Lisez bien jusqu'à la fin ! Il y a une surprise ! :)


Ginny ouvrit difficilement les yeux une fois que le calme retomba. Du moins, quand les cris cessèrent autour d'elle. Ils s'amoindrirent tous, sans raison, l'inquiétant plus que s'ils avaient continué de lui vriller les oreilles dans des songes cauchemardesques. Plaquée au sol, la tête enfouie contre le tapis, elle senti le Lord se redresser au-dessus d'elle. Tout s'était passé si vite qu'elle ignorait quand la situation avait véritablement commencé à déraper. Dans les brumes de ses pensées, elle revit Harry s'effondrer après la foudre et disparaître, puis un cri de rage, et une tête blonde qui disparaît, suivit d'un vent, peut-être même une tornade... Elle ne savait pas. Elle ne savait plus. Et elle voulait savoir. Elle voulait comprendre pourquoi son Maître restait figé devant le trou béant au milieu de la Grande Salle, pourquoi depuis le sol elle voyait Hermione, une main plaquée contre la bouche pour retenir des cris de désespoir, ou encore pourquoi le poids de sa poitrine s'était violemment allégé. C'était comme rallumer la lumière après avoir été plongé dans le noir le plus complet ; la douleur lui faisait presque mal de ne plus être là. Son cerveau n'assimilait pas l'éclairage, les bruits ou les gestes qu'elle voyait. Et cela lui fit bizarre de voir sa poitrine se soulever régulièrement. La mort l'avait délaissée pour elle ne savait quelle raison. Mais cela ne la rassura pas. Des tonnes d'idées la traversèrent à cet instant. Le Lord du futur était-il mort ? Ou le lien qui l'unissait à Ginevra s'était-il coupé ? Elle aurait voulu pouvoir se lever et poser des questions, mais il ne lui fallut pas plus que de s'accouder sur le sol pour constater la plus grande horreur de sa vie. Ses fils n'étaient plus là. Scorpius et Kaï non plus, pas plus que son frère ou son double. Ils étaient tous parti. Parti dans la faille. Perdu dans le temps sans la moindre garantie de survie. Et cette réalité la frappa plus fortement et douloureusement que tous les Doloris qu'elle avait pu recevoir au cours de son existence. La panique la gagna, son cœur s'emballa, mais elle ne put se relever entièrement que le son glaçant du hurlement de son Maître résonnait déjà dans l'écho désormais silencieux de la Salle :

-Bellatrix !

Ce cri ne semblait pas réel. Pourtant, il laissa l'empreinte d'une rage qui sembla s'imprégner dans chaque souffle d'air. Baguette en main, il regarda la face décomposée de sa Mangemort. Cette dernière, projetée contre une étagère, ne trouva même plus la force de grimacer tant la terreur la saisit. Elle voulait sa vengeance plus que tout mais elle n'était désormais plus sûre d'avoir le courage d'en payer le prix. Surtout face au regard de sang que lui lançait son Maître. En temps normal, elle aurait été trop pétrifiée pour ne serait-ce que bouger, mais son instinct de survie, pour la première fois de sa vie, fût plus fort que son allégeance. Avant même que les dernières personnes encore présentes ne réalisent ses gestes saccadés, elle rampa frénétiquement au sol, esquivant l'Avada impulsif et retentissant de Voldemort, et s'accrocha à un Blaise encore sonné. Quand les sorciers la mirent en joug, la lame aiguisée d'un petit canif reposait déjà sur la carotide du jeune homme effaré.

-Toi…, gronda-t-il, transcendé par la haine.

-Non ! Non ! cria-t-elle alors frénétiquement. Je... Je... Je ne voulais pas blesser votre fils, Mon Seigneur, je voulais... Je voulais juste...

-Assez !

-Non ! Je ne mérite pas votre colère ! Scorpius n'était pas ma cible ! C'était elle ! dit-elle en regardant Hermione avec hargne. J'aurais dû la tuer quand j'en ai eu l'occasion !

-Lâche ce couteau !

-Non ! Non ! Il... Il me protège ! Vous... Vous ne pouvez pas me tuer !

Son regard allait partout, et ses mots se perdaient à l'orbe de ses lèvres. Plus rien ne rattachait la Lestrange à la réalité. Seule la peur et la folie la possédaient désormais. Derrière sa maigre lame tremblait la vie de Blaise. Une vie qui ne pouvait être prise sans causer le chaos et la perte de tous. Et ça, elle l'avait compris. Elle voyait que la seule chose qui la maintenait encore en vie n'était rien d'autre que cette impossibilité de tuer. Sans quoi, Voldemort reposerait déjà sur son cadavre froid. Sa baguette tremblait dans sa main crispée. Le sortilège de mort dansait sur ses lèvres tel Satan en enfer. Il luttait contre lui-même pour ne pas commettre le pire.

-N'... N'avancez pas ! N'avancez pas ! Ou... Ou nous mourrons tous !

-N'avez-vous pas la moindre idée de ce que vous venez de faire ?!, s'écria Hermione, hystérique. Kaï est votre fils ! Et vous... Votre inconscience l'a...

-Kaï aurait dû me choisir moi ! Pas toi ! C'est ta faute ! Tout ça, c'est ta faute !

-Magnus et Élias étaient mes fils ! cingla le Lord.

-Des enfants nés d'une union honteuse qui n'aurait jamais dû voir le jour !

Une crampe cilla la main de Voldemort. Qu'aurait-il donné pour la faire payer, pour la faire taire une bonne fois pour toute !

-Vous ne pouvez pas me tuer ! répéta-t-elle en boucle. Vous ne pouvez pas me tuer !

-Lâche-le ! cria Drago. C'est fini, Bellatrix ! Tu ne pourras pas t'en sortir cette fois !

-Oh tu crois ça ?!

-Tuez-la…, souffla brusquement Blaise. Ne vous souciez pas de moi ! Tuez-la !

-La ferme toi ! hurla-t-elle.

-On ne peut pas !

-Pas encore en tout cas... Mais je te jure, Lestrange, que la mort t'attend après ça, menaça Jedusor.

-Allez-y !

-Comment oses-tu Zabini ?! s'indigna la Mangemort. Toi qui a toujours été de mon côté ! Toi qui est un Sang-Pur ! Toi qui a toujours suivit les forces du mal ! Tes parents auraient honte de toi !

-Peut-être... Mais... Je ne veux pas de cette vie ! Je ne suis pas comme eux. Et certainement pas comme vous !

-Blaise !

-Désolé...

Bellatrix ne put voir venir ce qu'il fit alors : sans sourciller, Blaise saisit la lame à pleine main et, dans un bruit de chair atroce, se trancha lui-même la gorge devant tous, inondant son cou d'un sang giclant au rythme effréné de son cœur. On entendit le cri déchirant de Drago, puis la chute de la Mangemort, projetée en arrière par le Doloris cuisant d'un Voldemort aux aguets. Blaise tituba quelques instants, avant que Malfoy ne se jette sur lui, le désespoir et l'horreur gravés sur ses traits. Et comme si le destin s'acharnait, l'orage gronda de nouveau.

-Blaise ! Blaise ! Non !

Mais le jeune métisse ignora son ami. A la place, il le regarda une dernière fois, une main plaquée contre sa gorge. Il ne survivrait pas, il le savait. Aussi dans un dernier effort, il repoussa Drago, pour se jeter lui-même dans la faille. Son sort était scellé dans la Grande Salle. Mais perdu dans l'espace-temps, il pourrait laisser les Dieux décider pour lui. Alors qu'il disparaissait, le sol se mit à trembler et les murs à tanguer. La faille sembla résonner dans l'air telle une entité vivante, engloutissant encore plusieurs mètres de tapis, et forçant par la même occasion les sorciers à s'accrocher de nouveau pour lutter contre son attraction. Dans le craquement de la pierre et du bois, des gravas commencèrent à tomber depuis les murs, l'un d'eux assommant le corps vivant mais sans âme de Lucius. Les colonnes s'écrasèrent avec fracas, dont la moitié furent engloutit à leur tour. Le futur Drago n'y résista pas, et disparut à son tour, les yeux encore fixé sur le visage hurlant de Hermione. Ce cauchemar dura de longues secondes. La poussière asphyxia l'atmosphère, tout comme elle le rendit opaque. A la fin, on n'entendit des quintes de toux et des appels, mais il était difficile de savoir qui se trouvait encore présent après un tel effondrement, ou qui était tombé, juste par simple accident. Écrasée sous un canapé, Ginny senti une chaleur se répandre le long de sa jambe. L'un des pieds du meuble s'était brisé, transperçant sa cuise dans une douleur irradiante et cuisante. Paniquée et étourdie, elle n'arriva pas à localiser le Maître, mais perçu Hermione, l'arcade en sang et le visage grimaçant, au bord de la faille. Le jeune Drago s'y accrochait, tenu de justesse dans le vide glacial par sa main. Le regard de la Gryffondor le suppliait, rempli de larme, mais lui ne pleurait pas.

-Tiens bon ! Je... Je vais te remonter !

-Tu... Tu ne pourras pas !

-Tais toi ! Je vais te remonter !

Mais le champ d'attraction n'allait pas tarder à les avaler tous les deux. Ils le savaient, mais elle refusait de le lâcher. Sous ses yeux venaient de disparaître son fils, sa famille, ses amis et son futur. Elle refusait de le perdre aussi. Mais ce sentiment était réciproque. Alors qu'elle s'accrochait à lui, lui lâcha toute emprise, lui décrochant un cri de surprise. Elle seule le tenait désormais.

-Arrête ! Qu'est-ce... Qu'est-ce que tu fais ?!

Elle n'allait pas pouvoir le retenir à elle seule.

-Aide-moi ! lui hurla-t-elle.

-Non, Hermione...

-Arrête !

Mais il ne l'écouta pas, et la faille eut raison des maigres forces de la jeune femme. Lui aussi, était parti.


L'effroi saisit Ginny à la vue d'une Hermione déconfite, retombant malgré elle sur les débris. Elle était seule, et sa main vide semblait encore chercher celle du jeune Malfoy. A cet instant, la panique de la rousse colora et ses joues. Ils n'étaient plus que trois. Trois face à une Bellatrix déchaînée et une faille inter-dimensionnelle incontrôlable. Du mieux qu'elle put, Ginny chercha à atteindre sa baguette malgré ses vertiges. Elle devait se relever. Elle devait trouver son Maître. Elle devait les sortir de là. Du bout des doigts, elle senti sa baguette rouler au loin, et au même instant, elle perçut le bruit sourd d'une chute. Couverte de sang et de poussière, Ginny vit le visage de la Mangemort défiguré de rage. Dans la stupeur de la Gryffondor, elle l'avait saisi par les cheveux, la propulsant en arrière sur un reste de meuble fendu. La jeune femme sembla désorientée mais ne put atteindre sa baguette, elle non plus. Dans sa folie, Bellatrix se jeta sur elle à mains nues, roulant sur elle au milieu des débris, cherchant vainement à l'étrangler, et lui griffant, par la même occasion, la moitié du visage.

-C'est de ta faute ! Ta faute ! lui hurla-t-elle sans relâche.

Hermione se débattait mais ne faisait pas le poids seule, encore moins sans baguette. Dominée de très loin, elle senti les ongles de la Mangemort s'agripper à sa nuque et s'enfoncer douloureusement dans sa chaire martelée de griffures.

-Je vais te faire payer ! Je vais te faire payer !

Très vite, ses longs doigts s'accrochèrent autour de son cou, compressant sa trachée et la faisant virer au rouge.

-Tu m'as pris mon fils !

Elle hurlait et serrait, serrait trop fort. Très vite, la vision d'Hermione se flouta, distordant l'image déjà effrayante de Bellatrix, les yeux exorbités et un filet de bave ensanglanté au bord de lèvres. Pourtant, sa suffocation cessa, quand la voix enrouée de Ginny s'éleva au-dessus d'elle.

-Bellatrix !

L'intéressée la regarda avec stupéfaction, puis délice. Une autre proie de choix s'offrait à elle.

-Toi...

-Lâche-la !

-On veut sauver son amie à ce que je vois... Pathétique !

Ginny ne trembla pas face à elle. Sa main portait encore le bout de bois qu'elle s'était elle-même arrachée de la cuisse. La douleur la submergeait mais rien n'aurait pu l'arrêter. Appuyée sur sa jambe valide, l'autre semblait se vider de son sang. La Mangemort le remarqua et sourit. Se désintéressant d'une Hermione au souffle coupé, elle se releva lentement. La bravoure de la Gryffondor la faisait doucement sourire.

-Tu ne penses quand même pas pouvoir m'arrêter ? Regarde-toi ! Tu es faible !

-Nous savons toutes les deux que tu me hais plus qu'Hermione. Kaï n'a jamais compté pour toi ! Tu ne le vois que comme un investissement qu'elle t'a volé ! Mais, moi, je t'ai pris ton Maître.

-Tais-toi !

-J'ai réussi à avoir la seule et unique chose au monde qui importait pour toi, continua-t-elle calmement.

-La ferme ! Tu n'es rien qu'une erreur ! Mon Maître s'en rendra compte !

-Non, Bellatrix... Mon Maître !

Ces mots furent ceux de trop et sa fureur se déchaîna. Elle se jeta sur elle en hurlant à la mort, esquivant le coup que la rousse chercha à lui porter et la plaquant violemment au sol. Elle crut avoir l'avantage, mais se trompa lourdement. Alors qu'elle chercha à l'étouffer comme elle l'avait fait pour Granger, Ginny lui donna un coup de genoux en plein ventre, la surprenant pendant suffisamment de secondes pour lui permettre de lui planter le pied de bois fendu en pleine côtes. La surprise la figea dans une expression de douleur alors que Ginny enfonçait d'avantage son arme. Le sang jaillissait de sa blessure et ses gestes se ramollirent. Très vite, elle se laissa tomber sur le côté, n'arrivant plus qu'à respirer que dans un sifflement. Le pieu s'était logé entre ses côtes, perforant l'un de ses poumons. Aussi rapidement que sa jambe lui permit, Ginny se releva et s'éloigna d'elle. Le tonnerre n'allait pas tarder à gronder de nouveau, et il n'était plus question d'épargner qui que ce soit. Il était temps de partir. Hermione se précipita vers elle, complètement paniquée.

-Ginny ! Tu es blessée !

-Ce n'est rien ! Tu... Tu dois partir ! Maintenant ! dit-elle en montrant la faille.

-Quoi ?!

-Elle ne va pas tarder à mourir ! Et on n'a plus de temps ! Traverse la faille, je te rejoins juste après.

-Quoi ?! Non, il est hors de question que je te laisse ! s'énerva-t-elle. Et puis, on n'a... On n'a pas fini l'épreuve !

-On doit prendre le risque. Dans tous les cas on va mourir si on reste ! Et... Je dois trouver le Maître !

-Je reste avec toi alors !

-Non !

-Ginny, ce n'est pas négociable !

-Hermione, il est mon problème ! C'est… C'est moi qui l'ai provoqué à la fin de la Grande Guerre ! Tout a commencé à cause de nous et je... Je suppose que ça doit se terminer ainsi...

-Non ! Ginny, il est hors de question que je t'abandonne ! Tu es ma meilleure amie, sans toi j'aurais perdu la tête ici ! déclara-t-elle. Et puis... Je refuse de vous laisser mourir ici ! Il est devenu mon Maître à moi aussi !

Ginny sourit à sa déclaration. Elle avait raison. Ce voyage leur avait fait voir les choses sous un autre angle. Et aujourd'hui, elles ne regrettaient ni ne reniaient ce qui adviendrait d'elles. Elles l'acceptaient.

-C'est vrai, admit-elle, émue. Tu as raison. Il est ton Maître... Mais tu n'es pas qu'une simple disciple. Tu deviendras son amie, Hermione, et c'est pour cette raison que tu dois vivre. Il aura besoin de toi.

Hermione ne comprit pas pourquoi une larme roula sur sa joue, mais ne put en avoir le temps. Ginny la prit dans ses bras, au moment même où le vent se leva dans la Grande Salle.

-Je t'aime Hermione.

Une étreinte piège. Hermione ne put se détacher que la rousse la propulsa en arrière. La faille sous elle l'engloutit dans un grondement alors qu'elle hurlait son nom avec tragédie. Cette fois, tout allait se finir. Elle était seule, son Maître gisait sous des gravats et Bellatrix allait mourir d'un instant à l'autre. Sa tête tournait mais elle n'y pensa pas. A la place, elle tenta de se concentrer du mieux qu'elle put, malgré les éclairs. Son Maître était là. Elle pouvait le sentir. Telle une désespérée, elle s'orienta là où son cœur la guidait et se mit à dégager autant de gravats que son frêle corps le lui permettait. Il était là, quelque part. Les minutes s'écoulèrent rapidement, comblant sa poitrine de peur. Ses mains saignaient à cause des angles tranchant et des frottements de la pierre. Ses larmes laissaient des traînées foncées sur ses joues couvertes d'une opaque poussière. Sa gorge hurlait à plein poumons le nom de son Maître. Seul le tonnerre lui répondit. Et les reste des colonnes s'enfoncèrent dans l'obscurité de la faille. Celle-ci ne faisait que croître, raccourcissant par la même occasion le reste de son temps précieux.

-Maître ! Maître, je vous en prie !

Elle ne tiendrait pas longtemps. Bellatrix non plus. Elle pouvait voir cette dernière au loin, agonisant dans son sang. Sa respiration avait ralenti, signe indéfectible de sa mort imminente : du sang s'écoulait depuis la commissure de ses lèvres. Pour la première fois, elle ne riait pas face à la fatalité. Et son sourire, lui, était déjà mort. Alors que plus rien ne laissait place à l'espoir, une dernière étincelle surgit depuis le ciel. La jeune femme craignit son heure finale mais vit l'étincelle grandir pour devenir une femme. L'esprit lui apparut, plus humaine que jamais.

-Bonjour Ginevra.

-Vous ? Mais... Mais comment...

-J'ai aidé Voldemort à te retrouver. Cela m'a pris le reste de mes pouvoirs, j'ai bien cru que c'était la fin de tout. Mais j'aurai dû savoir que vous me surprendriez au dernier moment, dit-elle en souriant.

-S'il vous plaît ! implora-t-elle. S'il vous plaît, aidez-moi !

-Bellatrix mourra d'un instant à l'autre. Tu n'as plus de temps, je le regrette. Tu dois partir maintenant.

-Non ! Non ! Je dois le retrouver.

-Ton Maître est enfoui sous encore deux mètres de gravats. Toute la bibliothèque lui est tombée dessus.

-Alors aidez-moi ! Tout ça, c'est votre faute ! A cause de vous, nos existences toutes entières ont failli être réduite à néant ! Et pourtant, on a quand même résolu votre fichue énigme ! C'est grâce à nous que vos pouvoirs sont revenus ! Alors, la moindre des choses, c'est que vous m'aidiez à le sortir de là !

-Ta survie dépends de cette faille ! Tu dois partir !

-Je préfère mourir ici que partir sans lui !

La femme sembla dépassée par son entêtement. Pourtant elle ne dit rien et soupira.

-Ses jambes sont brisées, trois de ses côtes sont fêlées et son épaule disloquée... Même si je t'aidais à le dégager, il ne pourrait pas bouger...

-Ça m'est égal ! Faîte le !

-Je...

-Maintenant !

Son cri d'impatience résonna au milieu du tonnerre. Et la force de son cœur fit sourire l'esprit.

-Je vous aurais prévenus, Dark Lady, souffla-t-elle alors.

Sa main se leva dans le vide et les gravas roulèrent d'eux-mêmes sur le côté. Tout l'amas de pierre sembla vivant et s'éparpilla tout autour d'un seul et unique point. Très vite, un gémissement s'éleva, puis les prémices d'un corps et une main s'agita à l'air libre. Quand Ginny se retourna, la femme avait disparu, mais elle s'en contre ficha. Désespérée par son propre soulagement, elle se précipita et agrippa la main du Lord. Les pierres le dégagèrent, dévoilant un visage en sang et de nombreuses blessures. Comme elle l'avait prédit, il était incapable d'esquiver le moindre geste sans souffrir le martyre. A la vue de la rousse, le mage crut bien rêver. Mais il déchanta davantage quand il se rendit compte qu'elle était seule.

-Ginny... Tu... Tu...

-Je vais bien ! Tout le monde ira bien, ne t'en fais pas...

-Comment est-ce arrivé ?

-Bellatrix va mourir. Je l'ai... poignardée, et j'ai poussé Hermione dans la faille. Je ne voulais pas qu'elle meurt ici, elle aussi.

-Elle aussi ? répéta-t-il sans comprendre.

Pourtant elle n'eut pas besoin de parler pour qu'il voit où elle voulait en venir. La fatalité de son sort, vu son état, lui coupa le souffle. Mais la simple idée que le sien le soit également lui fut intolérable.

-Non ! Pars ! Maintenant ! Je te l'ordonne !

-J'ai déjà désobéit. Il est hors de question que je te laisse mourir seul !

-Je suis immortel ! Mes Horcruxes me garderont en vie, même perdu dans l'espace-temps !

-Une immortalité de torture, je sais…, souffla-t-elle.

-Nous ne savons pas ça !

-Si, nous le savons. Plus aucune vie ne m'attend dehors, si tu n'en fais pas partie. Magnus, Katherine, et Élias ne verrons jamais le jour, Harry aura gagné la guerre et je devrais malgré tout l'accepter ? Non... Je ne peux pas ! Je ne peux pas vivre sans eux ! Vivre sans toi ! Et je préfère mourir aujourd'hui que de passer ma vie à rêver de ce futur que nous aurions pu avoir et auquel j'ai goûté !

-Pourquoi faut-il que tu sois si insupportable ? demanda-t-il, dépité.

-Parce que je t'aime.

Ces mots n'étaient que des mots. Mais le destin aimait mettre de simples mots en scène. Aussi, Ginny et le Lord, ne le surent pas, mais Bellatrix ne mourut pas de son hémorragie. Agrippée à la vie telle une tique enragée, elle essayait de respirer quand elle entendit ces mots au loin. C'est là que ses forces la quittèrent. Quand elle vit des ses yeux consumés par la haine le dernier baiser de son Maître avec la femme qu'il aimait. Quand elle vit qu'il n'avait pas besoin de mots pour lui faire savoir que c'était réciproque. Quand elle vit que Ginny avait raison. Ce n'était plus son Maître, mais celui de la rousse. Aujourd'hui et pour toujours marquait l'instant de sa défaite. Bellatrix avait perdu. Aussi, elle préféra mourir pour mettre un terme à cette vision que de survivre pour qu'elle perdure davantage. Le cœur brisé, elle ne put faire que la dernière chose qui lui était possible. Sa main mortelle agrippa le pieu qui dépassait de sa chaire sanglante et, dans une larme solitaire d'un amour définitivement mort, l'enfonça jusqu'à que ce que tout ne soit plus. Elle l'enfonça jusqu'à ce que son cœur ne puisse en supporter d'avantage, et jusqu'à ce que l'image de son Maître disparaisse à tout jamais. Oui... Le destin était malin et sans pitié. Aussi, on ne put dire si c'est d'amour qu'était morte cette femme à l'odeur de cadavre ancrée sur sa peau.

Après tout, mourir de jalousie, c'est mourir d'amour aussi.

Et c'est de cette mort, que les éclairs frappèrent une toute dernière fois.


Hermione fut la première à ouvrir les yeux. La lumière perçait la barrière de ses cils, l'éblouissant et l'ôtant de son implacable et étrange sommeil. Au début, elle ne comprit pas. Son esprit, engourdi et aveuglé, autant par ses souvenirs confus que par le grand jour, ne parvenait pas à rassembler ses pensées. Son corps entier fourmillait frénétiquement, comme si son sang bouillait à l'intérieur de ses veines. Il lui fallut de longues secondes avant de réussir, par elle ne savait quel miracle, à se redresser. Le choc que subit son oreille interne lui donna instantanément envie de vomir ses tripes. Elle se sentait émerger d'un coma, ou d'un sommeil sous drogue. Sa perception et même les sons lui parvenaient de façon distordus, irréels... Pourtant, il n'y avait pas grand-chose à entendre, seulement du vent qui jouait entre les feuilles et branches de vieux chênes. Du vent sifflant, et dansant dans les aires, sous la douce chaleur d'un radieux soleil. Une de ses mains s'enfonça dans une pelouse épaisse, et l'autre lui permit de s'ombrager suffisamment pour comprendre qu'elle se trouvait dans la cour de Poudlard. Une cour méconnaissable : l'herbe qui l'éblouissait luisait d'un vert presque fluorescent, les arbres s'épanouissaient autour d'elle et un bruit de jet d'eau s'écoulait de la fontaine, presque lointain. Pourtant, le bruit des bombes résonnait encore dans ses souvenirs. L'odeur étouffante du sang et des morts, le goût de la poussière et du souffre, les cris des blessés et les rires des bourreaux... Rien ne collait avec ce paysage idyllique, et rien ne lui inspira plus de peur que ce dernier. Elle ne devait pas être ici. Elle en était certaine. Ses sentiments étaient confus, pourtant, elle le savait, ses habits n'étaient pas couverts de poussière pour rien et son arcade ne saignait pas vainement. Elle non plus ne collait pas avec le paysage, et ce contraste lui fit encore plus mal alors. Tout en grimaçant, elle chercha à se lever mais ne put que s'agenouiller dans un gémissement douloureux. Sa tête tournait, telle une toupie infernale. Elle savait que quelque chose clochait. Elle savait qu'elle ne devait pas être là. Elle devait réfléchir, se calmer, réfléchir et se calmer, réfléchir et se calmer... Ces mots tournaient, eux aussi. Sa vue se flouta. Pourtant, un seul terme resta clair dans son esprit. « Mudblood ». Sa cicatrice. Elle sembla briller plus que tout le reste à ses yeux, et la douleur qu'elle avait pris l'habitude de lui associer avait disparu. Au contraire, elle ressentit un manque. Un manque qui lui éventra le cœur sans qu'elle n'arrive à comprendre pourquoi. Des flashs lui vrillèrent la vue… Un garçon brun, au regard un peu fou et au sourire cruel... Des yeux douloureux mais plus aimant que jamais... Et des mains rouges... Tellement rouges. Sa gorge se serra sous l'émotion et la stupeur, mais son regard se fixa ailleurs. Un mirage... Une touffe de cheveux blond, presque blanc sous l'éclat du soleil. Elle ne parvînt qu'à les entrevoir, pas même certaine qu'ils soient réels, mais une deuxième vague lui prit le cerveau. Un sourire charmeur, des cheveux platine, une chevalière... Un passé douloureux, le manque d'une moitié... et un amour fraternel envers le garçon brun. Son esprit la torturait, lui infligeant la vue d'images, de souvenirs, qu'elle n'arrivait qu'à voir en brides. Des échos de voix, des rires, des pleurs... Elle souffrait d'une peine qu'elle ne comprenait pas et pourtant, elle lui donnait envie de mourir, là, maintenant, recroquevillée sur cette herbe si insupportablement vivante et insouciante. Des noms brûlaient ses lèvres, des noms qu'elle savait avoir prononcé avec amour. Des noms qui, au début, n'avait résonné que comme des murmures, et puis subitement, en cris.

Kaï et Scorpius.

Ses fils.

Quand cette vérité éclata dans son cerveau, le reste découla de lui-même, comme une avalanche de souvenirs et de vérités cachés derrière ces deux seuls noms. Ces derniers mois défilèrent sous ses yeux. Sa peine, son désespoir, sa douleur, sa joie, ses doutes... mais surtout, ses amis. L'image de Ginny la jetant contre son gré dans une faille temporelle fut la dernière gifle qu'elle reçut. Elle se sentait passée à tabac, rouée de coup, et à moitié morte. Mais la gravité de tous ces souvenirs ne fit qu'animer en elle une autre peur. Comme si tout s'éclairait, ses tremblements cessèrent, sa vue s'élargit et son esprit s'apaisa. Comme sortie d'une transe, elle toucha l'herbe du bout des doigts sans savoir si elle était vraiment réelle. Mais cette question ne valait rien. Et elle avait besoin de réponses. La faille l'avait ramené à Poudlard, mais pas le Poudlard qu'elle connaissait. Et peut-être pas son époque non plus. Malgré son corps courbaturé et probablement traumatisé par le voyage, elle se releva d'une traite, ignorant ses nausées et douleurs. Ses yeux cherchaient ses fils, Drago, Ginny, ou le moindre visage familier. Elle ne vit que l'herbe, la fontaine, le bleu du ciel et l'immensité du château s'élevant autour d'elle. Ce panorama lui glaça le sang. Quelque chose n'était pas normal. Tout clochait. Rien ne concordait. Et plus le temps passait, plus elle doutait que la faille l'ait ramené au point de départ. La peur et l'angoisse lui serrèrent la gorge. Était-elle la seule à avoir survécut au voyage ? Ou avaient-ils tous été séparés ? Envoyé ailleurs, loin les uns des autres ? Et Ginny ? Et le Maître ? Avaient-ils traversé la faille, eux aussi ? Ou étaient-ils condamnés à errer dans le temps ? Toutes ces questions ravivèrent en elle les théories qu'ils avaient échafaudées, toutes les possibilités qui auraient pu arriver... Mais se retrouver seule, au beau milieu d'un Poudlard méconnaissable n'était définitivement pas sur la liste. Fébrile, elle sorti lentement de la cour, méfiante et baguette en main.

Les lieux étaient déserts mais loin d'être abandonné. Le jardin n'avait jamais été aussi bien entretenu, et la végétation s'épanouissait partout où cela était possible. Aucune brique ne manquait, aucun gravât, aucune poussière, aucun débris ou trou béant d'explosif ne creusaient les murs. C'était comme si la guerre n'était jamais arrivée. Comme si tout n'avait jamais été aussi prospère. Et ce Poudlard effraya plus que jamais la jeune femme. Ce n'était pas sa maison, son foyer, ou du moins, cela ne l'était plus. L'air était différent, l'aura des lieux aussi. C'était comme faire face à un inconnu. Désabusée, elle avança et erra de longues minutes, sans pour autant avoir jamais la force de s'engouffrer à l'intérieur. Elle avait passé des mois enfermés dedans, à courir dans les couloirs, et à se calfeutrer dans la Grande Salle, et l'idée d'y être seule ne l'avait jamais autant dérangée de sa vie. Regarder au loin sans voir les sourires arrogants des Malfoy, les yeux désolés de Ron, le sourire narquois de son fils ou encore l'air blasé du Maître lui faisait redouter le pire, mais la mettait également mal à l'aise. Elle détestait cette sensation.

Mal assurée, elle appela leurs noms, baguette toujours en avant et prête au pire. Pourtant, elle ne s'était certainement pas attendu qu'on l'appelle en retour. Son nom s'éleva depuis le parc. Un nom hurlé avec tellement de désespoir que son cœur en fit un bond d'allégresse et de soulagement.

Il était là. Drago était là. Il était vivant. Et il ne la chercherait sûrement pas s'il n'avait pas retrouvé lui aussi tous ses souvenirs. Ses jambes se mirent alors à courir plus vite qu'elle ne l'aurait cru possible dans son état. Ne se guidant qu'à la voix de Malfoy, elle dévala le jardin devenu presque disproportionné et s'engouffra sur les rives du Lac, plus essoufflée que jamais. C'est là qu'elle le vit. Inquiet, une main nerveusement accrochée à ses cheveux et faisant les cents pas, il regardait le château avec autant d'incompréhension et de méfiance qu'elle. Derrière lui, Blaise, encore à moitié évanoui sur le sol, tentait de reprendre ses esprits. Les voir tous les deux ne l'avaient jamais autant rempli de joie de sa vie. Ils étaient là, ils avaient réussi, ils avaient survécu...

L'émotion guida ses derniers mètres vers eux. En la voyant, Drago cru bien sortir d'une apnée interminable. Désespérée de toutes les façons du monde, Hermione se jeta dans ses bras, s'accrochant à lui pour ne jamais le laisser la lâcher une seconde fois. Son souvenir de lui, se laissant aspirer dans la faille sous ses yeux lui fit monter des larmes de soulagement et de colère. Aussi, elle ne put s'empêcher de le frapper dès l'instant qu'elle quitta ses bras.

-Ne me fais plus jamais ça ! hurla-t-elle, hors d'elle, les joues ruisselantes.

Pourtant, face à sa crise de nerf, Drago ne put que sourire. Lui aussi, il avait arrêté d'y croire. Mais ils étaient là. Du moins, eux.

-Où... Où sont les autres ? demanda-t-il en regardant derrière elle.

-Je... Je ne sais pas... J'ai bien cru être seule, bredouilla-t-elle, fébrile. Co... Comment va Blaise ?

Le jeune homme n'avait toujours pas décollé du sol. Son t-shirt maculé de son sang se recouvrait de terre à mesure qu'il se roulait en boule, la tête plaquée entre ses mains. Il était vivant, lui aussi.

-Il a un peu de mal, mais je pense que ça ira. Je... J'avoue que je ne pensais pas le revoir en vie après tout ça, souffla-t-il, dépité. Mais il a guéri.

-Les autres sont forcément quelque part ! Il... Il faut les chercher !

Mais le jeune homme ne partagea pas son empressement, et à vrai dire, il ne répondit pas mais fixa les bois. Les bois dont deux individus boitant sortaient. Deux individus à l'air si familier, qu'il n'y crut pas. Le reflet d'une paire de lunettes brisées, une tignasse rousse... Il crut halluciner avant de s'exclamer, stupéfait :

-Mon père avait raison. Ils sont vraiment increvables, ces deux-là !

Hermione ne comprit que quand elle vit et sentit son cœur se soulever d'un poids. Harry n'était pas mort brûlé vif par un éclair et Ron n'avait pas fini par se vider de son sang après qu'un enfant ait tenté de le tuer. Eux aussi étaient vivant. Du moins, en apparence, car une fois dans la lumière, ils purent voir l'inconscience de Ron et les grimaces et boitements douloureux de Harry. Aucun d'eux n'était encore pleinement remis, mais ils étaient debout, comme ils l'avaient toujours été.

-Mon Dieu ! Harry ! Ron !

Harry s'écroula à un mètre d'eux, laissant s'écraser le rouquin qui gémit face contre terre. Drago s'occupa de le traîner comme il put près de Blaise tandis qu'Hermione ranima du mieux qu'elle pu son ami. Il avait du porter le Weasley sur plusieurs centaines de mètres pour sortir des bois.

-Hermione…, souffla-t-il. Tu... Tu vas bien...

-Oui ! Oui, on va tous bien ! Grâce à toi...

Sa phrase le fit sourire entre deux grimaces. Lentement, il prit appuit sur elle pour se redresser et avança, un air incertain sur le visage.

-Comparé à tout le bordel que je vais causer, c'était le minimum, non ?

Elle sourit, mais le perdit à sa deuxième question.

-Où est Ginny ?

Ses inquiétudes silencieuses depuis ses retrouvailles avec ses camarades grandirent brusquement. Personne ne savait qu'elle était la dernière à avoir vu Ginny. Personne ne savait qu'elle n'avait peut-être pas traversée la faille. Personne ne savait qu'elle avait tué Bellatrix, causant l'auto-destruction de cette fausse dimension, et était restée malgré tout, pour rechercher le Maître sous les décombres. Personne ne savait sauf elle. Et ses peurs mûrissaient à mesure que le temps passait et que l'horizon ne se tâchait pas d'une seconde chevelure rousse. Sans rien dire, elle aida Harry à s'asseoir et examina les blessures de Ron. Blaise et lui allait avoir du mal à se remettre mais ils survivraient. Quant au sujet de Harry, Hermione avait arrêté de compter les miracles. Comme disait Drago : véritablement increvable.

-Vous vous êtes réveillé seuls ? demanda le blond.

-Oui... A l'orée de la forêt interdite, soupira Harry. Je n'ai pas tout compris au début mais c'est revenu... Au fur et à mesure.

-Les souvenirs reviennent lentement.

-Mais pourquoi nous les avoir laissés ? répondit Hermione. L'esprit du temps devait savoir que cela pourrait causer de graves modifications ! Connaître son avenir n'entraîne rien de bon !

-Peut-être qu'elle avait ses raisons ? dit Harry. On ne sait pas encore comment tout s'est fini là bas. Et on n'a toujours pas retrouvé Ginny et Jedusor. Ils ont probablement atterri un peu plus loin.

-Et les autres ? souffla Hermione d'une petite voix. Kai, Scorpius, Magnus, l'autre Drago... Vous pensez qu'ils sont retournés dans leur époque ?

-C'est notre cas, pourquoi pas le leur ?

-Du calme, Potter. Ce Poudlard ne ressemble à rien à celui que nous avons laissé derrière nous, dit Malfoy, méfiant. C'est... C'est comme si la guerre n'était jamais passée par là.

-Je me suis réveillée dans la cour. Il n'y a aucune trace, aucun vestige... Juste une énorme et luxuriante végétation, dit-elle, songeuse.

-Peut-être que pendant notre absence, le temps a passé ? Qu'ils ont reconstruis ?

-Je ne sais pas. C'est possible, mais mieux vaut rester prudent. Nous nous sommes frottés au temps une fois, alors ne commettons pas la même erreur.

-Il faut pourtant être sûrs…, soupira Harry.

-Retrouver Ginny et Voldemort reste pour le moment la priorité. Ils pourraient se faire tuer ou capturer, si on les voyait ensemble.

-Vous pensez qu'on nous croira ? Si on raconte ce qu'il s'est passé ? demanda Drago, incertain.

Cette question, ils ne se l'étaient encore jamais posée. Sûrement parce qu'ils ne pensaient pas se retrouver confrontés à une modification temporelle, ou encore aux événements qu'ils avaient dû traverser pour sortir de leur prison. Cela les avait changés et rapprochés. Autant dire que rien ne serait jamais comme avant après tout ça. Et ça aussi, ils ne s'en rendaient compte que maintenant.

-Peut-être... Mais nous y réfléchirons plus tard. Harry, reste avec Ron et Blaise. Vous n'êtes pas en état de partir en recherche. Drago et moi allons inspecter les environs du château, voir s'il y a des traces de Ginny et du Maître, trancha Granger. Restez à couvert jusqu'à qu'on revienne. On ne sait pas encore ce qu'il se passe ici.

-Vous êtes sûrs ?

-On n'a pas le choix. Comme à dit Drago, on ne peut pas se permettre d'autre erreurs...

Le blond approuva, et c'est sur leurs gardes qu'ils quittèrent les trois sorciers. Comme ils s'y attendaient, toute la rive était déserte, tout comme le reste de la cour. C'est la boule au ventre qu'ils entrèrent finalement dans les couloirs. La simple entrée de Poudlard leur fit une drôle d'impression. C'était bien la seule partie du château à laquelle ils n'avaient pas accès dans l'autre dimension : la porte d'entrée mais aussi de sortie. Ils s'engouffrèrent lentement, mal assurés et inquiets. Personne n'était là. Les salles, les halls... Tout était désert, et le silence oppressant. Ils devaient se trouver en plein mois d'été pour qu'il n'y ait aucun élève ni professeur. Ils firent un tour rapide des axes principaux, mais très vite, les couloirs les menèrent à la Grande Salle. Leurs cœurs s'affolèrent légèrement à sa vue, et par réflexe, ils ne cessèrent de regarder derrière eux, de peur que les couloirs ne changent et qu'ils ne se retrouvent piégés de nouveau. Le son si caractéristique de la porte leur donna la chair de poule, pourtant, quand ils entrèrent finalement, ils durent se rendre à l'évidence que cette Grande Salle n'était définitivement pas celle dans laquelle ils avaient été retenus prisonniers. Les canapés, la bibliothèque, les tapis... Tout avait disparu pour ne laisser que les traditionnelles quatre grandes tables à manger au milieu de la pièce. Le carrelage froid avait remplacé la moquette, dont l'odeur de brûlé restait encore gravée dans leurs narines.

-C'est... bizarre de revenir après... après tout ça, dit Drago mal à l'aise.

Hermione ne savait que trop bien ce qu'il voulait dire. Quand ils étaient en guerre, cette salle s'était transformée en hôpital de fortune, puis elle était devenue leur prison chaleureuse et conviviale ; et enfin, à leur retour, il ne restait rien, ni de l'un, ni de l'autre. C'était comme perdre tout ses repères dans le temps et dans l'espace une fois de plus. Repartir de zéro, mais sans plus aucune base à laquelle se rattacher. Et c'était leur cas aujourd'hui. La gorge serrée, ils avancèrent lentement avant que Drago ne se fige. Un reflet couleur feu brillait sous une table. Il crut halluciner, mais il n'en était rien. Et cette couleur ne pouvait appartenir qu'à une personne. Sans réfléchir, il contourna toutes les tables, une Hermione ne comprenant rien à ses trousses. Puis elle la vit. C'était Ginny. Elle gisait inconsciente, pleine de poussière et de sang. Hermione eut le souffle coupé d'horreur et de soulagement. Son état était pire que celui dans laquelle elle l'avait quitté, mais elle l'avait fait : elle était en vie. Sans attendre, ils lui jetèrent un sort de réveil. Elle seule savait ce qui était arrivé. Elle seule savait où pouvait se trouver Voldemort. Mais cela n'eut aucun effet sur elle. Son sommeil resta complet et avec lui, les questions qui en découlaient.

-Il faut la réveiller avant qu'on ne nous trouve. On ne pourra pas justifier son coma.

-Transportons la d'abord dehors. Elle a peut-être juste besoin de temps, dit Hermione, peu sûre d'elle et de nouveau inquiète.

-Hé ! Malfoy, Hermione ! hurla brusquement la voix d'Harry derrière eux.

La surprise et la peur traversèrent leurs visages avant qu'ils ne se retournent. La fatigue les taraudait. L'inquiétude aussi. Et pourtant, l'idée de vacances semblait s'éloigner un peu plus à chaque seconde.

-On t'avait dit de rester sur les rives ! s'exclama Drago, prêt à s'armer.

-Blaise et Ron sont revenus à eux ! dit-il, essoufflé. Mais ce n'est pas pour ça que je suis là.

Ses joues roses témoignaient de sa course. Et dans ses mains reposait un vieux papier journal humide et délavé.

-Qu'y a-t-il ?

-J'ai trouvé ça, jeté par terre prêt du lac. Il fallait que vous le voyiez.

Il leur tendit, un air grave sur le visage et la main tremblante. Hermione le prit, mais n'y trouva pas grand-chose d'intéressant. Un exemplaire déchiré de la Gazette des Sorciers, rien de plus. Les titres n'étaient presque plus lisibles à cause de l'humidité, sans parler de la date, complètement effacée.

-Lisez l'article encore lisible, soupira le Survivant.

« ... les équipes de secours de S... Mangouste, déjà débordées, ont réclamé un renforc... de leur effectif en ces temps sombres... Aucune certitude n'a été confirmée à notre rédaction. Le ministre de la Magie maintient qu'il est trop tôt pour affirmer que l'attaque survenue hier après-midi sur... les moldus était l'œuvre du Ma... Noir Grindelwald. En exil depuis déjà plusieurs années... son retour semble se confirmer, au grand malheur du ministre... qui semble vouloir refuser cette possibilité... »

Grindelwald... Ce simple nom se faisait oublier dans l'histoire. Et pourtant, pour la première fois depuis des décennies, il était employé au présent.

-Non…, souffla Hermione dépitée. C'est... C'est...

-On est... Je veux dire... Vous... Vous pensez que...

-Je voudrais dire non, mais cet article n'est pas aussi vieux que ce dont il parle. Il est récent ! s'exclama Harry devant un Drago balbutiant. Il est récent !

-Non... On ne peut pas... On ne peut pas être... C'est...

Hermione n'arrivait pas à finir ses phrases. L'énormité de la situation lui tournait la tête.

-Je crois qu'on peut définitivement oublier le mot « impossible », dit Drago, dépité. Si cet article dit vrai, alors nous avons été renvoyés à l'époque où Grindelwald était vivant...

-Et en guerre…, ajouta le survivant.

-Par Merlin...

-Grindelwald n'a attaqué des Moldus dans le seul but de provoquer Dumbledore. C'est ce qui les conduira à s'affronter une bonne fois pour toute, dit Hermione, les yeux exorbités. Si... Si on prend cet article et ses références historiques, je dirais... Je dirais qu'on a atterri aux alentours de 1944.

-En plein milieu de la guerre contre Grindelwald...

-Pas seulement. On est aussi en pleine Seconde Guerre Mondiale moldue, dit Hermione, glacée d'effroi.

C'était pire que tous les scénarios qu'ils avaient pu imaginer. C'était pire que tout. Ils n'étaient pas dans leur époque. Et pas non plus dans le futur de leurs enfants. Mais dans le passé. Un passé sombre et tourmenté, aussi bien dans le monde de la magie que le monde moldu. A croire qu'il revivait un dérivé de leur propre guerre. Une parodie qu'ils espéraient n'être qu'une énorme farce. Pourtant, tout semblait plus réel que jamais.

-Je ne sais pas pour vous… dit Drago, mais je commence sérieusement à détester cet esprit du temps...


Voilà ! Ceci est la fin de cette première partie ! Car oui chers amis, il y aura une suite ! Ce n'était pas prévu, je vous l'avoue, mais je ne pouvais pas finir cette fiction simplement, il fallait un rebondissement ! J'espère en tout cas que cela vous plaira, et que vous lirez la suite ! Un premier chapitre de la suite sera publié dés demain, je vous rassure ! Je voulais vous donner un aperçut dès maintenant, et ne pas vous faire attendre trop longtemps !

Que va t-il se passer selon vous ? 1944 ? Grindelwald ? Nos héros vont-ils trouver un moyens de revenir dans leur époque ? Ou vont-ils essayer de tout arranger ? Vous saurez tout ça très vite !

Merci à vous tous qui me suivez depuis le début, je ne pensais pas aller aussi loin dans cette histoire ! Vos commentaires me vont droits au coeur !

A très vite ! Bisous à tous !