Mai 2018
Partie 6 - Chapitre 1
Elle ouvrit doucement les yeux, aveuglée par une lumière vive. La surface sur laquelle elle était allongée était moelleuse, et quelque chose la couvrait, signe qu'elle avait été récupérée par quelqu'un. Naélie se redressa d'un bond, sentant sa tête lui tourner, et remarqua que ses bras étaient nus, à l'exception de ses bracelets. Bracelets qui n'étaient pas censés être là, mais à sa ceinture. Cependant, ce n'était pas sa combinaison qu'elle portait, mais une sorte de robe imitant les chitons grecs. D'une couleur verte, enserrée aux épaules par des broches dorées, et à la taille par une ceinture tressée. La rousse se leva précipitamment et examina les lieux dans lesquels elle se trouvait.
Une chambre, très spacieuse, richement décorée, mais qui ressemblait étrangement à l'intérieur d'un vaisseau spatial. Une baie vitrée occupait l'entièreté du mur à sa gauche, et celui qui lui faisait face abritait une porte, certainement celle qui donnait sur l'extérieur. À droite, une deuxième porte, ouverte celle-ci, laissait voir une salle de bain. Et il y avait du mouvement dans cette dernière. Paniquée, Naélie chercha quelque chose qui pourrait lui servir à frapper si on s'en prenait à elle, mais le temps lui manqua et très vite, une femme certainement pas plus âgée qu'elle sortit. La première chose que remarqua la rousse fut ses cheveux relevés sur le haut de son crâne dans une coiffure semblable à celle de Marge Simpson, la couleur pour seule différence. Et elle portait une robe légère entièrement de couleur or. Lorsque leurs regards se croisèrent, elle se figea totalement, tenant un linge humide dans ses mains.
- Vous êtes réveillée...
Et elle se précipita vers la porte de sortie sans laisser le temps à Naélie de bouger le moindre membre. Celle-ci regarda la porte se refermer en claquant, médusée par la réaction quelque peu excentrique. La rousse se dirigea à son tour vers la sortie et constata avec joie que ce n'était pas verrouillé et elle quitta la chambre à son tour, arrivant dans un couloir aux couleurs de fer et rouge. Elle pesta un instant contre la robe qui traînait par terre, trop longue d'au moins dix, voir quinze centimètres, puis s'engagea dans cet endroit inconnu. C'est alors qu'elle sentit une présence se glisser derrière elle, et au moment où elle se retourna, elle reçu un coup sur le crâne, n'ayant pour unique effet de lui faire vraiment très mal.
- Merde, je comptais t'assommer, fit la jeune femme à l'origine du coup.
- Bon sang, pourquoi avoir fait ça ? C'est douloureux !
- Pour te ramener dans la chambre le temps que le Grand Maître soit prêt à te recevoir.
- Qui c'est ça, le Grand Maître ?
- Le souverain de cette planète.
- Il fallait demander, au lieu d'essayer de m'assommer !
- Ouais, bah, vous n'êtes pas tous du genre à obéir quand vous arrivez ici.
- Qui es-tu ?
- Je m'appelle Brunehilde, mais personne ne me nomme ainsi. Ici, je suis Scrapper 1.4.2.
- Et moi Naélie Ignis. Du coup, nous sommes sur quelle planète ?
- Sakaar.
La dénommée Brunehilde l'invita ensuite à regagner sa chambre, un sourire qui ne laissait pas place à la discussion sur le visage. Se massant le crâne, la rousse obéit, détaillant l'autre. Brune, la peau halée et une tenue qui semblait tellement plus confortable que celle qu'elle portait. En plus, maintenant qu'elle y regardait de plus près, le décolleté était si plongeant qu'il lui arrivait presque au nombril. Elle attrapa les pans de la robe qu'elle resserra autour de sa poitrine.
- Tu es une dure, toi.
- Pourquoi dis-tu ça ?
- Tu es tombée sur mon vaisseau alors que j'étais en vol. Et tu es en vie.
- Ah. Et donc c'est toi qui m'a ramenée ici ?
- Ouais. Tu portais une combinaison noire, mais quand on essayait de toucher tes mains, on se brûlait. Puis tes bracelets se sont décrochés de ta ceinture pour se remettre à tes poignets. Les esclaves ont aussi pris ta robe pour la remplacer par celle que tu portes.
- Où est ma combi ?
- Dedans. C'est un bijou de technologie, ce truc-là.
Naélie approuva en repensant à Shuri, qui s'était démenée pour lui offrir ces "bijoux". Une fois retournée dans la chambre, la rousse tourna en rond, cherchant à se souvenir de ce qu'il s'était passé après l'apparition d'Hela. Il fallait qu'elle retrouve Thor au plus vite, en espérant qu'il ait pu en réchapper. Et Loki aussi... Cette déesse semblait folle à lier. Une vraie psychopathe. C'est alors que Brunehilde revint, lui disant que le Grand Maître était prêt pour la voir.
Elle fut conduite par la femme qui se trouvait dans la salle de bain dans ce qui devait être la salle du trône... Ou ce qui y ressemblait le plus, en tout cas. C'était bondé. On aurait dit que chaque peuple extraterrestre était représenté ici, et certains étaient vraiment étranges. Dignes de Men In Black. Dieu, était-ce vivant ce truc gluant au sol ? Ah oui, apparemment ça l'était. La femme marchait vite, mais avec des petits pas, à cause de la longueur de sa robe d'or trop serrée autour de ses jambes. Très vite, elle fit face à un homme de grande taille, grisonnant et ayant un trait de peinture bleue courant sur son menton depuis sa lèvre inférieure. Il paraissait... extravagant. Et il l'était, bien sûr. La première chose qu'il fit en voyant les deux jeunes femmes s'approcher fut de dégager la personne avec qui il discutait et venir à leur rencontre, congédiant celle à la robe dorée.
- Qu'avons-nous là ? Un magnifique spécimen, je dois dire. Êtes-vous une "elle" ?
- Qu'est-ce que vous racontez ? s'exclama Naélie, pas vraiment flattée par ce qui devait être un compliment dans la bouche du souverain.
- Êtes-vous une "elle" ? Ou un "il" ?
- Je suis une femme, si c'est là le sens de votre question.
- Une "elle", formidable. Vous êtes ravissante dans cette tenue. Voulez-vous vous joindre à moi ? J'allais justement passer du bon temps avec quelques "elles", dans ma suite.
- Vous n'êtes quand même en train de me proposer ce que je pense que vous me proposez ?
- NAÉLIE ! s'exclama soudain une voix derrière elle.
Le Grand Maître et la susnommée sursautèrent de concert, surpris, puis portèrent leurs regards sur la personne qui avait crié. Le cœur de la rousse bondit dans sa poitrine en voyant arriver Loki à grandes enjambées. La première chose qu'il fit fut de l'attraper par les épaules pour l'enlacer. Bien que troublée par cet élan de sympathie de la part du dieu du chaos, la jeune femme fut soulagée de voir un visage familier et répondit à l'étreinte sans même y réfléchir, plongeant son visage dans le creux de l'épaule de l'homme, toujours aussi grand. Cependant, ce moment ne dura qu'un court instant, interrompu par le Grand Maître.
- Vous vous connaissez ?
- Elle est avec moi, lança Loki sans donner le temps à Naélie de réagir et lui faisant de grands yeux pour lui faire comprendre qu'il valait mieux le laisser parler.
- Oh, ce n'est pas grave. Que dirais-tu, mon cher Loki, de passer un moment tous les trois, dans ce cas-là ?
- Non mais vous êtes obsédé ou quoi ? s'insurgea la rousse en se libérant des bras du dieu qui voulu la faire taire, en vain. Je ne suis pas une chose que vous pouvez vous échanger ou utiliser au gré de vos envies ! Je suis un être humain et j'ai mon mot à dire ! Fichez-moi la paix.
- Ce que mon amie essaye de dire, c'est qu'elle refuse vos avances, Grand Maître, et je suis de son avis, d'ailleurs. Nous permettriez-vous de nous retirer ?
- Faites, faites. Je vous invite tous les deux, ce soir, à ma table.
- Merci beaucoup, répondit le brun en se courbant légèrement, humble.
Loki attrapa le bras de la jeune femme et la tira à sa suite, malgré ses protestations. Il la ramena dans le couloir qu'elle avait emprunté quelques minutes plus tôt, souriant faussement aux gens qu'ils croisaient, et évitant les quelques coups que tentait de lui donner Naélie.
- Arrête de faire l'enfant, tais-toi.
- Tu n'as aucun droit de me dire de me taire, connard. Lâche-moi à la fin !
- Tu ne comprends pas ce qu'il se passe, hein ? finit par dire le dieu une fois arrivés dans un endroit désert.
- Nous avons atterri sur une planète dont le dirigeant est un sale pervers. Il faut que nous partions et retrouvions Thor. J'espère qu'il n'a pas été blessé par Hela...
- Thor est certainement mort, à l'heure qu'il est.
- N'importe quoi. Ça ne fait pas longtemps que nous l'avons laissé dans le Bifröst.
- Je suis ici depuis une semaine, Naélie.
- Arrête de mentir, Loki. Tu as traversé la barrière seulement quelques secondes avant moi.
- Le temps sur cette planète s'écoule différemment.
L'annonce laissa la rousse pantelante, bouche bée. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Une semaine ? Mais qu'est-ce qu'il fichait encore ici ? Il aurait dû tenter de rejoindre son frère au lieu de rester dans cet endroit dépravé. Le brun répondit qu'il n'avait aucun moyen de quitter Sakaar si le Grand Maître n'en donnait pas la permission, et qu'il avait essayé dans un premier temps, avant de se rendre à l'évidence. Quiconque atterrissait sur cette planète y restait jusqu'à la fin de ses jours.
- Je ne te crois pas. Je refuse d'abandonner Thor.
- Il est mort, Naélie. Il est mort et Hela a certainement déjà mis Asgard à feu et à sang.
- Ce ne sont que des spéculations. Tu n'en sais rien. Je vais quitter cette foutu planète et aider mon ami qui est aussi ton frère à vaincre votre soeur.
- Tu n'y arriveras pas.
- Si.
- Naélie... Cette planète bloque la téléportation, soupira Loki en la voyant partir.
Il la rattrapa par le poignet, la suppliant presque du regard. Il lui demanda de se tenir tranquille, de ne pas se faire remarquer, lui expliquant qu'il était rentré dans les bonnes grâces du Grand Maître et qu'avec un peu de chance, il pourrait intervenir en sa faveur pour qu'elle soit bien traitée dans son palais. La fille de feu se dégagea dédaigneusement de la poigne du dieu, lui crachant qu'elle n'avait pas envie de lécher les bottes de ce type.
- Des trois enfants d'Odin, Loki, es-tu sûr que tu es celui qui fut adopté ? Hela et toi possédez une multitude de points communs. Thor ne t'aurait jamais laissé entre les mains de cette folle furieuse, lui.
Elle reprit son chemin, fulminant. Loki restait égal à lui-même. Un égoïste refusant de voir plus loin que sa petite personne. Il avait trouvé la paix ici, alors tant pis si son peuple et son monde était détruit par sa soeur. Naélie retourna dans la chambre mise à sa disposition et y trouva celle qui devait certainement être une servante.
- Mademoiselle. Je suis ici pour répondre à la moindre de vos envies. Le Grand Maître m'a chargée de m'occuper de vous.
- Comment vous appelez-vous ?
- Je me nomme Melodia, mademoiselle.
- Appelez-moi Naélie.
- Comme vous voudrez. Souhaitez-vous quelque chose ?
- Non... Si. Profitez du temps que vous deviez passer à mon service pour faire des choses que vous voulez faire. Je n'ai pas besoin d'une servante.
La rousse partit s'enfermer dans la salle de bain, retirant la robe qu'elle portait et revêtant sa combinaison beaucoup plus confortable et pratique. Elle n'allait certainement pas se tourner les pouces en attendant l'opération du Saint-Esprit. Et elle n'avait pas non plus de temps à perdre. Il fallait qu'elle retrouve son ami pour, si ce n'était pas déjà fait, l'aider à stopper la déesse de la mort.
Pour commencer, il lui fallait mettre la main sur Scrapper 142. Elle avait dit avoir un vaisseau. Si elle parvenait à la convaincre de la laisser partir, ou alors à lui voler son engin, ce serait déjà une bonne chose de faite. C'est ainsi qu'elle se retrouva dans le palais, cherchant désespérément la jeune femme. Elle re croisa Loki qui lui lança un regard empli de regrets, mais qu'elle ignora royalement. Elle trouva la brune à un étage entièrement consacré à un bar, buvant des bières à tout-va, sans modération aucune, et complètement saoule. Ce n'allait qu'être plus facile.
Du moins, c'est ce qu'elle cru. Parce que même dans cet état, Brunehilde la retourna comme une crêpe, un genou sur sa poitrine, l'autre à côté de son corps, ses mains tenant fermement l'un de ses bras en le lui tordant violemment, obligeant la rousse à rendre les armes, la douleur déformant son visage. Bon sang, cette femme n'était pas à prendre à la légère. C'était une vrai combattante.
- La prochaine fois, évite d'essayer de me doubler. Il n'y a aucun moyen de quitter Sakaar. Tu dois te faire une raison, tu es condamnée à vivre ici. Dépêche-toi de t'attirer la sympathie du Grand Maître, sinon, tu ne feras pas long feu.
- Si pour s'attirer sa sympathie, il faut passer par son lit, alors je préfère mourir ici et maintenant, répondit Naélie, la voix étouffée.
- Je me suis battue, personnellement.
- Je peux me battre.
- Tu n'en as pas l'air.
- Chez moi, j'étais une Avenger. Nous défendions la Terre des menaces qui pesaient sur elle.
- Et bien, heureusement que je n'étais pas l'une de ces menaces. Si vous étiez tous comme toi, je n'aurais fait qu'une bouchée de vous. Je suis la meilleure.
- Apprends-moi à me battre comme toi, alors. Dés que j'aurais la confiance de l'autre idiot, je me barrerais d'ici.
- Impossible. Il ne laisse personne partir.
- C'est ce qu'on verra.
La femme au teint halé sourit, relâchant la pression et aidant la rousse à se relever tandis que celle-ci toussotait, se tenant la poitrine endolorie. Il n'en fallut pas plus pour que Scrapper 142 prenne Naélie sous son aile, lui indiquant la direction de la bibliothèque de la tour dans laquelle elle pourrait trouver de quoi en apprendre plus sur Sakaar et ainsi, peut-être, trouver un moyen de quitter la surveillance qui régnait ici.
