Face au regard complètement perdu de leur père, Kai et Scorpius s'inquiétaient. Lui faire comprendre la situation n'avait pas été simple, surtout avec la fuite en panique d'Hermione, son double plus jeune que lui devenu plus pâle qu'une craie, et l'apparition furtive mais dramatique de Ron, sur lequel Drago avait bien faillit se jeter. Aussi, après de longues explications, il ne dit plus rien, l'air hagard et profondément perturbé.
-Papa ? l'appela Scorpius, inquiet face à son silence.
-Un... un esprit du temps, tu dis ?
-Oui, elle nous séquestre depuis tout ce temps. C'est sa faute à elle si on est là, pas celle des Moldus.
-Je... je vois... dit-il, peu sûr de lui.
-C'est vrai ? Non, parce que… même nous on a encore du mal avec tout ça, dit Kai.
-Mais... Hermione… Elle est donc...
-Le passé de Maman. C'est pour ça qu'elle t'as... frappé. Tu te souviens bien qu'en ce temps, vous deux n'étiez pas très proches.
-Oui, notre passé a été très longtemps... mouvementé. Mais j'avoue que ta mère ne m'avais pas giflé depuis longtemps, dit-il à en regardant son double, qui était silencieusement assis juste en face de lui.
-Donne nous des nouvelles de la maison ! dit Magnus, impatient. Kathy, Rose, Elias et mon père ? Comment vont-ils ?
-Ils... ils vous cherchent. Kathy met au point un système de localisation avec Rose, ou du moins elles essaient. Elias ne comprend rien à la situation et vous réclame de plus en plus, toi et ta mère. Vous leurs manquez tous. Nos équipes vadrouillent partout depuis des semaines ! Cette... cette situation est complètement surréaliste !
-Et les Moldus ?
-Nous n'avons pas eu de pertes récemment, mais nous sommes sur nos gardes.
-Et le Maître ? demanda Kai.
Malgré lui, Drago baissa la tête et soupira. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir sa résiliation mêlée de tristesse sur son visage. De toute évidence, il n'avait pas de bonnes nouvelles. Il s'apprêtait à parler quand la porte d'entrée s'ouvrit avec fracas, cette fois pour laisser place à une Ginevra pressée et essoufflée. Ses joues roses et ses cheveux en bataille offraient un spectacle à la fois ravissant et surprenant. Elle avait probablement dû croiser Hermione dans un couloir du château. A sa vue, Drago se leva de son siège, incrédule et bouche bée.
-Gin ? dit-il dans un souffle.
-Drago ! C'est bien toi ! s'écria-t-elle.
La joie sur leur visage illumina la pièce entière, laissant leurs enfants pantois. Prise par l'émotion, la rousse se jeta dans les bras de son ami, qui lui avait tant manqué à travers ces dures épreuves. Cela fit pâlir d'avantage le jeune Malfoy, gêné de se voir aussi affectif avec une Weasley.
Le futur Drago, lui, s'en contre ficha. Son soulagement était total. Ginevra était saine et sauve, avec leurs enfants. Il l'avait retrouvée, elle aussi. C'était tout ce qui lui importait. Leurs retrouvailles étaient fusionnelles, sincères et tendres ; quelque chose aux allures irréelles, d'un point de vue extérieur. En voyant sa barbe si mal taillée et ses cernes, elle ne put s'empêcher d'éclater de rire. Un rire de joie mêlé de larmes, mais un rire quand même.
-Tu étais là ! fit Drago.
-Oui ! Mais… et toi ? Elle t'a enlevé aussi ?
-On dirait bien. Ils m'ont tout expliqué mais j'avoue que j'ai encore du mal à tout assimiler. C'est... c'est impensable, dit-il en se tournant vers ses fils.
-Je sais, je sais. Nous... nous cherchons un moyen de nous évader mais cette femme complique les choses. Elle ne semble pas décidée à nous laisser partir de sitôt.
-Mais il le faut ! Je ne peux pas rester ! Personne ne le peut ! Vos disparitions nous ont plongées dans un climat de peur, personne ne comprend ce qu'il se passe ! Hermione est déjà suffisamment inquiète pour les enfants, si elle apprend que j'ai disparu à mon tour, elle risque de perdre pied ! s'exclama-t-il. Je dois repartir !
-Personne n'a le choix ici, dit Blaise. On est condamné à rester jusqu'à ce qu'on ait réparé nos erreurs ou quelque chose comme ça. Cette folle pense que nous sommes responsables d'un problème spatio-temporel que nous seuls pouvons régler. Autant dire que ce n'est pas de la tarte.
-On fait de notre mieux, Drago, mais tu dois comprendre que rien n'est simple ici. Les confrontations ne sont pas petites.
Le regard qu'elle jeta au pan de mur complètement calciné suffit au blond pour comprendre où elle voulait en venir. Mais un mystère régnait toujours dans son esprit :
-Qui d'autre est là ? Provenant de notre passé, je veux dire.
Ginevra déglutit, inquiète et consciente de la gravité de ses mots pour son ami.
-Harry Potter, mon frère, mon propre double, et également celui du Maître...
-Harry Potter ! s'écria-t-il brusquement.
-Ce n'est que la version jeune de lui ; ils arrivent tous de la Guerre de Poudlard.
Le cerveau de Malfoy tournait à plein régime, essayant de comprendre et de faire des distinctions mais le rouge de ses joues ne retomba pas. L'idée d'être coincé avec son pire ennemi lui donnait envie de vomir.
-Attends... Tu as dit que le Maître est là ?!
-Celui d'il y a vingt-cinq ans environ, oui, répondit Ginevra.
Ce surplus d'informations le fit se rasseoir. Une migraine menaçait de lui faire perdre le peu de raison qu'il avait encore à cette heure trouble. Essoufflé, il regarda son amie. Dans le creux de son cou, Nagini sifflait de joie face à leurs retrouvailles. La voir lui redonna le sourire.
-Je suis désolée que tu sois mêlé à tout ça, Drago, dit-elle d'une petite voix.
-Ne dis pas ça… Au moins, je vous ai retrouvé. C'est le plus important pour moi.
-Pardon, mais je doute que tu dises ça longtemps…, dit Kai.
-Que veux-tu dire ?
-Sortir d'ici, du moins essayer, coûte relativement cher. On en a tous payés le prix ici, et tu devras également le payer.
-Je ne comprends pas, répondit le blond, confus.
Plus son fils adoptif parlait, plus l'inquiétude et la méfiance le gagnaient. Les visages déconfits de Scorpius et Magnus ne le réconfortèrent pas le moins du monde, pas plus que celui de la Dark Lady.
-Nous devons partager le futur à la génération passée… Notre vie en somme, dit-elle.
-Qu'est-ce que cela veut dire ?
-Cela veut dire, mon cher Drago Malfoy, que tu vas devoir nous exposer tes plus grands traumatismes, tes plus grandes joies et la majorité de tes souvenirs. Tout cela, bien entendu, contre ton gré et dans des conditions grandeurs natures particulièrement désagréables.
La voix charismatique et sarcastique de Voldemort envahit le nouveau silence de Grande Salle. Face à lui, Drago se leva par réflexe, le corps parcouru de frissons. Sous sa manche, il put presque sentir le picotement familier de sa marque, galvanisée par la présence de son Maître. Debout et face à face, les deux hommes se détaillèrent, à la fois surpris et choqués. Amusé par les yeux ahurit de son fidèle, Jedusor émit un fin sourire et poursuivit sa déclaration, ignorant par la même occasion le regard brusquement suspicieux et interrogateur de Ginevra.
-Je dois dire que tu vieillis bien, dit-il.
-Maître... c'est incroyable…, murmura-t-il.
-Malheureusement pour toi, Drago, je te souhaite la bienvenue dans le petit monde sadique de notre ravisseuse. C'est un véritable enfer ! Tu vas adorer.
Le ton et la voix de Jedusor semblaient irréels au nouveau venu. Il n'aurait su dire depuis combien de temps il ne l'avait pas vu face à lui, debout, parlant et respirant de la façon la plus naturelle qu'il soit. Tant d'années à le voir mourir à petit feu, pour finalement le retrouver par le plus grand des hasards, jeune et en pleine santé. Il croyait rêver. Il n'avait plus espéré le voir ainsi depuis bien longtemps. Tout son être vibrait de l'écho du choc que cette vision lui intimait. Il en était bouleversé, et eut du mal à parler sans que ça voix ne vacille.
-Je... je ne sais pas trop quoi dire. C'est difficile à croire…
-En effet.
-Au fait, la prochaine fois que vous prend l'envie de faire une petite crise de pyromanie, soyez gentil de vous retenir ! lança Kai, toujours appuyé sur son balai au milieu des cendres.
-Le travail forme la jeunesse Kai, ne te plains pas, cingla-t-il froidement.
-Quelle gentillesse !
-Attendez, je n'ai pas tout saisi. Nous devons partager nos souvenirs ? intervient de nouveau la version adulte de Drago, désorienté.
-En gros oui.
-Mais pourquoi ?
-Officiellement, cela va nous permettre de sortir d'ici. Malheureusement, nous n'avons pas fait beaucoup de progrès, dit Blaise.
-Nous en aurions fait si certains n'avaient pas émis autant de résistance à coopérer, dit Jedusor en visant le trio masculin.
-Hé ! C'est notre droit de ne pas vouloir exposer nos vies ! s'énerva Magnus. Voir ces souvenirs est douloureux et profondément perturbant.
-Comme c'est votre droit de vouloir rester enfermer ici, mais sachez que c'est loin d'être le mien !
-Faîtes attention, vous allez nous faire un retour de flammes, intervient Kaï, sarcastique.
-La ferme, Kaï !
-Si peu d'humour… fit-il en haussant les épaules.
-Arrêtez un peu avec vos histoires, c'est ridicule ! s'énerva Ginevra dans un sifflement agacé de Nagini. Nous voulons tous sortir d'ici et si possible en gardant un minimum d'intégrité et d'intimité. Les enfants, que s'est-il passé avant que Drago n'apparaisse ? Il y a forcément eu un déclencheur.
Si Drago et Socrpius gardèrent le silence au souvenir de la dispute, ce ne fut certainement pas le cas de Kaï et Blaise.
-Disons que comme Ginny et le Maître, Drago et Hermione ont eu un échange quelque peu mouvementé.
Les joues du Maître s'embrasèrent et ses yeux s'affolèrent, en proie à une vive émotion. Seule Ginevra le perçut parmi l'assemblée et cela augmenta sa suspicion.
-Mouvementé ? répéta-t-elle en encourageant les autres à continuer.
-Une dispute, tout ce qu'il y a de plus classique entre eux, ajouta Blaise. Mais qui n'a pas dû plaire à l'Esprit.
-Pourquoi ça ? demanda Ginevra.
-Granger n'est qu'une idiote ! s'énerva le jeune Drago, revigoré par sa haine bouillonnante envers la Gryffondor.
-Et tu vas l'épouser… fit remarquer Kaï.
-La ferme, Kaï !
-Sur quoi portait l'objet de la dispute ? demanda la rousse.
-Sur tout et rien : Le manque de respect de Drago, l'entêtement de d'Hermione, ajouté au stress et à la destruction d'un pan entier de livres ; et pouf, un éclair, et Papa arrive.
-Il doit y avoir autre chose, marmonna-t-elle, les sourcils froncés d'incertitude.
-C'est toi, dit Kaï à son cousin.
-Quoi « moi » ?
-La dispute. Drago a juré qu'Hermione ne serait jamais ta mère.
-Pardon !?, s'écria brusquement le Malfoy plus âgé, hors de lui.
-Par Merlin...
- Je comprends mieux, ajouta le Mage Noir. Note pour l'avenir, éviter de tenir des propos injurieux envers le futur, surtout en la présence d'un Esprit du futur.
-Comment aurais-je pu savoir que cela déclencherait... tout ça ! Je veux dire, c'est Granger, un détestable rat de bibliothèque ! Il est hors de question que je la fréquente juste parce nous sommes censés nous marier dans un avenir improbable ! s'énerva-t-il à bout de souffle.
-Je vois maintenant pourquoi elle m'a frappé, dit le Malfoy plus âgé dans un soupir et en grimaçant.
-Elle t'a frappé ? s'écria Ginevra.
-Tu n'avais qu'à pas l'embrasser, dit Kaï en haussant les épaules.
-Tu l'as embrassé ? s'exclama de nouveau la Dark Lady.
-Disons que... j'étais dans un état de confusion…, dit-il, gêné.
-Eh bien ! Quelle nouvelle ! Tu n'arrives pas à reconnaître ta propre femme avec 20 ans de moins !
-Là n'est pas la question...
-Elle sera ravie de l'apprendre, je n'en doute pas un seul instant.
-Si nous rentrons...
-Je dois renter ! La question ne se pose même pas, dit-il, déterminé. Peu importe le prix à payer, je le ferais. Nous devons tous rentrer avant qu'il n'arrive malheur !
-Malheur ? demanda Blaise.
-C'est une figure de style, intervînt Magnus d'une voix grave en jetant un regard en coin à sa mère brusquement silencieuse. Il n'est bon pour personne que nous restions ici.
-Comment faut-il procéder ? demanda le Drago adulte.
-Oh ne t'en fais pas. Tu le sauras bien assez tôt.
Dans leur silence, la porte d'entrée grinça de nouveau et Ginny, plus pâle que la mort, apparue dans l'encadrement de la grande salle. Timide, elle ne s'était pas attendue à une assemblée aussi complète et hésita à entrer. Son double du futur la regarda étrangement, un air curieux sur le visage, mais ne dit rien. A sa place, c'est Drago qui s'exclama :
-Gin ! C'est... c'est toi ! C'est... c'est incroyable.
Stupéfaite face à une version plus âgée de Malfoy, la jeune Weasley resta bouche bée et silencieuse. En le voyant approcher, elle resserra nerveusement ses bras autour de sa taille, se faisant plus petite qu'elle ne l'était déjà. Malgré tout, un frisson lui fit claquer des dents. Contre sa peau, son pull irritait les griffures et bleus, seuls témoins de son péché avec Voldemort dans la Chambre des Secrets. N'osant pas même regarder le Mage Noir, elle s'avança en souriant légèrement. Un nouveau venu dans cette dimension annonçait, à n'en pas douter, autant de conflits que de remue-ménages. Hermione s'imposa dans son esprit. La pauvre faisait face, elle aussi désormais, à une situation inconcevable.
-Ouah…, souffla-t-il en la détaillant de haut en bas. Gin tu es...
-Vielle. Merci de le souligner Drago, railla Ginevra.
-Non, c'est juste que... je ne m'attendais pas à ça.
-De toute évidence, c'est la journée des surprises !
-Ron te cherchait, informa Magnus à sa future mère. Il était inquiet pour toi.
Les joues roses de honte, Ginny bégaya :
-Je... je me suis reposée un peu. J'étais fatiguée.
-On n'en doute pas. Vous avez foutu un sacré bordel ici ! s'exclama Kaï.
-Mieux vaut oublier cet incident et nous concentrer sur une vraie préoccupation, dit Voldemort, la gorge serrée.
-Vous ne m'avez toujours pas dit comment on devait procéder, intervient le Malefoy adulte.
-Les projections se déclenchent à travers les émotions : la colère, la tristesse... ce genre de choses. Pense à un souvenir particulièrement heureux et nous serons tous en mesure de le revivre.
-Je maintiens que c'est une mauvaise idée, dit Kaï. Il n'a aucune idée dans quoi il s'embarque.
-Il n'a pas tort.
-Non ! s'énerva-t-il. Je ferais ce qu'il faut pour que nous puissions rentrer chez nous !
-Dray…, murmura Ginevra en se rapprochant de son ami. Je le sais, mais crois-moi, c'est une expérience très... très déroutante.
-Ne me sous-estime pas.
-Ce n'est pas le cas et tu les sais ! Je veux juste te protéger.
-Et pendant que nous sommes là, qui protège Hermione ? Rose ? Elias ? Kathy ? Ils sont tous chez nous à attendre ! Ils ont peur et ils sont peut-être les prochains ! Gin, toi mieux que quiconque sait qu'ils sont sans défense ! On ne peut pas les laisser là-bas !
-Ne crois pas que j'ignore tout cela ! Mais fonce tête baissée et tu ne te feras que du mal.
-Je refuse de rester sans rien faire !
Dans leur altercation, le ton monta malgré eux. Ginevra comprenait son compagnon tout comme elle savait qu'il n'était là que depuis très peu de temps. Il ignorait ce qu'ils avaient pu ressentir en revivant tous les pires moments de leurs vies. Elle-même, qui avait enduré bon nombre d'épreuves, n'avait jamais rien senti de similaire. Revivre chaque émotion, pensée, et sensation de sa propre mémoire n'était en rien imaginable ou comparable. Il n'y avait pas de mot ! Juste cette effroyable sensation de déjà-vu et de retour à zéro, cette confusion émotionnelle débordante et cette perte de moyen paralysante face à soi-même.
Non, Drago ne savait pas dans quoi il mettait les pieds. Pourtant, elle ne doutait pas de sa détermination. Elle savait qu'il ferait tout pour rentrer chez eux et c'était bien ça qui l'effrayait. Alors qu'il s'apprêtait à repartir dans une argumentation houleuse, Nagini siffla brusquement depuis l'avant-bras de sa maîtresse. Un son strident, aigu et vif qui coupa la parole à tout le monde. Avant même que Drago ne comprenne la situation, le tapis sous ses pieds disparu, laissant place à la bibliothèque du Manoir des Malfoy. Sous ses yeux ébahis, il se retrouva face à une autre version plus jeune de lui. A ses côtés, Kaï, nourrisson de quelques mois, jouait avec les cheveux de Ginny, qui le regardait, émerveillée. Les rideaux étaient tous tirés, le lustre rayonnait, mais lui semblait plus sombre que jamais. Son habituel rictus de mépris couvrait son visage.
Devant cette scène, le blond eut le souffle coupé. Ce souvenir, c'était Ginevra qui l'avait volontairement provoqué et ce malgré une grimace douloureuse sur le visage. Il fallait qu'elle lui fasse comprendre.
-C'est ridicule, siffla Drago, furieux, en passant une main nerveuse dans ses cheveux.
-Tu te répètes, dit-elle sans le regarder, obnubilée par le nourrisson qui riait tel un ange.
-J'ai de quoi ! Il veut garder cette... cette Sang de Bourbe en vie ! Pire, dans mon manoir, avec nous !
-Arrête de crier, tu vas lui faire peur !
-Oh par Merlin, ce n'est qu'un bébé ! Il ne comprend rien et sera probablement aussi fou que sa mère.
-Ne dis pas ça ! Cet enfant est innocent ! Hermione a risqué sa vie pour le sauver et j'en aurai fait de même. Il mérite de vivre !
-Contrairement à ce que pense l'Ordre, de toute évidence.
-Je n'aurais jamais cru Harry capable d'aller aussi loin... C'est un bébé ! Heureusement qu'Hermione était là pour lui, dit-elle sombrement.
-Toujours est-il que le Maître veut la garder ! Granger ! Ici ! Mes ancêtres se sont probablement déjà tous retournés dans leurs tombes ! C'est... insensé ! s'écria-t-il complètement paniqué.
-Contrairement à toi, il voit en elle son potentiel. Ennemie ou pas, Hermione est la sorcière la plus brillante de sa génération, elle saura être utile. Et puis, je la connais... elle préférera rester ici.
-Pourquoi ?
-Pour Kaï.
L'incrédulité et la stupeur le laissèrent sans voix pendant plusieurs secondes. Décidément, le monde ne tournait plus rond, ces derniers temps.
-Ne sois pas stupide ! Elle n'est pas folle au point de vouloir supporter cet enfant !
-Excuse-moi ?
-C'est le fils de Bellatrix, la femme qui l'a torturé et a tué nombre de ses amis ! Jamais elle ne voudra de son fils !
-Elle aurait pu le laisser mourir et n'en a rien fait ! Admet l'évidence ! s'agaça la rousse.
-Et l'avoir tous les jours chez moi avec enfant en pleurs ?! C'est hors de question !
-Ne sois pas immature !
-Immature ! C'est moi l'immature ! Je t'ai entendu parler au Maître ! Je sais que c'est toi qui l'a supplié d'accorder une chance à Granger !
-Hermione est une sorcière ! Pas un esclave ! s'énerva-t-elle.
-C'est une Sang de Bourbe !
-Bon dieu ! Arrête avec cet argument de seconde zone ! On est en guerre ! On a besoin de tout le monde !
Leur échange s'interrompit brusquement, coupé par l'entrée soudaine du Mage Noir dans la bibliothèque. Visiblement satisfait, il regarda les deux jeunes gens en souriant avant de laisser entrevoir l'objet de sa joie. A sa suite, cachée dans son ombre, Hermione Granger était immobile, stoïque. Son regard restait fixé droit devant lui, n'exprimant rien si ce n'est du vide. Vêtue d'une robe de sorcière noire et d'une cape épaisse, elle tenait fermement le rebord de son habit, comme pour se donner du courage, pour continuer d'avancer coûte que coûte, malgré la trahison qui se peignait en rouge sur ses joues. Ravi et porteur d'une euphorie qui en aurait glacé plus d'un, Voldemort dit :
-Miss Granger a pris la sage décision de rester avec nous.
Les réflexes de Drago voulurent le faire protester mais il se mordit la lèvre pour ne rien dire face à son Maître, le sang bouillonnant de colère. A côté de lui, le visage de Ginny s'illumina.
-N'est-ce pas, Miss Granger ?
Parler à voix haute de cet accord sembla être la pire des humiliations pour la jeune femme, qui, les lèvres pincées, dit d'une voix à peine audible :
-Oui.
-Oui, qui ?
La jubilation qu'elle lut dans le regard du Mage Noir lui donna envie de vomir, pourtant, malgré elle et les mains tremblantes, elle ravala sa bile, son honneur et sa fierté pour déclarer faiblement :
-Oui, Maître.
-Bien ! dit-il. Comme nous en avons déjà discuté, je veux les localisations, noms, espions et habitudes de Potter, la résistance et de tous leurs partisans.
-Oui, Maître.
-Ainsi que ton obéissance et ta loyauté sans faille, en tant que soldat, élève et bien entendu, en tant que sorcière.
-... Oui, Maître.
-Tu logeras au manoir, et seras tenue de te présenter à moi chaque matin. C'est compris ?
-Oui, Maître. Mais n'oubliez pas les autres termes de notre accord.
Voldemort plissa les yeux, brusquement agacé. Les deux individus présents dans la pièce, eux, regardaient en silence cet échange surréaliste, à la fois soucieux et inquiets. De toute évidence, dresser la petite Gryffondor de Potter ne serait pas une mince affaire malgré ses airs relativement dociles. Sans un mot, le Mage Noir se tourna vers Ginny, à qui il lança un rapide clin d'œil avant de lui faire signe de le rejoindre. L'enfant toujours gazouillant dans les bras, elle obéit, ne pouvant s'empêcher de baisser le regard face à celui son amie. Toutes les deux n'avaient pas eu l'occasion de se revoir depuis des années, et des tensions et remords sourds assourdissaient l'air entre elles. Lentement, elle arriva à leur niveau et à la surprise générale, Voldemort saisi l'enfant. Tous retinrent leur souffle un instant, tandis qu'il le jugeait du regard, impassible.
-En échange de ton entière coopération, Hermione Granger, je t'accorde la garde de cet enfant. Toi seule est désormais responsable de Malakaï Aleksander Lestrange. Comme dans les termes de notre accord.
Cette phrase, Hermione l'avait attendue depuis plusieurs heures. Son regard brilla d'un soulagement immense et d'un bonheur sans fin quand finalement, il lui mit le nourrisson dans les bras. Le poupon sourit en la reconnaissant, offrant à la jeune femme la plus belle des récompenses après ce calvaire sans nom. Elle avait tout quitté, tout perdu, pour lui. Pour Kaï. Pour son fils. Et elle ne regrettait rien.
-Bien entendu, aucune trahison ne sera tolérée.
-Je le jure, dit-elle précipitamment. Je... je jure de vous être fidèle.
-Dans ce cas, c'est parfait. Drago ?
-Oui, Maître ?
-Montre à Miss Granger ses nouveaux appartements. Et fais-en sorte que les elfes fassent le nécessaire pour l'enfant. Qu'ils ne manquent de rien. Dès demain, nous nous mettons au travail.
Hermione acquiesça silencieusement, le regard toujours aussi reconnaissant envers cet homme qu'elle haïssait plus que tout, mais avec qui elle était prête à s'associer pour garder Kaï sain et sauf. Sans un mot et après une courte révérence, Drago passa les portes de la bibliothèque et s'en alla, la Gryffondor et l'enfant sur les talons. Décidément, cet aménagement ne l'enchantait pas le moins du monde. Satisfait et pas peu fier d'avoir dans ses rangs le cerveau du trio d'or, le Mage Noir ferma les portes et soupira d'aise, détendu. Ginevra le regarda, elle aussi reconnaissante.
-Merci, Maître, dit-elle d'une petite voix. Vous ne le regretterez pas.
-J'espère. Mais je ne la crois pas assez idiote pour penser nous trahir.
-Elle fera ce qu'il faut pour protéger Kaï.
-C'est évident ! pouffa-t-il en s'affalant dans l'un de ses fauteuils. Cette femme est peut-être intelligente, elle n'en reste pas moins faible. Se vendre à l'ennemi pour un enfant...
-Ce n'est pas de la faiblesse ! s'offusqua-t-elle sans prendre garde à son ton.
-Ah non ?
-Non... faire preuve de compassion, ce n'est pas être faible.
-Alors qu'est-ce donc ? Dis-moi !
Ginny ne répondit pas, consciente qu'aucune de ses explications n'arriveraient à convaincre l'esprit borné de son Maître. Lentement, elle déglutit et alla s'asseoir sur le canapé qu'elle avait quitté un peu plus tôt, en face de lui.
-Je trouve que c'est faire preuve de courage.
-De courage ?!
-Elle aurait pu le laisser mourir, elle avait toutes les raisons de le faire. Mais elle est passée outre ses a priori et a décidé de l'aimer malgré tout.
-Hum, vous les femmes êtes de drôles de créatures.
-Au moins quelque chose sur lequel Drago serait d'accord, sourit-elle.
-Il s'y fera. Il n'a pas le choix, déclara-t-il.
-J'espère juste qu'il ne se feront pas trop la misère. A Poudlard, la guerre faisait autant rage qu'ici entre eux.
-Je ne tolérerais aucun conflit entre deux de mes soldats !
-Ne parlez trop vite, Mon Seigneur. Croyez-moi, par expérience, vous serez surpris avec eux. Je crois que nous le serons tous.
-Dans quel sens ?
-Je l'ignore encore. Mais nous le saurons bientôt. Aucun d'eux n'a sa langue dans sa poche, nous les entendrons de loin ; c'est à n'en pas douter.
Le temps semblait avoir passé. Quelques mois tout au plus. Hermione, silencieusement assise dans sa chambre, s'attelait à coudre une couverture pour son fils, tranquillement endormi dans son landau. Un calme étrange régnait dans les lieux. La chambre était de taille moyenne, principalement occupée par les affaires du nourrisson. Tous surpris d'un souvenir aussi calme, ils purent tous prendre le temps de détailler la jeune femme. Vêtue simplement, elle s'était enroulée dans un plaid, avait relevé ses cheveux et plissait les yeux, concentrée sur son travail minutieux. La respiration légère du bébé berçait le silence. Un silence, qui, malheureusement, fut brusquement interrompu par de terrible cris provenant du rez-de-chaussée. Leur soudaineté la fit sursauter et dans un élan de peur, elle descendit en courant dans les couloirs, lâchant son étoffe à peine finie. Dans l'immense salon du Manoir Malfoy, Blaise s'affolait, hurlant à plein poumon pour qu'on vienne l'aider.
-Hermione ! s'écria-t-il en la voyant arriver.
-Qu'est-il arrivé ? Je vous croyais en mission de reconnaissance !
-C'était un piège ! Vite, aide-moi.
Dans ses bras, le corps inconscient de Drago convulsait frénétiquement, le visage et la bouche en sang. Glacée par cette vision, la jeune femme resta figée d'horreur avant d'attraper à son tour le corps brûlant du blond. Tous deux le transportèrent difficilement jusqu'à une table sur laquelle ils l'installèrent.
-Va chercher le nécessaire de secours dans l'antre à Potion ! Vite ! s'agita-t-elle.
Blaise obéit et Hermione s'attela, cherchant à comprendre la cause de ses blessures. Drago n'arrivait pas à se calmer : il haletait, cherchait l'air qui lui manquait dans des inspirations sifflantes et morbides. Ses yeux révulsés s'agitaient dans tous les sens.
-Gr... Gran... ger...
-Tais-toi un peu et essaie de rester en vie ! lui dit-elle, paniquée.
-Oh mon Dieu, Drago ! s'écria Ginny en arrivant à son tour, alertée par le remue-ménage. Que s'est-il passé ?
-Une attaque ! répondit Hermione.
-J'ai les potions ! cria Blaise, les bras chargés.
-Où est le Maître ? demanda la rousse.
-Avec le reste des troupes. Drago était trop mal en point pour rester sur place. Il a fallu l'évacuer.
-Que lui est-il arrivé ? Quel sort l'a frappé ? demanda Hermione en l'auscultant sans pour autant comprendre son mal.
-Je... je ne sais pas, tout est allé trop vite !
A mesure que le temps passait, la température de Drago montait dangereusement, de plus en plus rapidement pour finalement devenir presque mortelle. A ce stade, Hermione ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Aucune potion ne marchait. Ses tremblements, toujours plus forts, allaient jusqu'à faire bouger la table sur laquelle il reposait. Son souffle rauque et irrégulier, ses yeux exorbités, son nez et sa bouche ruisselant de sang... Il semblait mourir de l'intérieur et cette vision, même pour Hermione, était profondément affreuse.
-Rien ne marche ! s'affola Ginny..
-Je... J'ai une idée ! dit Baise.
-Quoi ?
-Écartez-vous ! Maintenant.
Sans que les jeunes femmes comprennent les agissements du Mangemort, Blaise farfouilla parmi les potions, renversant tout sur son passage sans la moindre considération. Après plusieurs secondes, il mit la main sur un petit flacon contenant un liquide transparent. Baguette en main, il se mit à réciter une formule à voix basse que ni Hermione ou Ginny n'avaient encore entendu jusque-là. Dans le silence qui suivit ses paroles, l'état de Drago empira brusquement. Dans l'instant, la potion changea de couleur pour devenir brune et épaisse. Soupirant de soulagement face à son succès, Blaise batailla contre son ami pour qu'il garde la bouche ouverte et, dans un grognement, la lui fit avaler d'une traite. Dans des bruits de gorges et des convulsions toujours plus fortes, le corps du blond se détendit brusquement. Alors que sa respiration se calmait, il cessa de bouger et retomba sur la table. Endormi, il semblait à peine vivant.
-Qu'est-ce que tu lui as donné ?!
-Un puissant poison.
-Pardon ? s'écrièrent les deux femmes.
-Calmez-vous, ça va lui sauver la vie.
-Comment ?
-Cette fiole contenait du sang de Mandragore. Ajouté à un puissant sortilège, il devient toxique pour quiconque le bois. Il plonge ses victimes dans un coma magique profond qui s'estompe de lui-même avec un peu de temps. Drago ne peut pas mourir dans cet état mais sera toujours malade à son réveil.
-Tu nous as fait gagner du temps, comprit Hermione, stupéfaite par ce phénomène.
-Oui... C'est cet imbécile de Londubat qui s'est chargé de préparer le piège dans lequel nous sommes tombés. Quelque chose a blessé Drago, dit-il en montrant sa manche largement déchirée et ensanglantée. Peut-être une racine ou quelque chose dans le genre. Ce serait bien son style.
-Mais il est sauvé ? Il ne va pas mourir ?
-Pour le moment…, comprit Hermione. Je vais commencer des analyses ! Sa fièvre était beaucoup trop anormale, je n'avais jamais vu ce genre de réactions... Blaise, appelle les elfes et monte le dans sa chambre, je serais plus à l'aise pour l'examiner ! Ginny, va chercher Kaï, s'il te plait, je ne veux pas qu'il soit tout seul, expliqua-t-elle.
-Et toi ?
-Je vais essayer de trouver ce qui a causé son état mais si c'est Neville qui a manigancé tout ça, cela risque d'être plus compliqué que prévu.
-Comment ça ?
-Avant que je ne parte, il travaillait sur des mutations génétiques. Des plantes capables de tuer plus rapidement et douloureusement. De véritables machines de guerre commandées par Ron et Harry. J'en avais vu quelques-unes mais aucune n'a jamais été capable de faire une telle chose. Drago agonisait de l'intérieur, le poison devait donc s'en prendre soit à ses organes ou attaquer directement le système nerveux. Je connais Neville, il n'aimerait pas laisser agoniser quelqu'un et pourtant... pourtant, c'était exactement l'effet recherché à travers ce poison. A quoi ressemblait ce qui vous a agressé ? demanda-t-elle en saisissant un répertoire de plante en tout genre dans le salon.
-Euh... je ne sais pas trop. Tout est allé trop vite. Et puis, on était dans noir.
-Hermione, tu penses vraiment que c'est une mutation de Neville qui lui a fait ça ?
-Sans aucun doute. Combien de temps dure le coma ?
-Peut-être une semaine dans le meilleur des cas, dit Blaise.
-Il faut se dépêcher. Préparez-le, vite !
Le brouillard enveloppa tout du souvenir pour se dissiper de nouveau dans la Grande Salle. Les sorciers se regardèrent entre eux, quelque peu désorientés. Pourtant, le plus désarçonné de tous était définitivement Drago Malfoy. Les deux Drago Malfoy, à vrai dire. Le plus jeune était stupéfait de s'être vu d'aussi prêt dans une réalité prochaine. En un sens, il ne changerait pas beaucoup. Pourtant, quelque chose était étrange et différent chez lui. Il ne savait pas mais le présentait. Quant au Drago Malfoy plus âgé, il restait debout, le visage pâle et complètement ahuri. Ginevra avait raison. Revivre son passé n'est pas enviable quand on en est prisonnier. Un mal de crâne le surplombait, rendant ses pensées douloureuses, mais ses sentiments, eux, l'étaient cent fois plus. Il avait l'impression d'avoir revécu cet instant pour la première fois. Chaque respiration, doute, parole, émotion, pensée... tout avait résonné dans son esprit tel le son d'une enclume. Il se sentait perdu. Perdu entre présent et passé. Entre réalité et illusion... Mais ce n'était pas le pire. Non...
Il sentit la main de Ginevra se poser sur son épaule et il sursauta. Il n'arrivait pas à retrouver ses esprits. Tout se mélangeait, s'embrouillait... Le jour qu'ils avaient tous aperçut n'était pas anodin. Non, loin de là.
-Tu vas bien ? s'enquit-elle.
Dans son regard, il comprit. Il comprit qu'elle savait. Ce jour était le plus horrible de sa vie. Un souvenir arrachant et tortueux pris au plus profond de son subconscient. Un jour qu'il aurait volontiers éradiqué de son existence s'il avait pu. Les yeux désolés de son amie le ramenèrent sur terre un instant mais il était trop tard. Il n'était plus vraiment là. Une partie de lui était retournée s'allonger sur cette table, en attendant de vivre. Et ça, elle le savait aussi. Un souffle court interrompit le silence presque funéraire de l'assemblée, révélant la présence inattendue d'Hermione. En la voyant, le sang de Drago se glaça. Elle était là, sur le pas de la Grande Salle, les yeux encore plus écarquillés après ce qu'elle venait de voir. Personne ne s'était rendu compte qu'elle était là, elle aussi, pendant la projection des souvenirs. C'en fut trop pour Malfoy, qui n'en supporta pas plus. Sans un mot et la mâchoire serrée, il s'engagea vers la sortie, frôlant sa future femme par la même occasion, qui ne bougea pas d'un cil. Au fond, tous deux étaient pétrifiés, mais pas pour les mêmes raisons. Et seule Ginevra, ses enfants et Magnus connaissaient celle de Drago. Et à leur plus grand désespoir, les prochains souvenirs n'annonçaient rien de mieux.
Heyy ! Voici un petit avant-goût de ce qui vous attend pour les prochains chapitres ! Je vous ai écrit deux chapitres d'un coup, histoire de ne pas trop vous laisser sur votre faim ! J'espère que cela vous plaira et que comme toujours vous laisserez un commentaire ! C'est très important pour moi ! N'hésitez pas à me dire ce que vous aimeriez pour la suite ! J'ai plein d'idées en têtes et j'ai hâte de vous les écrire !
Merci à vous pour vos messages ! Vraiment, c'est extrêmement réconfortant de se dire que l'on n'écrit pas dans le vide. Vous êtes merveilleux !
