Disclaimer: Fire emblem Three houses n'est pas à moi. Je ne fais que m'amuser avec les personnages.
Couple: claurenz
Genre: Hurt/Comfort, Romance, Amitié, soulmates AU
Note: Cette histoire se déroulera dans un univers où la route des cerfs et celle des Lions fusionnent ensemble.
Partie 1: Jeunesse
Ces marques sur son poignet étaient là depuis aussi longtemps qu'il pouvait s'en souvenir. Il avait toujours aimé ces symboles sur sa peau, les retraçant encore et encore de son doigt potelé. Encore et encore, sans s'en lasser, comme si ça avait l'étrange pouvoir de le réconforter quand il était triste ou trop seul.
Il ne les comprenait pas. C'était une écriture d'un autre pays, qu'il ne pouvait pas lire, surtout quand il n'était qu'un bambin de trois ans. Il avait demandé, plusieurs fois, ce que ça voulait dire mais personne ne lui répondait. Que ça soit sa mère, les serviteurs ou son père. Et en fait, il n'avait demandé qu'une seule fois à son père. Et il avait reçut une claque retentissante. Il n'avait plus jamais osé lui poser la question. Et avait eu peur de demander à quelqu'un d'autre.
Sauf à sa mère, mais elle avait trop souvent éludé la question, affirmant qu'il était trop jeune ou qu'il devait le découvrir par lui-même, ou que son père refusait qu'il l'apprenne.
Pourquoi personne ne voulait lui répondre.
Comme si il était une erreur.
Il se souvenait que le regard de son père avait toujours été plein de déception à son égard. Il ne se rappelait pas d'un sourire ou d'un geste gentil de sa part. Il n'avait jamais comprit, même quand sa crête avait été révélé, la raison pour laquelle il n'avait jamais reçut d'affection de son père. Il avait pourtant pensé (espéré) que son père serait heureux mais le froncement de sourcils était l'unique chose dont il se souvenait. De ça, et des regard de dégoûts sur son poignet, comme si il s'agissait d'une chose répugnante.
Ca lui prit plusieurs mois, années, pour comprendre que c'était sa marque d'âme soeur qui dégoûtait son père.
Mais pourquoi?
Pendant un moment l'enfant en lui se révolta. Ce n'était pas juste. Il en voulut même à sa marque et la frotta encore et encore avec une éponge mais ça ne marchait pas. Il ne comprenait pas pourquoi il avait une marque dans une autre langue.
Alors que personne d'autre n'en avait des comme ça quand il voyait les enfants de l'Alliance. (Enfin il le supposait: tout le monde cachait sa marque). Et aucun parents ne traitaient leurs enfants comme ça non (il en eut la preuve des années plus tard). Et son père voulait toujours que sa marque soit cachée par un bracelet bien serré. Pas pour respecter la tradition de cacher sa marque ça tous, sauf à sa famille et à la personne qui lui était destinée. Non. Mais parce que son père avait honte de lui.
Pourquoi lui?
Et puis à cause de son âme soeur, son père ne voulait pas de lui et ne lui témoignait aucune affection. Se contentait de le critiquer et de le faire travailler encore et encore, pour atteindre la perfection, seule chose pouvant surpasser ''la honte sur ton poignet'' selon ses mots.
Ce n'était pas juste.
Il ne voulait pas ça.
Pourquoi ne pouvait-il pas être traiter comme les autres?
Sa mère tenta de tempérer les choses. «Les âmes sœurs sont la choses la plus précieuse qui soit. Vous partagez un lien d'âme. Elle ne te blessera jamais.
- Père me déteste à cause d'elle. Ce n'est pas juste! Je n'ai rien fait de mal!
- La déesse a choisi cette personne pour toi, pour te rendre heureux. Cette personne t'aimeras et te respectera. Elle est née pour te compléter. Comme dans les contes et les légendes. Vous êtes destiné à vous rencontrer.» Elle lui passa la main dans ses cheveux, maudissant son époux d'avoir interdit qu'on traduise l'inscription ou qu'on dise la langue dans laquelle elle écrite le nom.
«A quoi bon? Il ne la rencontrera jamais! Il n'ira jamais à Almyra et ce n'est pas comme si un sauvage almyrian pouvait lire le foldian et venir ici non?» avait-il tonné quand elle avait protesté.
C'était cruel, il pensait agir pour le bien de son fils mais en fait, c'était surtout pour le sien, pour ses propres projets. Et ses espoirs de prendre le contrôle de l'Alliance un jour, l'arrachant à cette famille Riegan qu'il détestait. Et ces espoirs grandissaient en lui, vu que Godefroy n'avait pas d'enfants et que Tiana avait disparu. Sa femme n'était pas vraiment de son avis. C'était quand même peu probable que Lorenz gagne le siège un jour car, après tout, le duc n'était pas malade et son fils pouvait encore se marier.
Lorenz lui ne comprenait pas ces intrigues et ces manipulations. Il était trop jeune pour comprendre.
Mais il crut sa mère pour une chose: Son âme-sœur l'aimerait sans conditions. Ne le rejetterait pas. Ne lui ferait pas de mal. Mais est-ce que son âme-sœur voulait le rencontrer? Il venait d'un autre pays lui aussi apparemment. Si ça se trouve, il lui causait autant de soucis qu'il en subissait lui-même.
Alors qu'il grandissait, il travaillait d'arrache-pied, se tuant à la tâche pour arriver à être comme son père veut qu'il soit. Ses propres choix n'entrent pas en ligne de compte, son père estimant qu'ils sont égaux aux siens.
Ses vêtements étaient toujours serrés aux poignets, afin que jamais on ne se doute de la langue ou du nom. Il savait que la punition sera terrible si quelqu'un la voit et ça lui fait terriblement peur. Les menaces qu'il est habitué à entendre ont fait comme un blocage. La terreur qu'on voit son poignet ne fait que grandir comme une vague alors que le temps passait, petit à petit.
Même chez lui, il la cachait.
Même chez lui, il avait peur qu'on la voit.
Son père détestait la voir. Le dégoût dans ses yeux blessait Lorenz qui se sentait rejeté, abandonné pour une chose dont il n'était pas coupable.
Il alla à l'école de magie du royaume de Faerghus. Après avoir demandé encore et encore. Il dut réussir à avoir des notes d'excellences, d'être dans les trois premiers du classements. Il devait toujours tenter d'être le premier ou ce privilège lui serait retiré. Il devait nouer des relations, avec des nobles, pas avec des gens du communs, encore des ordres de son père. Il ne put jamais faire ce qu'il voulait. Il craignait toujours de faire un faux pas et que son père le sache.
Ce ne semblait jamais être assez.
Peu importe à quel point il s'épuisait.
Quand le duc Riegan mourrut, dans un mystérieux accident, son père eu un regard qui ne trompait pas. Il complotait quelque chose. Il le fasiait encore plus travailler, avec le but de le faire prendre la succession du vieux duc qui avait reprit son siège à la mort de son fils.
Lorenz s'épuisait, espérant gagner de la reconnaissance.
Il travaillait avec acharnement, voulant satisfaire son père.
Des années où il se tua à la tâche, travaillant des heures et des heures, s'effondrant sur son lit chaque soir, se rendant à des réceptions en étant toujours guindé, ne voulant commettre aucune erreur, alors que son père bombardait les autres grandes familles de lettres pour s'assurer de leur soutien.
Quand Lorenz était trop fatigué, quand il avait envie de pleurer, il regardait les écritures sur son poignets, ce nom qu'il ne pouvait pas déchiffrer. Le retracant du doigt encore et encore, le fixant pendant de longues minutes, ça lui apportait un certain réconfort. Mais pourquoi une inscription lui faisait-elle un tel effet? Il n'avait jamais rencontré son âme-sœur, mais une partie de lui le désirait réellement. On pouvait vivre sans son âme-sœur. Certaines personnes ne les rencontraient jamais.
(Des années plus tard, Lorenz se demandera si ce besoin qui grandissait alors en lui était une conséquence de l'attitude de son père. Il avait tellement soif d'affection que le lien s'est renforcé avant même qu'il ne LE rencontre)
Le Duc Riegan avait un héritier. Claude Von Riegan, le fils de Tiana Von Riegan, était revenu d'on ne savait où. Et il avait bien la crête de sa famille, ne pouvant que prouver ces liens de sang, Et il avait les yeux brillants de Tiana, d'un verts magnifique, montrant à tous qu'il était bien le petit-fils du vieux Duc.
Son père avait eu une crise de colère terrible, envoyant lettre sur lettre, engageant des espions pour en savoir le plus possible sur cet intriguant.
Mais rien.
C'était comme si le jeune homme était apparu d'un coup.
Qu'importe les efforts, toutes les recherches finissaient sans aboutir.
On ne trouvait absolument rien.
Un héritier, digne de prendre le siège du duc, volant ce que le père de Lorenz avait tant voulu prendre pour son fils. Ce qu'il avait espéré diriger en contrôlant son propre enfant.
Lorenz sentit l'amère déception de se voir prendre ce qu'il avait prit tant de temps à préparer. Mais il ressentit aussi un soulagement certain. Il était épuisé par ces mois à se préparer. Pour rien. Il était frustré, épuisé et en colère. Contre son père pour lui avoir fait supporté ce fardeau, et contre cet intriguant venu de nul part pour avoir réduit ses efforts à rien.
Il pensa qu'il le verrait au monastère, quand les cours commenceraient. Et qu'il devrait le surveiller, l'espionner pour le compte de son père, à la recherche du moindre indice sur qui il était réellement, et d'où il venait. N'importe quoi pour le faire tomber. Et il devait écouter presque chaque jour son père tempêter.
Ce garçon venait de nul part.
Il semblait négligé avec ses cheveux ébouriffés et sa boucle d'oreille.
Et quel genre de garçon se faisait des tresses au juste?
Il était épuisé d'entendre ça chaque jour, encore et encore, comme si une leçon lui était forcé dans le corps.
Il vit ce mystérieux Claude Von Riegan. Un fois, avant d'entrer à l'académie. Lors d'une table ronde. Il était assit à côté de son grand-père, jeune, le sourire lumineux, ses yeux scrutant chaque personne présente. Lorenz ressentit même un étrange coup au cœur quand ce regard d'un vert magnifique (non non pas magnifique, se corrigea-t-il instantanément, dès que cette pensée le traversa) croisa le sien, brillant brièvement d'une étrange lueur.
Il avait un charme indéniable.
Il aurait presque parut sympathique à Lorenz. Presque. Si il n'avait pas été un Von Riegan. Si il n'avait pas tout volé à Lorenz, ou plutôt à son père qui avait tout planifié pour voir son fils prendre le relais depuis des mois. Et son père s'énervait alors contre lui, le poussant à se surpasser encore et encore, à trouver une faille à cet intriguant à l'académie quand ils y seraient.
Comme si son fils n'avait pas déjà une pression énorme sur ses épaules.
Après la réunion, il était allé parler à cet intriguant, sachant que son père le surveiller, mais peut-être verrait-il quelque chose?
Claude était près de la fenêtre, entouré des rayons du soleil passant à travers les vitres. Son poignet était recouvert d'une bande de cuir orné du symbole de sa crête. Sa peau était dorée par le soleil. Peut-être venait-il d'un pays chaud? L'idée qu'il soit peut-être Almyrian ne lui passa même pas par la tête. C'était absurde pour lui.
Un Riegan ne pouvait pas être almyrien.
Les deux nations étaient rivales depuis trop longtemps.
( Avec le recul, six ans plus tard, il se trouva terriblement naïf et stupide, car les preuves étaient là si on voulait les voir. Peut-être. Ou peut-être était-il de mauvaise foi avec le recul des années, pensant qu'il aurait du s'en rendre compte? Ou peut-être n'avait-il pas voulu envisager ça. Il ne le saurait sûrement jamais. Si ce n'est qu'il était aveuglé par l'éducation toxique de son père et son stupide espoir de gagner son affection et son respect. )
«Claude Von Riegan. Ravi de vous rencontrer." dit-il entre ses dents. "Je suis Lorenz Hellman Gloucester»
Il vit les (beaux) yeux verts se plisser et une nouvelle lueur étrange y passer avant que son regard ne devienne amusé. «Whoa, et bien vous faites l'effort d'avoir l'air sincère contrairement à votre père.»
Il s'étrangla devant la remarque, ses joues devenant rouges d'embarras. Il se souvint de son père qui avait eu l'air d'avoir avalé un citron alors qu'il présentait ses salutations au jeune héritier du siège ducal, et en effet lui-même avait fait l'effort d'avoir un visage aimable, mais ça ne voulait pas dire qu'il n'allait pas nier cette attaque envers sa famille. «Je ne vois pas de quel droit vous proférez une telle accusation?
- D'accord restons en là et revenons à la langue de bois.» gloussa son interlocuteur en croisant les bras derrière sa tête, dans une attitude trop nonchalante au goût du jeune homme aux cheveux lavande.
Lorenz ne se laissa pas démonter: «Admettez qu'il y a matière à suspicions avec un héritier qui surgit de nul part.
- Certes, certes mais j'ai bel et bien la crête des Von Riegan. Que ça vous plaise ou non.» Sa voix était devenue légèrement plus ferme et sévère. Pendant un instant il avait eu l'air d'un chef, de quelqu'un qui savait ce que l'autorité était, mais ça ne dura qu'un instant. «Mais j'avoue que votre sincérité est un agréablement changement après les tonnes d'hypocrisies diverses et variées que j'ai eu depuis des jours.»
Lorenz ouvrit la bouche pour dénier, mais il ne trouva aucune excuses. C'était plus que vrai. «Si vous allez diriger l'Alliance, je ne vais pas vous quitter des yeux et je ne vous laisserais pas vous asseoir sur le siège ducal si vous en n'êtes pas digne.»
Claude pouffa. Plus amusé que provoqué. «J'aimerais bien voir comment vous vous y prendriez pour m'en empêcher.»
Lorenz réalisa qu'il rougissait encore plus. Il parlait trop. Et il se faisait ridiculiser par le nouveau venu, ce garçon dont on ne connaissait rien. «Vous verrez!
- Ho je suis impatient de vous voir à l'œuvre Lorenz ~» fit le brun dans une esquisse de révérence, le sourire aux lèvres. «Mon année au monastère sera réjouissante si vous êtes là. Avoir une connaissance est toujours utile»
Ne comprenait-il pas qu'il proférait des menaces et des avertissements? Mais voyant le regard pétillant de Claude, Lorenz réalisa que non seulement il en était parfaitement conscient, mais aussi qu'il s'amusait à ses dépens et qu'il n'avait pas du tout peur de lui ou de ce qu'il pouvait faire. «Ne me sous-estimez pas Von Riegan. Vous feriez une grossière erreur.
- Ho ne vous en faites pas.» un petit sourire en coin se dessina sur le visage de Claude, dont le regard semblait briller d'un éclat étrange «Je sais reconnaître une menace quand j'en vois une.»
Sous-entendu: Je n'ai pas peur de toi.
Sous-entendu: Tu es juste un amusement à mes yeux.
Sous-entendu: Je ne te vois pas comme une menace.
C'était une déclaration de guerre pour Lorenz et il soutint le regard verts, emplis de malice, du jeune héritier Riegan. «Moi aussi. Croyez moi Claude, moi aussi.
- Parfait, on se revoit pour notre année à l'académie alors? J'attends cela avec impatience!»
Lorenz s'étouffa devant cette insolence. Mais répondit avec un sourire forcé et poli «je m'en réjouis d'avance également.»
C'est ainsi que ce termina leur premier rencontre.
(Six ans plus tard, Claude lui dirait qu'il l'avait trouvé a-do-ra-ble ce soir-là et lui confirma qu'il ne s'était jamais senti menacé par sa personne. Avec ce même sourire lumineux et taquin qu'il avait toujours affiché.)
(Lorenz, de son côté, lui dirait qu'il l'avait trouvé un peu exaspérant à ne pas le prendre au sérieux. Et que non le fait qu'il ait été "mignon" n'était pas une excuse)
L'année ne commençait pas bien. Son père lui avait dit d'espionner le bâtard Von Riegan (même si Lorenz se répugnait à utiliser ce mot), de lui dire chaque détail qui pourrait être utiliser contre lui.
Sauf que Claude ne montrait rien. Il agissait de façon nonchalante. Il semblait s'amuser. Profiter de la vie et de la liberté qu'offrait la vie à l'académie, loin de leur famille et des responsabilités qui y étaient liées.
(Lorenz lui-même se sentait bien mieux loin de son père, mais n'allait pas l'admette. Surtout pas à voix haute. Et si quelqu'un l'entendait et le rapportait à son père?).
Malgré toute ses tentatives le jeune Gloucester ne trouvait aucun indice et aucune faille dans l'attitude du jeune Riegan. Et ne trouvait aucune information sur son passé.
Absolument rien.
Si ce n'est une tendance exaspérante à l'exaspérer.
Comme un chat s'amuse avec une proie, même si il n'était pas une proie.
Parfois Lorenz voulait juste abandonner et stopper cet espionnage qui ne faisait pas honneur à son titre. Et puis, parfois, quand il était dans sa chambre, il regardait sa marque d'âme soeur, la retraçant des doigts. Incapable de la lire. Un nœud dans le ventre. Et une impression de culpabilité.
Son père n'était pas là pour lui imposer sa loi.
Son père n'était pas là pour le forcer à faire ce qu'il voulait, et non pas ce que Lorenz voulait.
Il pouvait donc faire ce qu'il désirait réellement. Et une fois le torturait: savoir la langue, savoir la traduction, savoir enfin le nom de son âme soeur. Juste ça. Il sentait qu'il avoir besoin de savoir.
Désespérément.
«Petra»
La jeune fille referma son dictionnaire et leva les yeux vers le jeune noble aux cheveux violets. «Comment peux-je t'aider?» Elle semblait un peu méfiante, comme si on lui avait parlé de lui. Son foldian était encore un peu hésitant mais parfaitement compréhensible, malgré quelques erreurs.
Se retenant de la corriger (il ravala à temps ce réflexe), ne voulant pas la contrarier, il sourit un peu timidement «Pourrais-tu me montrer à quoi ressemble l'alphabet de chez toi?»
Elle fronça les sourcils. Sembla réfléchir. «Pourquoi ça a ton intérêt?» Elle vit qu'il serrait son poignet avec nervosité, même si il ne semblait pas s'en rendre compte. «Âme liée à toi n'est pas de Fodlan?»
Il rougit, reculant d'un pas, s'apercevant alors de son geste nerveux qui l'avait trahi. Mais quelque part, ça lui évitait de s'expliquer. Déglutissant pour ne pas paraître ridicule. «Je ne connais pas le langage qui est écrit.» Il rougit, nerveusement «Je dois procéder par élimination.»
Elle cligna des yeux «Dans mon pays, voir marque d'un inconnu est mauvaise augure si je suis pas sa liée.» Elle se leva, prête à partir «Je ne peux pas aider ton problème»
Il secoua la tête, levant les mains «Non non, j'aimerais juste que tu écrive un mot de chez toi sur un papier, et je comparerais avec l'écriture sur ma peau.» Il rougit un peu, se frottant l'arrière la tête. «C'est tout.» Il lui tendit de quoi écrire et un carnet aux pages vierges.
Elle soupira. «D'accord. Je écris ton nom sur ton papier et tu verras!» Elle griffonna rapidement quelque chose et lui tendit le carnet «Alors? Est-ce bon alphabet?»
Il sentit la déception l'envahir. «Non. Ce n'est pas le bon.» Les possibilités se réduisaient et ça l'inquiétait un peu. Une possibilité lui faisait plus peur que les autres.«Il reste quatre autres pays à vérifier.»
- D'autres choix alors.
- Je sais, merci quand même.» Il ajouta timidement «Ca reste entre nous?
- Je ne parle des marques liées! Pas inquiéter! Bonne chance!»
Il la remercia encore et s'éloigna, rayant la possibilité de Brigid dans son esprit.
«Gautier, j'ai une question.»
Sylvain roula des yeux. «Quoi?» Il prit appuis sur son balais «Tu veux prendre des leçons de séduction? Je suis désolé mais je ne peux pas aider les cas désespérés.
- Non ce n'est pas ça.» Il préféra ne pas répondre à l'insulte. Il ne pouvait pas s'énerver ou se battre avec le roux, car celui-ci ne l'aiderait pas. «J'aurais besoin d'un coup de main.
L'autre pencha la tête de côté «Ho? Alors tu veux un tuyau pour une fille de ma classe? Désolé mais je ne peux pas faire ça, son altesse me tuerait! Elles sont chasses protégées!
- Ce n'est pas ça non plus.» Il cherchait toujours à trouver une façon de demander. «Laisse tomber. Je crois que tu ne peux pas m'aider pour mon problème.»
Il risquait de crier ça sur les toits.
Que Lorenz Gloucester n'avait pas une âme-sœur de Fodlan.
( Six ans plus tard, Sylvain hausserait un sourcil quand il lui en parlerait et lui avouerait qu'il voulait en savoir plus sur l'alphabet de Sreng, le roux lui disant ensuite avec un faux air offensé "tu avais une si piètre opinion de moi? Je sais me taire quand même" avant d'ajouter, quand Lorenz s'était excusé "Mais bon tu ne me connaissais pas après tout")
Il alla à la bibliothèque pour chercher une solution. Il pouvait trouver des informations à ce sujet. Après tout, Sreng avait posé de nombreux problèmes à Fodlan, comme Almyra d'ailleurs.
Et il n'y avait rien sur Almyra d'ailleurs. Mais il écarta cette possibilité, jusqu'à avoir éliminé tout le reste. Il n'avait toujours pas fait de cherches sur Morfis et Albinea. Il parcourut donc les livres de la bibliothèque et trouva un livre sur Sreng. Et il feuilleta chaque page à la cherches des exemples d'écritures de ce pays. Et trouva quelques mots retranscrits Et il referma le livre.
Pas la bonne écriture.
Son âme-soeur n'était pas de Sreng.
Maintenant il devait voir pour Morfis.
Almyra.
Son âme-soeur venait d'Almyra.
Quelque chose en lui savait que cette écriture était almyrienne.
Mais une peur en lui repoussait instinctivement cette certitude.
Ce doute le taraudait. Cela tournait trop dans sa tête. De plus en plus souvent, comme une égratignure qui ne cicatrisait pas. Mais il avait peur de demander, de poser la question.
Et si ça remontait jusqu'à son père? Et si celui-ci le retirait de l'académie? L'enfermait à nouveau au manoir pour le conditionner à penser comme lui?
Après seulement un mois de liberté ici, il se sentait si bien. Sans craindre de voir les yeux glacials de son père se poser sur lui, le mettant encore et encore à l'épreuve, le jugeant froidement.
Prêt à le punir au moindre pas de travers, comme si il n'avait aucune espèce d'importance. Sans lui prodiguer la moindre once d'affection. A lui dire sans cesse: «Tu dois réparer la honte qui marque ton poignet»
Il n'en avait pas (plus) (jamais eu) honte. C'était l'autre moitié de son âme. Ils avaient été choisi par la déesse pour être ensemble si ils se rencontraient, si ils le voulaient. ils se complétaient. Il ne pouvait pas lui vouloir du mal non? Et même si ils ne pouvaient être ensemble, il ne le blesserait jamais et ne voudrait que son bien non?
«Je ne peux même pas comprendre ce langage de toute façon.» souffla-t-il, le cœur serré par cette réalisation.
Claude lui tournait trop souvent autour comme un prédateur s'amuse avec sa proie. Ne pouvant le laisser en paix, comme si il épiait chacun de ses mouvements. Et passa à l'attaque un jour, disant lors d'une conversation, lui parlant désormais aussi familièrement que si ils avaient grandis ensemble «Je t'ai vu parler à Petra l'autre jour.
- Cela ne vous regarde pas Claude.»
Son chef de maison ne pouvait-il pas se montrer un peu moins familier? Il ne se connaissait que depuis si peu de temps! Quelle impertinence de sa part. Et pourtant ça ne le dérangeait pas tant que ça. C'était même plaisant que quelqu'un se soucie de lui pour de vrai. Depuis que sa mère était partie, dégoûtée par son père mais forcé de laisser son fils derrière elle, il n'avait reçu que trop peu d'affection. On ne lui avait jamais témoigné un intérêt sincère pour ce qu'il était, pour la personne qu'il était maintenant. Son père ne se souciait que de réputation et de comment se servir de son enfant pour ses ambitions. Le disant maintenant d'espionner le bâtard Riegan pour chercher une faiblesse.
Lorenz détestait ça. Détestait les sentiments qui naissaient en lui depuis le début de l'année et se demandait, en même temps, comment il avait pu vivre sans eux. Comment il avait pu vivre sans cette camaraderie de leur classe? Il ne voulait pas perdre ce bonheur qui fleurissait en lui comme une rose.
Le jeune Riegan sourit «Elle a refusé de me dire de quoi vous avez parlé. Elle a même tenté de me frapper quand j'ai demandé. Un complot se prépare-t-il? Dois-je m'inquiéter?» Il semblait d'un peu trop bonne humeur, ses yeux pétillants d'un amusement plus que certain. «Un petit secret inavouable peut-être?
- Heureusement qu'elle a vu à quel point vous êtes fouineur!» siffla le jeune homme aux cheveux violets «N'avez vous rien de mieux à faire?
- Non. Tu es tellement amusant à taquiner.»
Lorenz se sentit rougir, et serra les doigts sur son livre «Ravi d'être votre bouffon Claude.
- Tout de suite dramatique hein?
- Humpf!» Il décida de ne pas répondre, accordant la victoire à son leader dans cette discussion.
Le jeune brun éclata de rire. Et regarda le livre dans les mains de Lorenz, intéressé «Un livre sur le pays de Morfis? Intéressante lecture.
- La politique et la diplomatie sont deux choses semblables et indissociables Claude. Il est utile de connaître ses voisins. Et vous ne faites pas grand chose pour vous documentez à ce sujet. Alors il fait bien que quelqu'un le fasse. Histoire que vous ne sembliez pas incompétent devant tout le monde.
- aww tu t'en fais pour moi? Je suis touché.» Croisant les bras derrière sa tête, Claude eut un sourire lumineux, ses yeux pétillant d'amusement «Mais tu sais, Morfis n'est pas vraiment une menace. Les relations sont stables depuis quelques années. Pas comme Sreng qui attaque régulièrement la frontière avec le royaume, comme Sylvain Gautier te le confirmera certainement. Ou Almyra qui lance souvent de petites attaques sur le médaillon, comme tu le sais sans aucun doute, sans avoir besoin de demander à Hilda. C'est plus avec eux qu'il faut tisser des liens de paix et d'amitié assez rapidement.
- Ce n'empêche pas de vouloir en savoir plus.
- Tu devrais plutôt étudier Almyra, vu que tu seras un jour un comte de l'Alliance. C'est le pays voisin le plus proche, donc le plus important.»
Lorenz ferma sèchement son livre et se tourna vers son condisciple. «Il n'y a que deux ou trois livres sur Almyra dans la bibliothèque. Et je pense que vu l'auteur, il y a des choses fausses ou racistes dedans. Je suis surpris que Seteth ne l'ait pas brûlé. Ou alors ça a été mit là avant qu'il ne vienne. Et il avait plus urgent à trier. Le connaissant, c'est plus un oubli je pense.
- Oui j'ai vu. Mais je doute que les auteurs soient allés là-bas vu certaines bêtise que j'ai lu. Un livre sur un pays ne devrait pas avoir des informations erronées ou inventées. C'est bien dommage.
- Tu t'y connais, peut-être?» Il lui jeta un regard acéré, comme cherchant une faiblesse. «Comment peux-tu savoir ce qui est vrai et ce qui est faux?»Il ne remarqua même pas qu'il lui parlait bien plus familièrement maintenant.
Son leader de maison eut un sourire angélique, avant de répondre «Crois-moi c'est facile de voir que ce sont des affabulations. Ou des exagérations. Ps besoin d'être un expert sur le pays voisin pour ça. L'auteur n'était clairement pas neutre ou objectif.
- C'est dommage que son désir de transmettre ait été sali par de mesquines croyances. Je te remercie Claude, mais je m'intéresse à Morfis pour le moment. Hilda serait plus intéressée par ton sujet.»
Claude gloussa, se laissant aller sur sa chaise, parfaitement à l'aise «Tu deviens plus familier avec moi. Tu me parle moins sévèrement, et de façon moins agressive. Je n'ai plus l'impression que tu me fais la leçon ~
- Pas le choix vu que tu me colles tout les jours.
- On va en classe ensemble Lorenz, et on est souvent en corvée ensemble ces temps-ci.»
Pas Brigid.
Pas Sreng.
Pas Morfis.
Pas Albinea.
Il ne restait qu'Almyra.
Il avait envie de hurler, de penser qu'il était maudit car son père ne pourrait jamais surmonter ça et ne l'accepterait jamais, quelque soit ses efforts. Et il perdrait tout si cela se savait dans l'Alliance. Un futur lord avec un âme-soeur d'un pays ennemi? Sa réputation serait ruinée. Il serait chassée et honni.
Il ne pensa pas que ses amis, les amis qu'il s'était fait chez les cerfs, ne l'abandonnerait pas. Qu'ils l'aideraient et le protégeraient. Le mépris de son père avait laissé une trace plus que douloureuse. Il craignait plus que tout être rejeté encore une fois.
(Six ans plus tard, il aurait honte d'avoir eu cette pensée. Et les cerfs le taquineraient quand il admettrait cela, au détour d'une conversation)
Il prit son courage à deux main et frappa au bureau de Seteth. C'était peut-être le seul qui puisse l'aider. Il avait entendu des élèves comme Ingrid, des Lions, ou Bernadetta, des Aigles dire que l'homme était rassurant et inspirait confiance, qu'il était réellement prêt à aider les élèves qui étaient désespérés ou qui avait besoin de parler, sans que personne d'autre ne le sache. Flyan conseillait souvent aux élèves en détresse d'aller voir son frère, disant qu'il serait toujours disponible si quelqu'un avait besoin d'aide.
Seteth avait un bon cœur et était compatissant derrière son air sévère.
Ce serait le meilleur choix.
Quand il entra, il s'assit sur la chaise que désigna l'homme. Tenant son poignet marqué, il osa dire, après les politesses d'usages. "Je crois que mon âme-soeur vient d'Almyra, car le nom est transcrit dans leur écriture." Il décrivit comment le nom était écrit et à quoi ressemblait le mot. Il traça même le début, sans savoir ce que c'était. Il connaissait la forme des lettres étrangères par cœur et pourrait les écrire encore et encore, même les yeux fermés.
«Oui c'est Almyrian»
Les mots de Seteth sonnait comme une délivrance mais aussi une condamnation. Il se sentait plus léger mais aussi effrayé, surtout par son père, et fuit le regard inquisiteur de l'homme quand il lui demanda comment sa famille avait prit la chose.
«Je ne veux pas en parler monsieur.
- Veux tu que je te le traduise ou que j'envoie un dictionnaire dans ta chambre?
- La seconde solution, j'aimerais trouver par moi-même.»
Après quelques mots, et main posée sur son épaules «Ne t'en fais Lorenz, il n'y a rien de grave. Ni de honteux. Personne n'a le droit de juger celui ou celle que la déesse t'a offert comme âme-soeur. Il doit y avoir une raison pour laquelle cette personne a été choisie pour toi.
- Merci de votre aide.»
Il retourna dans sa chambre. Rassuré par les mots mais sachant aussi que tout le monde n'était pas aussi ouvert d'esprit que Seteth. Le soir-même, Cyril lui livra un paquet emballé. Lorenz ferma sa porte à double tour, puis remonta sa manche pour être sûr de ne commettre aucune erreur. Et puis il déchira le papier qui entourait le dictionnaire permettant de déchiffrer l'almyrian. Il ouvrit à la première page et reconnu instantanément l'écriture.
Et il se mit au travail.
Il écrivit et réécrivit son nom d'âme-soeur sur un papier, tentant de traduire, traçant la traduction dans l'alphabet de Foldan. Ca lui prit plusieurs jours. Déjà il en eut besoin pour s'habituer à l'écriture. Et aussi, il en eut besoin pour comprendre comment elle fonctionnait.
K
Il s'appliquait. Le cœur battant de découvrir le mot exotique que cachait cette écriture qu'il n'avait jamais pu lire jusqu'ici. Il voulait savoir. Il était impatient, si impatient.
H
Il se frotta les yeux. Jusqu'ici tout allait bien, il n'aurait jamais imaginé qu'une autre langue pouvait être si complexe, c'était passionnant et peut-être apprendrait-il réellement et complètement la langue. Oui et puis Claude avait (pour une fois) raison, se disait-il avec mauvaise foi, ça pourrait être utile dans le futur.
A
Ce n'est pas comme si il serait capable de le rencontre. Almyra était un immense pays d'après des marchants itinérants.
L
Peut-être que son âme-soeur avait tout autant de mal à déchiffrer son nom? Savait qu'il lui serait impossible de le trouver de toute façon? Lorenz n'était pas un nom rare après tout, même si il était le seul noble de haut rang à le porter.
I
Et puis même si il déchiffrait le nom, il ne pourrait pas le trouver.
Pourquoi ça faisait si mal?
A quoi son se faire aussi mal?
Il voulait savoir. Voilà tout. Il avait besoin, désespérément besoin de mettre un nom sur ce lien qui ne se développerait sûrement jamais. De savoir qu'il y avait un être-humain avec un nom derrière "mon âme-soeur". Ce n'était pas grave. On pouvait vivre sans son âme soeur. Il ne la connaissait même pas alors ça ne lui manquerait pas.
N'est-ce pas?
D
Terminé.
Il regarda sa feuille ou il avait copié sa marque et la traduction enfin réussite.
Khalid.
Il tenta de prononcer ce nom. Et y arriva sans la moindre difficulté, de façon terriblement naturelle, aussi facilement que respirer. Arriverait-il tout autant à parler la langue de sa moitié d'âme si il l'apprenait? Et de son côté ce dernier arrivait-il à parler le Fodlan sans soucis?
Khalid .
Un nom de garçon.
Mais il l'avait toujours su, au fond de lui, qu'il s'agissait d'un garçon, comme lui. Et ça ne le dérangeait pas, il se sentait même soulagé et apaisé. Il ne pensa même pas à son père en cet instant, savourant cette connaissance qui le soulageait, d'une certaine façon.
Ca ne changeait rien, il ne pourrait pas le trouver. Khalid devait être un nom courant à Almyra. Mais il était apaisé. D'enfin savoir. Se rejetant en arrière sur son fauteuil, il s'étira longuement. Et s'apprêta à se lever pour fermer la fenêtre quand la porte de sa chambre s'ouvrir.
«Lorenz, je voulais savoir si..»
Comme dans un cauchemar, Lorenz vit la feuille s'envoler à cause du courant d'air et frapper le visage de son délégué. Son cœur s'arrêta et il eut envie de hurler.
Le brun retira la feuille de son visage «Dis donc quel accueil…» Il se figea alors que ses yeux voyaient la preuve que Lorenz cachait bien quelque chose au monde, ses doigts se crispèrent sur la feuille, rien qu'un court instant avant qu'il ne lève le regard vers Lorenz, le baissant ensuite vers son poignet découvert.
«Ne regarde pas» glapit l'autre noble, rabaissant sa manche.
Mais le mal était déjà fait.
L'héritier Riegan sembla vouloir dire quelque chose mais Lorenz le poussa dehors et verrouilla sa porte. L'adolescent aux cheveux lavande s'écroula sur le sol, horrifié.
Claude savait.
Claude avait vu sa marque.
Le futur duc savait qu'il avait une âme-soeur almyrienne.
Il était fichu.
Il allait être vu par un traître par ces nobles conservateurs de l'Alliance si ça remontait aux oreilles du Duc actuel.
Une envie de pleurer monta dans sa gorge et ses yeux le piquèrent. Il se sentait nu et fragile, découvert.
La voix du concerné retentit derrière le panneau de bois «Lorenz, on peut parler?
- NON!» Sa voix se brisa dans un sanglot «Vas-y, va le dire à tout le monde.
- Ne sois pas ridicule. Comment si j'allais trahir ta confiance comme ça.»
Mais Lorenz ne répondit pas.
Claude resta quelque instants de plus devant la porte close. Il voulut refrapper a la porte de son condisciple, lui parler, mais stoppa son mouvement. Il ne l'écouterait pas, quoi qu'il lui dise. Il soupira, se décollant de la porte.
Il avait lu l'écriture sur son poignet. C'était de l'amyrian, nul doute, mais il n'avait pas eu le temps de traduire, car il était un peu loin pour correctement voir, lire le nom.
Quelle idée!
C'était évident que c'était son prénom, son vrai prénom, qui était écrit.
La feuille en était la preuve. Oui, C'était son prénom: Khalid.
Quelle ironie.
Quelle histoire absurde.
Dès qu'il l'avait rencontré...Il avait eu ce doute. .Il ne put s'empêcher de regarder son propre poignet, où il savait que sous sa chemise et sous un épais bracelet en cuir, se trouvait sa propre marque, où le prénom de Lorenz était inscrit dans sa chair. Dès le début, il l'avait senti, il l'avait su. Il avait eu quelques doutes quand même. Mais ce petit 2% de doute venait de disparaître pour une totale certitude.
Il avait trouvé son âme-soeur. Et il ne savait pas quoi en penser. Lorenz ne savait même pas qu'il s'appelait Khalid. Il ne savait pas qu'il était cette personne. Il devait lui donner un peu d'espace, le jeune noble se rendrait compte de lui même que son secret était bien gardé.
Lorenz devait paniquer à cause de la réalisation.
Alors Claude devait lui montrer qu'il n'était pas son ennemi.
Ce serait un bon début.
La confiance se bâtissait dans les deux sens après tout. Mais même si l'autre n'avait pas été son âme-soeur, Claude n'aurait rien dit à ce sujet. Il n'était pas aussi cruel que ça. La détresse du jeune homme lui avait serré le cœur.
Son père n'était pas connu pour sa tolérance ou sa patience.
Lorenz n'avait pas du avoir une vie facile avec une âme-soeur d'Almyra.
Le lundi, alors qu'ils étaient affecté aux corvées des écuries, Lorenz s'ouvrit à la discussion: «Te connaissant, j'aurais parié que tu l'aurais répété à tout le monde. Que tu n'aurais pas hésité à profiter de la situation. A me placarder comme un traître à l'âme-soeur issue du pays ennemi.»
Son amertume était plus que perceptible, récitant presque ce que son père lui avait si souvent dit.
Quand il l'avertissait de ce que la famille Riegan ou la famille Goneril lui feraient si ils savaient. Lui disant qu'il perdrait tout. Lui disant qu'il serait rejeté par tous. Et qu'il le mériterait rien. Quand il lui disait qu'il était bien généreux de cacher cet honteux secret. " Tu ne me décevra jamais fils, n'est-ce pas? Je cache ta honte aux yeux de tous après tout"
Il se mordit la lèvre; baissant les yeux vers le foin par terre. «Tu aurais eu l'occasion de te débarrasser de moi.»
Claude se retourna ,regardant Lorenz, croisant son regard, comme si il savait à quoi il pensait. Il lui sourit, sincèrement, et retourna à ses corvées. Il ne voulait pas que son camarade pense qu'il se moquait de lui ou attendait son heure. «Je te l'ai dit, je sais retenir ma langue dans se genre de situation.
- Vraiment?"
Méfiance.
Crainte.
Parfaitement perceptible.
Lorenz ne vit pas le forcement de sourcils de son chef de maison. Claude se retourna une nouvelle fois vers lui. «Tu as été menacé avant, hein?» Ce n'était pas vraiment une question. Ou plutôt, c'était une question dont il connaissait la réponse. «C'est pour ça?
- Non. tu es le premier à la voir. Personne ne m'a menacé.
- Personne ne l'a vu, excepté ta famille.»
L'autre se hérissa «tu accuses mon père de...» Sa voix se coupa alors qu'un reniflement échappait à Claude. Il avait conscience de la réputation de l'homme dans l'Alliance et de la rivalité entre sa maison et celle qui possédait le siège ducal.
«Je ne te demande pas de tout me dire.
- Je n'ai rien à te dire.»
C'était un mensonge. Et il se rendait compte que Claude ne le croyait pas. Il était juste reconnaissant qu'il n'insiste pas.
Cyril renifla devant la tasse de thé. «Y a une embrouille là-dessous. Vous n'êtes pas du genre à inviter quelqu'un comme moi.
- Pas du tout. J'invite toute sorte de personnes.»
L'enfant almyrian leva les yeux vers l'assiette de gâteaux, avant de fixer Lorenz «Si vous avez besoin d'un service, pas besoin de me payer pour ça. Dites moi clairement ce que vous voulez.
- Je..
- Un problème? Ca a un rapport avec ce que j'ai apporté l'autre jour? Je sais que c'est un dictionnaire Foldian-Almyrian. Puisque je l'ai emballé. Pour que personne ne le voit quand je vous le donnerais.
- Je...» Il chercha ses mots, déstabilisé.
L'enfant continua, avec une once d'hostilité «Mais j'ai pas envie de parler d'Almyra, j'en garde que des mauvais souvenirs. Je suis dévoué à Lady Rhéa maintenant.» Il se leva, prêt à partir «A moins que vous n'aviez une bonne raison, et que mon aide vous soit vraiment nécessaire.
- Je...» Il serra malgré lui son poignet, sans même s'en rendre compte «J'ai besoin de quelqu'un qui parle cette langue.
- Et votre âme-soeur est almyrienne du coup?
- Comment es-tu parvenu à cette conclusion jeune homme?
- Vous tenez votre poignet, là où sont les marques pour tout le monde. Ca a l'air d'être un geste nerveux.»
Lorenz lâcha tout de suite son bras. Honteux. Rougissant. Il ne s'en était même pas rendu compte. Puis il se reprit «j'aimerais juste que vous me disiez ce que signifie un nom. Je ne sais pas si vous vous rappelez de votre langue natale.
- Oui. Pas parfaitement. Je ne suis pas sûr que je pourrais parler cette langue sans la réapprendre mais je pense que j'ai encore assez de connaissances. Je pense.
- Khalid.
- Ho.» Cyril se laissa tomber sur sa chaise, et posa la tasse qu'il tenait toujours, palissant légèrement. «Ho. Je vois.
- Quoi?» Il senti son cœur tomber dans sa poitrine. Un mauvais pressentiment.
- Ca veut dire "le bienheureux" ou "L'éternel''. C'est un nom assez rare. Porté par une certaine tranche de la population.» Cyril semblait anormalement gêné et embarrassé. Comme si il savait quelque chose de plus. Il hésita, regarda rapidement autour de lui. «J'en connais un. Qui devrait avoir votre âge. C'est sûrement le vôtre.
- Quoi? Ce n'est pas possible, comment pourrais-tu savoir que c'est lui?
Cyril se leva, brutalement, comme si il aurait aimé ne pas avoir cette conversation «Tout le monde à Almyra le connaît. Il a quelques années de plus que moi et je me souviens que mes parents en parlaient parfois.
- Quoi? Comment peux-t-il être si connu?
- C'est le prince d'Almyra. Khalid, fils du roi Arash. Khalid est un nom porté le plus souvent par des membres de la famille royale. Les gens du commun ne l'utilisent que très rarement.
- Ce n'est pas possible, c'est juste un hasard, ça doit être un autre...» Une vague de panique enfla en lui, une vague d'horreur et d'angoisse.
Le prince?
Le futur roi?
C'était la pire situation possible.
Il ne paniquait pas. Absolument pas. C'était ridicule. Parce qu'un Gloucester ne paniquait pas.
C'était ce que dirait son père.
Mais il n'était pas son père.
Le prince. Il sentait, au fond de lui. Il sentait que c'était le Khalid en question, celui dont le nom était gravé sur son poignet.
Il avait littéralement fuit après sa conversation avec Cyril. Il n'était pas inquiet, le jeune garçon n'était pas du genre à rependre des rumeurs. Vu comme Claude l'avait asticoté pour avoir des informations sur Rhéa sans aucun succès.
''Les âmes-sœurs sont rares à Almyra. Très rares.''
Cependant Cyril avait aussi affirmé que si un Almyrian en avait une, il devait le cacher, car cela portait malheur de regarder le nom de la personne.
Une croyance en commun avec Brigid, songea Lorenz.
A Albinea ils s'en fichaient. C'était une chose qui existaient et ils vivaient avec. Voilà tout. Rien de bien intéressant dans leur coutumes à ce sujet. Ils avaient bien une fête à ce sujet mais rien de plus.
A Sreng il couvraient les noms de tatouages pour dissimuler leur ''point faible''. Peu des membres de ce peuple cédaient à l'envie d'être avec leur âme-soeur. Mais si ça arrivaient, ça pouvait parfois finir en duel d'honneur ou en kidnapping.
A Morfis, ils en faisaient une affaire, pensant que n'être pas avec son âme-sœur était la chose qui portait malheur. Il existaient donc parfois des fêtes où le but était de trouver son ''lié''.
Et enfin, à Almyra, les gens nés avec une âme-soeur étaient rares. C'était généralement un bon présage, un signe que la personne était bénie des dieux. Disons que seule 20% de la population d'Almyra (un pays bien plus grand que Fodlan) était touché.
A Fodlan 50% de la population avait une âme-soeur. Le Royaume en faisait une affaire, ne voulant pas être injuste, et avait plusieurs fêtes à propos de ça tout en laissant une liberté certaine aux personnes touchées. L'Empire était à moitié opposé à la pratique, et l'autre moitié se livraient à des combines ou à des contrats de mariages. De la corruptions aussi. Et enfin l'Alliance était à mi-chemin entre les principes du royaume, ses propres coutumes, et un peu des idées de l'empire.
Et évidement il se retrouvait dans la pire situation possible. Avec une âme-sœur d'un autre pays. Et ce pays était Almyra. Le pays avec qui Fodlan avait eu le plus d'escarmouches ces dernières décennies. Un pays avec qui la paix n'avait jamais été signé. Un pays qui n'était lié avec le sien qu'avec incompréhension et haine.
Et son âme-sœur était le prince d'Almyra. Le futur roi, sans doute, même si il n'était pas le seul enfant royal. Apparemment. Mais ça voulait dire qu'il était lié à l'âme d'un possible futur monarque qui régnerait sur le pays ennemi.
C'était le pire des cas possible. Cette nouvelle risquait de détruire sa vie si elle était sue par les nobles les plus véreux de l'Alliance. Ou des familles qui détestaient la sienne. Et son père le chasserait, le déshériterait. Personne ne le soutiendrait.
((Six ans plus tard, Hilda le frapperait en le traitant de Reine du Drame))
Il était dans un état de désespoir et de stress constant. Tâchant de se concentrer uniquement sur ses études et rien d'autres, tâchant de ne penser à rien d'autre. Il exécutait ses devoirs et ses corvées sans protester.
«Lorenz.»
Il se tourna vers Claude, laissant tomber les protestations sur sa familiarité. «Quoi? Tu veux savoir tout de ma honte?
- Ta honte ou celle de ton père?»
Le jeune homme aux cheveux lavandes se figea. Son visage pâlissant légèrement. Il chercha désespérément à nier la chose, à ne pas dire la vérité. A cacher ce douloureux secret. Mais ne réussit qu'à laisser échapper un «ne sois pas ridicule.»
Son chef de maison plissa les yeux, une étrange lueur y passant, comme un éclair «C'est ce que je pensais. C'est pas ce que tu pense ou ce que tu ressens le problème hein?
- Il ne m'a pas fait de mal. Si c'est ce que tu sous-entend, je...
- Pas besoin de lever la main sur quelqu'un pour lui faire mal Lorenz.» Il jeta une poignée d'herbes sur le tas déjà constitué. «C'est ta vie, pas la sienne, après tout.»
Lorenz sentit une colère brûlante monter dans ses veines. Mais quand il croisa le regard émeraude, cette rage lui serra la gorge et lui piqua les yeux, se changeant en une tentative désespéré de s'expliquer. «Mon âme-soeur est almyrienne Claude.
- Et?
- Almyra et l'Alliance sont ennemis depuis longtemps. Nous n'avons jamais signé la paix.
- Que ça ne soit jamais arrivé AVANT ne veut pas dire qu ça n'arrivera pas maintenant ou dans un futur proche.» Claude avait retrouvé son sourire, sa voix charmeuse devenant presque envoûtante alors qu'il dépeignait ce possible futur.
Lorenz se sentit déstabilisé «Ca n'arrivera jamais.
- On ne peut pas prévoir ce que l'avenir nous réserve. Quand je serais Duc j'ai l'intention de tenter de trouver une solution pour mettre fin à ce conflit stérile qui secoue les deux pays depuis trop longtemps.
-Ils ne te laisseront pas faire.
- Les vieux conservateurs?» I l pouffa, haussant les épaules «sûrement. Ils s'étrangleraient d'horreur et je devrais malheureusement les remplacer par leur héritier. Et ça me fera beaucoup de paperasses.
- Mon père.» Il s'arrêta en voyant le regard aiguisé de son camarade, comme si celui-ci avait vu juste. «Il a toujours eu honte de ma marque.
- Et ça ne le regardait pas, d'ailleurs. Il n'a aucun droit de te juger pour ça.
- Mais il...il dit toujours que...
- Tu vas dire qu'il a raison?»
«Non je...» Comment expliquer une chose contre laquelle il s'indignait? «Je...» Comment le faire sans prouver à quel point il était de mauvaise foi? «Que diraient les vieux conservateurs, comme tu dis, si ils appairaient que un des héritiers les plus importants de l'Alliance à une âme-soeur almyrienne?» Il se leva, serrant les poings «Et je viens de découvrir que mon âme-soeur...
- Ha oui...C'est...Khalid, c'est ça?
- C'est le prince Khalid, qu'est-ce que tu crois qu'ils vont me faire? Le futur roi d'Almyra, potentiellement, est mon âme-soeur, Claude.» Il s'ordonna de ne pas pleurer, sans savoir pourquoi il se confiait comme ça à son pire 'ennemi'. «Mon père ne sait même pas ça mais si il l'apprend? Il va me chasser. Se débarrasser de moi. Se servir de moi. Et les membres de la Table ronde...
- Je crois qu'ils ont autre chose à faire de leur vie que de se mêler de la tienne, et si ils le font quand même c'est qu'ils sont un peu inutiles à la bonne marque de l'Alliance. Te désigner comme traître pour quelque chose que tu n'as pas choisi? Ridicule.» Il leva une main pour faire taire Lorenz avant de dire, doucement «Et si ton père te chasse? Il aura affaire à la maison Riegan.
- …
- Tu seras le bienvenu dans notre maison. Si ton père décide d'être aveugle et de ne pas voir au-delà de l'identité de ton âme-soeur, je ne te laisserais pas tomber.
- Tu joue à un jeu dangereux Claude, j'espère que tu t'en rend compte.
- J'aime vivre dangereusement.» Il redevint sérieux et posa une main sur le bras de Lorenz, cherchant ses mots «..C'est ta vie. Ton secret. Ils n'ont pas à juger ou à se mêler de ça. En ce qui concerne le Duc? Personnellement, je te proposerais d'être là quand j'ouvrirais les discussions avec nos voisins quand je prendrais la place de mon grand-père.
- tu me ferais confiance pour ça?
- Comment? Tu ne voudras pas être là si je parviens à un accord de paix? Tu ne voudras pas participer à ce moment historique? Je suis choqué Lorenz.» Il posa la main sur son cœur, faisant mine d'être horrifié. «Je te croyais impatient de faire de ton mieux pour l'Alliance.
- Je demande à voir Claude.
- Tu verras.»
Le soir, dans sa chambre, Claude enfonça dans visage dans son oreiller et se traita de triple idiot.
Il ne pouvait pas trahir son identité maintenant.
Pas avec les projets, ceux de toute une jeune vie, qu'il avait prévu...pour l'avenir.
Il devait devenir Duc, pour commencer à travailler à la paix à laquelle il aspirait tellement.
C'était trop risqué.
Suite à ça, les événements s'enchaînèrent vite, beaucoup trop vite. Edelgard déclara la guerre à l'église et aux deux pays voisins. Se lançant dans une entreprise délirante de conquête, sans écouter autre chose que son égoïsme égocentrique.
Le prince du Royaume semblait avoir prit un énorme coup sur la tête. Il marmonnait des promesses de tuer l'impératrice, le visage terriblement sombre. Trop sombre. Beaucoup trop. Il n'allait pas bien et personne ne pouvait rien faire pour l'empêcher de sombrer.
La tension montait de plus en plus jusqu'à l'explosion: le combat au monastère.
Où le professeur disparût.
Les élèves rentèrent tous chez eux, plus ou moins amochés par la bataille. Quand Lorenz s'apprêta à repartir vers Gloucester, il se tourna vers Claude qui lui sourit, lumineux et charmeur «N'oublie pas, si tu as besoin d'aide, ma maison t'es ouverte.»
Captivé par ce regard vert, Lorenz hocha la tête «Je m'en souviendrais.»
