Ami du jour, bonjour ! Ami du soir, bonsoir !

Non, je n'ai pas disparu de la circulation. L'année 2020 a juste été une année compliquée au niveau de l'écriture. Néanmoins, j'avais une bonne excuse : j'étais occupée à travailler sur un petit projet scolaire qu'on appelle mémoire. Une bagatelle, vraiment. Enfin, maintenant, je suis libéréeeee, délivréeee ! Donc, pour fêter ça, je me lâche ! Trois O.S. sur trois fandoms différents !

Pour Saint Seiya, on retourne à nouveau dans le passé pour découvrir un épisode clé dans la vie d'un de nos chevaliers préférés. C'est un O.S. que j'aime particulièrement. Je suis d'autant plus fière de vous le présenter. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire.

Una bonna pythie lecture à tous !


Taille : 3588 mots (raisonnable)

Personnage : Des oc's (Alessandro, Leander, Aasir, Fabian, Nikolaï) et (oh surprise !) Milo.

Remerciement à : Staffy, pour la correction ! Merci à tous ceux qui ont pris la peine de lire les chapitres précédents, et encore plus à ceux qui ont signalé leur passage, que ce soit par un favori, un follower ou une review !

Disclaimer : Aucun des personnages torturés ci-dessous n'est à moi, mais bien à Masami Kurumada. Quant aux OC's introduits ou évoqués dans cette fic, ils sortent de ma petite caboche…


Milo

Fondamentalement, l'odeur du sang était la même partout. Qu'il soit riche ou pauvre, homme ou femme, grand seigneur ou pauvre paysan, l'Homme partageait le même sang. Sang qui coulait si facilement à cause d'une petite entaille.

Par contre, ce qui changeait, c'était le bruit. Des cris, des pleurs, des supplications. Là encore, cela variait. Le chef avait pleurniché et l'avait supplié à genoux d'épargner sa vie. La dernière en date, elle, l'avait imploré pour sauver son fils.

Aucune des deux requêtes n'avait été entendue. Après tout, le sang avait la même odeur. Pourquoi devrait-il faire une différence ?

Les ordres étaient les ordres. La loi était la loi. La mort était la mort.

Une douce chaleur l'enveloppa. Si douce, si tendre. Comme une mère qui gardait son enfant en sécurité au sein de son giron. Doucement, l'odeur du sang s'amenuisa. Sa folie meurtrière aussi…

Brusquement, Alessandro reprit conscience. Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur face à la scène devant lui.

Par Athéna, qu'avait-il fait ?

SsSsSsSsS

« Bordel ! Qu'est-ce que ça chlingue ici ! » S'exclama Fabian dès qu'il passa le seuil de la vieille ferme.

Bien qu'il n'approuvait pas le choix des mots utilisés, Aasir ne put que donner raison à son collègue doré. Ça puait le cadavre. D'un côté, c'était une bonne chose, cela signifiait qu'Alessandro avait bien fait son boulot. De l'autre, cela n'expliquait pas pourquoi le Scorpion n'était toujours pas revenu.

Shion avait envoyé l'Italien sur une petite île grecque le matin même. La cible était un chef local, sans grande importance, mais dont les intérêts commençaient un peu trop à empiéter sur ceux du Sanctuaire. Selon Fabian et Leander, cette petite expédition punitive n'aurait pas dû durer plus d'une heure. Or, le soir allait tomber et l'assassin n'était toujours pas rentré. Flairant le problème, le Lion et le Capricorne avaient demandé au Grand-Pope l'autorisation de se rendre sur place pour voir ce qu'il en était.

Les chevaliers pénétrèrent avec prudence dans la vieille bâtisse en pierre, tous leurs sens aux aguets. Même s'il leur paraissait improbable qu'Alessandro ait perdu le combat, on n'était jamais trop prudent.

Leur chemin était complétement désert. Mais, parfois, sur leur route, ils croissaient un ou deux cadavres. Voilà ce qui expliquait l'odeur, particulièrement s'ils avaient été tués le matin-même comme il était prévu qu'Alessandro le fasse. La chaleur avait tendance à accélérer la décomposition des corps. Or, ce jour-là, il avait fait étouffant, même pour la Grèce.

Il s'agissait majoritairement d'hommes mûrs. Cependant, Aasir aperçut également plusieurs femmes, quelques hommes plus âgés et des enfants. Ils présentaient tous un point commun : ils avaient reçu la piqûre mortelle des chevaliers du Scorpion.

Pourtant, malgré cet avertissement, rien ne l'avait préparé à la scène qui les attendaient dans la salle principale. C'était un véritable bain de sang, au sens premier du terme. Une vingtaine de personnes gisaient à terre. Autour d'eux, le sang qu'ils avaient perdu était en train de sécher à cause de la chaleur. Certains, les yeux vitreux, avaient déjà quitté ce monde. D'autres, plus rares, agonisaient encore, se vidant de leur sang, trop faibles pour appeler à l'aide.

Et, au milieu de ce massacre, se trouvait Alessandro, recroquevillé contre un mur, tremblant et sanglotant, la tête dissimulée entre ses jambes repliées contre sa poitrine.

Fabian se précipita vers lui, achevant au passage les quelques survivants, histoire d'abréger leur souffrance.

« Sandro, qu'est-ce qui s'est passé ? »

L'Italien releva la tête, affichant ses yeux rouges et remplis de larmes.

« L'ho occisa ! Mi dispiace, non volevo questo ! » Pleurait-il. « Mi dispiace tanto ! »

« Tutto va bene, Alessandro. » Assura d'une voix douce Fabian dans la même langue, malgré un léger accent. « E finito. Tutto va bene. »

Avec précaution, il prit son meilleur ami dans ses bras et continua à lui murmurer des paroles rassurantes. Lorsque le Capricorne releva les yeux, Aasir put y lire toute la tristesse et l'impuissance de celui qui savait qu'un tel jour arriverait sans rien pouvoir faire pour l'en empêcher.

Dans un de ses bons jours, alors qu'il se trouvait à l'infirmerie pour une blessure au bras, Leander avait confié au Kenyan que, le plus dur dans le boulot d'assassin, ce n'était pas l'assassinant en lui-même. C'était plutôt ce qui arrivait après, quand il fallait vous regarder dans une glace et faire face à l'acte horrible que vous veniez d'accomplir.

Pour supporter sa nature d'assassin, chacun avait sa méthode. Leander l'avait embrassée complétement, considérant ses victimes comme de simples bouts de chair et leur souffrance comme moteur pour avancer. Fabian, lui, avait préféré se persuader qu'il tuait au nom de la justice d'Athéna et masquait son malaise derrière un sourire nonchalant et son humour douteux. Quant à Alessandro, il oubliait tout simplement. Son esprit effaçait systématiquement de sa mémoire les massacres les plus sanglants, les faisant passer pour de simples rêves.

Sauf que, cette fois-ci, le Scorpion s'était réveillé en plein cauchemar. Il avait pris conscience des véritables boucheries dont il pouvait être l'auteur. Et, par conséquence, qu'il ne valait parfois pas mieux que le Cancer.

« L'ho occisa ! Mi dispiace tanto ! L'ho occisa ! » Continuait de pleurer l'Italien.

Fabian resserra un peu plus son étreinte et le berça doucement, lui murmurant toujours des mots rassurants dans le creux de l'oreille. Aasir remarqua alors un détail qui lui avait jusque-là échappé. Alessandro était habillé en civil.

Où était donc bien passée son armure ?

Au moyen de sa propre protection dorée, il tenta de la localiser. Etrangement, il la repéra dans une pièce annexe, un petit placard à balai. Après avoir jeté un dernier coup d'œil à Alessandro, toujours en larmes dans les bras de son meilleur ami, il se dirigea vers le débarras.

Il y trouva l'armure du Scorpion, mais pas seulement. Cachée entre les balais et les serpillères, une petite silhouette tremblait de tout son être.

« Bonjour. » Fit le Lion, aussi doucement et amicalement que possible. « Tu peux approcher, je ne vais pas te faire de mal… »

Craintive, elle ne fit qu'un pas en avant et sortit seulement la tête des balais. Cela suffit amplement au Kenyan. C'était un tout jeune garçon, sans doute pas plus vieux qu'Aiolia et Mû, dont les yeux bleus scrutaient le chevalier avec méfiance.

Le Lion s'accroupit pour être à la hauteur de l'enfant.

« Je m'appelle Aasir. Et toi ? »

Le bambin se dandina, hésitant à répondre à la question.

« Milo. » Répondit-il finalement avant de jeter un regard terrifié vers la porte. « Il est encore là, le monstre ? »

Le Kenyan comprit très vite qui Milo désignait par ce terme. Pourtant, il feignit l'ignorance.

« Un monstre ? Je n'en ai vu aucun… Tu es sûr de toi ? »

L'enfant opina énergiquement du chef.

« Il a fait mal à maman. » Avoua-t-il, les yeux encore remplis de terreur. « Elle m'a dit de me cacher et d'attendre qu'on vienne me chercher. Puis, je l'ai entendue crier. »

Aasir se remémora les paroles d'Alessandro. L'Italien ne cessait de répéter qu'il avait tué une femme. La mère de Milo.

« Et toi, tu n'as pas eu peur tout seul ? »

« Un peu. » Admit l'enfant. « Mais elle a dit de ne pas avoir peur parce que tout irait bien. Alors je l'ai crue… »

Il fallut quelques secondes au Lion pour comprendre que le bambin ne parlait pas de sa mère. Il le considéra d'un air surpris.

« Elle te parle ? » Lui demanda-t-il en désignant l'armure du Scorpion sagement postée devant l'entrée de la pièce, comme un garde doré.

Milo acquiesça lentement.

« Elle chante. »

Elle chante. Cette réponse lui rappelait celle d'Aiolia, quelques jours plus tôt, à propos de sa propre armure. Elle lui rappelait la sienne, des années auparavant, lorsque son père était venu le chercher dans son village et l'avait présenté à celui qui deviendrait plus tard son maître.

Devant lui se tenait le futur chevalier d'or du Scorpion. Et Alessandro venait de tuer sa mère quasiment sous ses yeux.

SsSsSsS

Cela faisait deux jours qu'ils avaient ramené Milo au Sanctuaire. Et cela faisait deux jours qu'Alessandro restait cloitré dans son temple, assis sur son canapé en s'obstinant à regarder le mur et en mangeant à peine. Il ne supportait pas d'avoir commis un tel massacre, et encore moins d'avoir failli ôter la vie à celui qui serait amené à le remplacer. Car il aurait tué Milo si son armure ne l'en avait pas empêché.

L'état du Scorpion en inquiétait plus d'un au sein de la garde dorée d'Athéna. À tour de rôle, les Ors s'étaient rendus au huitième temple pour sortir son propriétaire de sa léthargie et au moins l'obliger à avaler quelque chose. Mais rien n'y faisait, l'Italien sombrait lentement dans la déprime. À un point où Aasir hésitait à demander au Grand-Pope de rappeler Nikolaï au Sanctuaire, alors que l'espion était en Norvège pour une mission délicate.

Par contre, caser Milo s'était littéralement avéré être un jeu d'enfant. Dès son arrivée, il avait attiré l'attention d'Aiolia qui avait de suite décrété qu'il serait son nouveau meilleur ami (non parce que Mû, il était bien gentil, mais beaucoup trop calme pour l'énergique petit Grec). Au bout de quelques tentatives d'approche – et à l'aide d'appétissantes pâtisseries au miel cuisinées par les femmes du Harem – il avait réussi à amadouer le nouvel arrivant, plutôt sur ses gardes. Il l'avait apprivoisé petit à petit, jusqu'à au point où les deux enfants riaient gaiement en regardant Mû faire léviter des petits cailloux autour d'eux. Constatant cette bonne entente, Aioros avait proposé que les deux bambins partagent le lit d'Aiolia le temps qu'Alessandro ne revienne d'attaque.

Au bout du troisième jour, Leander alla frapper à la porte du huitième. Il ne reçut aucune réponse. Il entra quand même. Alessandro ne semblait pas avoir bougé d'un iota depuis trois jours. Il restait recroquevillé sur son canapé, les yeux vides. Cela n'énerva le Danois que davantage.

Le Scorpion n'avait aucune raison de s'apitoyer ainsi. Il était un assassin. Tuer des gens, c'était son boulot. Merde à la fin !

« Quand tu auras fini de jouer les héroïnes tragiques, ton apprenti t'attend au temple du dessus. Traine pas trop, parce ce que je suis sceptique quant aux chances d'Aioros de gérer longtemps deux gosses de trois ans… »

Jusque-là, personne n'avait encore osé mentionner la partie "nouvel apprenti" à l'Italien de peur de le braquer encore plus. À tort, à l'humble avis du Cancer. Car le sursaut d'Alessandro lorsqu'il mentionna le gamin était exactement ce que les Ors espéraient depuis trois jours.

« J'ai tué sa mère. » Déclara-t-il de la voix rauque de celui qui n'avait plus parlé depuis un petit bout de temps. « Et tu voudrais que je le prenne comme apprenti ? »

L'argument n'atteignit même pas le Cancer qui haussa les épaules.

« Il ne se rappelle même pas de toi. Pour lui, sa mère a été tuée par un monstre. »

L'Italien gardait obstinément les yeux baissés.

« C'est peut-être ce que je suis… »

Cet auto-apitoiement commençait sérieusement à taper sur le système du Danois. De son point de vue, le Scorpion n'avait rien à se reprocher. On lui avait donné un ordre, il l'avait exécuté. Point. Il y avait eu des dommages collatéraux ? Tant pis pour eux !

Et puis, Alessandro était né dans un milieu tout aussi sanglant. Il avait été habitué dès son plus jeune âge aux horreurs des règlements de compte. Il lui avait même un jour confié que son père lui avait mis un pistolet chargé entre les mains alors qu'il était à peine plus âgé que Milo.

Il ne voyait vraiment pas comment cet épisode avait pu traumatiser à ce point l'autre assassin.

« Je pensais qu'on vous apprenait à être un peu plus dur que ça dans la mafia… »

La déclaration était pure provocation. Alessandro leur avait plus d'une fois répété que l'organisation dirigée par son père n'avait rien à voir avec une entreprise mafieuse (même si, eux, n'avaient toujours pas saisi la différence). Traiter sa famille de mafieuse, c'était tout bonnement l'insulter. Or, on ne touchait pas à l'honneur de la famiglia De Massari.

Pour la première fois depuis le début de la conversation, le Scorpion releva la tête. Leander constata avec satisfaction que la fureur avait remplacé l'apitoiement.

« On nous apprend surtout qu'on ne sépare jamais une mère de son enfant. »

Encore une fois, Leander haussa les épaules.

« Si ça ne tient qu'à ça, ça peut toujours s'arranger… »

Le cosmos courroucé du Scorpion envahit la pièce. Le Danois sourit. Enfin.

« Es-tu donc sans cœur ? » Tonna l'Italien en se levant de son canapé, celui qu'il n'avait plus quitté depuis trois jours.

« Ce n'est pas moi qui aie versé la première goutte de sang… »

Cette fois-ci, Alessandro n'y tint plus. Il attrapa l'autre par le col et le menaça de son doigt manucuré. Dans ses yeux brillaient les flammes de la colère.

Puis, soudain, les flammes s'éteignirent. Réalisant ce qu'il était sur le point de faire, il lâcha Leander. Ses jambes cédèrent sous son poids et, s'écrasant sur le sol, sombra en sanglot.

Le Cancer regarda avec tristesse son collègue effondré avant de s'accroupir devant lui.

« Arrête de te morfondre et assume des actes… » Lui dit-il d'une voix douce, mais ferme. « Tu as privé cet enfant de sa mère ? Remplace-la. Protège-le. Guide-le. C'est la seule façon de réparer ton erreur. »

Il s'assit à côté de l'Italien, dont les larmes n'avaient pas cessé de couler, et l'attira contre lui.

Et, lorsqu'Aioros arriva au huitième, alerté par le déploiement du cosmos d'Alessandro, il trouva le Scorpion, sanglotant sur l'épaule de Leander, pleurant l'innocence perdue de Milo. Et la sienne, d'une certaine façon.

SsSsSsS

Alessandro rêvait. Un doux rêve, très agréable.

Cela avait commencé par le parfum de neige fraîche, celui qui annonçait la présence de Nikolaï. Ensuite, il y avait eu la chaleur d'un corps se serrant contre le sien. Il avait alors senti des lèvres chaudes poser une multitude de baisers sur sa peau, partant de son cou pour arriver à ses lèvres.

Il gémit de plaisir.

« Tu m'as manqué… » Lui murmura la voix grave de Nikolaï avant de s'emparer à nouveau de ses lèvres.

Le Scorpion pouvait presque sentir son souffle contre son oreille. Il passa ses bras autour du cou du Russe pour l'obliger à se rapprocher davantage.

Un songe si doux…

« Maître ! Maître ! »

Sauf que ce n'était pas un rêve.

Alessandro ouvrit subitement les yeux et se redressa d'un bond. Dans le mouvement, il fit basculer Nikolaï, qui se retrouva par terre, heureusement du côté opposé à la porte d'entrée et donc dissimulé de son visiteur impromptu.

En effet, Milo débarqua avec grand fracas dans la pièce, les cheveux ébouriffés de celui qui venait de se réveiller et les yeux remplis de terreur.

« Qu'y a-t-il, carino ? » S'enquit l'Italien, l'esprit plus du tout embrumé par le sommeil.

« J'ai entendu de drôles de bruits dans votre chambre… Je pensais que le monstre était revenu. »

Le cerveau du Scorpion tourna alors à toute vitesse. Milo était sous sa garde depuis maintenant un mois. Sans doute un peu trop tôt pour devoir lui expliquer l'origine de ces drôles de bruits, particulièrement à deux heures du matin.

L'Italien jeta un coup d'œil discret en direction de son amant, qui n'avait toujours pas bougé d'un iota, dans l'espoir qu'il lui suggère une idée pour sortir de ce pétrin. Seulement, encore sous le choc, le Verseau ne lui fut pas d'une grande aide.

Finalement, il sortit la première chose qui lui vint à l'esprit.

« Ce n'est rien, Milo. C'est juste des souris. »

Nikolaï lui lança un regard peu convaincu. Ouais, lui non plus n'y croyait pas des masses.

Cependant, Milo y croyait, c'était le principal. Alessandro le raccompagna à sa chambre et le veilla jusqu'à ce qu'il s'endorme.

« Vous savez, maître, j'ai vraiment cru que le monstre était revenu… » Lui avoua l'enfant sur le ton de la confidence.

Le Scorpion sentit son cœur se serrer, comme à chaque fois que le petit Grec mentionnait le "monstre". Leander avait vu juste : l'enfant ne se rappelait pas de l'assassin de sa mère. Alessandro, lui, ne l'oublierait jamais.

L'Italien s'assit sur le bord du lit et caressa tendrement la tignasse de son apprenti.

« Je ne laisserai personne te faire du mal, carino. » Promit-il à l'enfant. « Ni le monstre, ni personne d'autre. »

La confiance qu'il lut alors dans les yeux de Milo lui fit mal au cœur. Il attendit néanmoins que le Grec soit endormi et la porte de sa chambre refermée avant de s'affaisser contre ladite porte. On lui avait un jour dit que, si la culpabilité ne s'effaçait jamais, elle finissait pour s'atténuer avec le temps. Il espérait seulement que cela se produise vite.

Il resta immobile encore un petit moment pour sécher ses larmes et inspirer profondément. Il était hors de question que Nikolaï le voit dans cet état. Après sa discussion avec Leander, il avait expressément demandé à Aasir de ne rien dire au Verseau. Cette histoire avait déjà engendré trop d'inquiétude, pas la peine d'ajouter celle de son compagnon.

D'autant plus qu'il connaissait Nikolaï. Le Russe risquerait de culpabiliser de ne pas avoir été là pour lui quand il en avait eu besoin. Et il serait tout à fait capable de décider de rester au Sanctuaire, histoire de veiller sur lui. Or, le blond détestait rester trop longtemps en Grèce. Alessandro ne supporterait pas que son compagnon fasse ce sacrifice pour lui.

Une fois certain qu'il ne laisserait plus transparaître aucun trouble, il se releva et rejoignit le Russe dans sa chambre. Le Verseau l'y attendait, assis en tailleur sur son lit, un sourire carnassier aux lèvres.

« Des souris, hein ? »

« Tu serais adorable avec leurs oreilles ! » Le taquina le Scorpion. « Et puis, tu n'as pas proposé mieux à ce que je sache ! »

Dès qu'il s'était installé sous la couette, Nikolaï bougea pour être au plus près de lui.

« J'ai été un peu surpris. » Concéda le Russe en l'embrassant dans le cou. « J'ai dû rater la lettre où tu me parlais d'un apprenti… »

« C'est tout récent et tu étais sous couverture. » Soupira l'autre. « C'est une longue histoire. Ne m'oblige pas à te la raconter à deux heures du matin. »

Sentant son malaise, Nikolaï enroula un bras autour de sa taille pour l'amener dans une étreinte.

« Quand tu seras prêt, caro. Pas avant. » Lui souffla le blond avant de poser un léger baiser sur son front.

L'Italien soupira de soulagement, n'ayant jamais autant aimé son compagnon qu'à cet instant.

« Merci… Et la Norvège ? »

Si l'espion du Grand-Pope ne pouvait pas parler de ses missions, il pouvait au moins parler du pays qu'il avait visité.

« Très beau, même si ça ne vaut pas la Sibérie. »

Alessandro sourit. À écouter Nikolaï, aucun pays n'égalait sa terre natale.

« Et le Grand-Pope est-il au courant de ton retour ? »

« Je viens à peine d'arriver. Pas sûr qu'il apprécie d'être réveillé à cette heure pour un simple rapport… »

« Par contre, me réveiller, moi, ça ne te dérange pas plus que ça… »

« A la différence que ce n'était pas pour un simple rapport ! » Répliqua le Russe, malicieux. « Même si je n'avais pas prévu l'intervention ton nouveau disciple. Je suppose que cela va changer pas mal de choses… »

Le Scorpion aussi y avait pensé. Avec les absences répétées de Nikolaï, ce n'était déjà pas simple de trouver du temps pour eux. Alors, avec un apprenti…

« Si Alfred et Leander y arrivent, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le faire aussi. » Le rassura néanmoins son compagnon.

Ce dernier grogna à la mention du Cancer. Si la rivalité entre Leander et Alessandro était bien connue au Sanctuaire, l'animosité qui régnait entre les gardiens du quatrième et du onzième temples l'était beaucoup moins.

Ils discutèrent encore un moment de choses et d'autres, notamment de ce qui s'était passé au Sanctuaire depuis la dernière visite du Verseau. Puis, Alessandro sentit la fatigue le rattraper. Il bailla et nicha sa tête dans le creux du cou de son compagnon.

Le Russe eut un sourire tendre.

« Dors, caro… Je chasserai les monstres de tes cauchemars… »

Et pour la première fois depuis que Milo était arrivé dans sa vie, le Scorpion passa une nuit paisible, en sécurité dans les bras de son amant.

SsSsSsS

« Alors, Sandro, ces souris ? »

Au fil des semaines, le Scorpion découvrait la personnalité de son disciple. Ce jour-là, il eut la confirmation de ce qu'il soupçonnait déjà : Milo était bavard. Terriblement bavard.

En une petite matinée, l'histoire des souris du huitième temple avait fait le tour du Sanctuaire. Et, évidemment, les Ors au courant du retour du Nikolaï avaient très vite additionné deux et deux et compris la véritable nature des étranges bruits que le petit Grec avait entendus.

Et, bien sûr, ils ne se privaient pas de taquiner le couple à ce propos.

« Ta gueule, Fabian. Ta gueule. »

Tout ça à cause de la langue bien pendue de Milo.


Des remarques ? Des critiques ? Dans tous les cas, merci d'avoir pris le temps de lire cette histoire !

Petite question pour les éventuels italophiles au sujet du surnom que donne Alessandro à Milo : je suis parti sur la contraction du caro et -ino (que les Italiens rajoutent pour donner l'idée du petit). Sauf que je ne sais absolument pas si le surnom existe et je me demande si je n'ai pas été contaminée par le carino espagnol. Quelqu'un pour me rassurer ou m'enfoncer ?

À la prochaine ! Et que la Pythie soit avec vous !

Nerya.