Mai 2018
Partie 6 - Chapitre 2
Cinq jours. Cinq putains de jours qu'elle épluchait les ouvrages de la – minuscule – bibliothèque de la tour, sans trouver la moindre information qui pourrait lui permettre de quitter cet enfer. Elle n'en pouvait plus. Dés qu'elle croisait le Grand Maître, il lui faisait des avances à peine dissimulées, faisant jouer ses sourcils pour se donner un air, et elle devait se retenir de ne pas le transformer en un tas de cendres. En plus, durant la seconde nuit qu'elle avait passé ici, quelqu'un était entré en douce dans sa chambre, lui piquant sa combinaison par elle ne savait quel moyen, et elle devait maintenant porter ces stupides robes si elle ne voulait pas se balader en petite tenue. Pas que le souverain aurait été contre, ça, c'était un fait.
Il était tard, et elle avait retrouvé Brunehilde au bar, buvant comme un trou pour noyer son sentiment d'avoir échoué. Elle avait lu tous les livres, tenter de soudoyer tout le monde, mais elle était toujours sur cette planète maudite. Et elle était saoule. Si saoule qu'elle commençait à voir floue. Quelqu'un la ramena dans sa chambre. Et elle se laissa supporter, n'ayant même plus la force de marcher. Arrivée dans la grande pièce, elle s'écroula au sol en éclatant de rire, sans aucune raison.
- Allez, Naélie, relèves-toi, on va te mettre au lit.
- Je veux rentrer chez moi.
- Je sais. Mais ce n'est pas possible, tu dois te rendre à l'évidence.
- Pourquoi tu es méchant ? demanda-t-elle soudain, un sourire béat aux lèvres.
- Je ne suis pas... Disons que je me protège.
- Tu m'as abandonnée. Je t'aimais, et tu m'as abandonnée. Tu as joué avec moi. Je déteste qu'on joue avec moi.
- Je le regrette, Naélie. J'ai surveillé ton évolution, tu sais. Pour savoir comment tu allais, et garder un œil sur toi.
- Tu n'es qu'un menteur, Loki. Tu es le dieu du mensonge, en même temps. Tu ne fais que ça, sans te soucier des autres tant que tu es bien. Comme maintenant, avec ton frère. Tu te fiches de savoir si Thor va bien, tant que toi, tu es traité comme un Prince ici.
Le susnommé leva les yeux au ciel, saisissant les bras de la rousse pour la relever. Il la transporta jusqu'à son lit où elle s'écroula à nouveau, dans un rire. Elle se tortilla un peu, puis attrapa les mains du dieu, le tirant brusquement. Cela eu pour effet de le déstabiliser et il lui tomba dessus, emprisonné entre les deux bras de la jeune femme qui d'un seul mouvement se retrouva au-dessus de lui.
- Pourquoi tu m'as laissée ? Pourquoi tu es parti ? Tu as dit que tu tenais à moi. Et moi, même si je ne le savais pas encore à ce moment-là, j'étais tombée amoureuse de toi.
- J'avais mes raisons.
- Ce n'est pas une réponse, s'écria-t-elle soudain, passant de son état de joie intense à la colère triste.
Des larmes se mirent à dévaler ses joues, et elle se mit à donner des coups-de-poing sur le torse du dieu qui se laissa faire, comprenant qu'elle en avait besoin. Elle répéta qu'elle avait eu besoin de lui, qu'il s'était moqué d'elle, qu'elle aurait voulu voir comment aurait pu évoluer leur relation, et plein d'autres choses jusqu'à ce qu'elle tombe de fatigue, couchée sur le corps de Loki qui ne bougea plus, se contentant de la serrer dans ses bras, le menton posé sur le haut de son crâne.
Le lendemain matin, elle se réveilla seule, dans son lit, sous ses couvertures. Et avec un mal de crâne comme elle n'en avait jamais eu en vingt-cinq années d'existence. C'était la première fois qu'elle buvait à en être saoule à ce point, et elle se promit qu'on ne l'y reprendrait plus. Bon sang, ses pouvoirs de régénération auraient dû l'en préserver, comment pouvait-elle être autant affectée par l'alcool ? Se massant les tempes, elle entreprit la lourde tâche qu'était celle de se lever et de se diriger vers la salle de bain dans l'espoir d'y trouver quelque chose pour calmer les marteaux qui lui frappaient l'intérieur de la tête. Dans son mouvement, elle aperçut un bout de papier sur la table de nuit, et même si l'écriture était soignée, lire lui donna encore plus la migraine. Cependant, elle comprit l'essentiel : elle avait déconné et s'était tourné vers Loki pour qu'il l'aide. Quelle idiote, elle qui s'était juré de ne plus lui adresser la parole après tout ce qu'il avait fait. Pourtant, en lisant le post-scriptum, le rouge lui monta au visage. Comment ça elle était "sexy dans sa robe" ? Elle la trouvait on ne peut plus vulgaire et commençait sérieusement à avoir des envies de meurtre envers la personne qui lui avait dérobé sa tenue. Envers tout le monde sur cette planète, pour être honnête. Et envers l'imbécile qui frappait à sa porte comme si elle était sourde.
- ARRÊTEZ DE FRAPPER ! hurla-t-elle dans une grimace.
- Pardonnez-moi, mademoiselle Naélie. Son Altesse le Grand Maître souhaiterait s'entretenir avec vous et votre ami.
- Quel ami ?
- Maître Loki.
Et il ne manquait plus que cela. Mal de crâne + Loki + Grand Maître = Encore plus mal au crâne et tentative de meurtre assurée. Elle fouilla partout. Mais vraiment partout. Ils n'étaient pas fichus d'avoir un quelconque remède contre la gueule de bois sur Sakaar. Super. C'est en traînant des pieds et gémissant lorsque quelqu'un venait lui crier bonjour dans les oreilles qu'elle se rendit dans la salle du trône, ou qu'importe le nom de cette pièce qui ressemblait plus à un hall lors de journée portes-ouvertes. Le prince d'Asgard se trouvait déjà aux côtés du souverain et parlait de façon animée avec lui, renforçant l'envie de Naélie de déguerpir au plus vite.
- Ah, vous voilà. Je discutais avec votre ami du fait que malgré votre relation, vous ne viviez pas dans le même appartement, attaqua le Grand Maître en s'approchant d'elle, mains tendues comme pour lui attraper les siennes.
- Nous aimons notre espace, répondit simplement la rousse en l'esquivant.
- Oh. Je trouve ça étrange, très étrange. Tu ne trouves pas Topaz ?
- Si, rétorqua la femme qui se trouvait derrière le souverain. Vous devriez les punir.
- Non, non. Je me dis... Si vous ne partagez pas le même lit, peut-être pourrions-nous...
- NON, s'exclama Naélie, coupant la phrase du grisonnant avant qu'il ne lâche une énième suggestion perverse.
- Dans ce cas, vous ne verrez aucun inconvénient à partager la même chambre, n'est-ce pas ?
- Grand Maître, intervint Loki, je pense que nous avons besoin de cette distance.
- Et moi, j'ai besoin d'une chambre pour mon nouveau compagnon.
Les deux étrangers se regardèrent avec panique. Comment se sortir de ce mauvais pas ? Il fallait trouver un moyen, au plus vite. Hors de question qu'elle partage sa chambre avec ce dieu de pacotille. Jamais.
Bien évidemment, ils n'eurent pas le choix. C'est ainsi que Naélie se retrouva avec Loki dans les pattes. Quelle poisse. En plus, il se permettait de "visiter" ses nouveaux appartements, sans gêne aucune. À croire que cette situation lui plaisait.
- Je suppose qu'il est exclu que nous dormions ensemble.
- Et comment que c'est exclu. Débrouille-toi, mais tu ne poseras pas un pied dans mon lit.
- T'inquiètes pas. J'ai de quoi tenir.
D'un tour de main, un deuxième lit apparu, dans un coin de la pièce, avec un paravent et tout le confort dont on pouvait rêver. Le tout sous les yeux neutres de Naélie qui, à l'intérieur, jalousait cette capacité d'obtenir tout ce qu'il voulait. En plus, le matelas semblait tellement plus confortable que le sien...
- La salle de bain, je suis prioritaire, décréta la rousse en croisant les bras.
- Tu ne vas pas m'obliger à faire ça quand même ?
- Faire quoi ?
Loki soupira, mais son sourire narquois ne le quitta pas et aussitôt, une douche et une nouvelle pièce apparurent de son côté de la chambre. Ok. Donc, il avait sa salle de bain privée, lui aussi. Génial, comment être ridiculisée en deux tours de passe-passe ? Demandez à Loki. C'est alors que la jeune femme, de mauvaise foi, expliqua que bientôt, il pourrait jouir de cette chambre pour lui tout seul, par ce qu'elle allait quitter Sakaar dans peu de temps.
- Ce n'est pas ce que tu me disais, hier.
- Et que t'ai-je donc dit, hier ?
- Que tu étais amoureuse de moi et que tu m'en voulais.
La jeune femme serra ses doigts autour de ses bras. Elle lui avait vraiment dit ça ? Et merde. Elle était bête ou quoi ? Pourquoi est-ce qu'elle lui avait révélé ce détail aussi important ? Et en plus, il paraissait fier de le savoir. Elle décida d'ignorer le dieu avec qui elle était maintenant contrainte de co-habiter. Lui tournant le dos, elle attrapa ce qui se trouvait sur son lit, et constata avec la plus grande des joies qu'il s'agissait de son uniforme, propre et repassé.
- Il n'y a pas de quoi, s'exclama Loki avant de séparer définitivement la chambre en deux.
Et c'est là que Naélie se rendit compte qu'elle venait de se faire rouler dans la farine. Il avait gardé la baie vitrée, ainsi que toute la luminosité qu'elle offrait, ce salopard ! Elle se précipita vers la porte qu'il avait créé pour pouvoir avoir accès à l'extérieur, et frappa à celle-ci en réclamant sa fenêtre. Le dieu vint ouvrir brusquement.
- J'estime avoir droit à cette fenêtre.
- C'était ma chambre, à la base.
- Je t'ai retrouvé ta combinaison.
- Et alors ?
- C'est ma récompense.
- Rends-moi ma luminosité !
- Allume un feu.
Et il clapa la porte, laissant Naélie immobile, fixant celle-ci d'un air ahuri. Avait-il réellement osé ? Il ne manquait pas d'air, cet idiot. Quel culot ! Monsieur je suis un dieu, le plus puissant, le plus apte à vous diriger, celui à qui vous devez obéir sans rechigner, le plus-ci, le plus ça, le plus beau. Beau ? Oui, c'était indéniable, Loki était foutrement beau. Mais le physique ne primait pas, pour Naélie. Alors le dieu pouvait être le plus sexy possible, il était hors de question qu'elle puisse avoir ce genre de pensée pour lui.
La nuit qui suivit, il lui arriva une chose qu'elle n'avait plus vécu depuis l'année où Loki était soi-disant mort. Il lui rendit visite, en rêve, et tenta de s'expliquer avec elle. Ce ne fut pas chose aisée, la jeune femme tentant de le virer de sa tête, sans succès. Elle ne voulait pas lui parler. Elle le voulait loin d'elle. Et pourtant...
Une semaine supplémentaire s'écoula. Et il ne passa pas un jour sans que, en parallèle de ses séances d'entraînement au combat à l'épée qu'elle effectuait avec Brunehilde, ou Scrapper 142, qu'importe le nom, la rousse n'effectue des recherches pour s'enfuir. Cela n'avait évidemment pas plu au Grand Maître, ni à son chien de garde qui lui avait donc suggérer une sanction. Et voilà maintenant que Naélie se trouvait affublée d'un fichu implant lui envoyant des décharges électriques on ne peut plus puissantes chaque fois qu'elle s'approchait d'une porte menant à l'extérieur du palais. Ce simple fait la rendait totalement dingue. Enfermée, incapable de rentrer chez elle, sans nouvelles de Thor depuis deux semaines, ignorant le sort actuel du monde ni si Hela était parvenue à ses fins. Parfois, il lui arrivait de passer la nuit à mettre au point tout un tas de plans plus foireux les uns que les autres. À croire que son cerveau était parti en vadrouille au moment où elle avait pénétré l'atmosphère de cette planète.
Deux semaines jour pour jour après son arrivée, Naélie craqua pour de bon. Elle balaya tout ce qui lui tombait sous la main, de la lampe de chevet au petit bout de papier qui traînait là. Alerté par le vacarme, Loki sortit de sa partie de la chambre et tenta de la calmer, en vain. Tout ce qu'il récolta fut une pluie d'oreillers dans la figure, et un débris, également, qui lui entailla la joue. Voyant cela, la rousse finit par se reprendre, et s'excusa mille fois auprès du dieu en se mettant à pleurer.
- Là, ça va aller... la réconforta ce dernier, parvenant à l'approcher sans plus de mal pour la prendre dans ses bras.
- Pourquoi Loki ? Pourquoi m'empêcher d'aider ton frère ?
- Je ne veux pas te perdre. Encore.
- Tu ne m'as pas perdue la première fois. Tu m'as délibérément éloignée. Rejetée. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même.
- Je sais. Mais je veux recommencer à zéro avec toi.
- C'est trop tard. Je suis avec Stephen, je l'aime. Et il ne m'a jamais abandonnée, lui.
- La petite pique bien placée, merci Naélie.
Elle le repoussa soudain, lui disant que c'était mérité. Mais aussitôt eut-elle fait cela qu'il se jeta littéralement sur ses lèvres, l'embrassant avec toute la passion dont il pouvait faire preuve, et malgré qu'elle se débattit, la rousse baissa rapidement les armes, se maudissant intérieurement de céder si facilement à cette pulsion. Loki. Son Loki. C'était tout ce qui comptait à cet instant précis.
