Ami du jour, bonjour ! Ami du soir, bonsoir !
Voici la nouvelle aventure de l'unité ! Au programme, une enquête bien embarrassante, un Lancelot embarrassé, un Uther sur les nerfs et une équipe désespérée !
Cette histoire sera un peu particulière parce qu'elle est trèèèèèès longue. Donc j'ai décidé sous les conseils de ma correctrice adorée de la scinder en deux parties. La suite sera publiée dans le courant de la semaine, vu qu'elle est déjà écrite et corrigée…
Un grand merci à tous ceux qui ont pris le temps de lire l'OS précédent, et un plus grand encore à ceux qui ont laissé une pythite trace de leur passage. Merci également à Staffy pour la correction de ce texte.
Une bonna pythie lecture !
Disclaimer : Aucun des personnages torturés ci-dessous n'est à moi ! Ils appartiennent soit à la légende, soit à la BBC (ou les deux).
Perceval n'avait jamais eu de chance. À chaque fois, c'était pareil : la pièce retombait toujours du mauvais côté et les tâches les plus ingrates étaient pour sa pomme. Foutu karma !
Cette malchance chronique l'avait très tôt obligé à développer quelques petits trucs pour tromper le sort de temps à autre. Des petits trucs bien utiles qui l'avaient plus d'une fois sorti d'affaires quand la méthode "laisser faire le destin" l'aurait plus enfoncé qu'aidé. C'était d'ailleurs ces petits trucs qui lui avaient permis de gagner suffisamment d'argent au poker pour pouvoir payer l'école de police.
Après avoir obtenu son badge, il avait abandonné le poker, mais pas ses trucs. Après tout, être capable de cacher des as dans ses manches pouvait s'avérer bien pratique dans un commissariat de police. D'autant plus quand ses agents avaient pour habitude de laisser Dame Fortune décider de qui s'occuperait des tâches dont personne ne voulait. Ses tricheries l'avaient plus d'une fois empêché d'aller interroger un témoin casse-pied ou de récupérer dans l'urgence un dossier important au labo scientifique alors qu'il pleuvait des cordes et que toutes les voitures de services avaient déjà été réquisitionnées.
Et, jusqu'ici, aucun de ses coéquipiers n'avait découvert le pot aux roses. Fallait dire aussi qu'aucun d'entre eux n'était resté assez longtemps pour suspecter la tromperie. Difficile de remarquer que vous vous faites pigeonner par votre bien aimé coéquipier qui ne veut pas aller annoncer à Uther que votre journée à faire de porte à porte pour recueillir des témoignages n'a rien donné quand vous n'avez pas la patience de le supporter plus d'une semaine.
Mais ça, c'était avant Lancelot. Lancelot et sa quasi perfection qui l'avait obligé à admettre qu'avoir un coéquipier, ce n'était finalement pas si mal. Lancelot qui le supportait depuis maintenant quatre mois (un record !) et qui avait finalement remarqué que, à chaque mission désagréable, la pièce retombait toujours du côté de Perceval. Lancelot qui avait donc demandé à Léon de lancer la pièce pour eux quand il avait fallu se rendre au domicile d'une vieille folle qui les harcelait depuis des jours pour se plaindre de la disparition de ses chats.
Et, évidemment, la pièce était retombée du mauvais côté.
C'était donc à cause de cette foutue malchance chronique qu'il était assis sur un fauteuil défraichi, une tasse de thé à la camomille à la main et entouré d'une dizaine de chats, à écouter la vieille dame déplorer l'absence de Socrate, Héraclite et Diogène.
« Mes pauvres bébés ! » Pleurnichait la femme. « C'est sûrement cette salle garce d'Ingrid, ma voisine d'en-face ! Elle se plaint toujours des rats morts qu'elle retrouve devant sa porte ! Elle devrait être contente que mes bébés débarrassent l'immeuble de ces nuisances ! »
Elle continua son monologue en vantant les qualités de ses chats et en maudissant la perfidie de sa maléfique voisine pendant un long moment. Après quelques minutes, Perceval ne l'écoutait plus que d'une oreille distraite. Il réfléchissait plutôt à comment convaincre son coéquipier que, non, il n'y avait de suspect dans le fait que le Gallois ait évité toutes les corvées depuis le début de leur partenariat. Et que cette impressionnante série se soit arrêtée pile au moment où l'on changeait de lanceur ne soit que pure coïncidence.
Ouais, c'était loin d'être gagné, cette affaire…
« On devrait les condamner au scaphisme pour faire tant de mal à ces pauvres petites bêtes innocentes ! Qu'en pensez-vous ? »
Perceval espéra que son léger tressaillement de surprise passa inaperçu. Qu'est-ce qu'elle lui voulait la vieille folle ? Visiblement, elle voulait son avis. Mais que pouvait bien signifier "scaphisme" ?
« Euh… C'est pas faux… » Fit-il en dernier recours.
La folle lui offrit un sourire sincère. Visiblement, il venait de marquer des points…
« Vous êtes si charmant… » Déclara-t-elle en caressant un de ses nombreux chats. « Voudriez-vous une autre tasse de thé ? »
Cette femme lui rappelait étrangement la vieille Magalie, qui habitait sur le même palier que sa mère quand il était gamin. Elle aussi avait un chat qu'elle adorait par-dessus tout : Roland, un vieux matou borgne d'un gris délavé. Quand il était encore trop jeune pour rester seul et que sa mère devait s'absenter, elle le confiait à la vieille Magalie qui l'installait sur son canapé, lui donnait un thé et un biscuit et lui racontait toujours les mêmes histoires sur sa jeunesse et son mari mort à la guerre. Mais il ne l'écoutait jamais, son attention toujours fixée sur Roland qui le regardait de son œil borgne du haut de la cheminée.
Ce n'était définitivement pas un bon souvenir… Et le Gallois n'avait qu'une hâte : quitter cet appartement qui lui rappelait un peu trop ce traumatisant épisode de son enfance.
« Non merci. » Refusa-t-il avec tact et diplomatie. « Il se fait tard et je dois retourner à mon commissariat. Mais je vous promets de passer chez votre voisine pour voir ce qu'elle sait… »
La vieille dame lui offrit un nouveau sourire. Oui, il était définitivement temps de se faire la malle. Il posa sa tasse, se leva difficilement du fauteuil mou, salua la folle qui lui assura qu'il serait toujours le bienvenu et se dirigea vers la sortie en essayant de ne pas trop paraître pressé de partir. Lorsqu'il fut enfin dans le couloir et la porte refermée, le Gallois poussa un long soupir de soulagement. Enfin ! Ce calvaire était terminé !
Son empressement à retrouver le commissariat ne l'empêcha cependant pas de sonner à la porte de la fameuse voisine. Bien que ce fut plus pour prévenir cette pauvre femme que la vieille folle d'en-face l'avait pris en grippe que par conscience professionnelle. Ingrid se contenta d'hausser les épaules en apprenant la nouvelle. Selon elle, le jeune homme qui avait récemment emménagé au fond du couloir possédait un chien qui détestait les chats. Soit le "cabot" (le terme était d'elle, pas de lui) avait fait fuir les chats, soit il les avait croqués…
Le mystère résolu, il reprit la route vers la rue Tintagelle où l'attendait son coéquipier et ses soupçons.
Seulement, il n'eut même pas besoin de se servir des mensonges qu'il avait imaginés sur le chemin du retour. Quand il pénétra dans le commissariat, il aperçut Lancelot accoudé sur le bureau de Gwen, aux côtés de cette dernière et de Merlin. Le trio regardait attentivement en direction de la pièce qui servait de bureau à l'unité, comme s'ils essayaient de voir ce qui se passait de l'autre côté du store.
Ce fut Galaad, couché au pied de son maître, qui remarqua son arrivée le premier. Le croisé berger allemand/leonberg releva son museau et remua joyeusement sa queue qui vint taper contre la jambe de Lancelot. Le Français se tourna alors dans sa direction et lui offrit un petit salut de la main quand il l'aperçut.
« Alors ? » Demanda-t-il, attirant ainsi l'attention de Gwen et de Merlin. « Comment ça s'est passé ? »
« On avait raison, cette femme est complétement tarée ! »
« A ce point ? »
La voix de Merlin était teintée d'un léger amusement, comme s'il avait prédit à l'avance cette réponse.
« Je vous raconterais plus tard. » Leur promit le Gallois avant de désigner le bureau qui attirait toutes les attentions. « Qu'est-ce qui se passe ? »
« Morgane a débarqué comme une furie. » Expliqua Gwen. « Elle voulait voir Uther. »
Perceval se permit une grimace. Morgane Fay était la plus jeune substitut de la couronne de Londres. La plus jeune et la plus redoutable (ce n'était pas pour rien qu'on la surnommait « la Dame sans merci » parmi les avocats de la défense… et aussi parmi ceux du bureau du procureur). Elle avait la réputation d'une dame de fer, sûre d'elle et impitoyable. C'était aussi la fille illégitime d'Uther et la demi-sœur d'Arthur. Par conséquent, à chaque fois qu'elle avait besoin que la police approfondisse une de ses affaires, c'était souvent pour leur pomme…
« Heureusement, Arthur a réussi à l'intercepter avant qu'elle n'arrive à son bureau et on a pu éviter la catastrophe… » Continua la métisse, visiblement soulagée.
Le grand blond fronça les sourcils.
« La machine à café nous a fait faux bond un peu après ton départ. » L'éclaira Merlin quand il vit sa mine interrogative. « Et on n'est pas encore certains de la quantité de mauvaises nouvelles qu'Uther peut encaisser sans ses tasses de café… »
Nouvelle grimace. Le commissaire était un accroc à la caféine. S'il n'avait pas sa dose toutes les heures, il allait vite devenir imbuvable. Enfin, plus que d'habitude.
« Bref, on est dans la merde… »
« T'as tout compris… »
SsSsSsS
« Tu es sûre de ce que tu avances ? » Demanda pour la dixième fois au moins Arthur.
Sa demi-sœur soupira.
« Arthur, si j'en étais sûre, je ne vous demanderais pas de vérifier ! »
Le frère et la sœur se faisaient face, le premier appuyé contre son bureau, la deuxième debout et les bras croisés contre son torse, clairement déterminée à ne pas se laisser marcher sur les pieds.
« Non, mais tu te rends comptes des retombées si c'était vrai ! »
Morgane décroisa les bras pour se pincer l'arête du nez.
« C'est justement pour ça que je vous demande de vous renseigner discrètement. » Expliqua-t-elle lentement, comme si elle s'adressait à un enfant. « J'ai besoin de savoir si ce témoin est fiable. »
« Et c'est très sage de ta part. » Intervint pour la première fois dans la conversation Léon.
Le bouclé était assis sur sa chaise de bureau. Il avait écouté d'une oreille attentive les dires de l'avocate et en était arrivé à la même conclusion qu'elle : si affaire il y avait, les retombées risquaient d'être énormes…
« Donc, vous allez vous renseigner ? » S'enquit Morgane en se tournant vers le chef de l'unité.
Ce dernier acquiesça doucement la tête.
« Mais il faudra le faire avec bien plus de doigté que d'habitude… Qu'est-ce que ton témoin t'a raconté ? »
Morgane soupira une nouvelle fois.
« Simplement que son patron était intouchable. Puis, il a ajouté quelque chose à propos de l'immunité diplomatique et l'ambassadrice de France… »
« C'est peu pour sonner l'alerte. » Intervint Arthur. « Surtout si ça vient d'un type qui ferait n'importe quoi pour alléger sa peine… »
« C'est aussi ce que je me suis dit. » Lui assura sa sœur. « Mais ça fait quelques années qu'on pense qu'il y a un problème à l'ambassade de France. Seulement, jusqu'ici, on n'avait rien de vraiment concret… »
Léon consulta Arthur du regard pour s'assurer qu'ils étaient tous les deux sur la même longueur d'ondes. S'ils décidaient d'aider Morgane sur ce coup-là, ils allaient devoir se serrer les coudes. Alors pas question de s'engager sans l'appui de son partenaire !
Le fils Pendragon hocha simplement la tête. Ce fut cependant amplement suffisant aux yeux de Léon.
« Par où commence-t-on ? »
« Personnellement, je serais curieux de savoir ce qu'en pense Son Excellence… » Déclara Arthur.
Sa sœur le regarda comme s'il était le dernier des imbéciles.
« Donc, ton plan génial, c'est d'accuser l'ambassadrice d'un délit passible d'une peine de prison et de voir comment elle réagit ? »
« Tu veux vite être fixée, non ? »
« Certes, mais je tiens aussi à ma carrière. Et ce que tu proposes là, ça s'appelle un suicide professionnel… »
Arthur haussa les épaules avec dédain.
« Si elle veut nous couler, je lui souhaite bien du courage ! Ce ne sera pas la première, on est toujours là ! Et puis, plus on attend, plus on prend le risque qu'elle découvre qu'on s'intéresse à elle. Je préfère qu'elle n'ait pas le temps de nous préparer un numéro à la politicienne zélée… »
La substitut de la couronne dut bien admettre que son frère marquait un point. Un peu désespérée, elle se tourna vers Léon :
« Promets-moi que tu l'empêcheras de foutre nos carrières en l'air ! »
Le bouclé grimaça.
« Ce n'est peut-être pas une bonne idée que je l'accompagne… J'ai déjà rencontré Viviane DuLac… Et la confrontation ne s'est pas vraiment bien déroulée… »
« Tu fais dans l'euphémisme, toi, maintenant ? » Rit Arthur qui se rappelait très bien l'état de son coéquipier après la fameuse confrontation, avant de devenir plus sérieux et de regarder sa sœur. « Mais il a raison sur un point : il vaut mieux que j'y aille seul ! »
Léon secoua la tête.
« Non, vas-y avec Lancelot. Il est Français, après tout. Autant que ça nous serve… »
« Parce que tu comptes les impliquer, lui et Perceval ? »
« Pas que j'en ai très envie, mais autant les impliquer tout suite avant qu'ils ne s'impliquent tout seuls et nous causent encore plus d'ennuis… »
Le sens pratique de son coéquipier étonnerait toujours Arthur…
« Et Uther ? » Demanda Morgane d'une petite voix, bien consciente de poser la question qui fâche.
Les deux agents de police grimacèrent. Ils avaient oublié ce détail.
« Ce n'est peut-être pas le moment de lui en parler… »
« Il sera vite au courant si tu vas voir DuLac… »
« Mieux vaut demander pardon que la permission, non ? Si l'affaire est aussi grave qu'on le pense, il comprendra qu'on n'a pas voulu l'impliquer avant d'en être sûr… »
Seulement ni Morgane ni Léon ne semblaient très convaincus. Le problème ? Arthur ne l'était non plus.
SsSsSsS
« Donc, vous pensez que quelqu'un utilise l'ambassade de France comme couverture pour blanchir de l'argent, sous la bénédiction de l'ambassadrice ? » Résuma Lancelot, sur le siège passager de leur petite voiture de service, après qu'Arthur lui ait tout raconté.
Le Français était devenu de plus en plus blanc au fur à mesure de la discussion. Il s'accrochait à la poignée de sa portière comme si sa vie en dépendait. Sur la banquette arrière, Galaad releva la tête, alerté par la détresse de son maître, et émit un petit couinement. Lancelot tendit alors le bras vers l'animal pour lui caresser la tête et lui assurer que tout allait bien.
Arthur le regarda faire du coin de l'œil. Si son collègue pensait cacher son malaise, il se trompait.
« Tu vas souvent à l'ambassade ? » Demanda-t-il au Français, d'un ton soupçonneux.
« Pas le choix… » Répondit-il évasivement.
Difficile de faire plus sibyllin…
« Tourne dans deux rues à gauche ! » Lui indiqua subitement son collègue.
Le fils Pendragon fronça les sourcils.
« Je pensais qu'il fallait encore aller tout droit pendant un petit kilomètre… »
« Et moi, je pensais que tu voulais être discret ! Et débarquer en brandissant nos insignes devant tous les employés et les ressortissants venus régler de la paperasse est tout sauf discret… »
« Et par où veux-tu passer ? L'entrée privée ? »
Le Français ne répondit pas. À la place, il détourna le regard, observant le paysage défiler par la fenêtre. Il comptait vraiment passer par l'entrée privée, ce con !
« T'es pas sérieux ! »
« Tourne à gauche ! »
Il s'exécuta, même s'il n'était pas convaincu de l'idée. Comment la dernière recrue de l'unité comptait-elle les faire passer la sécurité sans avertir l'ambassadrice ?
Comme prévu, ils furent confrontés à un agent de sécurité tout en muscles qui frappa à son carreau.
« Vous vous êtes trompé d'entrée. » Lui indiqua l'agent avec politesse lorsque le blond descendit la vitre. « Vous devez faire demi-tour et… »
« Il est avec moi. »
Lancelot se pencha sur son siège pour mieux se faire voir et saluer l'armoire à glace d'un petit signe de la main. À la grande surprise d'Arthur, l'homme lui répondit d'un hochement de tête.
« Désolé, monsieur. » S'excusa-t-il (Arthur faillit s'étrangler. Comment ça, monsieur ?). « Je ne vous avez pas vu… »
« Pas de soucis ! » L'apaisa Lancelot comme si tout ça était normal. « Par contre, pourriez-vous me rendre un service et juste m'annoncer à Freya ? »
L'homme acquiesça simplement et leva la barrière de sécurité pour les laisser passer. Arthur ne démarra pas tout de suite, trop occupé à dévisager son collègue qui faisait tout pour éviter son regard. Puis, Galaad aboya et le blond revint sur terre.
Alors qu'il se garait dans l'allée du jardin, il vit arriver au loin deux énormes boules de poils fonçant vers eux. Il se figea sur son siège et ses ongles s'enfoncèrent dans le cuir du volant. Il sursauta quand Galaad aboya joyeusement et commença à s'agiter, impatient de sortir de la voiture. Lancelot, après avoir pris une profonde inspiration, sortit de la voiture et se dépêcha d'ouvrir la portière au fauve. La porte était à peine entrouverte que le chien se précipita dehors pour aller à la rencontre ce qu'il voyait comme ses futurs compagnons de jeux.
À la grande surprise d'Arthur, les deux molosses l'accueillirent comme un vieil ami et commencèrent à jouer avec lui. Le fils Pendragon se tourna alors vers son collègue, qui évitait soigneusement de croiser son regard.
« Donc, tu viens effectivement souvent ici. »
« C'est pas comme s'il avait le choix ! » Le défendit une voix derrière lui. « Même si, pour l'instant, il joue plutôt les déserteurs… »
Arthur se retourna pour voir une jeune femme, un peu plus âgée que lui, aux longs cheveux noirs et au regard pétillant. La fille de l'ambassadrice.
« Tu sais très bien pourquoi… » lui répondit Lancelot sur un ton sec.
« Et je comprends tout à fait… Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Elle t'en veut beaucoup… » Le prévint-elle en allant l'embrasser sur la joue.
Puis, elle jeta un bref coup d'œil en direction d'Arthur et ajouta :
« Et quelque chose me dit que c'est pas prêt de s'arranger… Tu me présentes ? »
Vu sa grimace peu discrète, son collègue aurait préféré éviter la partie des présentations. Bon, c'était officiel, le Français avait bien un problème avec cette affaire.
« Freya, voici Arthur Pendragon, un de mes collègues. Arthur, Freya. » Fit-il lugubre, comme s'il s'agissait de l'annonce de la fin du monde.
La fille de l'ambassadrice le toisa de la tête au pied, comme pour évaluer s'il était digne de… de quoi d'ailleurs ? S'il avait compris que les deux personnes en face de lui étaient liées, la nature de ce lien, lui, lui était encore inconnu.
Soudain, elle se figea une microseconde, comme si elle venait de comprendre quelque chose (la chanceuse…) et tourna vivement la tête vers Lancelot.
« Pendragon ? » S'exclama-t-elle en le désignant de doigt. « Tu travailles avec le mec pour qui ton ex t'a quitté ? »
Et avec l'ex en question. Mais, ça, Arthur n'osa pas l'ajouter, particulièrement après le regard explicite de son collègue qui lui intimait de se taire.
« Je n'ai pas de compte à te rendre. Ma vie, tu te souviens ? » Répondit-il sur la défensive. « Bon, le chef est là ? »
Freya acquiesça de la tête.
« Elle est dans son bureau. Tu peux m'expliquer ou c'est secret d'état ? »
En réponse, les deux policiers lui lancèrent un regard des plus explicites.
« Je vois… Bon, suivez-moi ! Je vais vous annoncer… Mais après, c'est votre problème ! Et comptez sur nous pour vous envoyer la facture au moindre pot cassé ! »
SsSsSsS
Les deux officiers attendaient patiemment dans un couloir que Freya sorte du bureau dans un silence religieux. Lancelot gardait obstinément les yeux baissés. Il avait laissé Galaad dehors pour qu'il joue avec Clarent et Avalon. Il le regrettait.
Le leonberg avait le don de charmer et calmer les esprits rudes, y compris Uther et sa mère. L'avoir dans la pièce quand Arthur allait accuser cette dernière d'utiliser son statut diplomatique comme couverture pour blanchir de l'argent aurait pu être un avantage certain.
Cela lui rappelait qu'il devait encore régler un petit souci avant d'entrer dans l'arène…
« C'est toi qui devras parler à l'ambassadrice… » Prévint-il son collègue de but en blanc.
Le blond haussa un sourcil.
« Et pourquoi donc ? »
« Ne joue pas à plus bête que tu l'es, tu sais très bien pourquoi… Je t'ai fait rentrer à l'ambassade et t'ai rapidement obtenu un entretien. Je ne peux pas faire plus sans compromettre l'enquête, si enquête il y a… »
« Donc, tu as bien un lien avec l'ambassadrice. »
Lancelot allait répondre mais ce fut le moment choisi par Freya pour sortir du bureau.
« Elle est tout à vous… » Leur dit-elle en offrant un petit clin d'œil encourageant à son frère en passant.
Message reçu cinq sur cinq : leur mère était d'humeur massacrante. Super…
Lorsque son regard se posa sur Arthur, il vit que le fils Pendragon le fixait pour savoir s'il était prêt. Il hocha la tête pour lui assurer de son soutien et ils pénétrèrent dans le bureau.
Sa mère ne leur accorda pas un regard lorsqu'ils entrèrent. Au contraire, son nez resta collé à ses papiers, comme s'ils étaient infiniment plus intéressants que ses visiteurs. Faire comprendre à votre interlocuteur que vous lui étiez supérieur… La technique avait déjà fait ses preuves. Et Viviane excellait dans ce domaine.
Après une petite minute de silence, Arthur s'éclaircit la gorge pour signaler que, non, il n'avait toujours pas fui et qu'elle pouvait encore attendre longtemps avant qu'ils ne le fassent. Cela l'obligea à relever la tête.
Elle se figea quand elle l'aperçut. Visiblement, Freya ne l'avait pas avertie de l'identité de ses visiteurs.
« Votre Excellence, je suis Arthur Pendragon, et voici mon co… »
« Je sais qui vous êtes, jeune homme. » L'interrompit sèchement Viviane. « Vous ressemblez assez à votre père pour qu'il n'y ait pas de doute là-dessus… La question est plutôt de savoir si vous êtes aussi fouille-merde que lui. »
Arthur lui jeta discrètement un regard surpris. Et Lancelot répondit par une grimace. Oui, il savait que sa mère n'aimait pas beaucoup Uther (raison pour laquelle il avait d'ailleurs tu sa récente affectation). Mais que cette aversion allait jusqu'à lui manquer de respect aussi clairement devant deux de ses agents, dont le fils du commissaire, ça, il l'ignorait.
« Mais je suppose que nous allons très vite le savoir. » Murmura-t-elle, cependant assez fort pour se faire entendre, avant de reprendre un peu plus haut. « Prenez un siège, messieurs. Vous voulez peut-être boire quelque chose ? »
La dernière question était pure courtoisie, ils le savaient. Cependant, cela n'empêcha pas Lancelot de s'exécuter sous le regard de glace de sa mère et de prendre place en face d'elle. Arthur, lui, pauvre inconscient, resta debout et ouvrit la bouche pour décliner l'invitation.
« Assis ! » Tonna l'ambassadrice, impérieuse.
Ce que le blond fit aussitôt.
« Bien. » Déclara-t-elle avec un sourire satisfait. « Maintenant que nous sommes tous à l'aise, vous pourriez peut-être m'expliquer ce qui me vaut cette visite impromptue… »
Lancelot put presque entendre Arthur déglutir difficilement. Sa mère avait réussi son coup : le fils Pendragon était terrorisé – à raison, d'ailleurs.
Pourtant, il releva la tête, surmontant sa crainte avec panache, et regarda Viviane dans les yeux quand il déclara avec la plus exquise des politesses :
« Nous voudrions vous demander l'autorisation d'examiner les comptes de votre ambassade. »
Elle haussa un sourcil.
« Dites-moi, jeune homme, le concept d'immunité diplomatique vous est-il familier ? »
« Euh… Je… Bien sûr. »
« Parfait ! Donc, vous savez que votre demande est impossible... La sortie est de ce côté. »
Arthur ne savait plus où se mettre. Elle avait gagné. Lancelot se mordit la lèvre, préférant réfléchir aux conséquences avant de s'embarquer dans cette affaire.
Bon, foutu pour foutu.
« Si je puis me permettre, l'immunité diplomatique peut être cassée en cas de délit majeur. » Intervint-il sur son ton le plus diplomate, celui-là même qu'il avait emprunté à la femme qui lui faisait face. « Nous voulons juste nous assurer que ce n'est pas le cas. S'il n'y a rien à cacher, nous permettre de les consulter maintenant réglerait ce malentendu de façon discrète. Dans la cas contraire, l'affaire pourrait devenir officielle et votre comportement suspicieux… »
Sa tirade attira l'attention de l'ambassadrice sur lui. Elle le regarda un instant avec une certaine fierté avant de durcir son regard.
« Et quel délit majeur, je vous prie, officier ? »
Il espéra que sa grimace passa inaperçu. Officier… Il était foutu.
D'un regard, il supplia Arthur de venir à son secours.
« Blanchiment d'argent. » Répondit calmement le fils Pendragon.
Viviane devient subitement blanche, puis rouge. Elle lâcha le stylo qu'elle tenait dans ses mains et se leva d'un bond. Elle n'avait pas quitté son fils des yeux.
« Je n'ai pas de tes nouvelles pendant près d'un mois. » Gronda-t-elle. « Et te voilà, débarquant comme une fleur en bon petit soldat de Pendragon et m'accusant d'utiliser ma position pour faire du profil ! »
« On ne vous accuse pas personnellement… » Commença doucement Arthur.
« Non, vous m'accusez juste de laisser faire ! En quoi est-ce mieux ? »
Le blond eut la sagesse de ne pas répondre et de baisser les yeux.
« Je ne vois pas pourquoi tu t'obstines ! » Intervint Lancelot, bien conscient qu'il jouait avec le feu. « Soit tu sais et tu fermes les yeux, soit tu ne veux pas savoir et tu te fourvoies. Dans les deux cas, c'est sur toi que les problèmes vont retomber ! Bordel, même si tu n'as rien à voir avec cette histoire, si l'affaire devient officielle, tu peux dire adieu à ton poste et retourner en France ! »
Durant un bref instant, les traits de sa mère semblèrent s'adoucir. Il pouvait la faire craquer, Lancelot en était certain.
« Et si tu pars, tu sais qu'on ne te suivra pas. Contrairement à toi, on a toujours vécu en Angleterre. Freya a sa vie ici – même si elle s'en plaint constamment. J'ai ma vie ici. Si on t'offre la moindre chance de garder cette affaire loin des voies officielles, saisis-la ! S'il te plaît, maman ! »
A sa droite, Arthur manqua de s'étouffer. Seulement, Viviane ne semblait pas l'avoir remarqué. Elle fixait son fils avec intensité, réfléchissant à ses paroles. Et, pendant un court instant, Lancelot crut avoir gagné cette bataille.
Mais, ça, c'était avant que l'ambassadrice ne détourne la tête vers la porte de son bureau.
« Cette discussion est terminée. Bonne journée, messieurs. »
SsSsSsS
« Bon, ça ne s'est pas trop mal passé ! » S'exclama Arthur lorsqu'ils furent enfin sortis du domaine de l'ambassade.
Après avoir quitté le bureau de l'ambassadrice, ils avaient rapidement remercié Freya qui les attendait dans le couloir pour son aide, récupéré Galaad qui gambadait toujours joyeusement dans le jardin et avaient filé à toute allure.
Ce ne fut qu'une fois revenu sur la route anglaise qu'Arthur s'était remis à respirer normalement. Bordel, cette visite était définitivement la pire idée qu'il n'ait jamais eue ! Bien au-dessus de la fois où il avait désobéi à son père pour aller chercher (de manière plus ou moins légale) une pièce informatique vitale pour un des nouveaux programmes informatiques de Merlin !
Profitant que leur voiture soit bloquée dans la circulation infernale de Londres, le blond se tourna vers son collègue. Lancelot était appuyé contre la vitre du véhicule et s'obstinait à fixer les travaux sur la chaussée.
« Je peux te poser une question ? » Lui demanda-t-il. « Et pitié ! Evite de me répondre que je viens de le faire ! »
La remarque eut le mérite d'arracher un sourire au Français.
« J'aurais plutôt répliqué par "Parce que tu n'en as qu'une ?" » Plaisanta ce dernier, bien que pas vraiment d'humeur à rire.
« Je pense bien que la réponse à cette question me donnera déjà pas mal d'informations… »
« Dans ce cas, je suis tout ouïe… »
« Pourquoi tu t'appelles Benoïc, et pas DuLac ? »
Lancelot ne répondit pas tout de suite. Il continua à fixer l'extérieur, obstinément silencieux, et Arthur crut qu'il avait commis une erreur en posant cette question.
« Benoïc est le nom de mes parents biologiques… » Finit par expliquer son collègue, en se tournant finalement vers lui.
Le blond fronça les sourcils.
« Biologique ? »
« Oui, biologique. » Sourit Lancelot. « En opposition à adoptif… »
« J'avais compris, merci ! » Grogna Arthur, un peu vexé de se faire moucher de la sorte.
Il continua de grogner dans son coin quelques minutes avant que Lancelot ne reprenne, sans que le conducteur ne l'y oblige.
« J'étais tout petit quand mes parents sont morts… Je n'ai aucun souvenir, rien qui me rattache à eux. Alors, quand je suis revenu du Chili avec ce besoin de retour aux sources, j'ai demandé à ma mère si elle le prendrait mal si je changeais de nom, parce qu'au final, c'est la seule chose qu'ils ont eu l'occasion de me léguer. Ça n'avait rien à voir avec une volonté de dissimuler qui j'étais. »
« N'empêche que tu ne sembles pas vouloir t'en vanter… »
« Est-ce que Leon se vante de son titre de noblesse ? D'ailleurs, ce n'est pas un secret d'état ! Gwen et Elyan sont parfaitement au courant ! Et peut-être Merlin et Gaius… Et ton père, probablement. »
Evidemment que son père devait être au courant. Le commissaire aimait connaître les moindres détails de ceux qui étaient sous son autorité et faisait une enquête approfondie sur chaque nouvelle recrue. Restait juste à savoir pourquoi il n'avait pas partagé ses informations avec la classe, comme il l'avait fait pour Leon.
« L'identité de ma mère relève de ma vie privée. » Poursuivit le Français. « Et, tant qu'elle ne m'empêche pas de faire mon travail correctement, je ne vois aucune raison d'en faire une montagne. »
Arthur ne put retenir un petit ricanement.
« Et, dans l'affaire qui nous intéresse, n'aurait-il pas été pertinent de nous avertir de ce détail avant d'aller accuser ta mère de blanchiment d'argent ? »
Lancelot lui jeta un regard noir.
« J'aurais peut-être pu vous avertir que ce n'était pas une bonne idée si tu ne m'avais pas embarqué sans me donner la moindre explication sur ce qui se passait ! »
Un point pour lui. Mais, pour sa défense, il n'avait pas eu très envie d'expliquer à son collègue leur opération top secrète en plein commissariat et risquer que l'information arrive aux oreilles toujours bien informées de son père.
« Tu aurais pu m'en parler sur la route ! »
« Pour que tu me laisses dans la voiture ? Non, merci ! Je connais ma mère et je commence à te connaître. Si vous étiez restés là-dedans tous les deux, il y aurait eu un mort ! Et sans vouloir te vexer, je ne pense pas que ça aurait été elle ! »
Ouais, il pensait exactement la même chose. Viviane DuLac était réputée dans la famille Pendragon comme une des rares personnes à avoir fait plier Uther. Et il était loin d'avoir atteint le niveau de son père pour ce qui était des combats de coq.
« Soit ! » Capitula-t-il face aux arguments de son collègue. « Tu as raison, ça ne nous regarde pas. Et je suis même prêt à garder ma bouche fermée à ce propos, d'autant plus que je n'ai pas à mentir à Gwen dans cette histoire… »
Le regard reconnaissant que lui jeta Lancelot ne passa pas inaperçu. À part ça, il ne souhaitait pas dissimuler le nom de sa mère. Du tout.
« Mais, puisque nous sommes encore dans cette voiture, au temps en profiter pour t'interroger en tant que témoin… »
« Pardon ? »
« Tu vas souvent à l'ambassade, non ? Donc, tu connais un peu ceux qui y travaillent… Il n'y a pas quelqu'un qui te paraît suspect ? »
Lancelot réfléchit un instant. Puis, il se renfrogna et s'enfonça un peu plus dans son siège.
« Non, personne. » Finit-il par déclarer.
À l'arrière, Galaad renifla. Arthur ne pouvait que lui donner raison. Il avait déjà connu le Français plus convaincant.
« Vraiment ? Non, parce que tu avais vraiment l'air d'avoir quelqu'un en tête quand tu as accusé ta mère de fermer les yeux… »
« C'est compliqué… » Soupira l'autre. « Je pense effectivement à quelqu'un. Le problème, c'est que je ne suis pas sûr d'être totalement objectif… »
« Et pourquoi donc ? »
« Parce que ce type couche avec ma mère et qu'elle en est complétement dingue. »
SsSsSsS
Après leur petite visite ratée chez Viviane DuLac, l'unité s'était attendue à ce que l'ambassadrice leur rende la politesse et avertisse Uther des accusations qu'ils avaient portées contre elle. Pourtant, le commissaire ne débarqua pas comme une furie dans leur bureau et ne leur perça pas les tympans en leur hurlant qu'ils étaient des imbéciles. Il ne les réaffecta pas non plus à la circulation. Au contraire, il était resté cloitré dans son bureau toute la journée, tournant en rond comme un fauve en cage à cause du manque de caféine.
D'un côté, c'était un soulagement pour tout le commissariat. De l'autre, tout le monde savait très bien que c'était une bombe à retardement. Et, quand il sortirait de là, ils pouvaient tous se mettre à l'abri car sa colère serait terrible.
L'unité en était parfaitement conscience, bien plus que le reste du commissariat. Chaque seconde de répit était donc une chance de constituer un dossier assez solide pour que, quand Uther viendrait leur demander des comptes, ils puissent avoir la meilleure défense possible.
Seulement, pour l'instant, leur solide dossier était composé du fragile témoignage de l'affaire de Morgane et le refus suspect de l'ambassadrice. Pas de quoi faire un procès…
Arthur, Lancelot, Leon et Perceval avaient pourtant passé la nuit dans leur bureau, sans la moindre source de caféine, à essayer de trouver un élément, un détail qui aurait pu les faire avancer. Mais, sans les comptes de l'ambassade, difficile de dénicher quoique ce soit.
Au matin, alors que les quatre policiers étaient écroulés sur leur bureau, Gwen apparut comme un miracle, quatre Starbuck entre les mains qu'elle déposa devant le nez de chacun.
« Honnêtement, Gwen, épouse-moi ! » Marmonna Perceval, à moitié endormi. « Je suis sérieux. »
La secrétaire rit aux éclats, réveillant pour de bon l'équipe.
« Pas touche ! » Grogna Arthur, émergent doucement. « Mon ange, je la garde ! »
« Eh ben, ça c'est de la déclaration ! » Se moqua gentiment la voix de Merlin qui venait d'apparaître derrière la métisse. « Tu devrais le priver plus souvent de sommeil, Gwen, ça le rend presque poète ! »
Pour toute réponse, le blond prit la première chose qui lui passa sous la main et le balança sur son meilleur ami. Manque de chance, c'était une farde à moitié remplie et elle termina sa course juste avant d'atteindre sa cible. Merlin la regarda tomber devant lui et gloussa.
« Raté ! »
« C'est pas bientôt fini ce raffut ! » Grogna Leon. « Ayez pitié et laissez-moi émerger tranquillement ! Si vous voulez vous chamailler, faîtes le après que j'ai terminé mon thé ! »
Le bouclé n'était définitivement pas du matin...
« Désolé. » Grimaça Merlin avant de lever un sachet en papier à hauteur de leurs yeux. « J'ai apporté croissants et pains en chocolat pour accompagner le café ! Mais pas la peine de me demander en mariage pour si peu ! »
À la place, les quatre policiers gémirent, à la surprise des nouveaux arrivants.
« Bon, visiblement, pas de bague de fiançailles pour toi, Merlin ! » Sourit Gwen. « Ça va, les gars ? »
« Je ne veux plus rien avoir à affaire avec quelque chose en relation avec la France de près ou de loin ! » Gémit Lancelot, assez ironiquement dans sa langue maternelle.
« Lancelot ? » Fit gentiment Merlin, qui n'avait rien compris.
« Quoi ? »
« Shakespeare, pas Molière. »
Ils gémirent de plus bel à la mention du dramaturge français.
« Eh ben ! C'est pas la joie à ce que je vois ! Vous avez fait la fête du siècle sans m'inviter ? Et moi qui croyais qu'on était des potes ! »
Ils se tournèrent tous vers la porte où se tenait un Gauvain tout souriant, un petit dossier sous le bras. Couché au pied du bureau de son maître, Galaad releva la tête, grogna en direction du nouvel arrivant quelques secondes avant de reposer la tête sur le sol, considérant son avertissement suffisant. L'Ecossais l'ignora royalement.
« Gauvain ! » S'exclama joyeusement Merlin. « Qu'est-ce qui t'amène ? »
Le détective privé le regarda étrangement, un peu surpris.
« Ben, le boulot ! » Répondit-il en haussant les épaules avant de se tourner vers Leon. « D'ailleurs, je suis curieux de savoir pourquoi tu t'intéresses à l'ambassadrice de France… »
« Tu… Quoi ! »
L'exclamation collective eut fini de réveiller les derniers endormis.
« Ben quoi ? J'ai dit une bêtise ? C'était un secret d'état. »
« Ouais, ça l'était. » Maugréa Leon en s'étirant.
Le bouclé ignora avec superbe les quatre pairs d'yeux qui lui demandaient des explications. Arthur et Lancelot pour connaître cette histoire de dossier, Merlin et Gwen pour connaître l'histoire tout court. Seul Perceval ne semblait pas s'en préoccuper plus que ça, buvant tranquillement son café.
« C'est quoi le problème avec l'ambassadrice de France ? »
« Tu as demandé à Gauvain de constituer un dossier sur l'ambassadrice de France ? »
« Oui, j'ai demandé une enquête discrète sur Viviane DuLac. » Soupira le bouclé en réponse aux questions simultanées de Gwen et de Lancelot. « J'aime savoir sur qui je travaille et, au vu du peu d'éléments qu'on a, ça pourrait peut-être nous offrir un nouvel angle de vue. »
« J'ai sans doute raté un épisode. » Intervint calmement Perceval. « Mais je ne me rappelle pas que tu nous as parlé de ce dossier durant la longue nuit qu'on vient de se farcir. »
« T'as rien raté. » Assura Arthur. « Ou alors, on a raté le même… »
Leon ne prit même pas la peine de se justifier. Il était le chef de l'unité et, par conséquent, n'avait de compte à rendre qu'à Uther. À la place, il but une gorgée du gobelet que Gwen lui avait apporté. Il soupira de satisfaction en reconnaissant le goût d'un breakfast tea, parfaitement sucré avec un nuage de lait. Guenièvre Smith était définitivement l'ange de cette équipe.
« Et sinon, pourquoi vous enquêtez sur l'ambassadrice de France ? » S'enquit Merlin, qui avait bien noté qu'aucun des policiers n'avait encore répondu à cette partie de la question.
« J'avoue que ça m'intéresse aussi. » Fit Gauvain.
« On pense que quelqu'un utilise l'ambassade de France pour blanchir de l'argent. » Expliqua Arthur avant que Leon ne puisse lui interdire d'en parler – il n'allait certainement pas cacher ça à sa copine et à son meilleur ami, surtout quand ce dernier pouvait aider !
Gwen perdit quelques couleurs et se tourna vers Lancelot.
« Ce sont des accusations hypothétiques. » Précisa ce dernier. « Pour l'instant, on essaie juste de savoir si elles sont fondées, histoire de ne pas créer un incident diplomatique pour rien… »
Un peu en retrait, Gauvain ricana. Cela n'échappa pas à Merlin qui se tourna dans sa direction. L'Ecossais avait perdu un peu de sa bonne humeur et jetait un regard entendu au Français de la bande.
« Un problème ? »
« Non, je me demandais juste si c'était vraiment l'incident diplomatique que notre cher Lancelot voulait éviter ou autre chose… »
Arthur et Gwen grimacèrent tandis que Leon, Merlin et Perceval froncèrent les sourcils. Allons bon, qu'est-ce qui se passait encore ?
Lancelot, loin de se démonter face au détective écossais, se redressa calmement sur sa chaise et regarda son interlocuteur droit dans les yeux.
« Je pense que je n'ai pas passé une assez bonne nuit pour t'entendre tourner autour du pot pendant des heures. Je te propose donc d'arrêter ici les insinuations pernicieuses et de me dire clairement ce que tu me reproches. »
« Mais avec plaisir. » Fit-il avec un petit sourire forcé. « J'ai toujours eu du mal à digérer les mensonges de mes proches. Est-ce plus clair maintenant ? »
« Limpide. J'ignorais cependant que ma filiation avait une quelconque importance dans notre relation… »
« Dites, ça vous dérangera de partager votre mélodrame avec le reste du groupe ? » Les interrompit Leon en buvant une nouvelle gorgée de son thé.
Pour toute réponse, Gauvain lui tendit le dossier sur l'ambassadrice.
« Voilà ce que j'ai pu récolter dans le délai imparti. J'ai particulièrement creusé à propos des proches que l'ambassadrice pourrait couvrir. J'ai mis quelques noms intéressant en avant… Ah aussi, je pense que tu peux écarter son fils de la liste des suspects ! Ou alors, faudra vraiment revoir vos critères de recrutements ! Sur ce, j'ai du travail. Appelle-moi si tu as encore besoin de mes services. Messieurs, Gwen ! »
Il salua tour à tour les différentes personnes dans la pièce à l'exception de Lancelot et quitta la salle sans rien ajouter.
« Faudra un jour qu'il m'apprenne à faire des sorties aussi théâtrales… » Murmura Perceval avant de reprendre plus haut. « Quelqu'un a compris quelque chose à ce qui vient de se passer ? »
Lancelot s'écroula sur son bureau, la tête enfouie dans le creux que formaient ses deux bras repliés et gémit. Galaad, alerté, se releva d'un bond et vient frotter sa tête contre la jambe de son maître pour le réconforter tandis qu'Arthur se levait de son bureau pour tapoter gentiment l'épaule de son collègue.
« Je pense que Lancelot a quelques petits choses à nous expliquer… » Répondit Leon en prenant connaissance du dossier que lui avait laissé Gauvain. « Mais avant toute chose, j'aimerais que tu m'expliques un truc… Pourquoi tu t'appelles Benoïc si tu es le fils de l'ambassadrice ? »
Le Français gémit de plus bel.
Suite au prochain chapitre...
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Dans les coulisses de l'unité (pour ceux que ça intéresse)
Petit 1 : Le titre de cette histoire vient l'excellent série Sherlock Scandale à Buckingham, le premier épisode de la saison deux (la meilleure à mes yeux), lui-même inspiré par Scandale en Bohème, une des aventures de Sherlock Holmes. Bref, ça fait un sacré chemin de références…
Petit 2 : C'est la première apparition physique de Morgane. Pourquoi seulement maintenant ? Car la demoiselle m'a posé un petit souci bien casse-tête. Je ne le cache pas, je m'inspire parfois bien plus de la légende arthurienne que de la série. Or, dans le mythe, Morgane et Arthur partagent la même mère, pas le même père ! Finalement, j'ai décidé de suivre la série car cela m'offrait plus de possibilité pour l'histoire. Et d'ailleurs, on n'est pas au bout de notre surprise avec la famille Pendragon…
Je rappelle encore et toujours que, si vous avez des idées à proposer pour la suite des opérations ou des remarques qui pourraient faire avancer l'affaire, je suis tout ouïe ! (promis, je ne mors pas !)
À très vite ! Que la pythie soit avec vous !
Nerya
