Les sorciers se regardèrent avec inquiétude. Aujourd'hui, ils avaient reçu une demande d'entretien de la part du Directeur Dippet dans le but de finaliser leurs inscriptions et d'évaluer leurs niveaux d'études respectifs. Seuls deux jours s'étaient écoulés depuis l'envoi des lettres, aussi, ils n'avaient eu que peu de temps pour se mettre d'accord sur la majorité des aspects de leur plan. Habillés de robes de sorciers achetées la veille, ils s'étaient réunis une dernière fois avant le grand saut. Dans à peine une vingtaine de minutes, ils devraient transplaner devant Poudlard où le gardien de l'époque viendrait les chercher pour les présenter. Ils se devaient d'être prêts à tout, mais il n'était pas difficile de voir que la peur et l'inquiétude les rongeaient. Ginny n'étant toujours pas réveillée, ils allaient devoir trouver un moyen de la garder auprès d'eux une fois à Poudlard. Mais cela ne rajoutait que d'autres complications, et ils semblaient ne pas en voir la fin.

-Cette histoire est à dormir debout, soupira Ron, assis près de sa sœur.

-Souviens-t-en quand même, Weasley ! On n'a pas le choix, c'est le scénario le plus crédible qu'on ait trouvé.

-Des réfugiés ? C'est ça le plus crédible ?

-On joue la carte de la compassion ! dit Hermione en défroissant sa robe pour la énième fois. Alors n'oubliez pas vos rôles ! Drago, Blaise et moi sommes issus de Beauxbâtons et avons dû fuir la France à cause des attaques de Grindelwald. Harry et Ron, vous, vous êtes de l'académie de Salem aux États-Unis.

-C'est pas un peu cliché ?

-On s'en fou ! s'énerva Drago.

-Pourquoi c'est vous les français, d'abord ? demanda Harry.

-J'y ai vécu quelques années quand j'étais petite. Je le parle couramment, tout comme Drago et Blaise.

-Depuis quand vous parlez français ? demanda-t-il, surpris par une telle nouvelle.

-On est des Sangs-Purs ! soupira Blaise. Parler plusieurs langues est un principe de notre éducation.

-N'oubliez pas que nous ne sommes jamais venus à Londres, ni même à Poudlard. Nous ne connaissons ni les élèves, ni les professeurs ! Nous sommes de simples étudiants sans familles, perdus, et traumatisés par la guerre. C'est compris ?

-Ça ne devrait pas être difficile à faire croire...

-Dippet nous évaluera, alors essayez de ne pas être ridicule non plus. Ça vaut pour toi, Weasley.

-La ferme Malfoy...

-Comment on va faire pour le Choixpeau ? Il cherchera à entrer dans nos esprits pour nous répartir dans une Maison. On pourrait se faire démasquer, commenta Harry.

-L'Occlumencie. Ce sera notre seule protection contre lui, Jedusor et Dumbledore. Ils vont sûrement tenter de nous cerner et de nous percer à jour, il faudra être vigilants et discrets. Ça signifie aussi qu'on ne devra éveiller aucun soupçon et ne pas poser trop de questions. Tant qu'on n'a pas la confiance totale de l'un d'eux, on fait profil bas. Notre objectif est de rentrer chez nous, pas de jouer aux héros, expliqua-t-elle.

-Je n'arrive pas à croire qu'on va faire ça…, gronda Blaise. En plus, ces noms sont ridicules !

-On en a déjà parlé ! Ils ne sont pas ridicules mais français !

-Hermione Jeanne, Blaise Richard et Drago Mélors... D'où ça sort sérieux ?!

-C'est français !

-Ron Whisppert et Harry Jonhson sont pas mal, pour ma part...

Hermione souffla d'exaspération. Elle avait l'impression de parler à des enfants. Mais le temps s'écoulait et il fallait faire vite. Sans répondre à leurs commentaires, elle finit de boucler leurs maigres valises. Elles se composaient principalement de vêtements tout juste achetés dont les étiquettes n'avaient pas encore été retirées, de leurs nécessaires de travail scolaire, mais surtout de tous les livres de magie qu'ils avaient pu trouver dans l'Allée des Embrumes. Ils s'étaient donnés pour mission de rentrer chez eux, et cela ne se ferait pas sans un maximum de recherches. Bien entendu, tous ces livres seraient principalement lus et étudiés par la jeune femme, mais elle avait souri en les voyant tous prendre au moins deux exemplaires dans leurs propres valises. Ils devaient se donner les moyens de réussir. Et tous mettaient la main à la patte.

-Et Ginny ? demanda brusquement en Ron en regardant sa sœur.

Le jeune Weasley détestait devoir la laisser dans cette chambre insalubre. Son état de santé n'avait aucunement évolué ces dernières semaines, ne faisant qu'aggraver les craintes qui le rongeait. Tous savaient qu'elle était reliée d'une façon très unique et particulière à Voldemort. La voir plongée dans ce coma, livide et inanimée, donnait presque l'impression de voir le Mage Noir mort lui aussi. ET Hermione pouvait à peine supporter cette vue.

-Un sortilège de protection la gardera saine et sauve jusqu'à ce qu'on la fasse entrer à Poudlard, dit Harry, la gorge serrée. On devra cependant mettre en scène son admission à l'infirmerie si elle ne se réveille pas d'ici là.

-Comment on va faire ?

-On trouvera un moyen. Ne t'en fais pas Ron, elle ira bien.

-J'ai étalé la réservation de cette chambre et j'ai ordonné que personne n'y entre, ajouta Drago. Elle ne sera pas dérangée jusqu'à ce qu'on la ramène avec nous.

-Tu as ordonné ? répéta Harry, incrédule.

-Disons que j'ai payé, si tu préfères.

-Il faudra essayer d'agir vite, repris la jeune femme en réduisant les bagages. Plus on reste, plus on risque de se compromettre. N'oubliez pas, pas d'illusions, de regards en coin, ou de cavalier seul ! On doit... On doit rester unis.

-On sait pourquoi on fait ça, dit Ron.

-Très bien... Et au cas où... où les choses tourneraient mal : si l'un de nous commettait une erreur, ou se faisait démasquer...

-... On arrête tout, dit Harry. Le plus important, c'est qu'on reste tous ensemble, sains et saufs. Personne ne sera laissé derrière.

Ils devaient restés soudés. Ils n'avaient pas le choix, ou Jedusor ne ferait qu'une bouchée d'eux.

-Ouah, on dirait vraiment qu'on part au front, dit Blaise en saisissant sa baguette.

C'était maintenant où jamais. Ils ne pouvaient plus faire marche arrière.


Le Directeur Dippet était un homme de petite taille, ridé, frêle et chauve. Sa longue barbe blanchâtre lui tombait dans le creux du cou, et ses petits yeux en amande ne cessaient de fixer intensément les jeunes gens arrivés dans son bureau. Méfiant suite aux les lettres qu'il avait reçues, il n'en était cependant pas surpris. Il n'était pas rare que des élèves émettent des demandes d'asiles à cause de la guerre, ou encore des demandes de permission de séjour afin d'approfondir leurs études... Mais en recevoir cinq le même jour s'était avéré étrange à ses yeux. Une jeune fille et quatre garçons. Tous le regardaient en détail, curieux et à la fois fascinés. Il ne fit pas de commentaire, mais toussa légèrement. Sa notoriété, après tout, le précédait.

-Je suis surpris d'avoir autant de visite aujourd'hui... Je vous en prie, asseyez-vous.

Des banquettes apparurent à ses mots, surprenant Ron qui faillit bien trébucher sur l'une d'elle. Dippet sourit. Sa magie, de même que son charisme, devaient sans aucun doute les intimider.

-J'ai appris que la France avait essuyée une terrible attaque le mois dernier. J'en suis sincèrement désolé.

-Merci, Monsieur. Nous... Nous aurions voulu qu'il y ait une autre solution, dit Hermione, un sourire triste collé sur le visage.

-Comme nous tous mon enfant... Comme nous tous. Mais ne vous en faîtes pas, Poudlard est ravi de vous accueillir ! Vous verrez, vous vous sentirez très vite comme chez vous.

A cet instant, le directeur ne réalisa pas l'énormité de l'euphémisme qu'il venait de commettre. Ils étaient chez eux. Ou du moins, c'était tout comme. A leur arrivée, la boule déjà présente dans leurs estomacs n'avait fait que croître. C'était comme revenir sur les lieux d'un crime. Une fois plongés dans l'enfer des couloirs, les cinq sorciers, nerveux au possible, n'avaient cessés de regarder derrière eux. La peur de voir un mur apparaître par enchantement ou encore de croiser une mare de sang au détour d'un toilette leur tordait les boyaux. D'autant plus que ce n'était pas leur Poudlard. C'était celui de Jedusor. Et tous savaient que, quelque part au fond de la Chambre des Secrets dormait un Basilique, bien vivant et près à tuer. Même Nagini était un sucre, à côté de ce que cette créature était capable de leur faire si Tom les démasquait. A la traversée du deuxième étage, tous avaient cru entendre les gémissements plaintifs de Mimi Geignarde. Mais là encore, ils avaient tenté de ne rien en montrer. Ni leur malaise, leur inquiétude ou leur peur. Ils s'étaient contentés d'avancer, silencieux, jusqu'au bureau de Dumbledore. En y entrant, Drago avait baissé la tête, honteux, et une main serrée autour de son bras. Harry et Ron eux, avaient tenté de faire passer leurs émotions pour de la nervosité.

Ce bureau n'était pas celui de Dumbledore. Il n'y avait ni Phénix, ni Pensine, ni bonbons au citron, mais à la place, une décoration sobre, presque lugubre et un vieillard au regard orgueilleux, un chat ronronnant à ses pieds.

-J'ai cru comprendre que vous veniez de Beauxbâtons et Salem, c'est exact ?

-Oui Monsieur, dit Ron.

-Je vois... Et bien écoutez, je ne vois aucune raison de faire traîner les choses, s'exclama-t-il. Connaissez-vous le fonctionnement de notre école ?

Ils firent tous un signe négatif de la tête, qu'ils regrettèrent très vite. Un air fier sur le visage, le Directeur Dippet se lança dans une explication très détaillée de l'histoire de Poudlard, des fondateurs, de l'origine des Maisons, de la répartition des élèves, de l'organisation des cours et du règlements à suivre. Un discours de près d'une heure, que les jeunes sorciers faillirent bien vomir à plusieurs reprises. Sept années de cours et de vie quotidienne à Poudlard leur avaient apporté assez de renseignement sur la question ; mais jeu de rôle oblige, ils avaient dû endurer ce résumé aux proportions démesurées. Hermione se mordait la langue pour ne pas l'interrompre et le reprendre sur ses erreurs tandis que les autres se retenaient pour ne pas bailler devant lui. Le plus dur combat de Ron fut, pour lui, de rester éveiller. Mais quand le Directeur se leva brusquement, la douche froide fut sévère.

-Maintenant que vous savez à peu près où vous mettez les pieds, laissez-moi vous présenter le Choixpeau, un objet magique qui nous permettra de vous répartir dans l'une de nos quatre Maisons, en fonction de vos capacités et personnalités.

L'heure fatidique de la journée avait sonnée. Il était temps de passer aux choses sérieuses. A la vue de leur vieil ami, les sorciers fermèrent immédiatement leurs esprits. S'ils réussissaient à passer cette épreuve, ils auraient franchi la première étape de leur plan.

Le premier à passer fut Blaise. Loin d'être à l'aise, le visage fermé et sa baguette serrée dans sa poche, il ne dit rien. Le Choixpeau resta silencieux quelques secondes, puis l'envoya à Serpentard sans plus de commentaire. Drago eut le même verdict, et c'est un rictus de fierté sur le visage qu'il regarda ses camarades. Loin d'être surpris, il était heureux de retrouver ses repères et le regard complice qu'il lança à Blaise n'en fut pas moins éloquent. Ron alla à Gryffondor sans la moindre hésitation, mais Harry sembla poser plus de problème. Le Choixpeau, indécis, réfléchit pendant plus d'une minute, torturant Harry pour tenter d'entrer un peu plus dans sa tête. Mais il finit rapidement par abandonner et le proclama Gryffondor à son tour. De toute évidence, ce test ne serait jamais une promenade de santé pour lui. Puis vînt Hermione. Pas le moins du monde intimidée, elle attendit elle aussi sa répartition. Pourtant, la voix du Choixpeau lui sembla, à elle aussi, indécis.

-Je vois peu de choses, aujourd'hui. C'est étrange, commenta-t-il. Tu sembles courageuse, brave et loyale. Une Gryffondor née, mais il y a autre chose. Une détermination que je n'arrive pas à cerner. Et une grande force de caractère, dû à des changements très grands en toi et... récents. Je ne pense pas commettre d'erreur : Serpentard !

La claque fut magistrale. Aussi bien pour elle que pour ses compagnons. La mâchoire des garçons tomba à leurs lacets, tandis que la Granger devînt livide devant eux. Elle n'y croyait pas. Personne n'y croyait. Seul Dippet ne vit aucun problème à la situation et rangea l'artefact magique. Pourtant, il y avait un problème, un énorme problème. Hermione savait qu'elle était différente, que les événements qu'elle avait vécus l'avaient changé, endurcit... Mais au point renier la Gryffondor en elle ? Elle ne savait pas, ne savait plus, et dû se retenir pour ne pas prendre ses jambes à son cou.

-Jeunes gens, bienvenue à Poudlard !


-Hermione ?

La jeune femme sursauta à la voix de son ami. Ils étaient tous sortis du bureau de Dippet après leur répartition, leurs nouveaux uniformes sous le bras et une autorisation de séjourner à Poudlard jusqu'à la rentrée. Mais pour la première fois de sa vie, Hermione n'avait pas pu suivre Ron et Harry dans l'aile des Gryffondors. A la place, elle avait fait la découverte des couloirs menant aux cachots et à la chambre commune des Serpentards. Un lieu sombre, remplit de canapés aux couleurs de la maison et de fenêtres donnant sur le teint vert émeraude du fond du lac. Par elle ne savait quel miracle, Dippet avait accepté sa demande de chambre individuelle, prétextant un stress post-traumatique dû à l'attaque de Grindelwald. Aussi, depuis une heure déjà, elle n'avait pas bougé. Assise par terre contre son lit, face à sa fenêtre, elle n'avait pas entendu frapper à la porte.

-Harry ? dit-elle, surprise. Qu'est-ce que tu fais là ?!

-Drago est venu me chercher. Qui aurait cru qu'il finirait par me faire venir en douce dans les dortoirs de Serpentard ?

La situation était cocasse. Désopilante même. Mais aucun d'eux n'avait le cœur à rire.

-Ron est reparti à l'hôtel. Il voulait voir Ginny et s'assurer que les sorts fonctionnent, continua-t-il en le rejoignant.

-C'est bien, dit-elle, la gorge serrée. Je suppose que l'on devra mettre en place des tours de garde le week-end. Elle ne devrait pas être seule.

-Pas plus que toi, dit-il. Qu'est-ce que tu fais là ?

-Seule à ruminer sur ma misérable vie ou... à Serpentard ? demanda-t-elle, incertaine et dépitée.

-Hermione... Ne sois pas trop dure avec toi-même.

-Comment Harry ?!, s'écria-t-elle à bout de nerf. Si le Choixpeau t'avais proclamé à Serpentard, aurais-tu sauté de joie ?

-Il le voulait. Mais je l'ai persuadé...

-Il faut vraiment que tu m'apprennes ce truc.

-Écoute... J'ai pris l'habitude de penser que les Serpentards sont de mauvaises personnes, égoïstes et prêtes à tout pour réussir, mais je me suis rendu compte que j'avais tort. Malfoy et Zabini ne s'en sortent pas trop mal pour le moment.

Elle sourit à sa remarque. C'est vrai. Ils avaient changé. Mais elle aussi.

-Mais toi... Toi tu n'es pas comme eux.

-Il semblerait que tu aies tord, répondit-elle. Je... J'ai fait des choses affreuses pendant notre séquestration, telle que... la torture de Bellatrix et Lucius. Et je suppose que je dois en payer les conséquences. Cela m'a changé, plus que je ne le pensais. J'ai laissé ma colère, ma peine et mon désir de vengeance prendre le dessus. J'ai été égoïste.

-Non, je ne le pense pas.

-Harry...

-As-tu oublié la véritable raison qui t'aies poussé à torturer Bellatrix ? Hermione, tu ne l'as pas fait par plaisir, tu l'as fait pour Kai ! Ton fils ! Tu refusais qu'il l'affronte seul, alors tu as décidé de rester et de l'aider. Tu n'as pas été égoïste.

Ces mots la touchaient, et pendant un instant, elle retrouva l'amour et la complicité qui la liait à son ami d'enfance. Pourtant, il avait tort sur un point. Même si elle voulait aider Kaï, cela ne l'avait pas empêchée d'éprouver du plaisir à torturer Bellatrix, et ça... Ça, elle ne se le pardonnait pas. Chaque souvenir de cette séance la hantait. Les cris de la Mangemort, le regard avide de son fils, ses propres pulsions qu'elle n'avait pas même soupçonnée à cet instant, son plaisir à la voir souffrir... Elle s'était sentie puissante, cruelle et intouchable pour la première fois de sa vie, et elle avait adoré ça. Aussi, elle n'était pas tellement surprise de se retrouver ici. Après tout, n'allait-elle pas trahir l'Ordre pour Voldemort ? Non, elle n'était pas innocente. Et ne le serait probablement jamais. Elle s'en rendait davantage compte aujourd'hui.

-Kaï n'est pas une excuse. Oui je voulais l'aider, mais cela ne change rien à ce que j'ai fait. Je suppose que je mérite d'être à Sepentard.

-Ne dis pas de bêtises, dit-il en la prenant par les épaules. Même si ces derniers temps ont été durs et que... que nous avons essuyé pas mal de difficultés, on est et on restera toujours le Trio d'Or, tous les trois. Que ce soit dans le passé, le présent, et même le futur.

-J'aimerais te croire...

-Tu n'as pas à le faire. J'y crois suffisamment pour nous deux.

Son sourire fit fondre les derniers murs qui l'empêchait de s'écrouler. Elle avait tellement peur, tellement honte. Sans se contrôler d'avantage, elle tomba en larmes dans les bras du Survivant. Cette première journée marquait un cap dans leur plan, mais il marquait aussi le début d'un parcours dont aucun d'eux ne savait s'ils s'en sortiraient.


-Décidément, tu ne t'assiéras jamais à la bonne table, Granger, railla Drago en arrivant dans la Grande Salle.

-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça ici ! gronda-t-elle en reposant sa fourchette. Et puis... Les cours ne commenceront que dans une semaine. J'ai encore un peu de temps avant de... de me joindre aux Serpents. Mais toi, que fais-tu ici ?

-Je t'ai entendu partir en douce, dit-il en s'asseyant à ses côtés à la table des Gryffondors. La vraie question est donc, pourquoi t'es-tu levée à 6h du matin ? La Grande Salle te manquait ?

La jeune femme soupira, refermant par la même occasion le livre dans lequel elle s'était plongée. Une semaine s'était déjà écoulée depuis leur entretient avec Dippet. Une semaine entière qu'elle avait passé à faire semblant de ne pas connaître les couloirs. Une semaine à tenter d'ignorer les rapports de guerre de ses pauvres moldus, à craindre que des bombes nazies ne s'écroulent sur leur dôme de protection. Une semaine à écumer la bibliothèque et la majorité des ouvrages qu'ils avaient trouvé dans l'allée des Embrumes, à porter l'écusson Seprentard sur sa robe. Une semaine pendant laquelle Hermione n'avait pas dormi plus de 12 heures, ses nuits abritant ses angoisses les plus affreuses. Ses cauchemars, composés de Bellatrix, Kai, et Voldemort, la hantaient, l'empêchant de dormir sans hurler d'effroi ou se réveiller en sueur. Aussi, elle ne voulait pas éterniser ses nuits, et encore moins dans un lit aux draps verts.

-Je ne veux pas perdre de temps. Notre séjour ici ne doit être que temporaire, dit-elle en poussant son assiette à peine entamée loin d'elle.

-Tu n'arriveras à rien aussi épuisée.

-Dans une semaine, les cours reprendront et Poudlard sera envahi d'élèves, tout comme la bibliothèque ! Je veux prendre de l'avance !

-Tu connais par cœur chacun des ouvrages de cette bibliothèque ! Et puis, on ne peut pas dire que les cours soient une source d'inquiétude, alors crache le morceau : quelque chose ne va pas.

Face au gris acier de son regard, la jeune femme baissa la tête, gênée. Drago n'avait pas cessé de la suivre dans sa quête de recherches, restant parfois des journées entières à la bibliothèque avec elle. Harry, de son côté, alternait des tours de gardes avec Ron pour surveiller Ginny, dont l'état n'évoluait pas. Quant à Blaise, il avait décidé de fouiller leurs lieux d'atterrissages en profondeur, espérant y trouver un indice, ou encore quelque chose ayant atterri avec eux depuis l'autre dimension. Ils ne voulaient fermer aucune piste et vadrouillaient tous toute la journée à la recherche d'indices. Pourtant, leurs résultats étaient maigres. Bien trop maigres...

-Je... Je ne sais pas. Disons juste que je n'ai pas le sentiment d'être très utile, ces derniers temps.

-Qu'est-ce que tu me chante ?

-C'était pareil dans l'autre dimension ! dit-elle, agacée. Je cherche, je cherche ! Mais je ne trouve absolument rien ! Je suis censée être la plus intelligente et pourtant, je suis incapable de mettre sur pied la moindre théorie qui nous ramènerait chez nous !

-Ce n'est pas de ta faute et tu le sais. Même Voldemort ne comprenait rien à ce qu'il nous arrivait là-bas.

-Si seulement on avait une piste ! Juste une piste ! On saurait au moins où chercher mais... Il n'existe rien parlant de voyage inter-dimensionnel, ou de voyage dans le futur, et les seuls ouvrages mentionnant les retourneurs de temps et voyages temporels ne sont que des résumés infantiles et inutiles ! s'énerva-t-elle.

-Je sais que c'est difficile mais laisse-toi du temps. On n'est là que depuis très peu de temps.

-C'est déjà trop ! soupira-t-elle. On n'est pas plus avancé aujourd'hui que quand on a atterri ici il y a trois semaines. Et sans... Sans le Maître pour nous apporter son savoir, on part avec un gros handicap.

-Que penses-tu qu'il aurait fait à notre place ? demanda-t-il.

-Je ne sais pas...

-Réfléchis. T'es douée pour ça. En plus, tu es censée devenir son élève, non ?

-Oui mais pas avant des années !

-Ginny n'est pas censée être sa femme, pourtant ils ont tous les deux étés reliés par une force qui les dépassaient. C'est peut-être pareil pour toi ! Après tout, tu n'es pas encore son élève, mais tu te comportes comme tel, dit-il, très sérieux. Hermione, je suis persuadé que d'une façon ou d'une autre, tu es lié à lui, toi aussi.

-Dra...

-Non, écoute-moi. Ce voyage temporel nous a confronté à ce que nous serions dans l'avenir et j'ai l'impression que... D'une certaine façon, nous nous sommes imprégnés de nos futurs. Regarde à quel point ça nous a changé ! Alors réfléchis, je suis sûr qu'une part de toi connaît Voldemort mieux que tu ne veux l'admettre.

Hermione le regarda sans comprendre. Elle ne voyait pas où cette démarche pourrait les mener. Elle ne pouvait pas prétendre connaître son Maître, pas plus qu'elle ne pouvait se permettre de penser à sa place. Mal à l'aise, elle soupira, gênée. Elle se sentait perdue.

-S'il te plaît, Granger.

La jeune femme soupira, agacée, mais les mots de Malfoy tournèrent en boucle dans sa tête. Se pourrait-il qu'il ait raison ? Qu'elle connaisse son Maître ? Son image s'imposa en elle et un frisson la parcourut. Il était puissant, tellement puissant... Mais aussi imprévisible et machiavélique. Cette mésaventure aurait été pour lui une magnifique opportunité d'assiéger son pouvoir sur le monde sorcier cinquante années plus tôt. Il aurait probablement déjà tué Grindelwald et Dumbledore, aurait réunis toute la magie qu'il aurait été en mesure d'obtenir et aurait changé la face du monde. Mais il n'était pas fou non plus. Les conséquences temporelles d'un tel scénario auraient été terribles. Et pour cause, Ginny pourrait ne jamais venir au monde. Et malgré sa noirceur et les ténèbres qui l'habitait, il n'aurait jamais permis qu'une telle chose arrive. Il l'aimait à sa manière et il aurait donc été contraint de veiller à la préservation du passé. Il n'aurait pas pu le modifier à sa guise sans risquer de la perdre. Mais qu'aurait-il fait pour retourner dans leur époque ? Pour comprendre ? Pour trouver une faille dans ce sac de nœuds ?

Hermione resta silencieuse, pensive, avant que l'évidence ne la frappe en plein visage. Choquée par sa propre bêtise, elle rassembla son livre et partit précipitamment, Drago sur ses talons.

-Tu fais quoi, là ? demanda-t-il, incrédule.

-On est débile ! Complètement débile !

-Excuse-moi ? dit-il en attrapant son bras pour la confronter.

-On s'y prend à l'envers ! s'exclama-t-elle, les yeux pétillants. On n'a pas arrêté de chercher un moyen de rentrer mais la vérité est qu'on ne sait même pas comment on est arrivé ici !

-Quoi ?!

-La faille ! La faille devait nous ramener ! Mais quelque chose est arrivé et a tout déréglé ! On doit découvrir quoi !

-Et comment tu comptes faire ? Ginny est dans le coma ! Le Maître a disparu !

-Je sais... Mais quelqu'un peut encore nous aider.

Drago ne comprit pas les doutes et la peur collés à son visage, mais quand il vit où elle voulait en venir, c'est tout son sang qui ne fit qu'un tour. C'était de la folie.

-Tu ne veux quand même pas...

-Si ! Il le faut !

-Tu es complètement folle ! Tu veux invoquer l'Esprit du Temps !

-C'est à cause d'elle que tout a commencé ! C'est à cause d'elle que la faille est devenue incontrôlable et c'est aussi par sa faute si nous sommes ici ! Elle sait comment arranger les choses et j'ai bien l'intention de lui demander des comptes !

-Tu te rends compte que tu parles d'invoquer un Esprit Supérieur dans le monde des vivants ? demanda-t-il d'une voix plus basse. Les seuls ayant jamais essayé ont échoué ou sont morts... On ne sait même pas si c'est possible !

-Je sais... Mais on doit tenter le coup. Drago, tu m'as dit de penser comme lui et tu avais raison. Nous avons brûlé les étapes parce que nous avions peur. Lui n'aurait pas commis cette erreur. On a besoin de lui. Et seule cet Esprit peut nous dire ce qui lui est arrivé ! Ginny pourrait peut-être même se réveiller grâce à elle ! expliqua-t-elle.

-Je vois bien, mais ça reste de l'ordre de l'impossible !

-L'impossible ne nous concerne pas et tu le sais !

-Herm...

-Va prévenir les autres, je pars à la bibliothèque ! Rejoins-moi dès que tu peux, compris ?

Il voulut protester mais se ravisa, vaincu et dépité. Elle allait vraiment finir par tous les faire tuer...


Coucou à tous ! Alors ? Ce chapitre ? Dîtes moi s'ils vous a plût en commentaire !

Hermione aurait-elle trouvé un moyen de connaître la vérité ? Qu'en sera le prix ? La rentrée approche à grand pas également et avec elle, l'arrivée de notre cher Jedusor ! Que se passera-t-il selon vous ?

Merci à tous ceux qui me suivent et qui continuent cette fiction !

A très vite pour la suite, bisssseeeee.