Ami du jour, bonjour ! Ami du soir, bonsoir !
Deuxième chapitre de ma Legenda Aurea ! Après un petit tour dans le passé, on revient à nos chevaliers, même si l'ambiance est loin d'être au beau fixe !
Taille : 4212 mots (bien moins long que le précédent)
Personnage : Hyoga, Ikki, Aiolia, Milo. Camus est énormément évoqué
Remerciement à : Staffy, pour la correction ! Merci à tous ceux qui ont pris la peine de lire le chapitre précédent, et encore plus à ceux qui ont signalé leur passage, que ce soit pas un favori, un follower ou une review !
Disclaimer : Aucun des personnages torturés ci-dessous n'est à moi, mais bien à Masami Kurumada. Quant aux OC's introduits ou évoqués dans cette fic, ils sortent de ma petite caboche…
Ceux qui partent et ceux qui reviennent
Le Sanctuaire était si calme. On aurait pu croire que la bataille fratricide de la veille n'avait jamais eu lieu. Et pourtant… Si le paysage semblait si vide, c'était bien parce que la moitié des occupants des lieux étaient morts.
Adossé contre le rebord d'une des fenêtres de la cinquième maison, Hyoga ne pouvait détacher son regard d'une bâtisse bien particulière. Le temple du Verseau semblait désormais si différent de celui de ses souvenirs.
Avant la bataille de la veille, il s'était déjà rendu une fois au Sanctuaire, quand Aiolia avait été fait chevalier. Il avait neuf ans à l'époque. Cette unique visite l'avait bien marqué. Il se rappelait de la chaleur, étouffante, quand ils étaient sortis de l'avion. Il se rappelait son émerveillement lorsqu'ils étaient arrivés au pied de l'escalier sacré et qu'il avait vu pour la première fois cette architecture, tellement différente de ce qu'il avait connu en Russie et au Japon.
Un souvenir en particulier lui arracha un pauvre sourire. Isaak et lui s'étaient (pour la centième fois) perdus et avaient atterri sans savoir comment dans la maison du Cancer. Ils avaient d'abord été intrigués par la décoration particulière du gardien des lieux avant de comprendre de quoi il s'agissait réellement. Et ce fut à ce moment précis, quand ils avaient enfin pris conscience d'être tombés dans l'antre d'un psychopathe, que le chevalier du Cancer était apparu et leur avait fichu la peur de leur jeune existence. Ils avaient détalé comme des lapins et avaient vite retrouvé le chemin du onzième temple pour se réfugier derrière leur maître. Et, lorsqu'ils lui avaient raconté leur aventure, Camus avait ri de bon cœur.
Oui, c'était sans doute le souvenir le plus marquant ce séjour. Le rire de son maître.
Tout était tellement différent à présent… A commencer par le onzième temple. Depuis leur victoire sur le chevalier des Gémeaux, le Russe avait été incapable de s'attarder là-bas plus que nécessaire. L'endroit faisait remonter trop de souvenirs, des bons comme des mauvais. À chaque fois, il n'avait qu'une hâte : quitter les lieux le plus vite possible. Et il ne s'agissait pas seulement de la maison du Verseau…
Seulement, retourner au Japon n'était pas vraiment à l'ordre du jour. On pouvait reprocher pas mal de chose à Saga des Gémeaux, y compris sa sanglante prise de pouvoir et sa dernière année toute aussi sanglante. Cependant, difficile de nier que, pendant treize ans, il avait parfaitement géré le Sanctuaire. Sa disparition avait laissé place à un vide compliqué à combler. À cela s'ajoutaient la mort de la moitié de la garde dorée d'Athéna et les doutes qui avaient envahi l'autre moitié quand elle avait appris qu'elle avait été manipulée depuis treize ans par un de leurs pairs. En définitif, le Sanctuaire n'avait jamais paru aussi vulnérable et il n'était pas impossible qu'un ennemi en profite pour les attaquer.
Et, puisque les Bronzes étaient plus ou moins responsables de ce bordel, c'était à eux de réparer les pots cassés. Exclu donc de s'ostraciser au Japon ou dans les tréfonds de la Sibérie pour oublier tout ce qui s'était passé. Quand vous réussissez à buter le cul d'un tyran, vous devenez immédiatement le responsable de référence, tant pis si vous êtes encore mineurs !
Heureusement, le Vieux Maître, par l'intermédiaire de Mu, avait pris les choses en main, ce qui avait permis aux Bronzes de prendre un peu de repos après la longue journée de la veille. Il avait néanmoins bien fallu caser les adolescents.
À la surprise général, Shaka avait proposé à Ikki et à Shun de loger chez lui. Les deux frères s'étaient regardés, étonnés, avant d'accepter avec plaisir – enfin, si on pouvait parler de plaisir dans le cas d'Ikki. Shiryu avait demandé la permission à son maître de squatter le temple de la Balance le temps de leur séjour tandis que Seiya s'était incrusté chez Marine sans vraiment laisser à la rousse l'occasion de refuser (même s'il aurait été improbable qu'elle le fasse).
En réalité, seul Hyoga avait posé problème. Il était évidemment exclu pour lui de s'installer au onzième ou de jouer les colocataires de Shiryu au septième. Aldébaran avait innocemment suggéré qu'il loge dans la maison du Scorpion. Cependant, l'idée avait vite été abandonnée face au regard noir que Milo avait lancé au Cygne. Finalement, Aiolia avait assuré que le blond était le bienvenu chez lui. Si la proposition avait étonné les Bronzes, les Ors n'avaient pas tellement été surpris. Après tout, Camus et Aiolia avaient été de très bons amis, à l'image de leurs maîtres.
Le Russe s'était donc retrouvé chez le Lion. Et il avait donc été aux premières loges pour entendre la dispute, assez incroyable, entre Milo et Aiolia – non content d'en être la cause…
« Je n'arrive pas à croire que tu l'accueilles ! » Avait hurlé le Scorpion, hors de lui.
« Et pourquoi donc ? »
« Il a tué Camus ! »
Aiolia avait eu un reniflement presque amusé mais profondément triste.
« Tu sais comme moi que ce n'est pas aussi simple… »
Loin de calmer Milo, les paroles de son compatriote n'avait fait qu'attiser un peu plus sa colère.
« Pas si simple ! » Avait-il explosé. « Au contraire, c'est très simple ! C'était son maître et il l'a tué ! »
À ce moment-là, Hyoga avait hésité à faire savoir qu'il entendait tout. Mais cette petite hésitation avait permis à Aiolia de répondre, sur un ton bien plus doux que le reste de la conversation.
« Mais qui te dit que ce n'est pas ce que Camus voulait ? »
La réplique avait eu le mérite de laisser Milo bouche-bée. Et de lui clouer le bec durant une poignée de secondes – un record.
« Qu'est-ce que tu racontes ? » Avait-il finalement demandé la surprise passée. « Camus n'est pas du genre à… »
« Qu'est-ce que tu en sais ? »
Malgré le calme inattendu du Lion quand il avait parlé, il était très facile d'entendre la colère difficilement maitrisée et les reproches dans sa voix.
« Dis-moi, avant son retour, depuis combien de temps ne vous étiez-vous pas parlés ? Un bon bout de temps, je parie… Alors, comment peux-tu parler en son nom ? Juger de ce qu'il aurait fait ou pas ? Moi, je peux te le dire : Camus aurait fait n'importe quoi pour ses disciples, y compris perdre la vie… Et c'est d'autant plus simple quand on a pas grand-chose à quoi se raccrocher… »
Les mots d'Aiolia étaient des coups de poignard particulièrement bien aiguisés et Milo était devenu de plus en plus pâle au fil du discours. Mais le coup de grâce n'était pas encore arrivé.
« Tu le blâmes, lui. Mais tu pourrais tout aussi bien blâmer Saga, qui est à l'origine de cette guerre. Ou bien notre déesse… Et si tu te blâmais, toi ? Après tout, c'est toi qui l'as laissé passer… Tu devais bien te douter de ce qui arriverait… »
Il avait marqué une pause, avant de reprendre :
« La vérité, c'est que blâmer qui que ce soit ne changera pas ce qui s'est passé. Si tu te laisses consumer par ça, tu finiras comme Nikolaï… »
Nikolaï, le maître de Camus, avait déserté après la mort de son compagnon, laissant une belle pagaille derrière lui. Mentionner l'ancien Verseau avait sans doute été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Milo, les poings devenus blancs à forcer les serrer, avait fait un pas vers Aiolia, comme pour lui mettre son poing dans la figure, avant de se raviser et de quitter le cinquième temple en laissant exploser sa rage.
Aiolia avait poussé un soupir de soulagement quand il avait entendu la porte claquer. Milo était définitivement parti. Il s'était ensuite dirigé vers la cuisine, comme si rien ne s'était passé. Mais, à mi-chemin, il s'était immobilisé.
« Ne fais pas attention à Milo. Il est en colère, mais ça passera… Tu as fait ce que tu devais faire et Camus serait surement fier de toi… »
Les mots du Lion résonnaient encore maintenant dans sa tête. Milo avait beau être en colère, il n'en avait pas tort pour autant. Il avait bel et bien tué son maître ! Et il devrait désormais vivre avec ça sur la conscience…
« Tu rêvasses ici depuis longtemps ? »
La voix d'Ikki le ramena brusquement à la réalité. Il s'arracha à la contemplation du onzième temple pour se tourner vers le Phénix. L'aîné des Bronzes se tenait debout, les bras croisés contre sa poitrine, un air contrarié sur le visage. Ça arracha un petit sourire au Russe.
« Est-ce que j'ai fait quelque chose pour t'agacer récemment ? » Lui demanda-t-il d'un ton taquin.
Le Japonais le considéra un instant avant de se détendre et de soupirer.
« Parfois, tu me rappelles Shun, quand il se cache derrière ses sourires pour faire croire que tout va bien ! » Lâcha-t-il en s'appuyant de l'autre côté de la fenêtre, en face du blond. « Et pour répondre à ta question, ça fait des heures que je te recherche parce que Shun s'inquiète et qu'il s'est mis en tête que j'étais le seul qui pouvait te parler ! Donc oui, je considère que j'ai le droit d'être remonté contre toi ! »
Le sourire de Hyoga s'élargit un peu. Ikki ne changerait décidément jamais… Peut-être que Shun et lui se cachaient derrière des sourires, mais le Phénix, lui, n'hésitait pas à se cacher derrière son frère pour justifier qu'il s'inquiète pour les autres. Bien qu'il ne serait pas surpris que Shun ait effectivement manipulé son aîné pour qu'il prenne de ses nouvelles.
« Pourquoi toi ? »
« Visiblement, il est persuadé que je suis la seule personne qui puisse comprendre la situation dans laquelle tu te trouves… Il n'a pas vraiment tort en fait… »
Hyoga haussa un sourcil.
« Ma situation ? »
« La mise en pratique du dicton L'élève a dépassé le maître… »
Le Cygne cacha bien mal son étonnement.
« Pardon ? »
« Tu sais, le fait que, tous les deux… »
Hyoga le fit taire d'un geste de la main.
« J'avais compris ! Mais, tu m'excuseras, nos situations n'ont rien de comparable ! Nos maîtres étaient totalement différents ! »
Le Phénix haussa les épaules.
« Nos maîtres, oui. Mais nos situations, pas tellement quand on y réfléchit bien. Ils se sont tous les deux attaqués à un être cher pour nous faire réagir. Et on les a tués. »
Résumé comme ça, l'histoire semblait si simpliste : le grand méchant maître vaincu par son gentil disciple prêt à tout pour protéger ceux qu'il aime… Sauf que, si pour Ikki, l'histoire collait plutôt bien – le gentil mis à part – celle de Hyoga était bien plus nuancée. Certes, Camus avait été un professeur exigeant, qui n'acceptait pas le relâchement ou la facilité. Mais il avait aussi été aimant et protecteur. Et toutes les décisions qu'il avait prises – cercueil de glace compris – avaient toujours été pour les mettre à l'abri, Isaak et lui.
« Tu n'es pas obligé de me croire. » Fit Ikki qui avait bien noté l'air peu convaincu de son vis-à-vis. « Néanmoins, il y a quelque chose que tu dois savoir… »
Le plus vieux jeta un coup d'œil par la fenêtre, comme s'il espérait trouver dans le paysage les mots qu'il cherchait. Il resta silencieux quelques secondes. Hyoga n'osa dire le moindre mot, amorcer le moindre geste, de peur d'interrompre ce moment de réflexion.
« Quand j'ai tué mon maître, j'ai eu le sentiment que rien ne pourrait plus m'arrêter… J'étais le maître du monde. Et, petit à petit, j'ai sombré dans cette impression de toute puissance. Je suis devenu arrogant (lorsque le Cygne haussa un sourcil, il ajouta), enfin plus que d'habitude, et je suis devenu celui que vous avez combattu sur l'île de la Reine Morte. »
« Où veux-tu en venir ? Tu crois que je vais me transformer en mégalomane simplement parce que j'ai vaincu mon maître ? »
« Je crois que tout le monde réagit différent…mais jamais de la bonne manière. »
Le blond appuya sa tête contre la fenêtre, pensif. Son regard se posa à nouveau sur le onzième temple. Si vide… Ikki avait sans doute raison. Il s'enfonçait encore plus dans le gouffre de ses souvenirs. Ce qui était à l'opposé des raisons pour lesquelles était mort Camus.
Le Phénix resta silencieux le temps de son observation, respectant sa réflexion.
« Et qu'est-ce que t'as remis les pieds sur terre ? » Finit par demander le Russe sans quitter des yeux la tholos antique.
Le plus vieux eut un reniflement amusé.
« Ça reste entre nous ? » Demanda-t-il comme s'il s'agissait de son secret le plus honteux.
« Bien sûr. »
« Shun… »
Comme c'était étonnant… A croire que la vie du Phénix tournait autour de son petit frère.
« … Et Seiya, et Shiryu… Et toi. »
Ça, par contre, c'était plus surprenant. Il quitta sa contemplation du paysage pour vérifier si le Japonais était sérieux. Et, à en juger par son air gêné, il l'était.
Supportant difficilement l'attention que l'autre lui portait, le plus vieux détourna le regard, son visage commençant doucement à se colorer en rouge.
« On ne s'était pas revu depuis quoi, sept ans ? » S'expliqua-t-il sans oser le regarder droit dans les yeux. « Pourtant, vous étiez là, à combattre ensemble pour récupérer ce qu'on croyait être un simple bout de métal. À vous soucier des autres comme si ces années de séparation n'avaient rien changé… Ça m'a… »
Il hésita sur les termes à employer.
« Ça t'a rappelé le sens du mot famille ? » Suggéra aimablement le Cygne.
« Oh non ! Pitié, garde tes beaux discours pour assommer le Scorpion ! »
La mine complétement horrifiée d'Ikki eut raison de Hyoga qui rit de bon cœur. Le plus vieux avait beau affirmer le contraire, le blond savait qu'il se préoccupait des autres Bronzes bien plus qu'il ne le prétendait. Sinon, pourquoi avaient-ils cette conversation ?
« Ça a remis certaine chose en perceptive dans ma tête. » Reprit le Phénix, non sans lui avoir jeté un regard noir pour s'être moqué de lui. « Il existe des choses qui méritent qu'on sacrifie ce qu'on a de plus précieux pour elles, et d'autres qui n'en valent pas la peine… Et, ça, c'est toi qui me l'a appris. »
Le Cygne ne prit même pas la peine de cacher sa surprise. De toute façon, il n'en aurait pas été capable tant elle était grande.
« Pardon ? »
Pour toute réponse, Ikki lui tendit quelque chose. Son étonnement redoubla quand il reconnut l'objet dans la paume du plus vieux.
C'était le rosaire de sa mère.
« Je l'ai retrouvé sur une croix en bois, sur l'île… » Expliqua le Phénix devant la consternation de son camarade. « Il m'a fallu un petit temps pour comprendre que c'était ma tombe… »
Mais Hyoga ne l'écoutait plus que d'une oreille distraite. Toute son attention était portée sur la croix du Nord. Il caressa doucement les gemmes incrustées sur le bijou, laissant couler en lui le réconfort que ce geste lui procurait. Combien de fois ne l'avait-il pas fait à son arrivée au Japon ? Débarqué brutalement dans un pays qu'il ne connaissait pas avec une culture et une langue qui lui étaient inconnues, il avait eu beaucoup de mal à s'adapter. Le rosaire avait alors été sa bouée de sauvetage, son dernier lien avec le pays où il avait passé les premières années de son existence et avec sa mère.
C'était sans doute pour ça qu'il l'avait laissé sur l'île de la Reine Morte. Il avait toujours agi sous le coup de l'émotion, et cette fois-là n'avait pas échappé à la règle. Il avait espéré que la croix soit le pilier du Phénix, son guide, lors de la traversée vers l'Autre-Monde, comme elle l'avait été pour lui…
Ça n'avait pas si mal fonctionné, en y repensant.
Ikki fit mine d'ajouter quelque chose, mais, voyant que le blond ne pouvait détacher son regard du bijou qu'il venait de lui rendre, il renonça.
« Je… Je crois que je vais te laisser… » Annonça-t-il en prenant la fuite sans aucune honte.
Un bras le retint.
« Attends ! Je… Tu pourrais la garder pour moi ? »
Ikki fit une drôle de tête, pas sûr d'avoir tout compris. Hyoga voulait quoi ? Non, pas de doute, il parlait bien du rosaire.
« Je… Mais… Enfin… Pourquoi ? »
Le Russe lui offrit un petit sourire, bien plus triste que les précédents.
« Je dois aller de l'avant, sinon, la mort de Camus n'aura servi à rien… » Expliqua-t-il doucement. « Et cette croix, elle représente ce passé que j'ai besoin de surmonter… Avec toi, je sais qu'elle est entre de bonnes mains… »
Ikki resta interdit un petit moment durant lequel la seule réaction dont il fut capable fut de cligner les yeux. Après tout, l'objet est très important pour le Cygne. Et, pour la deuxième fois, il l'abandonnait entre ces mains. La marque de confiance était énorme.
Il reprit finalement contenance et prit le bijou comme s'il s'agissait d'un objet fragile et précieux. Et s'attarda peut-être une seconde de trop sur les mains que le tenaient.
« Je… J'en prendrai soin… » Promit-il, sans oser regarder son propriétaire dans les yeux de peur de ce qu'il pourrait y lire.
« Je sais. » Murmura simplement Hyoga, son regard à nouveau attiré vers l'extérieur. « Je sais… »
SsSsSsS
Aiolia ne fut qu'à moitié étonné de sentir le cosmos de Milo s'annoncer timidement à l'entrée de son temple. Après leur dispute, il s'attendait à recevoir la visite du Scorpion incessamment sous peu, mais pas aussi tôt.
Il déploya à son tour un cosmos amical, pour lui faire comprendre qu'il était le bienvenu. Ensuite, il se dirigea vers sa cuisine et mit chauffer du lait. Son maître lui avait appris que rien ne valait une discussion autour d'un bon de lait chaud pour régler les différends entre deux personnes.
« Et après, tu t'étonneras encore que ce surnom ridicule te colle à la peau ! » Se moqua la voix de son ami à l'entrée de la cuisine.
Aiolia haussa les épaules.
« On a parfois besoin de ce petit truc qui nous rappelle les moments heureux de notre enfance… Comment Camus appelait ça encore ? Madeleine de Proust ? »
Milo secoua la tête pour lui faire part de son ignorance.
« Mais ne t'inquiète pas ! C'est une recette améliorée… » Ajouta le Lion malicieusement avant de reprendre d'un ton plus sérieux. « Qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis ? »
Le Scorpion poussa un long soupir avant de s'asseoir sur l'une des rares chaises de sa cuisine.
« C'est compliqué… Où est le gamin ? »
« Avec les autres Bronzes… Visiblement, la visite d'Ikki lui a fait du bien… »
« Ikki ? » Demanda Milo en fronçant les sourcils.
Il s'était mis à jouer avec les feuilles d'une plante en pot censée égayer sa table comme un enfant énergique en manque d'occupation.
« Le Phénix. » L'éclaira son ami.
« Le piaf rôti qui s'est envoyé en l'air avec la Vierge ? »
Le Lion ne put retenir un petit fou-rire en s'imaginant la scène.
« C'est une façon de voir les choses… Mais tu n'as pas répondu à ma question. »
Il cessa de taquiner la plante verte pour lever les yeux dans sa direction. Aiolia lui rendit la pareille, appuyé contre sa cuisinière. Ils ressemblaient à deux cow-boys juste avant un duel, évaluant l'autre pour trouver ses faiblesses. C'était Alessandro, le maître de Milo, qui leur avait appris ça. Lors d'un affrontement verbal, l'attitude corporel était aussi importante que les mots utilisés : baissez juste un instant les yeux et vous aviez perdu…
Etonnamment, c'est Milo qui mit sa fierté de côté en détournant le regard en premier. Le Lion y vit un signe de bon augure : son ami était prêt à discuter.
« Disons que ton petit discours hypocrite a fait son effet… »
Aiolia haussa un sourcil.
« Hypocrite ? »
« Bah oui ! Me reprocher de mettre tous les torts sur le gamin qui a porté le coup fatal, c'est un peu hypocrite de la part d'un type qui n'a jamais pu pardonner à Shura d'avoir tué son frère ! »
Le Lion se raidit à la mention du Capricorne et son ami grimaça. Un de ces jours, il faudrait vraiment qu'il apprenne à éviter de mettre les pieds dans le plat…
Mais Aiolia n'avait pas remarqué le malaise de son compatriote, trop occupé à essayer de gérer les souvenirs que Milo avait fait remonter. Evidemment qu'il en avait voulu à Shura de l'avoir privé de son grand frère, d'autant plus qu'il l'avait fait pour rien. Et sans doute lui en voulait-il toujours, malgré sa mort.
Pourtant, en dépit de ce que certains pensaient sûrement, la disparition de l'Espagnol était loin de le réjouir. Au contraire, il aurait aimé pouvoir lui dire ses quatre vérités en face, en ayant la certitude d'avoir raison, qu'il vive avec la culpabilité de son acte. Mais, même ça, le Capricorne ne lui avait pas laissé.
Et puis, d'autres souvenirs lui revinrent en mémoire, ceux-là bien plus agréables. Il devait se l'avouer, la mort de l'Espagnol avait laissé un vide, quelque chose de difficile à combler.
Au moins, il était mort dignement. S'il en croyait ce qu'avait raconté Shiryu, il s'était rendu compte de son erreur et s'était sacrifié pour donner sa chance au jeune Bronze. Une mort pleine de panache et de droiture, dans la parfaite ligne des gardiens du dixième temple. C'était déjà ça de pris. Du moins, c'est ce qu'il supposait.
« Je lui en ai voulu pendant tant d'années… » Murmura le Lion, fixant le vide. « J'ai rêvé de le voir mort, de le voir souffrir comme mon frère avait souffert… Et, maintenant que c'est fait, je n'y vois aucun réconfort... Je ne veux pas que tu gâches ton temps à haïr quelqu'un pour quelque chose que tu ne pourras quand même pas changer… »
Le lait se mit à bouillir dans la casserole et Aiolia, tournant le dos à son ami pour s'en occuper, ne vit pas le regard triste que ce dernier lui lança. Milo attendit patiemment qu'ils se fassent à nouveau face pour lancer le plus sincèrement du monde :
« Je suis désolé de vous avoir laissé tomber, Camus et toi. »
Pendant une seconde, Aiolia bugua. Il resta debout, en pleine milieu de sa cuisine, une tasse de lait bouillant dans chaque main, à essayer de comprendre ce que venait de dire un de ses plus vieux amis.
« De quoi ? » Réussit-il finalement à articuler.
« Vous avez été là à la mort de mon maître… Et toi, tu as toujours été là pour moi. La première image que j'ai du Sanctuaire, c'est toi en train de me tendre la main pour venir jouer avec vous. Mais quand Camus et toi avez eu besoin de moi, je vous ai tourné le dos… Je suis désolé. »
Le Lion soupira en posant une tasse devant son interlocuteur.
« Milo, on avait treize ans. Ton maître était mort, j'étais le frère d'un traître et Camus le disciple d'un déserteur. Vu l'ambiance générale qui régnait à ce moment-là, tu n'avais vraiment le choix. Si tu étais resté avec nous, tu aurais eu de sacrés problèmes. Camus aussi l'avait compris. »
Compris, oui. Accepté, non. Mais, vu la lueur d'espoir qui pétillait dans le regard jusqu'alors terne du Scorpion, il allait taire cette information. Après tout, qu'est-ce qu'était un petit mensonge – qui, techniquement, n'en était même pas un – sans conséquence quand il pouvait éviter à son ami de vivre avec ce poids sur sa conscience ?
« Dis-moi, tu n'avais pas parlé de version améliorée ? » Plaisanta le Scorpion en posant les yeux sur la tasse de lait.
Et la ruse semblait avoir fonctionné. Dans le cas contraire, Milo n'aurait jamais osé le taquiner de la sorte.
Aiolia répondit d'un clin d'œil avant de sortir une bouteille de son placard.
« Vodka ? » S'étonna son ami.
« Ça me semblait approprié. C'est une des bouteilles que Nikolaï avait offertes à mon maître, celles distillées par sa grand-mère. Il m'en a laissées quelques-unes, à ouvrir pour des occasions spéciales… »
Le Scorpion haussa un sourcil.
« Tu considères cette discussion comme un occasion spéciale ? »
« Je dis au revoir à un ami et j'en retrouve un autre… Ça vaut bien une bouteille. »
Une étrange lumière brilla dans les yeux de Milo. Néanmoins, Aiolia ne sut jamais si c'était la tristesse d'avoir perdu Camus, la joie d'avoir retrouvé Aiolia ou la reconnaissance de pouvoir réparer ces erreurs avec celui qu'il considérait comme son meilleur ami. Sans doute était-ce un peu des trois.
Après avoir ajouté la vodka au lait chaud, tous les deux levèrent leur tasse et trinquèrent :
« A Camus ! ».
Des remarques ? Des critiques ? Dans tous les cas, merci d'avoir pris le temps de lire cette histoire !
Oui, je sais, techniquement, le lendemain de la bataille du Sanctuaire, les Bronzes ne sont pas censés être aussi frais… C'est un petit détail dont je me suis rendu après avoir tapé le point final. Mais bon, ce sont des surhommes, pas vrai ?
À très vite ! Et que la Pythie soit avec vous !
Nerya.
