La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.
Il s'agit ici d'une Fanfiction.
Aigles de Jais - Fleurs Vermeilles
Post-Game
Zakuro Ruby Kagame
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Les Flocons de Demain
Les crocs de givre du Saint Royaume de Faerghus viennent me chercher jusqu'au plus profond de mes rêves. Enfin, de l'ancien Royaume, devrais-je désormais dire. La température encore synonyme de douceur quelques semaines auparavant est désormais plus rude, et les quelques fourrures avec lesquelles j'ai tapissé le sol de me chambre ne semblent plus suffisantes pour faire de cet endroit un havre de chaleur.
Cela fait un peu moins d'un an que le fracas de la guerre s'est tût pour laisser place au silence de la paix, une paix néanmoins fragile qui demandera certainement des mois, voir des années de plus pour devenir pérenne. Il aura fallu trois mois de plus pour faire sortir et défaire les Serpents. Après la fin de ces affrontements qui durèrent presque six ans, j'ai décidé de rejoindre le monastère de Garreg-Mach où j'enseignais autrefois, même si à moi me parait être hier, afin de reprendre mon rôle de préceptrice. Bien que mon travail de mercenaire me manque, notamment l'aventure, le mystère, et le danger qui en découlent, je sais que d'autres que moi ont besoin de quelqu'un pour les guider. Pour avoir été témoin des conflits engendrés par le système de castes, la présence des emblèmes ou au contraire, l'absence de ces derniers, je suis particulièrement bien placée pour comprendre la détresse et le désarroi que peuvent ressentir tous ces enfants, pionniers de ce nouveau monde. Et puis... je me suis promis de ne plus jamais laissé personne souffrir comme certains ont pu souffrir. Aujourd'hui, je ne veux plus être seulement une oreille attentive, je veux être une main pour les guider par delà l'obscurité et jusqu'à la lumière.
Je sors de ma chambre avant de me retourner sur les dortoirs tout en enfouissant un peu plus mes épaules sous ma cape sombre sous le mordant du vent que souffle la Lune des Etoiles qui saisit presque agressivement ma peau. Nombre de ces pièces sont pour le moment inoccupées, la majorité des élèves n'arrivant que dans trois mois pour la réouverture de l'Académie des Officiers. Quant à moi, il m'a paru naturel de conserver la chambre qui m'avait été attribuée il y a bien longtemps de cela... Si beaucoup de choses ont changées, certaines sont immuables, et ce n'est pas peu dire.
Je me souviens encore emprunter ce chemin alors que le soleil n'était même pas encore levé sur sa toile bleue. Aujourd'hui, ses rayons galvanisent le monastère bien qu'il reste à l'abris derrière les cotons de lait qui laissent tomber leurs larmes telles des plumes caressant l'air. Ce matin, nulle arme ne m'accompagne jusqu'au terrain d'entrainement dont j'ai foulé le sol un nombre de fois dont je ne saurais me souvenir cependant, car ce n'est pas une quelconque forme de conflit que je recherche, mais bien du réconfort. Certaines choses ne changent jamais, n'est-ce pas ?
A l'époque déjà, je croisais régulièrement son chemin, tôt le matin ou bien tard dans la nuit, au crépuscule ou aux aurores, parfois même les deux, une minute, ou bien des heures. Peu importait car ces moments à moi semblaient figés hors du temps, soustrais à ce monde, posés sous cloche et hors d'atteinte de la Déesse elle-même. Aujourd'hui encore, je ressens la même chose.
—Vous êtes bien matinale, Professeure.
Je ne peux empêcher mes lèvres d'esquisser un sourire tandis que le son de sa voix se soustrait pour laisser place à celui de mes pas tassant la neige lorsque j'avance sous les préaux. Mon corps se fige quand mes talons claquent contre les dalles des pavés, et pendant une minute, je laisse l'hiver m'emporter dans son souffle.
—Je pourrais en dire tout autant de vous, Edelgard, il me semble que vous étiez ici avant moi.
Je fais un pas de plus tandis que mes yeux ne décrochent plus de l'impératrice de ce Fódlan unifié. Les flocons de l'ancien Royaume dansent sur ses longueurs neigeuses pour se confondre avec, contrastant magnifiquement avec la teinte vermeille de la cape de velours qui recouvre ses épaules. Sa peau diaphane est légèrement rosée par le froid, mais ce qui attire mon attention bien plus que de raison est le reflet de ce ciel blanc dans son regard désormais d'argent, levé sur cette infinité.
J'observe sa paume recouverte d'un gant accueillir un agrégat de petits cristaux de glace qui ne tarderont à mourir pour se changer en larmes et ses lèvres s'étirer sur ce que j'imagine être cette unique pensée. Passée dans son dos, mes bras l'entourent aussitôt pour la rapprocher de moi et la lover contre ma poitrine, et malgré la fraîcheur de l'hiver, je sens mon cœur se réchauffer et la fragrance de Bergamote me posséder.
—Tu vas finir par attraper froid si tu restes ainsi dehors, El, je souffle à son oreille.
Ses épaules s'enfoncent un peu plus entre mes bras que je referme davantage sur elle. S'il y a bien une chose que je souhaite éviter est de voir mon épouse tomber bêtement malade.
—J'ai combattu des armées entières en cette même saison à plusieurs reprises, alors que le blizzard frappait parfois comme si la mort elle-même dansait sous ses rideaux blanc.
—Et aujourd'hui, cela n'est plus nécessaire.
—Je suis l'impératrice d'Adrestia, certainement pas un sucre.
Une impératrice aussi impertinente qu'elle était déjà insolente lorsqu'elle n'était encore qu'une simple adolescente, bien que la simplicité est certainement la dernière chose qui peut ainsi décrire ma bien-aimée.
—J'ignorais qu'un titre de noblesse, même aussi impressionnant que celui d'empereur, pouvait prévenir d'un rhume.
Enveloppés sous les miens, ses bras se croisent comme chaque fois que mon impératrice le fait lorsqu'elle est contrariée. Bien que têtue, elle sait que j'ai raison, même si elle ne l'avouera jamais.
—Tu recommences encore... elle murmure doucement.
—Qu'est-ce que je recommence ?
—Tu me maternes.
Mes lèvres s'étirent avant d'effleurer délicatement sa peau incroyablement chaude pour y déposer un baiser avant que mon nez ne s'enfouisse dans ses cheveux soyeux. Fut un temps, cette seule pensée me hantait tout autant que la possibilité de ne jamais pouvoir le faire. Aujourd'hui, je suis bien heureuse de pouvoir m'abandonner à ce genre de geste d'affection comme je le désire sans me soucier des conséquences et j'espère pouvoir le faire encore longtemps.
—Mais je suppose que tu vas me dire ne jamais l'avoir fait...
Son corps s'éloigne à peine du mien lorsqu'elle se retourne et que mes yeux bleuet rencontrent les orbes parme. Ses mains se posent sur ma poitrine et son souffle vient se mêler chaudement au mien dans un nuage de vapeur lorsque cette fois, ce sont ses lèvres qui viennent à ma rencontre.
—Même après tant d'années, il demeure des choses qui ne changeront jamais, je l'entends de nouveau chuchoter.
Les flocons de neige se font plus nombreux à tomber sur nous lorsque nous quittons le terrain d'entraînement, main dans la main. Garreg-Mach est recouvert d'un délicat manteau blanc comme cela n'a été que trop rarement le cas. J'aime particulièrement l'hiver, qui, selon moi, mystifie tout et toute chose. Les paysages immaculés semblent figés dans l'attente d'accueillir le printemps. Et puis, lorsqu'il neige, Edelgard me parait encore plus belle qu'elle ne l'est habituellement. Sa chevelure elle-même semble faite de flocons entre lesquels ses yeux percent d'un éclat à transcender le ciel. Son manteau rouge me donne l'impression que de puissantes flammes l'enveloppent et ondulent sous ses cheveux qui cascadent. Mais au lieu de faire fondre la glace, le feu et la chaleur qui semblent se dégager d'elle et de sa prestance ne font qu'embellir chaque cristal qui la compose.
Même après plusieurs mois, je remarque encore quelques regards particulièrement insistant sur notre passage pour nous rendre jusqu'au hall de réception où nous empruntons désormais les escaliers qui conduisent au premier étage. Certains anciens fervents de l'église sont restés ici, n'ayant d'autre endroit où aller, et ont toujours cette mauvaise habitude de dévisager ma bien aimée, quand d'autres la regardent plutôt avec respect. Les choix et les actions d'Edelgard ont divisés le peuple et ce n'est pas peu dire, bien qu'aujourd'hui, le soleil se lève sur un continent unifié. J'ose espérer que chaque chose vienne en son temps, et je ne manquerai pas de rappeler à quiconque que l'impératrice s'est battue au point d'en risquer sa vie pour créer un monde libre et certainement plus juste.
Je fais fi du petit pincement que j'ai au cœur lorsque nous passons devant la salle d'audience dans laquelle l'Archevêque Rhea m'a reçu à de nombreuses reprises. Depuis sa défaite, il est rare de voir quelqu'un en ces lieux qui semblent aujourd'hui encore si saints. Il en est de même pour ses appartements qui demeurent, et demeureront je le crois, inoccupés encore un certain temps. Quoique les gens disent et quoique les gens pensent, Rhea était une femme très respectée et l'impératrice elle-même aurait préféré pouvoir épargner sa vie. Le Dragon n'a cependant jamais abandonné, et... nous n'eûmes d'autre choix que de la défaire par la force. La guerre n'a épargné personne, et il serait mensonge de dire que sa mort ne pèse pas sur notre conscience, à Edelgard et à moi tout particulièrement. Mais nous nous sommes fait la promesse de tout faire pour rendre ce monde meilleur, ensembles.
Cette promesse ne fut d'ailleurs pas la seule que l'on se fit réciproquement lorsque la guerre se tût enfin. Après la fin de ce terrible affrontement, Edelgard me déclara ses sentiments au sommet de la tour de la Déesse alors que j'avais moi-même l'intention de le faire. Il était fou de croire que ce petit poussin aurait plus de patience que moi, et sa fierté mise de côté, elle m'avoua naturellement m'aimer. Ces sentiments pour moi ne furent pas une surprise tant les battements de son cœur faisaient échos à ceux dont le mien avait été privés tant d'années, et ce jour là, ils résonnèrent ensembles pour la toute première fois. Sous le regard de mon père et avec toute sa bienveillance, j'offris sa bague à mon aigle majestueux, et un mois plus tard, nous prononçâmes nos vœux.
Je referme la porte de l'infirmerie lorsque Manuela nous fait entrer mon épouse et moi-même. Elle installe l'aigle sur un lit tandis que ma curiosité s'égare sur les étagères toujours si poussiéreuses. Si à l'époque me fichais de ce que je trouve être aujourd'hui un manque de sérieux, me retiens ce matin de lui faire une quelconque remarque. Je n'ai jamais été gênée des manières de notre infirmière, mais alors qu'Edelgard est désormais l'une de ses patientes, je constate être plus exigeante.
—Tout me semble aller parfaitement bien, je ne peux néanmoins que vous conseiller du repos, les dernières semaines sont les plus longues et difficiles.
Voila qui me rassure alors que je n'ai manqué la fatigue de plus en plus présente sur le visage de mon précieux Aigle de Jais. Ses devoirs d'impératrice ne lui laisse que très peu de temps, et ce n'est pas dans le caractère d'Edelgard que d'attendre patiemment que le temps passe en enfilant des perles. Je doute d'ailleurs, même là encore, qu'elle écoute sagement Manuela et prenne du temps pour elle, bien que, je l'y oblige depuis quelques jours maintenant qu'elle est au monastère et que Hubert se charge de ses responsabilités en compagnie de Ferdinand. Il me faudra d'ailleurs tous deux les remercier.
Je détourne les yeux lorsque je vois ma bien aimée rattacher les quelques boutons de sa veste et les lèvres de la doctoresse s'étirer sur ce moment de gêne. J'ai bien évidemment plus d'une fois vu Edelgard bien plus dévêtue que cela mais la présence d'une autre personne en ces circonstances me désoriente visiblement quelque peu. Quoiqu'il en soit, je remercie Manuela d'un signe de la tête avant d'ouvrir la porte sur le passage de mon épouse qui doit somme toute se reposer maintenant. Une longue et difficile bataille m'attend pour remettre ma compagne au lit, et j'ignore si j'arriverai seulement à y parvenir. Même dans ces conditions, le caractère de ma femme n'est pas à sous-estimer et nulle personne ne se risquerait à venir la contrarier. Elle reste, après tout, l'impératrice de l'empire, unificatrice de Fódlan !
Nous sommes de nouveau dans le hall de réception mais lorsque je m'apprête à prendre le chemin des jardins à l'ouest, je vois le regard d'Edelgard se perdre sur les portes menant au pont devant la cathédrale. Je connais maintenant assez bien ma femme pour savoir qu'elle masque le fond réel de ses pensées.
—Edelgard ?
—Cela fait longtemps que nous ne nous y sommes pas rendues ensembles, elle soupire.
Comme je le pensais, mais je doute que cela soit une bonne idée à l'heure actuelle, même si j'ai également conscience de ne pas pouvoir empêcher l'Aigle de faire ce qu'il souhaite, d'autant plus lorsque cela lui tient à cœur.
—N'oublie pas ce que vient de dire Manuela, tu dois te reposer, Edelgard.
Les traits de son visage se font plus sévères et s'assombrissent. Je ne sais qu'ô combien se sentir entravée ou maternée, comme elle aime le dire, ne fait que la frustrer. Alors je souffle, et j'abdique. Je ne sais si ce qui me pousse à le faire est la peur de recevoir les foudres de ma femme si je l'oblige à retourner s'allonger, ou bien la joie que je ressens et le bonheur que je trouve dans ses yeux lorsque ces derniers s'illuminent quand elle me voit ouvrir les grandes portes.
Lorsque nous passons le pont, le souffle du vent semble rugir du cœur même des montagnes d'Oghma, mais la plus violente des tempêtes ne saurait faire plier les ailes du plus puissant des Aigles. Nous longeons les courtines comme nous l'avons fait à plusieurs reprises déjà, avant d'emprunter les marches une à une de l'immense tour recouverte de lierres.
Je dois moi-même avouer me sentir nostalgique de me trouver ici entourée de ce silence brisé par le seul bruit de nos talons contre la pierre et de cette obscurité apaisante. Edelgard ne me repousse pas lorsque je passe un bras autour de sa taille et que je saisis sa main pour l'aider à monter, elle sait qu'elle doit se ménager, et a également parfaitement conscience que ma fureur serait à la hauteur de celle de la Déesse lors de la guerre si elle n'acceptait pas cette condition. Elle n'est pas la seule à pouvoir se montrer effrayante lorsqu'elle est contrariée. Et quand nous arrivons enfin en haut, devant l'immense ouverture...
Mon souffle se bloque dans ma poitrine. J'ignore depuis quand je n'étais pas montée ici pour admirer Fódlan, mais ses étendues enneigées semblent luire comme si ses paysages étaient fais de cristaux de lumière. J'ai même l'impression que le temps d'une seconde, mon cœur manque un battement, puis un second lorsque je sens les doigts de mon épouse s'entremêler aux miens.
—Te rappelles-tu, la première fois que nous sommes montées ici ensembles ?
—C'était après le Bal de la Lune des Etoiles, je lui réponds. Tu me racontais comment tes parents s'étaient rencontrés ici même, il y a bien des années.
Et aujourd'hui, nous recréons l'histoire à notre tour. Je me rappelle de la légende autour de cette tour, et je me suis toujours demandée si celle-ci ne trouvait pas naissance dans l'histoire d'Edelgard. Aujourd'hui encore, je me pose la question. Je suppose que la réponse viendrait briser ce mythe, d'une certaine façon.
—Ces souvenirs me sont bien plus précieux que tous les autres, j'ajoute d'un murmure à peine audible.
Les doigts de ma compagne se resserrent un peu plus autour des miens et je sens mon cœur accélérer dans ma poitrine. La première fois aussi, j'avais ressenti cela, même si j'ignorais un jour pouvoir me trouver de nouveau ici avec elle, en tant que sa compagne. Je crois d'ailleurs que je n'y aurais pas cru même si Sothis elle-même me l'avait soufflé de son trône.
—Je n'ai pas pu partager de danse avec toi, j'ajoute en enracinant mes yeux dans les siens. Et je suppose que cela ne sera pas le cas cette année non plus.
Je la vois lever un sourcils interrogateur sur moi avant de prendre de nouveau un air contrarié, peut-être me suis-je un peu trop avancée.
—J'attends ce moment depuis six ans, et rien ni personne ne saurait m'en empêcher.
Je m'approche un peu plus d'elle et dépose mes doigts au dessus de son oreille derrière laquelle je replace l'une de ses mèches céruses avant de longer tendrement son visage. Sa peau est si douce, et je m'en étonne presque à chaque fois. Son corps entier est marqué de blessures, mais son visage est resté parfait. Et quand bien même celui-ci aurait été marqué également, je ne pourrais que la trouver plus belle de jour en jour, car c'est bien ce monde tout entier qu'elle embellit à travers mes yeux qui retracent ses contours et redessinent sa beauté.
Ma main glisse jusqu'à son menton que je saisis entre mes doigts avant d'approcher lentement mes lèvres. Sa respiration, calme, se mêle à la mienne, mais mon cœur s'agite au moment où nos bouches se scellent. Je presse mes lèvres aux siennes tout en appréciant la chaleur qui me traverse et qui se répand sur mes joues, et accueille les frissons qui me parcourent et électrifient ma peau lorsque la pointe de sa langue quémande davantage d'attention d'une délicate caresse. Il est rare de la voir si... entreprenante, si je puis dire, quand c'est habituellement moi qui prend l'initiative d'approfondir nos baisers. J'entrouvre la bouche et l'entends soupirer lorsqu'elle s'y aventure. Mes jambes tremblent presque tant j'ai l'impression de me consumer, mon cœur implose dans ma poitrine. L'une de mes mains se pose sur la joue de ma bien-aimée quand l'autre redessine l'arrondi de son ventre recouvert de velours vermeils.
—Rien ni personne ? je souris.
Sous ma main, je sens les mouvements du fruit de notre amour s'agiter comme s'il appuyait mes propos pour me donner raison. La naissance n'est prévue que dans quelques semaines, ce petit miracle verra le jour sous la Lune de la Protectrice d'après Manuela, mais déjà, je le sais de mon côté. Ni cet enfant ni moi ne voulons voir Edelgard s'épuiser et prendre des risques inutiles.
—Si elle tient de toi, il est certes évident que cela est moins sûr.
—Elle ? je répète.
—Il n'y a qu'une femme pour posséder un tel caractère, elle me sourit d'un air un peu moqueur en plaçant ses mains par dessus la mienne.
Je lève un sourcils sur ces paroles que j'accueille comme un compliment, d'une certaine manière. Je n'ai pas les mots pour décrire ce que nous vivons, et qui aujourd'hui, me parait encore fou. Le mot miracle lui-même n'est qu'un euphémisme. Une histoire de grimoire trouvé dans les abysses, un sortilège aussi étrange que douteux prononcé par inadvertance de mes propres lèvres, et je me réveillai le lendemain affublé de... Je me secoue la tête et soupire profondément en y repensant, c'était à peine croyable d'ailleurs, et fort heureusement, le sort n'a duré que vingt-quatre heures. Vingt-quatre heures cependant suffisantes pour, quelques semaines plus tard, se rendre compte que derrière cette folie, mon impatience, et mon incapacité à... me tenir ? pour être honnête, nous avions créé l'impossible.
Le silence s'installe ensuite comme si Edelgard et moi-même étions toutes les deux absorbées dans nos propres souvenirs mais j'ai l'impression que ses yeux se sont voilés, et je connais assez ma femme pour la savoir soucieuse. Mon cœur tape dans ma poitrine, sur des battements qui semblent ralentir les uns derrières les autres tant je reste accrochée à ses lèvres qui s'entrouvrent.
—Quand tout cela sera terminé et que les choses seront plus calmes, peut-être que... commence mon Aigle avant de prendre une inspiration. Peut-être que nous pourrions confier les rênes de l'empire à quelqu'un, et partir quelque part...
Ce n'est pas la première fois que ma souveraine me dit ce genre de choses. Déjà, lors de sa confession ici-même il y a plusieurs mois, elle m'avait confié l'idée de trouver un successeur pour que nous puissions aller vivre elle et moi quelque part, lorsqu'elle aurait terminé tout ce qu'elle avait entreprit, mais il y avait tant à faire entre les Serpents à défaire, et le système de castes à détruire. Aujourd'hui, alors que la paix s'installe doucement, peut-être que c'est finalement possible...
—Je refuse que notre enfant grandisse avec la pression que j'ai moi-même du supporter.
Ses orbe parme brillent sur moi d'une lueur à la fois magnifique mais également emplie de peine et d'inquiétude. Je sens la détresse dans sa voix, et elle a beau vouloir se montrer forte, je sens son corps entier trembler lorsque je la prends dans mes bras pour la serrer contre moi.
—Cela n'arrivera pas, je souffle chaudement à son oreille tandis que mes doigts s'enroulent sur les longueurs de neige. Ce monde n'est plus le même, et tout cela, c'est uniquement grâce à toi.
—Byleth... j'entends à moitié étouffé contre ma poitrine. Si jamais je devais... elle soupire presque difficilement. Tu devras...
—El ! je la coupe. Cela non plus, n'arrivera jamais. Hanneman trouvera une solution alors... tâche de lui faire confiance, tout comme lui, et tous les autres d'ailleurs, t'ont fait confiance.
Ma main caresse sa tête mais mon cœur saigne dans ma poitrine. J'essaie de croire moi-même en mes propres paroles. Retirer les emblèmes, hein ? J'ai l'impression que c'est presque le travail de toute une vie, mais je sais que l'emblematicien et Linhardt trouveront une solution. Pas seulement pour Edelgard, mais aussi pour Lysithea, et puis... pour les autres également. Comment pourrait-il en être autrement ?
—J'ai reçu une missive d'Enbarr il y a quelques jours, d'ailleurs, je poursuis. Il doit passer dans quelques jours pour nous présenter ses recherches et... je pense que nous pouvons nous permettre d'être optimistes.
—Tu ne m'en avais pas parlé, murmure ma bien-aimée sur un ton cette fois presque accusateur mais son regard brillant d'un tout nouvel éclat.
—Je n'en voyais pas la nécessité alors que tu dois te reposer, Edelgard, et puis... Cela n'aurait fait que t'inquiéter vainement.
Son silence est assez équivoque et me donne raison mais je la sens retrouver une certaine sereinitude, moi également. Je vivais auparavant uniquement pour moi-même, mais peu à peu, j'ai appris à faire confiance aux autres, ainsi qu'en l'avenir, et bien qu'Edelgard ait été élevée dans un tout autre monde, je sais qu'il en est de même pour elle. Nous devons simplement croire.
—D'ailleurs, il est temps pour nous de redescendre, tu dois te remettre au lit, je dis comme un rappel à l'ordre.
—Je doute fortement pouvoir simplement regagner ta chambre et ne rien faire, elle rétorque avec de nouveau ce petit air contrarié que je connais maintenant par cœur.
—Et bien, personne n'a dit que nous ne pouvions pas faire autre chose que rien faire, Edelgard.
Ses lèvres s'étirent et les miennes en font autant. Je viellerai bien sûre à ce que ma chère épouse ne s'épuise pas, mais de cette façon, j'ai tout de même gagné une bataille.
Edelgard s'éloigne légèrement de moi, nos mains toujours liées, et je jette un dernier regard aux plaines de Fódlan couvertes de cet incroyable manteau blanc sur lesquels les flocons immaculés continuent de tomber. Elle ne s'en rend pas compte, mais la force du monde tout entier l'habite et brûle en elle, sa chaleur émanant sur toutes les personnes qui l'entourent, moi la première.
—Edelgard... je murmure.
Ses yeux s'ancrent dans les miens et reflètent la curiosité que son nom ainsi soufflé suscite en elle. Elle est si belle que je pourrais presque oublier comment je m'appelle lorsque mon regard croise le sien.
—Même si l'hiver laisse sa place au printemps et que la neige fond... Mon amour pour toi brûle un peu plus chaque jour, et mes sentiments sont eternels.
Ses joues habituellement d'ivoire prennent cette teinte vive et délicate que j'apprécie particulièrement et sur laquelle mes yeux s'égarent. Mon cœur bat si fort dans ma poitrine, que j'ai l'impression de me consumer toute entière malgré le froid de l'hiver.
—Je t'aime, El.
Nous perpétuons l'histoire que ses parents ont écris, et je sais que la force de mes sentiments pour elle résonneront dans cette tour et deviendront légende également. Car il n'existe rien d'aussi fort que ce que je ressens pour Edelgard. Des flammes qui, je le sais, ne s'éteindront jamais. Des flammes qui dansent et danseront entre les flocons de demain.
/
Notre fille est née la nuit où la Lune des Etoiles a laissé sa place à celle de la Protectrice, avec plusieurs semaines d'avance. Elle possède les même cheveux que ceux que sa mère aurait du avoir ainsi que de magnifiques yeux bleuet. Je n'imagine pas le caractère qu'elle aura si elle tient de nous deux réunies, mais quelque chose me dit qu'elle fera quelque chose de grand, à sa manière. Elle possède l'emblème mineur de Seiros, comme si la Déesse avait voulu nous envoyer un quelconque signe, mais notre enfant sera la seule à décider de si elle veut ou non s'en séparer. Car lors de la Lune suivante, Hanneman a réussi l'exploit de retirer l'emblème du Feu du corps d'Edelgard, et ma bien-aimée a ainsi pu retrouver les années qui lui avaient été volées. L'amour transcende la vie, nous devons croire en l'avenir.
Croire en Demain.
Petite note pour la fin: Je crois que de tous les Edeleth que j'ai fait jusqu'à aujourd'hui, c'est bien la première fois que Byleth dit explicitement "Je t'aime" à Edelgard ! Sinon, pour ceux qui se demandent par quel étrange sortilège Edelgard a pu tomber enceinte, je vous invite à aller lire "Pour Témoins la Lune et le Soleil" qui parle d'un événement semblable.
