie, il l'aura perdue. Encore plus dès qu'elle verrait celui qui se trouvait entre les mondes en ce moment même, bloqué par sa magie. Mais il ne pouvait plus rien faire. C'était déjà trop tard. Alors il haussa les épaules tandis qu'elle venait l'enlacer et l'embrasser sous les yeux écarquillés de Thor. Ce dernier finit par lâcher la phrase fatidique :
- J'aurais besoin de mon frère aussi.
- Oui, évidemment, murmura Strange en faisant des gestes circulaires vers le plafond.
- Attendez, quoi ? s'exclama Naélie.
À cet instant, un homme en costard noir tomba du portail, rebondissant sur le sol, puis rejetant ses cheveux de jais à l'arrière de son crâne, grognant qu'il tombait depuis plus d'une demi-heure. Et là où l'homme à la cape disait au dieu du tonnerre qu'il saurait le reprendre en main, le nouvel arrivant se releva, faisant apparaître deux dagues en s'insurgeant, prêt à bondir quand ses deux orbes émeraudes croisèrent celles orageuses de Naélie. Son expression passa de la colère pure à la surprise.
- Loki... souffla la rousse, sourcils froncés.
Strange observa sa compagne s'approcher doucement du deuxième dieu qui, lui, restait parfaitement immobile. Et sans crier gare, la fille de feu leva sa main pour venir gifler le brun avec toute la force dont elle était capable. L'autre ne fit même pas la bêtise de répliquer.
- Tu as menti sur ta mort ! cracha-t-elle. Tu as fait semblant de mourir !
- J'étais réellement blessé. Gravement, voulu se défendre le dieu du mal.
- Mais tu n'étais pas mort ! Je t'ai pleuré, salopard !
- Naélie...
- La ferme. Thor, allons retrouver ton père.
- Ely, l'appela alors Strange. Sois prudente, d'accord ?
Elle acquiesça en venant déposer une nouvelle fois un baiser – dont elle ne savait pas qu'il s'agirait du dernier pour eux – sur ses lèvres. Leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre, le sorcier finit par lui dire qu'elle devait laisser les choses se dérouler comme elles le devaient, sans chercher à comprendre pourquoi elles arrivaient, rendant tout cela floue dans l'esprit de la rousse. C'est là que Loki joua sa diva, comme l'aurait dit Stark s'il avait été là, et insulta Strange en disant qu'il se prenait pour un sorcier mais qu'il n'était qu'un amateur, et qu'il allait lui régler son compte. Le maître des arts mystiques perdit patience, faisant avancer son portail qui engloutit le trio, lançant un dernier regard à sa petite amie.
Ils arrivèrent dans une étendue d'herbe immense, Loki se mangeant le sol sous les yeux des deux autres. Naélie lui tourna aussitôt le dos, apercevant une silhouette courbée près de la falaise, regardant la mer qui s'offrait aux yeux de tous. La rousse prévint les deux frères qui rejoignirent leur père. Ils discutèrent un instant, tandis que la jeune femme se tenait à l'écart, laissant la famille dans son cercle et ne voulant pas s'imposer pour l'instant. Le Père de Toutes Choses semblait mal en point, et il était difficile de dire qu'il s'agissait d'un dieu âgé de plusieurs millénaires. Il faisait terriblement humain, pour être honnête. À un moment, il se tourna, regardant le rocher derrière lui pour s'y asseoir, et il lui fit un signe, à elle, de s'approcher à son tour.
Une fois à la hauteur des trois hommes, Naélie se plaça à côté de Loki, examinant le visage vieillit d'Odin, fixé sur la mer. Il allait mal, cela se voyait. Thor s'excusa, sachant qu'ils avaient, Loki et lui, déçu leur père, mais Odin balaya cela en annonçant que le Ragnarok était à leurs portes, ce à quoi le blond répondit qu'il avait tué Surtur, empêchant ainsi la fin des mondes.
- Elle va venir.
- Père, de qui parlons-nous ?
- La déesse de la mort. Mon premier enfant. Votre soeur.
Thor et Loki se jetèrent un regard surpris tandis que Naélie fouillait dans sa mémoire, essayant de se remémorer les informations qu'elle avait lues sur Internet et dans les livres. Dans le culte des peuples nordiques, elle aurait juré qu'Hela n'était pas la fille d'Odin, mais étant donné que les humains ne connaissaient pas mieux la vie des Ases qu'eux même, elle préféra se taire et laisser le Père de tout chose leur expliquer pourquoi il avait été contraint de retenir sa fille aînée sous son pouvoir. Maintenant qu'il était sur le point de mourir, elle n'allait pas tarder à ré apparaître. Il anéantit les espoirs du dieu du tonnerre en disant qu'ils n'allaient pas pouvoir se débarrasser de la folie meurtrière d'Hela facilement.
- Vous allez devoir la combattre seuls. Je vous aime mes fils.
Cette phrase fit relever la tête de Loki qui regarda celui qui l'avait élevé avec espoir et étonnement mêler. Naélie sentit bien qu'il était soulagé qu'après tout ce qu'il ait pu faire, cet homme continuait à l'aimer comme son propre fils. Odin demanda aux deux jeunes hommes de se souvenir de ce pays comme étant le leur, celui dans lequel étaient nées leurs légendes. Puis il se tourna vers Naélie.
- Je vous ai mal jugée lorsque vous êtes venue sur Asgard. Vous êtes une personne puissante, Dame Naélie. Prenez soin de mes fils.
La jeune femme écarquilla les yeux, regardant tour à tour les deux concernés, et hocha la tête, promettant de respecter la dernière volonté du Roi d'Asgard. Et après cela, le dieu disparu dans une pluie d'or sous les yeux de ses fils qui se levèrent, comme pour la suivre jusqu'au bord de la falaise. Odin venait de mourir. Naélie resta à sa place, silencieuse et peinée. Le tonnerre se mit à gronder, les nuages d'orages s'amoncelèrent au-dessus de leurs têtes, preuve du chagrin de Thor. Et lorsque Loki tenta de le calmer, le blond se tourna vers lui, l'accusant de ses maux. Mais ils n'eurent pas le temps de partir plus loin dans la dispute. Un portail sombre s'ouvrait peu à peu, près de l'endroit où eux-mêmes étaient arrivés quelques minutes plus tôt. Ils se regardèrent tous les trois, puis prirent la décision de s'avancer. Cependant, au moment de dépasser la rousse, Loki lui chuchota de rester en arrière.
- Tu n'es pas en tenue pour combattre, se justifia-t-il en regardant sa robe et ses bottines.
- Saches que s'il le faut, je peux me battre dans cette tenue, idiot, cracha la jeune femme, rejoignant Thor.
Les deux dieux se changèrent alors, Loki revêtant sa tunique verte typique d'Asgard, Thor frappant le sol de son parapluie, arborant son armure et sa cape, Mjolnir à la place de l'objet qu'il tenait précédemment en main, la transformation se faisant dans des éclairs. Naélie, entre eux, fixée par eux, tendit les bras et entrechoqua ses bracelets, un poignet retourné au-dessus de l'autre. Aussitôt, elle fut recouverte par une combinaison noire au fils d'or. Loki écarquilla les yeux le temps d'un instant, tandis qu'elle lui affichait un sourire satisfait, puis leurs regards se reportèrent sur le portail, maintenant à taille humaine. Une femme grande et mince, entièrement vêtue de noir et argent, finit par en sortir. Ses longs cheveux noirs flottant autour de son visage, elle marcha gracieusement sur quelques mètres, s'arrêtant pour regarder l'étrange trio.
- Alors il est mort, lâcha-t-elle, sans recevoir aucune réponse. C'est vraiment dommage, j'aurais aimé voir ça.
- Je suis Thor, fils d'Odin.
- Vraiment ? Tu ne lui ressembles en rien.
- On peut sûrement trouver un arrangement, s'exclama Loki, diplomate.
- Toi, tu parles comme lui, répondit celle qui devait être Hela.
Naélie se serait bien mise à rire si la situation n'avait pas été celle-ci. Celui qui ne partageait pas le sang du défunt roi serait celui qui lui ressemblait le plus, alors ? La bonne blague. Comme quoi, il ne fallait pas se fier à la génétique. Hela dévisagea le brun qui lui faisait face, puis dans un sourire mauvais, elle lui ordonna de s'agenouiller.
- C'est à moi que tu parles ? s'insurgea Loki.
Lui qui avait l'habitude de lancer cette phrase à tout-va, cela devait lui faire drôle qu'on l'adresse à sa personne. Hela fit alors apparaître une épée, sortie de nulle part, et réitéra son ordre, non sans oublier d'ajouter ceci :
- Devant votre reine.
- Je ne plierais jamais le genou devant vous. En plus, je ne suis pas une Asgardienne. Vous n'êtes pas ma reine, clama Naélie, enlevant ses bracelets qui vinrent se greffer à sa ceinture.
- En gros, ça veut dire "hors de question", expliqua Thor en lançant Mjolnir.
Mais il fut rattraper, d'une seule main, par la déesse, sous les yeux ahuris des trois autres, et lorsque Thor murmura que c'était impossible, Hela se moqua en lui disant qu'il n'avait aucune connaissance de ce qui était possible. Puis elle détruisit le célèbre marteau du dieu, qui tomba en miette dans l'herbe, avant de passer lentement ses mains sur son crâne, ses cheveux se transformant en plusieurs picots.
- Oh mon dieu, c'est un hérisson ? s'exclama Naélie sans le vouloir, s'attirant un regard noir des trois dieux.
Mais très vite, Thor se désintéressa de son amie et se re concentra sur Hela. Il aurait dû comprendre qu'ils ne s'en sortiraient pas, et écouter son frère qui ordonnait l'ouverture du Bifröst, au lieu de se jeter sur sa soeur, mais non, il n'en fit qu'à sa tête au moment où ils furent happés par la lumière arc-en-ciel. Naélie mit un moment avant de se stabiliser, très peu habituée à ce mode de transport, et elle vit Thor passer au-dessus d'elle et de Loki. Ce dernier attrapa le poignet de la jeune femme pour la remonter à sa hauteur, la maintenant dans ses bras malgré qu'elle se débattait. Mais le blond attira leur attention vers le bas, voyant que la déesse de la mort les avaient suivis. Le brun lança l'une de ses dagues sur elle, mais elle la retourna à l'envoyeur qui eu juste le temps de lâcher Naélie et de la pousser vers le haut, avant de disparaître à travers la barrière de couleur.
- LOKI ! hurla la jeune femme, maintenant en face-à-face avec la psychopathe.
- Alors, misérable petite Midgardienne. À nous deux !
Naélie voulut l'attaquer avec une boule de feu, au lieu de quoi elle reçu un coup d'épée dans la jambe et traversa à son tour le Bifröst. Cela ne se fit pas sans douleur, et elle manqua de s'évanouir sous l'intensité de celle-ci. Soudain, tout se stoppa, et elle dégringola dans le vide, perdant connaissance une bonne fois pour toute, sans pouvoir ralentir sa chute. La dernière chose à laquelle elle pensa fut qu'elle n'aurait jamais dû quitter son lit, ce matin-là.
