-Je devrais être dehors avec eux ! gronda Harry, le poing serré autour de sa baguette.

-Tu sais que c'est trop dangereux Harry ! dit Hermione.

Le jeune Survivant détestait ce sentiment d'impuissance. Tous étaient partis à la recherche de Ginny, les laissant seuls avec un Ron et une Ginevra à l'article de la mort. Autrement dit, l'ambiance n'était pas des plus fameuses. Hermione restait là, assise, les yeux rivés sur son ami à moitié mort, pâle et inquiète, tandis que lui ne pouvait que faire les cents pas derrière elle. Aussi, il réalisa que, pour la première fois depuis longtemps, le trio d'or était au complet. Une triste réunion, au goût amer, quand il y réfléchissait.

-Tu pourrais être la cible de ce nouveau venu, ajouta-t-elle.

-Tu veux dire d'Elias… soupira-t-il.

-On ne sait pas encore si c'est lui !

-Oh je t'en prie ! Ron qui se fait trancher la gorge par un enfant de 7 ans qui s'avère être le possible fils de Voldemort ?! Même moi je n'aurais pas pu l'inventer !

-Bon sang, ne recommence pas...

-Comment peux-tu le défendre quand Ron gît devant toi ?!

-Je ne défend personne, j'essaie juste... juste de comprendre ! Et arrête de bouger tout le temps, tu me donnes mal à la tête ! s'énerva-t-elle.

-Je ne peux pas rester en place. Mon meilleur ami est presque mort ce soir et son agresseur court toujours. Sans parler de cette fichue faille qui reste introuvable, de l'état de plus en plus inquiétant de Ginevra et de la disparition de l'esprit ! Je suis le seul à trouver que nous avons toutes les raisons du monde de paniquer ?!

-Tu n'aides vraiment pas.

Harry secoua la tête, dépité par sa propre inutilité et s'affala dans l'un des fauteuils. Sa tête lui semblait lourde et son cœur... Il ne préférait ne pas y penser. A force, il allait finir par croire avoir une enclume au milieu de la poitrine. De plus, c'était la première fois depuis des semaines qu'il ne s'était pas retrouvé seul avec Hermione. Les tensions étaient surpassées par le caractère tragique de la situation, mais pourtant, aucune d'elles n'avaient disparues pour autant. Au fond de lui, il ne pouvait s'enlever de l'esprit que sa meilleure amie, sa sœur de toujours, allait finir par le trahir, par le fuir, le combattre pour s'allier avec l'ennemi. Et cela le tuait. Oh certes elle aurait ses raisons, et pas des moindres, mais la douleur de la trahison, justifiée ou pas, était la même et rimait inévitablement avec solitude. Car là est ce qui ressortait de son sombre avenir : une implacable et éternelle solitude. Et il ne voulait pas de ça. Ni de cette vie, ni de cet avenir, ni de ces sentiments... Non.

Il voulait se sentir capable d'avancer, de tourner la page sur un avenir encore non écrit.

-Hermione ?

-Hum ?

-Je suis peut-être mal placé pour dire ça, surtout quand on sait tout ce qu'il adviendra par la suite mais... Mais je voulais que tu saches que je te pardonne.

-Pardon ? souffla-t-elle.

-Oui, je... Je sais que tu partiras pour sauver Kai. Je sais que tu auras une centaine de justifications, mais je sais aussi que tu le vivras mal. Nous quitter, nous... trahir te fera du mal, que ce soit la bonne décision ou pas. Et je veux que tu saches que je te pardonne.

Hermione ne sut quoi dire. Elle n'en avait jamais parlé, mais elle s'était souvent imaginée l'instant de sa fuite depuis qu'elle en avait connaissance. Elle n'avait alors vu qu'un bébé en détresse. Et pour cause, elle s'était volontairement interdite de penser au reste ; que ce soit ses amis, sa vie d'avant, sa famille, ses convictions, ses professeurs... Elle savait que cette décision serait la plus dure de sa vie, sans parler des doutes et de la peur. Pourtant Harry, aussi maladroit qu'il était dans sa façon de s'exprimer, était là aujourd'hui, malgré la vérité, malgré le futur. Il faisait un pas vers elle et elle le voyait sur le point de trébucher. Parfois, elle oubliait que lui aussi avait souffert plus que jamais dans un tel enfer. Son cœur s'envola avec des ailes de plombs qui lui tombèrent au fond de la gorge dans un bruit de sanglot. Elle détestait la sur-émotivité de ces instants, mais ne put se retenir devant le visage de son ami. Elle le voyait encore enfant, avec ses lunettes toujours cassées et sa cicatrice cachée sous ses cheveux. Il grandirait encore, deviendrait peut-être un monstre hors de ses murs, mais il n'avait jamais rien demandé. Le Survivant malgré lui, sans famille et seul face au monde. Il avait enduré pas mal d'atrocités, lui aussi. Elle priait pour qu'il n'en commette pas d'avantage mais elle n'avait pas de leçon à lui donner. Personne n'était parfait. Tout le monde essayait juste de survivre du mieux qu'il le pouvait. Outre passant la gêne qui s'était installée, elle l'enlaça malgré lui et sa grimace. Rien ne serait plus jamais comme avant désormais entre eux. Mais le futur n'était pas encore là, et elle si. Rien n'était fini. Tout devait commencer.

-Merci Harry… dit-elle contre lui.

Elle le sentit hocher la tête à travers sa masse de cheveux. Leur étreinte n'était pas l'une des plus chaleureuse, mais traduisait bien leur état d'esprit. Une paix sereine en prévision d'un possible avenir de haine. Tous deux s'aimaient. Mais garder ses distances était favorable en vue de possible souffrances à venir. Aucun d'eux ne l'avaient oublié, et personne n'était encore près à faire l'impasse dessus.

-Et sache que je te pardonne aussi. Je sais que cela n'a pas été simple pour toi non plus. Il s'est passé tellement de choses ces derniers temps que parfois, j'en viens à oublier comment c'était avant.

-Tu veux dire avant que tu ne deviennes subitement une femme mariée avec des enfants ?

-Avant que tu ne voies plus que ça en moi...

-C'est... C'est difficile, je dois bien l'avouer. Surtout pour le... "Madame Malfoy".

-J'ai toujours un peu de mal moi aussi.

-Kai et Scorpius ont de la chance de t'avoir, Hermione. Et... Lui aussi. Tu Lui seras d'une grande utilité dans cette guerre.

-Harry... Rien n'est encore fait.

-Oh je t'en prie, Hermione. Je te connais. Je vois ton regard quand tes enfants sont là. Jamais tu ne voudras perdre ça, même si cela veut dire Lui prêter allégeance.

-Je suis désolée.

-Ne le sois pas. C'est moi qui ait tout gâché.

Elle ne sut plus quoi dire. Peut-être n'y avait-il plus rien à dire. En tout cas, ils s'arrêtèrent là, sur un regard qui à lui seul, concluait tout. Du pardon, des excuses et des aveux... Oui, il n'y avait plus rien à y redire. Au fond, Hermione était heureuse. Triste de le perdre, mais heureuse de n'être que triste, et pas rancunière ou malade de rage envers lui. Peut-être y avait-il encore un peu d'espoir après tout. Cet avenir était encore loin d'être là. Ou pas.


-Par Merlin, même à l'agonie, elle en a dans les jambes la petite Weasley ! soupira Blaise, appuyé sur ses genoux au milieu d'un couloir, le souffle court.

-Elle ne doit pas être bien loin ! s'énerva Magnus. Elle arrivait à peine à marcher tout à l'heure !

-Tu veux dire juste avant de piquer un sprint ?

-La ferme Zabini ! cingla Voldemort, hors de lui.

-Excusez mon audace, Maître, mais n'êtes-vous pas censé être en mesure de la... pister ? Je croyais qu'elle était l'un de vos Horcruxe ?

Le regard que lui lança le Lord en réponse lui donna envie d'avaler sa langue. Il se détourna, mal à l'aise. Pourtant, la fureur de son Maître n'était pas causée par l'insupportable intrusion de Blaise dans sa capacité à ressentir Ginny, mais plutôt par la particulière perspicacité de celui-ci. Et pour cause, il avait raison. Il ressentait Ginny. D'une façon intime et inexplicable, et pourtant, il en était réduit à hurler son nom dans des couloirs sombres. Le pire était qu'il ignorait pourquoi. C'était comme si ses perceptions s'engourdissaient. Elle était là, quelque part, perdue dans un implacable brouillard. Et lui essayait vainement d'attraper son ombre. Quelle idée de s'enfuir de la sorte ? Son insubordination lui donnait de véritables envies de meurtres ! Et à en juger par le regard ivre de colère de son fils, il n'était pas le seul dans ce cas. Ils entendirent Scorpius et Kai les rejoindre depuis un autre couloirs. Les bruits saccadés et pressés de leurs pas traduisaient, à eux aussi, leur empressement inquiet. Aussi, c'est bredouilles et peu fiers qu'ils arrivèrent à leur hauteur. Leur vue suffit à insupporter le mage d'avantage.

-L'aile Est est vide. On a fouillé partout.

-C'est ridicule ! Elle est à l'agonie ! s'écria Magnus.

-Mais c'est aussi ta mère ! Tu la connais, tu sais qu'elle plus têtue que toi !, soupira Kai. Et puis je te rappelle que ce château est un véritable enfer ! Chaque fois qu'on perd quelque chose dedans, il est quasiment impossible de le retrouver !

-J'aimerais une clarification…, demanda Blaise, perdu. On cherche qui là ? Ginny ? Elias ? Ou la faille ?

-Les trois ! soupira Scorpius.

-Et les trois nous échappent comme ce n'est pas permis ! Un enfant ! Une malade ! Et un trou dans le temps ! s'écria Voldemort, outré.

-Et bien sûr, je ne sais quelle perturbation magique rends nos sortilèges inefficaces... Je vous jure que si nous étions en danger de mort, je penserais à une caméra cachée...

-Arrêter de vous plaindre ! Kai, Scorpius, continuez au Sud. Magnus et Zabini, les sous-sols, ordonna Voldemort.

-Tu pars seul ?, demanda Magnus, inquiet.

-Pour éviter d'étrangler l'un de vous, oui ! Il est temps de mettre un terme à cette mascarade !


Bellatrix regarda le corps de Ron avec mépris. Il lui aurait été si facile de se lever et d'écraser la misérable étincelle de vie qui s'accrochait encore à sa triste carcasse. Mais non. Elle était attachée, retenue en otage par son Maître, sa future femme, le trio d'or et les futurs enfants de ces derniers... De quoi contrecarrer ses plans de vengeances. Pourtant, elle n'y renonçait pas. Loin de là. La rage, la haine et la honte ne formaient plus qu'un tout en elle. Une énorme boule au creux de sa poitrine qui ne demandait qu'à sortir, quitte à expulser ses entrailles hors de son corps. Elle avait l'impression que tout son être fourmillait de frustration. Ses talons claquaient le sol aux mesures des tremblements de ses mollets, et ses dents ne cessaient de grignoter sa lèvre inférieure jusqu'au sang. Attendre lui coûtait tellement... Tellement que cela en devenait presque douloureux. Devoir rester là, à observer, faire semblant de ne pas écouter et subir les commentaires infâmes de ses bourreaux. "Des Cracmols" ! Et puis quoi encore... Elle se sentait humiliée, abandonnée et reniée. Son fils l'avait trahie pour la Sang-de-Bourbe, et son Maître, pour une traître à son sang. Autrement dit, elle n'avait plus rien. Ni famille, ni soutient... Et ça, elle ne le supportait pas. Mais plus important encore, elle comptait le faire payer à celles dont elle faisait porter la faute. Et ça, personne ne pourrait lui enlever.

Le menton relevé et le regard en feu, elle détailla Hermione et Harry pour la septième fois en moins d'une demie-heure. Ils n'étaient plus que tous les deux dans la Grande Salle, les autres étant partis à la recherche de l'insupportable rouquine. Le trio d'or était au complet. L'opportunité était grisante, mais Lucius se bavait dessus à côté d'elle. En lui jetant un coup d'œil, elle se dit qu'ils l'avaient bien atteint. Jamais elle n'aurait cru que sa santé mentale approximative la sauverait du même état que son beau-frère. Il avait essayé de lutter lors de la torture. Elle avait tout encaissé. Elle avait accepté la douleur et s'abandonner à elle était le seul moyen de garder un semblant de contrôle sur soi. La combattre ne faisait qu'empirer les choses. Et Lucius en était un parfait exemple. Pour preuve, il n'était plus rien. Dans son œil brillait déjà l'étincelle d'une lente et indécente mort. Narcissa était presque déjà veuve. Mais elle... Elle était bien vivante, contrairement à ce qu'ils pensaient tous.

Sans jamais détourner le regard, la Mangemort était loin d'avoir abandonné la partie. De ses ongles, son salut se construisait peu à peu. Sous leurs yeux aveugles, et derrière ses lèvres en sang se cachait un sourire. Un merveilleux et abominable sourire, de la part d'un prédateur en sommeil, prêt à sauter sur sa proie tant convoitée.


Voldemort marchait, encore et toujours dans ces couloirs interminables. Plus le temps passait, plus le signal de Ginny s'affaiblissait et sa rage grandissait. A cet instant, il ne l'avait jamais autant maudite. Pourtant, dans la plus grande obscurité, il aperçut une lueur. Pas un Lumos, pas une torche, non... Quelque chose de moins vif, de moins étincelant. D'abord méfiante, la lueur s'approcha fébrilement avant de filer dans un tournant. Il ne sut de quoi il s'agissait, mais ne prit pas le temps de se poser de question. Ses jambes reprirent leur course à la poursuite de ce point lumineux, son seul espoir dans cette marre de problème. Il courut après elle, mais fut rapidement prit au piège par un cul-de-sac. Son chemin s'arrêtait, et le point n'était plus là. Le Doloris qu'il lança au mur réussit à faire trembler tout le corridor, mais sa colère rayonnait tel un soleil. On pouvait presque la voir : une aura maudite et étouffante l'entourant de toute part. Alors qu'il marmonnait et frappait les pierres de son poing, une voix l'arrêta. Une voix qu'il n'aurait plus cru entendre. Derrière lui, dans une ombre à peine luminescente, entourée d'un voile d'obscurité grandissant, l'esprit était là, à son côté. Son corps, presque physique, semblait sur le point de s'évaporer sous la pression de l'air. Et ses traits, bien plus perceptibles, donnèrent à Voldemort l'envie folle de lui arracher le visage. Tout démarrait avec elle. Ces malheurs, ces souvenirs, ces douleurs, ces découvertes, ces menaces... Tout partait de celle qui avait l'audace de se présenter devant lui. L'audace ou l'inconscience, car dans son état, le Mage Noir ne voyait en elle qu'une responsable. Une responsable méritant un châtiment. Sa baguette vrombit dans sa main, mais l'esprit l'ignora. A la place, elle baissa la tête et soupira. Sa simple apparition semblait lui coûter plus d'énergie qu'elle n'en avait.

-Vous...

-Vous devez faire vite.

-Tout irait bien plus vite si vous cessiez de nous mettre des bâtons dans les roues ! Cette faille est introuvable, pendant que Ginevra se meurt ! Et comme si cela ne suffisait pas, elle s'est rouverte ! Elle a ramené mon fils ! dit-il les dents serrées.

-La faille est imprévisible. Je n'ai… Je n'ai plus assez de pouvoir pour la convoquer ou ne serait-ce que la localiser. Elle ère dans le temps et l'espace et s'ouvrira davantage à mesure que l'espace-temps s'écroulera.

-Ce château est rongé d'obscurité, vos pouvoirs déclinent et cette faille prends en puissance... Dites-moi comment faire !

-Je ne sais pas, souffla-t-elle.

-Alors pourquoi êtes-vous là ?!, hurla-t-il, hors de lui. Pour me narguer ? Ou vous plaindre ?

-J'aimerais vous aider. Mais vous continuez de faire fausse route. Vous devez accepter votre sort et...

- ... et faire face à votre destinée ! Vous nous l'avez répété bien assez de fois, mais cela ne veut rien dire !

La femme sembla désespérée par ces mots et son ombre oscilla dans le noir. Tout s'écroulait. Et elle aussi.

-C'est le seul moyen qui vous permettra de vous en sortir. Résolvez cette énigme. Trouver la faille. Peut-être les choses s'arrangeront-elles alors...

-Vous oubliez que mon fils de sept ans et sa future mère errent dans ce château, eux aussi ! Leurs disparitions les mets en danger, comme nous tous ici !

-Elias et Ginny iront bien, à la seule condition que vous perciez l'énigme !

Sa voix résonna plus fort, teintée de son agacement et de sa propre peur. Un ton qui lui fit serrer les dents.

-Votre énigme va tous nous tuer, comme votre décision de nous avoir enlevés. Vous êtes la seule responsable de votre perte !

-Peut-être, dit-elle calmement. Le destin est une chose étrange. Tout comme le temps. J'ai accompli mon devoir, j'en assumerais les conséquences. Mais à vous d'assumer les votres.

-Je n'ai rien demandé ! explosa-t-il. J'avais gagné ! J'avais enfin gagné mais vous m'avez pris ma victoire et maintenant vous risquez de me prendre ma vie !

-Je sais. Mais perdre votre victoire vous a apporté une famille. Elle compte sur vous. Et vous seul êtes suffisamment puissant pour être véritablement utile dans ce combat.

-Je n'ai pas l'intention de mourir. Pas plus de perdre ma guerre, ou... ou ma famille, gronda-t-il. J'aurai les deux.

-Tant que vous trouvez la faille, je suis prête à vous laisser à votre sort.

-Que dois-je comprendre ? demanda-t-il, suspicieux.

-Résolvez cette énigme. Trouvez la faille. Survivez. Et je n'interférai plus dans votre vie. Vous serez alors seul maître de votre avenir. Je vous en fais la promesse. Vous n'aurez plus à vous inquiéter de l'espace-temps. Je m'occuperai de vous laisser vivre la vie que vous désirez sans jamais intervenir, peu importe les lignes temporelles que vous deviez suivre. Vous serrez libre de moi, du temps, et du destin qui vous était tracé.

-Vous marchandez votre survie.

-Moi non plus, je ne veux pas mourir, dit-elle, placide. Alors ?

-Alors je n'ai pas le choix ! Mais j'apprécie... votre contrepartie. J'impose cependant une condition.

-Laquelle ?

-Je résoudrai ce fichu mantra et ferai le nécessaire pour que personne ne meurt. Mais je veux la localisation de Ginny et Elias. Maintenant.

-Mes pouvoirs...

-Me sont bien égals ! Il est hors de question que je les laisse à leur sort dans ce château pendant que je joue aux devinettes alors faîtes un petit effort…, souffla-t-il, menaçant. Donnez-moi ma femme ! Maintenant !

Sa veine frontale palpitait sous sa peau. Ses yeux brillaient d'une lueur plus incandescente que celle de l'esprit et les sifflements de son ton rappelaient ceux de Nagini. Il attendait d'elle cette contrepartie, pour la simple et bonne raison qu'elle n'était pas négociable. La perte de Ginny l'inquiétait, le tourmentait, et le torturait plus que tout. Il avait besoin de l'avoir auprès de lui, saine et sauve, quitte à l'attacher à la table de la Grande Salle pour qu'elle ne s'enfuit pas, cela lui était égal. Mais la savoir loin, perdue, blessée... Non... Il ne pouvait pas. S'il devait assurer leurs survies, ce serait selon ses termes. Et cela commençait avec elle. Il estimait s'être montré assez patient depuis le début de ce cirque. L'esprit sourcilla, inquiète, et pour la première fois, effrayée. Ils le savaient tous deux, elle n'était pas en mesure de s'opposer à sa requête, aussi, il la vit déglutir avant de parler d'une petite voix :

-La pister me puisera le peu de pouvoirs qu'il me reste. Je ne serai plus en mesure d'apparaître. Vous serez seuls.

-Je vous rassure, vous ne vous êtes pas montrée des plus utiles jusqu'à présent, cingla-t-il froidement.

-Souvenez-vous de l'énigme.

-Ne me sous-estimez pas, siffla-t-il.

-Nous verrons bien. Ne me faîtes pas regretter notre marché, Tom.

Sa haine crépita au bout de sa baguette et il dût se retenir pour ne pas lui lancer un sort. Dans un léger ravivement de lumière, elle se détourna. Pourtant, elle le regarda une dernière fois, un air soucieux et inquiet l'habitant.

-Le passé est en train de briser ses liens. Il vous menacera tous, dit-elle, les yeux dans le vide.

-Amenez moi à Ginny, insista-t-il, agacé.

-Suivez le. Il vous guidera à elle.

Le Mage fronça les sourcils, avant de la voir lever une main dans l'obscurité. Alors, un faisceau apparu dans des volutes fantomatiques. La lumière s'intensifia et prit une étrange forme. Long et serpentant, il sorti de la paume de l'esprit dans un sifflement familier : le basilique. Le basilique apparut, énorme et majestueux en tournoyant dans les airs. Voldemort en eut le souffle coupé.

-Qu'est-ce que...

-Votre Patronus.

Ce simple mot le fit pâlir. C'était impossible. Il avait beau être le plus grand Mage Noir de tous les temps, le sortilège du Patronus lui avait toujours été impossible à réaliser. Les raisons de son incapacité étaient évidentes : le bonheur nécessaire pour en invoquer un lui avait toujours été impossible à atteindre.

-Vous vous fichez de moi, souffla-t-il, bouché bée.

-Il vient de votre futur. Il vous montrera la voie à suivre jusqu'à Ginny.

-Je...

-Aimer vous changera, Tom. Cela vous change déjà, dit-elle. Mais n'oubliez rien de ce que je vous ai dit. Notre survie en dépend.


-Papa ?!, appela Magnus en voyant son père courir dans un couloir.

Voldemort grimaça en s'arrêtant à leur niveau. Il n'avait pas le temps.

-Retournez dans la Grande Salle !

-Quoi ? Mais on n'a toujours pas...

-C'est un ordre, fils ! Je m'occupe de Ginny et Elias, vous, retournez là-bas et attendez mon retour, dit-il un peu essoufflé, le regard toujours tourné vers son Patronus disparaissant dans un tournant.

-Vous pensez sérieusement les retrouver seuls ? Ça fait déjà plus d'une heure qu'on tourne tous en rond, dit Blaise.

-J'ai eu un peu d'aide.

-Mais Maître...

-Pas de discussion Malfoy ! Partez ! De suite !

Magnus fronça des sourcils. Il connaissait son père. Il avait un plan.

-Tu sais quelque chose.

-Pas encore. Mais je l'espère bientôt. Méditez sur le mantra de l'esprit. Nous devons résoudre cette énigme, et cela ne sera pas possible sans le rat de bibliothèque.

-Le mantra ? Mais... Et la faille ?!

Mais le mage ne prit pas le temps de répondre. Son ombre avait déjà disparue au détour d'un couloir, laissant le groupe pantois, sans réponse et avec plus de questions. L'air du château s'était même d'avantage alourdi. A croire que la gravité de la situation s'inscrivait dans les pierres effritées des corridors.


-Le mantra ?! s'exclama Hermione, désappointée.

-C'est tout ce qu'il a dit avant de disparaître, dit Scorpius, épuisé sur l'un des fauteuils.

-Mais... On a étudié cette foutue phrase pendant des semaines ! Des semaines ! s'écria-t-elle. Et il veut qu'on la résolve en moins de quelques heures ?!

-J'ai arrêté d'essayer de comprendre mon père depuis longtemps…, soupira Magnus. Mais je crois qu'il a un plan. Ou du moins, qu'il sait quoi faire.

-Rappelez-moi ce qu'elle a dit, demanda Kai.

-"Vous devez accepter votre sort et faire face à votre destinée", cita Hermione. Mais ça n'a pas le moindre sens !

-Pour elle, il y en a sûrement un.

-Lequel ?! Hein ? J'ai fouillé dans tous les livres de cette fichue bibliothèque ! Tous ! Et aucun ne parle d'une quelconque prophétie, ou d'un sortilège ou même d'un auteur ayant jamais dit cette phrase !

Hermione avait les joues rouges, les cheveux en bataille et le regard fou depuis le retour du groupe. Tout s'accélérait, mais eux ne faisaient pas la moindre avancée.

-Peut-être... Peut-être qu'on s'y prend à l'envers ? dit subitement Harry, pensif.

-Quoi ?

-Peut-être que cette énigme n'est pas à résoudre en fin de compte ?!

-Harry...

-Non, non, Hermione, écoute-moi ! Depuis le début on cherche un moyen de partir d'ici. Que ce soit à travers la magie, les souvenirs, la faille... mais on n'a jamais essayé de faire ce que nous a toujours dit cet esprit !

-Où tu veux en venir Potter ? demanda Drago.

-"Vous devez accepter votre sort et faire face à votre destinée" ! Ce n'est pas une énigme à résoudre ! Ce sont des instructions ! Des instructions à exécuter ! s'exclama-t-il.

-Mais... mais cela n'a pas plus de sens ! On... on a toujours tout fait ! Les projections, les souvenirs... tout !

-Mais on n'a jamais pleinement accepté le futur ! On essaye de le changer ! De nous changer afin de ne pas réaliser ce qu'on a vu mais je crois qu'on brûle les étapes !

-Tu voudrais quoi, Potter ? demanda Kai, amusé. Que l'on essaye de s'entre-tuer juste pour honorer nos querelles et haines du passé ? Parce que perso, moi ça me va.

-Kai !

-Quoi ?! Je suis d'accord avec lui !

-Pardon ? s'étrangla Scorpius.

-Réfléchissez deux minutes ! dit-il brusquement. Depuis qu'on s'est écrasé sur ce fichu tapis, on n'a pas arrêté de se contenir ! Au début, pour ne rien révéler, après pour ne rien modifier, et enfin pour que personne ne soit tué ! Mais ce n'est pas nous, ça.

-Un génocide ne réglera rien, Kai...

-Aussi tentant que ce soit, je ne parle pas de meurtre de masse, Magnus ! Non... je parle de règlement de compte !

-C'est rid...

-Il a raison…, souffla Hermione, les yeux exorbités de stupeur.

-Quoi ! hurlèrent les deux voyageurs.

-Il... Il a raison... Bon sang... C'était sous mon nez ! Sous mon nez depuis le début !

-Quelqu'un peut préciser ce qu'il se passe ?!, demanda Blaise, perdu.

-On a tout fait à l'envers ! Les projections devaient nous montrer l'avenir afin de mieux l'accepter ! Nous devons nous accepter ! s'écria-t-elle. Nous, notre avenir, nos crimes, nos choix ! C'est ça ! "Vous devez accepter votre sort et faire face à votre destinée" ! C'est ça ! C'est ça !

Elle semblait euphorique, et sautillait comme une enfant. Mais rien de ce qu'elle venait de dire n'éclairait quiconque à part elle, Harry et Kai.

-Attendez... Vous voulez dire que...

-Que tout est en nos mains depuis le début ! Mais on était trop bête pour le voir, trop orgueilleux et effrayés ! poursuivit-elle.

-Alors quoi ? demanda le vieux Drago. On se confesse ? On déballe tout et c'est censé nous ramener chez nous ?

-Non…, dit Harry, blême. On arrête de lutter... Que ce soit contre notre avenir, ou notre passé, on arrête tout.

-Et quoi ?

-On assume, dit-il, amer.

Harry n'aimait pas avoir raison sur ce genre de choses. Pourtant, il n'avait pas le choix. Tous ces efforts lors de ses derniers mois n'étaient que la voie de l'égoïsme et de la peur. Il voulait changer son avenir, croire en lui pour faire de meilleurs choix, pour ne pas céder à sa propre destinée. Mais il avait tort. Ce n'était pas quelque chose à faire ici, non. Peut-être plus tard si la chance lui souriait, mais pour le moment, il ne devait pas se renier. Mais s'accepter tel qu'il était censé être.

-C'est tout ?! C'est ça l'énigme qui nous prends la tête depuis des mois ?!, s'exclama le jeune Drago, ahurit.

-Plus facile à dire qu'à faire.

-Pas pour moi, dit Kai.

Le Doloris qu'il jeta à Harry les coupa tous dans leur réflexion, et le cri qu'on entendit les pétrifia. Projeté contre le mur, le Survivant se tordit sous la magie, pourtant, il n'était surpris en rien. Cette réaction était même plutôt prévisible de la part du Lestrange. Lui aussi avait compris ce qu'une telle révélation lui autorisait à faire.

-Pour être franc, je n'attendais que ça…, sourit-il cruellement.

-Kai ! s'écria Hermione en se précipitant vers Harry.

-On a dit plus de retenue ! J'ai en marre de faire semblant de ne pas être dérangé mentalement ! Ou de faire comme si chacun de ses souffles ne m'insultait pas !

L'hystérie le possédait de nouveau. Mais quand les cris cessèrent, on n'entendit pas de plaintes. Juste deux mots, que personne n'aurait pu prédire.

-Laissez... le, fit Harry.

-Quoi ?

-Laissez le ! dit-il plus fort en grimaçant.

-Mais...

-Non ! Il... Il a raison.

Ses jambes tremblaient sous lui, aussi seule Hermione le retenait de ne pas s'écrouler au sol. Recevoir l'un de ses Doloris lui rappela étrangement ceux de Bellatrix. Mais il ne dit rien, ne bougea pas, et fixa son ennemi à l'autre bout de la pièce. Car voilà ce qu'était Kai pour lui. Voilà ce qu'il serait toujours. Et réciproquement. Il avait fini de lutter.

-On en veut encore Potter ?

-Arrête ça de suite ! ordonna Magnus à Kai en se plaçant devant lui, devant les étincelles crépitantes de sa baguette.

-Non ! hurla Harry. Kai ! Je suis ton ennemi. Je l'ai toujours été ! Bébé, j'ai voulu t'extraire. Enfant, je t'ai pourchassé ! Je t'ai haï toute ta vie, pour m'avoir enlevé Hermione et être le fils de Bellatrix. J'ai tenté de te tuer. Toi, et tous ceux que tu aimes. Et j'ai laissé Ron te torturer !

-Harry !

-Kai... je te défends de...

-J'en ai marre d'essayer de me battre contre tout ça, s'écria alors le Survivant. Je suis cet homme qui fera de ta vie en enfer, Kai ! Alors vas-y. Fais ce que tu veux. Je ne t'en empêcherai pas. Je le mérite.

-Tu veux vraiment mourir ou quoi ?! Ferme la ! hurla le descendant Malfoy.

-Toi aussi Scorpius, continua-t-il, livide. J'ai tenté de tuer ta sœur ! Je l'ai torturé !

-Stop !

-J'ai enlevé Ginny ! dit-il en s'adressant à Magnus, qui ne savait plus où donner de la tête. Et je t'ai maudit pour être le fils de mon pire ennemi. Je te maudirais toujours Magnus ! Toi ! Ta sœur ! Et Élias !

-Har...

-Je ne cesserai jamais de vous poursuivre ! continua-t-il, en transe. C'est comme ça. Je suis ce monstre qui vous a hanté toute votre vie et je le resterai à jamais. Peu importe le temps, ou l'époque. Je suis ce monstre ! Je...

Mais sa voix se coupa sous les vrombissements du sol. D'abord léger, puis de plus en plus intense, la château sembla prendre vie. On entendit les étagères, le bois, et le mobilier grincer. Tout semblait sur le point de s'écrouler et pourtant, au centre de la Grande Salle, dans un halo de lumière venu du ciel nuageux de la nuit magique, une étincelle apparut. Comme un flocon, elle tomba du ciel dans le pire des chaos. Des cris, de la peur et de l'incompréhension l'accueillirent au sol. A son contact, le tapis disparus, ouvert sur un abysse de la taille d'une pomme. Un abysse insondable, qui, à son apparition, fit taire le vacarme qui avait pris possession du silence. Quand l'écho retomba, plus rien ne bougeait, tous étaient au sol, et, à côté d'eux, les ténèbres dans un format poche. En l'observant, Hermione Granger eut le souffle coupé. Il avait réussi. Il avait raison. Harry avait résolu l'énigme au prix de lui-même. Et la faille... La faille était là. Du moins un début, au centre de la pièce, creusé dans le tapis, ouvert sur une obscurité totale. Leur ticket de sortie. Enfin.


Ginny souffrait le martyre. De toute sa vie, elle ne s'était jamais sentie aussi faible. Son fils blottit contre son corps, elle avançait lentement, incapable de savoir si elle survivrait au retour. Sa fuite, son inquiétude et son irresponsabilité lui avaient ramenés son enfant, mais risquaient également de les tuer tous les deux. Et pour cause, ils étaient perdus. Plus aucune torche ne brûlait dans les couloirs et l'intégralité du château était maintenant plongé dans une obscurité glaçante et effrayante. Tout son être tremblait, à peine animé par un souffle qu'elle n'était pas sûre de pouvoir garder longtemps. Aussi, il ne fallut pas longtemps avant qu'elle ne s'écroule sur ses rotules, le visage grimaçant de douleur. Elias dormait. Elle en fut heureuse ; elle ne voulait pas qu'il la voit dans cet état de désolation. Des sanglots plein la poitrine, elle caressa les cheveux en bataille de son fils. Même dans le noir, elle pouvait encore deviner son visage, enfouit dans son cou. Il était si petit, si innocent et pourtant, déjà tellement affecté par ce qu'il avait vécu. Elle aurait préféré ne pas avoir à le plonger dans un sommeil magique mais elle n'avait pas eu d'autre choix. Il était si déterminé... si décidé à tuer. Elle n'avait pas eu la force de le contredire, ou ne serait-ce que de réprimer ses pulsions. Non, elle n'en avait pas encore le courage, pas quand elle mourrait de l'intérieur. Alors elle l'avait embrassé tendrement, avec tellement d'amour que son cœur en avait saigné dans sa poitrine, puis elle l'avait bercé. Une berceuse mélodieuse, instantanée et magique. Il n'avait rien vu venir et dormait maintenant depuis plus d'une vingtaine de minutes, sans savoir que le cœur qu'il sentait battre contre lui, risquait à tout moment de s'éteindre. Désespérée, elle murmura de nouveau la mélodie enfantine. Sa mère la lui chantait tous les soirs. Et de toute évidence, Elias la connaissait aussi. Tout ne s'était peut-être pas perdu finalement.
Toujours assise au sol, elle soupira, les larmes aux yeux. Elle ne trouverait pas la force de se relever. Pas plus que celle de crier à l'aide. Elle était seule, abandonnée...

Elle ne sut pas combien de temps elle passa par terre, mais le froid de la pierre commença à s'attaquer à ses os. Recroquevillée, le corps de son fils encore tiède contre elle, elle n'entendit plus rien. Pas un murmure, juste le souffle du petit garçon. Et quand l'obscurité commença à la ronger, juste avant qu'une dernière lueur apparaisse au loin, elle ne sut pas si le mirage du basilique venait la hanter une dernière fois ou la sauver des ténèbres pour l'emmener directement en enfer.


Bonsoir tout le monde ! Désolé pour le retard, c'est le mois de partiel alors bon j'essaye de jongler comme je peux ! Alors, le compte à rebours à commencé ! Plus que deux chapitres après celui-là et c'est la fin ! J'espère que cela vous plaira ! Laissez moi vos avis dans les commentaires ! Ils sont tellement encourageant ! Je vous adore !

Merci encore à tous ceux qui me suivent ! Et une pensée pour ma chère Beta !

A très vite !