Ami du jour, bonjour ! Ami du soir, bonsoir !

Dixième chapitre de ce recueil ! J'allais ajouter un « déjà » avant de me rendre compte que l'unité sévit depuis (déjà) deux ans… Comme dix, c'est un beau chiffre, tout rond, vous avez droit à un OS un peu plus spécial : on change de décor ! En tout cas, j'ai pris un immense plaisir à l'écrire et j'espère que vous en prendrez tout autant à le lire !

Un grand merci à tous ceux qui ont pris le temps de lire l'OS précédent, et un plus grand encore à ceux qui ont laissé une pythite trace de leur passage. Merci également à Staffy pour la correction de ce texte.

Une bonna pythie lecture !

Disclaimer : Aucun des personnages torturés ci-dessous n'est à moi ! Ils appartiennent soit à la légende, soit à la BBC (ou les deux).


Lorsqu'elle pénétra dans le palais de justice, Morgane Fay était d'humeur plutôt joyeuse. Tout lui laissait présager qu'elle passerait une bonne journée. Elle avait bien dormi et n'avait pas été réveillée par les ébats de son voisin du dessus avec sa nouvelle conquête. Elle n'avait pas non plus renversé son café lorsqu'elle avait pris son petit-déjeuner à moitié endormie et aucun sale con n'avait essayé de la draguer sur le chemin du travail.

Encore mieux, ce jour-là, elle passait une journée pénarde à plaider des petites affaires de vol et de contraventions non-payées à cause du manque d'avocats au bureau du procureur de la Couronne.

Là où la plupart de ses collègues masculins se plaignaient sans arrêt de devoir s'occuper de "dossiers faciles" – à croire que plus l'affaire qu'ils gagnaient était compliquée, plus ils se sentaient puissants et virils – Morgane, elle, aimait bien traiter ce genre de cas de temps à autre. Parce que, bordel, qu'ils étaient reposants ! Pas de crimes horribles commis par des psychopathes en puissance ! Ni d'heures supplémentaires à parcourir des centaines de dossiers dans l'espoir de découvrir le moindre petit détail qui lui permettrait de coincer un salopard ! Et encore moins d'attendre pendant des plombes les conclusions des scientifiques ou de batailler avec eux pour qu'ils viennent témoigner à la barre (c'était toujours un vrai cauchemar de convaincre Smith car « s'il faisait ce métier, ce n'était pas pour jouer les clowns dans un tribunal ! »).

Non, ce genre d'affaires étaient aussi simples que de voler les jouets d'Arthur quand ils étaient gosses. Les faits étaient clairs et les preuves incontestables. Généralement, le dossier était plié en moins d'un quart d'heure.

Et puis, dans ces cas-là, elle affrontait quasiment à chaque fois des commis d'office. Et ça, Morgane adorait. Elle se faisait toujours un plaisir de démonter point par point leur petite argumentation minable sans leur laisser le temps de la terminer. Les commis avaient alors l'habitude de fondre en larmes à la sortie du tribunal et de retourner se réfugier dans les jupes de leur mère – ce qui lui avait valu une belle réputation au sein du barreau londonien et le charmant surnom de « Dame sans merci ».

Pour Morgane, c'était un devoir de terroriser les nouveaux commis. S'ils pouvaient se relever après une telle humiliation, ils auraient l'étoffe d'un avocat (et feraient plus tard d'excellents adversaires pour ses collègues mâles en manque de virilité). Dans le cas contraire, ils étaient tout juste bons à trier des dossiers dans les tréfonds des archives juridiques.

C'était donc avec un grand sourire qu'elle pénétra dans le tribunal. L'accusé était déjà là. C'était un gamin tout juste majeur qui tremblait sur sa chaise. Par contre, aucune trace de son avocat.

Alors qu'elle passa à côté du banc des accusés pour rejoindre sa propre place, elle lui offrit son plus bel air de dragon des tribunaux. Le gosse devint encore plus pâle qu'il ne l'était déjà.

Elle était en train de mettre de l'ordre dans ses papiers quand elle entendit une voix joyeuse s'exclamer derrière elle :

« Maître Fay ! Quelle bonne surprise ! »

Morgane se figea un bref instant. Puis, elle se retourna lentement pour découvrir avec déplaisir le sourire parfaitement charmant et l'air tout aussi parfaitement arrogant de Galehaut Danann.

Bordel ! Pourquoi fallait-il que, de tous les avocats de la défense londoniens, elle tombe sur lui ?

Danann devait avoir l'âge d'Arthur. Il était grand – très grand – avec des cheveux bruns aux reflets roux qui faisaient honneur à ses origines nord-irlandaises et des yeux verts horriblement perspicaces. Il n'avait obtenu son diplôme que très récemment, raison pour laquelle il était honteusement relégué à un rôle de commis. Honteusement car Danann était affreusement brillant (presque autant qu'elle, c'est pour dire !). D'après ses informateurs, il avait passé quatre ans quelque part en Amérique latine à aider elle ne savait plus quelle mission humanitaire. Et, visiblement, là-bas, ses opposants étaient autrement plus menaçants que Morgane parce, elle, elle ne lui faisait absolument aucun effet !

« C'est moi, ou vous êtes encore plus belle que la dernière fois que nous nous sommes vus ? » Lui demanda-t-il d'un ton charmeur. « Quelque chose à vos cheveux peut-être ? »

Du moins, pas l'effet espéré. Même si ça faisait toujours plaisir d'être ainsi complimentée et que quelqu'un remarque enfin qu'elle avait changé de coiffure !

« Accouchez Danann ! » Répliqua-t-elle, pourtant intraitable. « Qu'est-ce que vous voulez ? »

L'avocat de la défense lui offrit son plus beau sourire.

« Je peux vous payer un verre, histoire que l'on discute tranquillement du cas de mon client ? »

La jeune femme haussa un sourcil, septique.

« N'est-ce pas la raison exacte de notre présence ici ? Discuter du cas de votre client devant le juge ? »

Le numéro de charme, ça allait bien deux minutes ! Fallait pas non plus veiller à la prendre pour un dindon !

Danann dut le comprendre parce qu'il changea de stratégie.

« Sérieusement, Maître, est-ce que vous trouvez vraiment qu'il a la tête d'un cerveau terroriste ? »

Elle jeta un coup d'œil du côté du client. Ça, elle voulait bien le concéder, il ne payait de mine, tremblant comme une feuille et aussi pâle qu'un cachet d'aspirine.

« Il m'a plutôt l'air de celui qui se laisserait embarquer pour faire exploser la bombe… »

« Exactement ! » S'exclama son rival, ravi. « Enfin, pas l'histoire de la bombe ! Mais vous le voyez bien aussi, c'est juste un gamin paumé et influençable qui a eu de mauvaises fréquentations ! Collez-le dans un environnement stable avec un minimum d'autorité et il ne posera plus aucun problème ! »

Morgane regarda une nouvelle fois le gamin qui s'accrochait à sa chaise comme si sa vie en dépendait. Danann n'avait pas tort. Coller ne serait-ce que trois mois de bagne à ce gosse lui procurait autant de satisfaction que de piquer le goûter d'Arthur. Autant dire, aucune (son frère et elle n'avaient jamais eu les mêmes goûts en matière de nourriture…).

« Qu'est-ce que vous proposez ? » Demanda-t-elle, presque en soupirant.

« Soixante heures de travaux d'intérêt général à l'endroit de votre choix. »

La proposition était honnête. D'autant plus que son père serait sans doute ravi d'une aide gratuite pour s'occuper de la paperasse.

« Marché conclu. »

« Super ! Je vous paie un verre pour fêter ça ? »

« Dans vos rêves ! »

« Dommage ! Vous ne l'auriez pas regretté ! »

Morgane était sur le point de l'envoyer sur les roses quand le juge fit son entrée. Il poussa un soupir dépité lorsqu'il découvrit l'identité des deux avocats face à lui.

« Maître Fay. Maître Danann. J'espère que vous ne comptez pas mettre mon tribunal à feu et à sang cette fois-ci… »

« Du tout, Votre Honneur. D'ailleurs, Maître Fay et moi venons tout juste de trouver un arrangement. »

Le juge les considéra d'un œil agréablement surpris.

« Vraiment ? Et quel est-il ? »

« Soixante heures de travaux d'intérêt général, Votre Honneur. » Le renseigna Morgane.

Le juge se tourna alors vers l'accusé.

« Est-ce que vous êtes d'accord avec ce compromis, jeune homme ? »

Le gamin sursauta, ne s'attendant pas à ce qu'on s'adresse directement à lui. Il consulta son avocat du coin de l'œil et se détendit lorsque Danann lui fit comprendre que tout allait bien.

« Je… Euh… Oui, monsieur. »

Le juge hocha la tête, satisfait.

« J'aime quand mes journées débutent de la sorte ! Affaire suivante ! »

SsSsSsS

Arthur considérait sa sœur d'un œil soupçonneux depuis qu'elle avait passé la porte de son appartement un peu plus de deux heures auparavant. Elle avait passé la majeure partie du repas plongée dans ses pensées. Et son expérience personnelle lui avait appris à quel point cette situation pouvait être mauvaise pour lui. Que mijotait-elle donc ?

« Ça va, Morgane ? »

Un grognement distrait lui répondit.

« Mais encore ? »

« Depuis ce matin, j'ai l'impression que je me suis faite avoir… »

À la demande de son frère, elle lui raconta dans les grandes lignes son audience avec Danann et comment ce dernier l'avait convaincue d'opter pour une peine plutôt légère.

« Tu as raison, c'est inquiétant. » Affirma le blond quand elle eut terminé. « On dirait que tu t'humanises ! Aïe ! »

Gwen, qui venait de réapparaître dans le salon, le plateau à thé entre les mains, avait gentiment tapé l'arrière du crâne de son compagnon pour le punir de ses mots – après avoir posé le plateau, évidemment.

« Tu n'as pas honte de te moquer ainsi de ta sœur ? »

« Tu plaisantes, j'espère ? Crois-moi, c'est de bonne guerre ! Enfin, pour en revenir à ton brusque sursaut d'humanité, où est le problème ? Ton gus, il sera quand même puni, non ? »

« Oui, mais pas aussi sévèrement qu'il aurait dû… Franchement, Arthur, est-ce que je m'encroûte ? »

Gwen lança un regard inquiet du côté de son compagnon, ayant quelques craintes à propos du moral de son amie. Le blond haussa les épaules, l'air de dire « ne t'en fais pas, ce n'est qu'une micro-déprime passagère. C'est assez courant chez elle. Une petite action tyrannique et rien n'y paraîtra plus ! ».

Il tapota gentiment le dos de sa sœur pour la réconforter.

« Que du contraire ! En acceptant une peine légère, tu as donné de l'espoir aux suivants ! Et ça fera encore plus mal quand tu les auras écrasés ! »

La substitut semblait moyennement convaincue.

« Mouais… N'empêche, je suis sûre que c'est la faute de Danann et de son numéro de charme ! »

Arthur et Gwen tiquèrent, mais pas pour les mêmes raisons.

« Quel numéro de charme ? »

« Danann ? Galehaut Danann ? »

Morgane s'intéressa bien plus à la réaction de son amie qu'à celle de son frère.

« Tu le connais ? »

La jeune femme acquiesça, un sourire mystérieux aux lèvres.

« Nous sommes de vieilles connaissances, mais nous nous sommes perdus de vue il y a quelques années… Donc, il a finalement terminé son droit… »

« Oui, et il est devenu mon pire cauchemar dans un tribunal ! »

« Dîtes, les filles, on pourrait revenir au moment où Morgane a dit qu'il l'avait draguée ? »

Son aînée soupira, comme désespérée par l'idiotie de son frère.

« Il ne m'a pas vraiment draguée. Il m'a invitée à boire un verre et a sous-entendu de manière parfaitement misogyne que je ne regretterais pas ma soirée. Sérieusement, est-ce que j'ai l'air de ce genre de filles ? »

Pour toute réponse, Gwen éclata de rire.

« Qu'est-ce qu'il a de drôle ? »

« Tu aurais dû accepter ! » Répondit la métisse lorsqu'elle fut calmée. « Tu aurais effectivement passé une excellente soirée parce que Galehaut est quelqu'un d'incroyablement cultivé et d'excessivement passionné. Ensuite, il t'aurait galamment raccompagné chez toi, t'aurait souhaité une bonne nuit et serait reparti sans penser une seconde à te mettre dans son lit. »

« Comment ça ? »

« Il est gay. »

« Tu plaisantes ? »

« A moins qu'il ait changé de bord depuis la dernière fois qu'on s'est vus… Mais, franchement, autant croire au Père Noël. »

La tête de Morgane à ce moment précis valut de l'or massif. Arthur ne put s'en empêcher, il se tordit de rire sur son canapé. En représailles, il reçut en pleine poire le coussin que lui balança sa sœur, vexée. Il n'en rit que davantage.


Et voilà ! Bonbons ou tomates ? Dans tous les cas, merci d'avoir pris le temps de lire ce texte !

Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas m'étaler sur Galehaut. Il fait effectivement partie de la légende arthurienne, et personnellement, j'ai beaucoup d'affection pour lui. Seulement, je n'ai pas envie de gâcher la surprise à ceux qui ne le connaissent pas encore…

Je rappelle encore et toujours que, si vous avez des idées à proposer pour la suite des opérations, je suis tout ouïe...

Communication de service : l'année prochaine, j'entre dans ma dernière année d'unif, avec mon mémoire à la clé. Mémoire déjà en préparation durant ces vacances. Du coup, mon rythme d'écriture sera pas mal ralenti (déjà qu'il était pas fameux…) et je n'ai plus de texte en réserve. Il n'est pas exclu que j'en écrive un ou deux pendant mes vacances, mais il faudra sans doute encore plus patienter qu'habituellement pour retrouver un nouveau chapitre…

Que la pythie soit avec vous !

Nerya