Avril 2022
Partie 8 - Prologue : Bonus 3
Naélie n'était pas du tout, mais alors là pas du tout à l'aise dans cette tenue légère que lui avait prêté Natasha. Tout ça pour une mission. Très drôle, vraiment, très drôle. La robe lui arrivait à ras des fesses, la forçant à tirer dessus le plus souvent possible, quand personne ne la regardait, pour être certaine de ne pas dévoiler quelque chose par inadvertance. En plus, elle était maquillée outrageusement et ça ne lui plaisait vraiment pas. Pourquoi avait-elle accepté de jouer ce rôle déjà ?
L'acte de sa cible le lui rappela. Il fallait qu'ils arrêtent cette brute le plus vite possible, avant qu'il ne s'en prenne encore à quelqu'un, comme c'était le cas à l'instant même. Le pauvre homme qui avait eu le malheur de renverser un peu d'eau sur la table gisait maintenant au sol, le nez en sang après avoir été violemment plaqué sur le bois. La jeune femme tourna le dos à la scène, soupirant en parlant discrètement à son oreillette.
- Les gars, faites-moi plaisir. Si jamais ce type fait un pas de travers, descendez-le sans cérémonie.
- Depuis quand es-tu violente, Diablesse ? fit la voix de Steve.
- Depuis que je vous côtoie, Ballerina. Merde, cible en approche.
Elle coupa la communication, portant son verre à sa bouche, tout en regardant du coin de l'œil le chef de la mafia s'asseoir sur le tabouret à côté d'elle après en avoir viré l'homme qui s'y trouvait. Il était assez petit, pour un type aussi redouté, si bien qu'en le voyant dans le bar, Naélie avait été déçue. Il devait certainement avoir voulu combler les centimètres qu'il lui manquait par la cruauté dont il faisait preuve. Son chapeau vissé sur la tête, son costard italien réajusté sur lui pour ne plus laisser paraître un pli, il commanda un whisky sec avant de se tourner vers sa voisine.
Bon, le profil était parfait, visiblement. Natasha aurait pu se charger de cette mission. Elle en avait l'habitude, et les capacités. Mais elle avait demandé à son amie de le faire à sa place, le type visé aimant les blondes et la Russe ayant laissé pousser ses cheveux qui avaient repris leur teinte naturelle. Il n'aurait pas été dupe d'une perruque. Le poisson venait de mordre à l'hameçon. Il entama la discussion avec Naélie qui pour le piéger correctement, le fit boire un maximum, détournant son attention lorsqu'elle finissait ses propres verres. Elle ne devait pas se saouler, elle, sinon, c'était foutu, mais il devait le croire.
Quand les mains du mafieux remontèrent sur les cuisses de la jeune femme, elle se servit de ce qu'elle avait appris aux entraînements du Shield. Ne surtout jamais rien laisser paraître. Elle ravala sa grimace de dégoût, jouant le jeu en éclatant de rire après la blague – nulle, cela va de soi – du type. Elle-même passa ses mains sur le corps de la cible, se penchant à son oreille pour lui faire une proposition qu'elle n'aurait jamais faite dans la vie normale, mais que l'autre accepta sans surprise.
Elle lui attrapa la main, le conduisant hors du bar tout en jouant la fille bourrée et aguicheuse. Arrivés sur le parking, elle fit mine de ne plus savoir où elle s'était garée et le laissa continuer un instant. Juste le temps d'être entouré par Steve et Natasha à droite et à gauche, Rhodey et elle-même devant et derrière.
- Bien. Monsieur Ernesto Paoli.
- Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que...
- Mon vieux, vous allez nous suivre et parler.
- Comptez dessus, râla le mafieux avant de s'écrouler, ivre mort.
- Et il espérait me ramener dans une chambre d'hôtel ? lâcha Naélie après quelques secondes de silence.
Le quatuor ramena l'homme au QG, dans une salle d'interrogatoire où se fut l'ancienne espionne russe qui reprit le flambeau une fois qu'il se réveilla. Elle passa plusieurs heures à l'interroger avant qu'il ne lâche finalement le morceau sur la cargaison qui allait arriver le matin même. Des tonnes de drogue dissimulées subtilement dans des voitures. Même avec une demi-population, les magouilles persistaient. Le monde ne saurait être bon s'il restait des hommes pareils dans la circulation. Thanos s'y était vraiment mal pris. Il aurait mieux fait de souhaiter la disparition de personnages tels que ce Paoli, au lieu de vouloir que les morts soient aléatoires.
- Tu es sexy comme ça, la complimenta Natasha.
- Tu n'as pas arrêté de me le dire pendant que tu me préparais, Nat, soupira la blonde en rabaissant cette saloperie de robe sous le regard amusé de son amie.
- Heureusement que Lucas n'a pas accès à cette partie du bâtiment, il serait traumatisé à vie, fit la voix de Rhodey derrière elles.
Cette réflexion lui valu un doigt d'honneur de la part de la blonde et un rire de la part de la rousse. Steve arriva juste après, les félicitant pour le bon travail. Les données avaient été transmises aux autorités compétentes et sûres. L'enquête avait commencé bien avant. Il leur avait fallu faire des recherches sur l'unité qui s'occuperait d'arrêter le mafieux et sa bande, s'assurer qu'ils n'étaient pas ripoux. Et ils en avaient trouvé, des ripoux, qui croupissaient maintenant derrière les barreaux, bien que cela n'avait pas été une mince affaire tant ils avaient du pouvoirs.
- L'équipe d'extraction arrive d'ici dix minutes, les informa le blond. Je vais le surveiller pendant ce temps-là. Naé, profites-en pour te changer, si tu le souhaites. Tu n'as pas l'air à l'aise du tout, ricana le Super Soldat.
- Toi, vieillard, tu vas me le payer, répondit la jeune femme en le dépassant non sans lui donner un coup d'épaule qui devait plus ressembler à une caresse vu la force de la blonde par rapport à celle de l'homme.
- J'attends de voir, Diablesse.
Elle regagna sa chambre, enlevant sa robe dès que la porte fut fermée, et se dirigea vers sa salle de bain sans plus tarder, enlevant le maquillage qui la déguisait. Elle savoura l'eau chaude et la sensation de bien-être sur sa peau. Cette après-midi, elle allait devoir se rendre à l'école de Lucas pour voir sa directrice après une altercation qu'avait eue le garçon avec l'un de ses camarades de classe. C'était la première fois qu'elle allait devoir gérer ce genre de chose et elle ne savait pas ce qui lui faisait le plus peur. Ça ou les missions qu'elle enchaînait depuis qu'elle était devenue Hestia et une agente du Shield, près de huit ans plus tôt ?
- Naélie ? entendit-elle à travers la porte de sa salle de bain personnelle.
- J'arrive, une minute.
Elle se dépêcha de sortir de sa douche, épongeant ses cheveux qu'elle laissait elle aussi repousser depuis quelques années et qui lui arrivaient au creux du dos. Rapidement, elle attrapa un peignoir et l'enfila pour aller voir la personne qui voulait lui parler.
- Désolée de t'avoir interrompue. On a un problème, lui fit Natasha qui s'était assise sur le lit.
- Avec la mission ?
- Oui. La drogue est passée. Nous ne savons pas où elle se trouve maintenant.
- Pardon ? C'est une mauvaise blague, j'espère ! Nous avions toutes les informations, l'heure, l'endroit exact, les personnes, tout ! Que s'est-il passé ? s'exclama la blonde en fronçant les sourcils.
- Des ripoux passés entre les mailles du filet.
La plus jeune des deux pesta contre ces flics corrompus, se massant les tempes en essayant de trouver une solution pour éviter un maximum que les produits illicites circulent dans le pays. Mais la rousse se leva, venant lui prendre ses poignets pour attirer son attention en lui demandant de se concentrer sur Lucas et le rendez-vous auquel elle devait se rendre d'ici deux heures.
- Je ne peux pas vous laisser gérer ça seuls, je vais repousser l'entrevue et...
- Non, ma belle. Ça ira, voyons ! Tu nous rejoindras plus tard et on te briefera sur ce que nous aurons trouvé. Allez, prépares-toi avant de te mettre en retard.
- Tu es sûre, Nat ?
- Mais oui ! la rassura l'ancienne espionne avec un clin d'œil avant de se diriger vers la porte.
Mais avant de sortir, elle se retourna vers sa meilleure amie en lui disant qu'elle serait parfaite dans sa robe rouge pour l'entrevue avec la directrice.
La jeune femme ne pouvait empêcher son pied de frapper le sol à un rythme effréné. Elle se rongeait les ongles, lançait des regards fréquents à l'horloge qui pendait au centre du plafond, écoutait les bruits typiques qu'une école pouvait émettre. Elle était vingt minutes en avance, pour être certaine de ne pas manquer le rendez-vous. Steve lui avait dit que ce n'était pas nécessaire, mais elle avait prétexté ne pas vouloir être prise dans les embouteillages ou une quelconque autre situation inattendue qui aurait pu la mettre en retard. Et la voilà dans ce couloir où bientôt, une centaine d'enfants allait déferler pour se rendre au réfectoire afin de manger.
Justement, la cloche sonna et à peine deux minutes plus tard, les enfants se ruèrent dehors, certains ne prenant même pas la peine d'enfiler leur manteau. Même si c'était le mois d'avril, l'air était encore très frais, dehors. Lucas sortit à son tour, traînant des pieds jusqu'à apercevoir sa tutrice. Il vint à sa rencontre, les yeux baissés et serrant sa boite à tartine contre lui.
- Salut mon grand.
- J'espérais que tu sois en mission, pour la première fois depuis que je vis avec toi, Nana.
- J'ai bien failli. Alors ? C'est Rocket qui m'a expliqué que j'étais convoquée après que tu en ais parlé avec Nat, mais je n'en sais pas plus. Si tu me racontais avant d'entrer dans le bureau ?
- C'est un gars de la classe. Il se moquait de vous en disant que vous aviez été incapables de sauver le monde. Sa maman a disparu. Il vous tient pour responsables indirects, lui expliqua le garçon sans lui jeter un regard. Du coup, je l'ai frappé et on en est venu à se battre. Apparemment, il a le nez cassé.
Là, Naélie ne savait pas vraiment quoi dire. Lucas n'aurait pas dû donner le premier coup, les autres n'auraient pas suivit, mais était-ce normal que l'autre gamin ne soit pas lui aussi puni ? Après tout, c'était cet idiot qui l'avait cherché, c'était injuste qu'il n'ait pas reçu de sanction. La jeune femme s'abaissa à la hauteur du petit bagarreur et posa sa main sur sa joue dans un geste tendre.
- Tu sais, Lucas... Ce garçon doit être très triste de ne plus avoir sa maman. Et comme il sait que tu vis avec ceux qui auraient pu éviter qu'elle disparaisse, il a reporté sa tristesse et sa colère sur nous en te le montrant.
- J'aurais dû le laisser dire ?
- Non, mais tu aurais dû... essayer de discuter. Ne pas te battre.
- C'est une brute, de toute façon. Si j'avais essayé de parler, ça aurait quand même fini ainsi. Et c'est lui qui aurait donné le premier coup, bouda le garçon aux cheveux d'ébène.
- Mademoiselle Ignis ? fit une voix dure derrière elle.
La jeune femme n'aimait pas la directrice, Madame Hoper. Si l'école n'avait pas déjà été celle dans laquelle se trouvait Lucas avant le snap, c'est sûr qu'elle ne l'y aurait jamais réinscrit. Mais bon, c'était le choix des Culis, alors elle avait mordu sur sa chic chaque fois que la vieille femme acariâtre lui adressait un regard mauvais.
Encore une fois, la discussion partit sur le fait que les Avengers n'avaient pas pu sauver sa petite-fille adorée, partie en poussière devant elle alors qu'elle la gardait. Maintenant, son fils ne lui adressait plus la parole et blablabla. Naélie finit par demander à Lucas de sortir, désirant parler avec la femme seule à seule. Une fois la porte refermée et s'être assurée que le garçon n'écoutait pas aux portes, elle tourna son regard orageux vers la cheffe d'établissement.
- Vous croyez être la seule à avoir perdu quelqu'un dans cette guerre ? Vous pensez que parce que nous sommes des "héros", fit-elle en mimant des guillemets, nous n'avons pas pleuré nos propres morts ? Que tout cela ne nous atteint pas ?
- Vous devez en avoir l'habitude, pourtant.
- C'est quoi cette réflexion ? Vous pensez que quelqu'un peu avoir une immunité contre la perte d'êtres chers ?
- Qu'avez-vous perdu, vous, dites-moi ? Vous avez votre vie, votre famille !
- J'ai perdu énormément. Mon mari s'est fait briser la nuque devant mes yeux après avoir tenté de tuer Thanos. Mon bébé... J'étais enceinte, durant la bataille au Wakanda. Je ne l'ai su qu'après. Lorsqu'il a été trop tard. J'ai eu une lance plantée dans mon corps, et mon bébé n'a pas survécu. Thanos m'a volé mes pouvoirs. Ceux qui auraient pu sauver la vie de mon enfant. Alors maintenant, osez me dire que je ne sais pas ce que vous pouvez ressentir.
- Je ne savais pas.
- Non, vous ne pouviez pas savoir, parce que vous ne voyez que votre malheur. Et je vous serais reconnaissante de ne pas ébruiter ce que je viens de vous dire, bien entendu.
- Bien sûr.
- Pour ce qui est de Lucas. Je sais qu'il doit être puni, mais qu'allez-vous faire ?
- Il va être renvoyé une semaine. Et il devra effectuer des corvées lorsqu'il reviendra.
- Très bien. Pour ce qui est de l'autre enfant, comment puis-je contacter son père afin de m'arranger pour les frais d'hospitalisation ?
- Je vais vous donner son numéro de téléphone après lui avoir demander son accord.
- Très bien. Au revoir, madame.
- Au revoir, mademoiselle.
Naélie serra la main tendue en lui disant qu'elle était madame Laufeyson, et non mademoiselle Ignis, puis sortit du bureau, annonçant la sentence au garçon qui attendait patiemment sur les chaises. Ils rentrèrent au QG des Avengers, Naélie le laissant dans le salon pour retourner dans sa chambre et laisser couler les larmes qu'elle avait retenue depuis son entrevue avec madame Hoper. Elle fut rejointe par Natasha, quelques minutes plus tard, venue prendre des nouvelles.
- Ce fut si éprouvant ?
- Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, mais quand elle a parlé de ceux qu'elle avait perdu, j'ai...
- Tu as fait de même, c'est ça ? lui demanda gentiment la rousse en s'asseyant à côté d'elle pour lui caresser les cheveux tandis que la blonde hochait la tête. Moi aussi, ils me manquent tous. Mais je ne pourrais jamais savoir ce que tu ressens au fond de toi, pour Loki et votre enfant. Je peux simplement essayer d'être une oreille attentive, ma belle.
Naélie vint se blottir dans les bras ouverts de son amie. La jeune femme se sentait si faible, dans ces moments-là. Elle avait vingt-neuf ans, à présent, mais l'âge et le temps passé ne faisaient rien pour diminuer le chagrin. Il serait toujours présent et elle n'était pas certaine de pouvoir un jour s'en remettre complètement. Peu à peu, les caresses de Natasha descendirent dans le dos de l'autre Avengers qui redressa la tête, plongeant ses yeux embués de larmes dans ceux de son amie. Ce qui suivit fut le fruit d'un chagrin immense, partagé, d'une détresse sans nom dont les deux anciennes agentes du Shield étaient prises, au même titre que les survivants du snap de Thanos.
