« Qui êtes-vous ? »

Venec arracha son couteau de sa ceinture précipitamment, et se rapprocha plus d'Arthur.

N'obtenant aucune réponse, la voix répéta dans une nuance plus énervée:

« Qui êtes-vous ? Et qu'est-ce que vous faites ici ? »

Arthur constata que Venec était assez tendu devant lui, pourtant la voix ne lui inspirait aucune crainte. Peut-être était-ce parce qu'il s'attendait à mourir à chaque instant ?

Il avait l'impression que la femme qu'ils avaient dérangée était plus effrayée qu'autre chose, aussi se décida-t-il à parler pour rassurer aussi bien son compagnon de route que la personne qui les épiait.

« Nous sommes des voyageurs. Nous venons de loin et nous pensions trouver repos ici pour la nuit. Nous ne vous voulons aucun mal. »

Cette fois, ce fut au tour de la voix agitée de garder le silence. Quelque instants s'écoulèrent avant qu'une forme ne se glisse hors de l'ombre pour progresser vers eux. Elle s'arrêta à quelques mètres de distance, tenant une épée fermement pointée dans leur direction.

La jeune femme qui leur faisait face portait une robe écrue, légère et confortable, comme celles des nobles dames qui peuplaient Rome alors que l'ancien roi et le contrebandier y habitaient encore. Ses cheveux châtains semblaient longs, tombaient sur ses épaules et disparaissaient dans son dos. Sa peau était pâle, bien plus pâle que la moyenne des Romaines que le soleil réchauffait agréablement tout au long de l'année. Vraisemblablement, sa voix mûre l'avait vieillie, mais elle semblait être une adolescente, âgée de quinze ou seize ans tout au plus. Arthur cru reconnaître la lueur qui brillait dans ses yeux sombres, mais celle-ci disparue en un clin d'oeil, laissant place à une férocité à peine contrôlée.

« Des voyageurs, hein... vous êtes blessés et vous n'avez pas de bagages. Je ne veux pas de problèmes. Partez d'ici.

- Notre voyage a été très long et difficile... pour tout vous dire, nos affaires nous ont été volées lorsque nous avons accosté. »

La jeune fille l'écoutait à peine, concentrée sur le poignard que tenait toujours Venec.

Le Breton retint un soupir et adouci sa voix.

« Je vous promet que nous ne vous voulons aucun mal. Nous souhaitons simplement pouvoir nous reposer en sécurité pour la nuit. Nous partirons demain en quête d'un autre abris. Pour vous prouver notre bonne volonté, mon compagnon va vous remettre son couteau. Nous n'avons pas d'autre arme.

- Qu- ? Si- hrm, vous êtes pas sérieux ? » S'indigna Venec en regardant son souverain.

Les pupilles noisette transpercèrent celles du contrebandier, et même si le roi n'était pas au sommet de sa forme, il préférait ne pas l'énerver. Seulement, abandonner son couteau lui ôterait le moyen le plus sûr de le défendre en cas d'attaque.

Malgré cela, Venec posa son arme au sol avant de la faire glisser en direction de la demoiselle d'un coup de botte. Celle-ci attrapa la lame d'un geste vif et parut se détendre légèrement. Elle observa à son tour ses deux invités inopportuns. Celui assit sur la banquette était le plus intriguant. Il ressemblait vraiment à un clodo avec sa tunique déchirée, ses cheveux et sa barbe de trois pieds de long. Mais comme il s'exprimait bien, elle avait un doute. A part ça, son visage semblait petit à petit englouti par les énormes cernes noires qui s'étendaient sous ses yeux. Il avait un air de cadavre, avec son teint trop pâle et ses os trop voyants. Elle se dit qu'il avait du vivre de bien affreuses choses.

Son compagnon était alerte malgré une fatigue évidente. Il ne cessait de se positionner entre l'autre et elle, puis de se raviser, avant de recommencer. Son teint bronzé et ses cheveux dorés par le soleil contrastaient avec l'apparence du presque mort.

La jeune fille fut indécise quant au comportement à suivre, jusqu'à ce que l'estomac du deuxième ne résonne bruyamment. Elle se redressa immédiatement, avant de partir vers les cuisines en toute hâte, laissant les deux hommes seuls, décontenancés.

Elle revint quelques instants après, les mains remplies de bassines de pain et de fruits, qu'elle leur tendit. Son épée et le couteau de Venec avaient disparu.

« Je suis désolée, dit-elle. Je n'ai pas confiance mais je ne peux pas laisser des personnes dans le besoin mourir de faim. Servez-vous, je vous prie. »

On a bien éduqué cette jeune personne, pensa Arthur. Il vit son partenaire attraper un morceau de pain avec méfiance puis balbutier un remerciement.

« Si- euh. Vous devriez manger un peu, proposa Venec en se penchant vers lui.

- J'ai pas faim. Faites vous plaisir, vous en avez besoin. Par contre... je ne suis pas sûr de pouvoir rester éveillé plus longtemps. »

Sur ces mots, le roi déchu sombra dans l'inconscience et s'écroula dans les bras du voleur.


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