La rentrée arriva bien plus vite que les jeunes gens ne l'auraient voulu. Dès la veille de l'arrivée des élèves, les lieux avaient été envahis par des Elfes de Maison, astiquant et reluisant chaque salle et dortoir. Le gardien de Poudlard, lui, n'avait cessé de contrôler chacun des couloirs de son œil de verre et de sa jambe plus courte que l'autre. A croire que le prédécesseur de Rusard était aussi effrayant que lui. Les professeurs, eux, avaient commencé leurs allées-et-venues depuis leurs bureaux, préparant leurs cours et leurs classes pour l'afflux d'élèves qui ne tarderait pas à envahir le château. Et c'est ce dernier aspect de la rentrée qui pétrifiait les Sorciers. Depuis la guerre, ils n'avaient plus vu Poudlard habité. Depuis la guerre, ils s'étaient habitués à être les seuls présents dans l'immensité des couloirs et dortoirs. Mais cette ère allait bientôt être révolue. Les parents et grands-parents de leurs amis de toujours allaient bientôt faire leur entrée, heureux et insouciants. Seul l'un deux ne le serait pas. L'élève qu'ils redoutaient et attendaient le plus. Tom Jedusor. A l'approche de l'imminence de son arrivée, Harry leur avait décrit en détail tout ce qu'il avait appris de son journal en deuxième année ; son comportement, ses crimes, ses habitudes... Sans s'en rendre compte, il avait établi le portrait d'un parfait tueur en série. Calme, calculateur, manipulateur, dangereux, vicieux, ayant commis le parricide et tué son oncle et Mimi Geignarde, élève aimé et adulé par tous les professeurs et objet de fascination et de crainte pour tous ses camarades. Un véritable caméléon qui savait se fondre dans la masse et tirer avantage de la faiblesse des gens et de toutes les situations. Cependant, eux aussi avaient plus d'un avantage sur lui. Il le connaissait. Aucun d'eux ne s'était attendu à un autre portrait de Jedusor et tous savaient le danger qu'il représentait. Son futur était encore plus sombre que lui. Et pourtant, Voldemort avait été leur allié dans l'autre dimension. Aussi, rien n'était impossible. Et lui faire face ne serait pas plus difficile que le reste.

Pour ce qui était de l'intention d'Hermione de convoquer l'Esprit du Temps, celle-ci n'avait pas beaucoup évoluée. Blaise, Harry et Ron avaient émis leurs doutes et craintes mais là encore, cette hypothèse était leur seul moyen d'action, leur seule chance de découvrir la vérité. Malgré cela, la jeune femme n'avait pas trouvé beaucoup d'information sur les Esprit Supérieurs et encore moins sur les façons d'en invoquer un. Sa seule avancée significative fut de trouver un ouvrage ancien, codé en une langue inconnue et censé répertorier les Esprit Supérieurs du Monde Magique. Son déchiffrage, cependant, prendrait un temps fou et l'utilisation de pas moins d'une dizaine de livres de traduction. De quoi la décourager mais aussi de leur redonner un peu d'espoir. Et Merlin seul savait à quel point ils en avaient besoin. Ginny dormait toujours, Ron désespérait, Harry tentait vainement d'obtenir des informations sur Grindelwald, et Blaise n'avait rien trouvé de très concluant dans sa quête d'objet perdus. Rien que quelques livres aspirés avec eux dans la faille et provenant de l'autre dimension, mais rien de véritablement utile.

La veille au soir du grand jour, ils s'étaient tous réunis dans la Salle sur Demande, leur lieu de rendez-vous de prédilection. Aussi surprenant qu'étrange, le décor qu'ils leur était apparu n'était autre que celui de la Grande Salle alternative. A sa vue, un malaise mais aussi un certain sentiment de réconfort les avait saisis. Les banquettes, les tables, la moquette au sol et les immenses tapis... Tout était intact et si réel. Seule la bibliothèque et ses livres n'étaient pas apparu, au plus grand désespoir de la Granger. Malgré leur peur et leur peine, liées à cet endroit, il leur avait apporté un soulagement qu'ils ne pouvaient nier. Ce qui leur était arrivé ici n'appartenait qu'à eux. Tout comme cette Grande Salle. C'était leur repère, leur point de départ. Et pouvoir y retourner, même pour de faux, allégeait leur stress, les coupait du monde. Y être n'avait cependant fait que raviver le manque de leurs enfants. A chaque instant, Hermione s'attendait à voir débarquer ses fils et son filleul, les cheveux décoiffés, l'air fatigués mais toujours avec un sourire flottant sur les lèvres. Pourtant, il n'en était rien, et cette douleur, elle, ne disparaîtrait pas...

-J'ai peut-être trouvé quelque chose, dit Harry ce soir-là, en se délestant de son sac.

-Vraiment ?

-Oui ! J'ai fait un tour à Pré-au-Lard aujourd'hui. Les gens étaient plus effrayés que d'habitude.

-Comment ça ? Je croyais que Grindelwald était en France ? demanda Ron.

-Moi aussi, mais la rumeur court qu'il serait arrivé à Londres. Je ne sais pas comment, mais si c'est vrai, alors tout ne va pas tarder à s'accélérer.

-Dumbledore et lui ne s'affronteront pas avant au moins un an, dit Hermione, pensive. Mais si Grindelwald est ici, alors cela ne veut dire qu'une chose. Il cherche la baguette de Sureau.

-Comment sait-il où elle peut-être ?

-Le Conte des Trois Frères, répondit Harry. Il veut réunir les Reliques de la Mort.

-Ça me rappelle quelqu'un...

-Il ne doit pas y arriver ! paniqua Ron.

-Ne dis pas de bêtise. On ne peut pas intervenir, soupira Hermione, une main fatiguée sur le visage. Grindelwald ne va pas tarder à découvrir où se trouve la baguette. Son propriétaire actuel n'est autre que Mikew Gregorovitch, un célèbre fabriquant de baguette d'Europe de l'Est. Ce fou à fait courir la rumeur disant qu'il possédait une baguette plus puissante que toutes les autres. Cela ne va pas lui réussir...

-C'est pour ça que Voldemort a attaqué Ollivander dans notre époque ? demanda Ron, perdu. Parce qu'il savait que Gregorovitch s'était fait voler la Baguette de Sureau par Grindelwald, lui-même battu par Dumbledore ?

-Exactement, et ce n'est qu'une question de temps avant que cela n'arrive, dit Drago, inquiet. L'histoire nous a appris que c'est un nazi du nom de Hit... Hiler...

-Hitler ! corrigea Hermione, atterrée.

-Hitler, qui a vendu la localisation de Gregorovith à Grindelwald en échange d'avantages stratégiques sur d'autres pays. Qui aurait cru qu'un moldu pourrait se montrer aussi fou que lui ?

-C'est bizarre… dit Blaise. Pour la première fois de nos vies, on sait à l'avance comment tout va se dérouler. C'est plutôt plaisant.

-Et dangereux... Jedusor arrive demain, il faudra rester prudents.

-Juste par curiosité, où sont les autres Reliques ? demande Drago.

-Jedusor en possède déjà une, bien qu'il l'ignore ; la Pierre de Résurrection, déguisée en bague qu'il a dérobé à son père après l'avoir tué l'année dernière. Sa famille se l'est léguée de génération en génération. C'est un Horcruxe aujourd'hui. Son deuxième, après le Journal, expliqua Harry. Quant à la Cape d'Invisibilité, elle est détenue par ma famille. Mon père n'étant pas encore né, je dirais qu'elle est actuellement à mon grand-père.

Les deux Serpentards le regardèrent, à la fois hallucinés et effrayés. Ils n'avaient jamais su de telles choses pendant la guerre, même sous le joug de leur Maître. Aucun de leur parent ne leur avait jamais révélé l'origine des Reliques. Peut-être l'ignoraient-ils eux aussi ?

-Ouah... Pas mal comme héritage, souffla Blaise.

-Notre savoir est dangereux, soupira Hermione. Si Jedusor venait à apprendre tout ça, rien ne pourrait l'arrêter. Il deviendrait le Maître de la Mort en moins de quelques mois.

-Vu ce qu'il a réussi à faire sans, mieux vaut éviter, frissonna Ron. Il ne pense qu'aux Horcruxes pour le moment, cela nous donne un avantage sur lui. Surtout qu'on sait qu'il ne va plus relâcher le Basilique de sitôt.

-Où se trouve son prochain Horcruxe ? Le Médaillon de Serpentard ?

-Chez Hepzibah Smith, une collectionneuse. Elle l'a acheté à Caractapus Beurk, le propriétaire de Barjow et Beurk. La mère de Jedusor lui a vendu quand elle était dans le besoin. Il ne le récupérera pas avant deux ans. Elle est aussi détentrice de la Coupe d'Helga Poufsoufle, dit Hermione. Ce qui veut dire que cette année, Jedusor se tiendra tranquille. Il ne créera pas de nouvel Horcruxe et ne tuera donc personne. Du moins, en théorie.

-Combien de temps penses-tu mettre à décoder le livre que tu as trouvé ?

-Je n'en sais rien... Il est écrit en plus de six langues runiques différentes ! C'est un vrai cauchemar.

-Et son auteur ? demanda Blaise.

-Anonyme, et probablement mort depuis longtemps vu l'ancienneté du grimoire.

-Au moins on a une piste.

-Et Ginny ?

-Rien à signaler, soupira Ron, subitement plus triste. Mais j'ai fouillé dans un vieux livre de Médicomagie et j'ai peut-être trouvé une potion permettant de la réveiller, mais je ne suis sûr de rien.

-Écoutez, pour le moment, on s'en tient au plan initial, dit Harry. Demain sera dangereux mais aussi difficile. Il faut qu'on garde la tête froide et qu'on reste concentré sur notre Occlumencie. Jedusor et Dumbledore ne doivent rien savoir de tout ça. Ou alors, on sera définitivement tous foutu...


Harry n'avait pas menti. Cette rentrée était dangereuse et difficile. Plus difficile que tout ce à quoi ils s'étaient attendus. Une foule d'étudiants, de tous âges confondus, avaient envahis les couloirs de leurs rires, joies, et bruits de pas incessants. A croire que ces derniers mois leurs avaient fait oublier ce son irritant. Très vite, ils furent plongés au milieu de cette marée humaine, se faisant bousculer et marcher sur les pieds à la première occasion. Ils n'étaient plus habitués à la foule, au bruit ou aux regards des autres sur eux. Ajouté à leur stress permanent de voir apparaître Jedusor ou de se faire prendre par Dumbledore, ils ne cessaient donc de regarder par-dessus leurs épaules, inquiets et méfiants, oubliant parfois toute discrétion. Un autre dilemme s'imposait à eux. La rivalité de leurs maisons. Trois Serpentards et deux Gryffondors ne pouvaient traîner ensemble sans éveiller de soupçons. Jouer la comédie ne serait pas un problème pour les quatre garçons, toujours portés sur la fierté de leurs écussons, mais pour Hermione, c'était une autre paire de manche. Elle allait devoir côtoyer des Serpentards, et vivre avec eux tout en feignant de détester ses amis de toujours. Elle se sentait déchirée de l'intérieur et presque honteuse de la couleur de sa cravate. Par chance, Drago et Blaise resterait toujours à ses côtés, mais l'idée de s'asseoir au milieu des parents des Mangemorts qu'elle avait combattu et haït toute sa vie lui donnait la nausée. Sans parler du fait qu'ils seraient déjà tous sous le joug de leur Maître, aveuglés et endoctrinés comme de vulgaires pantins. Oui, elle s'apprêtait à rentrer dans un véritable nid de serpents. Et même Drago et Blaise ne semblaient pas à l'aise à la vue des visages qui se tournaient vers eux.

Très vite, à leur plus grand désespoir, l'heure du dîner sonna et avec elle, l'heure de se joindre à la magnifique tablée qui s'offrait aux trois Serpentards. Drago et Blaise s'étaient efforcés de lui faire un court à briefing avant le grand saut mais plus Hermione les écoutait la mettre en garde, plus sa lividité s'accentua : ne pas trop sourire, ne pas engager de conversation, se montrer froide, insensible, méprisante vis-à-vis des plus jeunes et des autres Maisons et surtout, ne jamais relever sa manche. Sa cicatrice et la vérité sur son sang pourraient la mettre en danger, ruiner sa couverture et tous leurs espoirs de se rapprocher de Jedusor. Elle ne devait pas faire de faux pas, et dès qu'ils furent invités à entrer pour s'installer, c'est une autre Hermione que le monde vit naître. Son regard dur accentuait sa pâleur et ses traits fermés, faisant ressortir le creux de ses joues et sa minceur des derniers mois. Le menton haut, l'air détaché du reste du monde, elle suivît docilement ses deux amis qui avaient joué ce jeu toutes leurs vies. A cet instant, elle revit le Drago Malfoy et le Blaise Zabini de son enfance. Ils affichaient le même rictus et regard hautin que ceux qui l'avaient hanté plus jeune. Et aujourd'hui, elle se devait de les porter elle aussi. Discrètement, son regard balaya le reste de la table. Des têtes curieuses les avaient suivis du regard depuis la Grande Porte, tandis que d'autres, plus lugubres, restaient focalisés sur leur assiette. Assis en bout de table, les trois sorciers les imitèrent et restèrent silencieux. Jusqu'à présent, aucun d'eux n'avait encore réussit à repérer Jedusor.

A la table des professeurs, en revanche, Albus Dumbledore regardait fièrement l'entrée des élèves. Le voir aussi jeune et vivant fit tomber une balle de plomb dans leurs gorges. Cet homme les avait accompagnés, éduqués, soutenus et aidés toute leur vie. Même si certains de ses intérêts avaient pu sembler douteux, il n'avait jamais cessé d'être leur ami, leur protecteur. Et le voir aujourd'hui bouleversait chacun d'entre eux. Drago en particulier serrait nerveusement son bras de sa main droite. La dernière fois qu'il avait vu son professeur, il le tenait en joug, prêt à le tuer en haut de la tour d'Astronomie. Et pourtant, il n'avait pas hésité à lui proposer son aide. Mais cela n'avait pas suffi et il était mort. A chaque regard sur lui, chaque battement de cil, le jeune homme le voyait tomber, raide mort dans le vide. Raide mort par sa faute. Le souffle court, il ne dit rien, mais Blaise et Hermione comprirent sa douleur. Eux aussi la ressentaient. Il n'y avait rien de pire que de revoir un mort. C'était comme affronter un fantôme, un souvenir qui, indépendamment de lui-même, les mettaient face à leurs culpabilités dévorantes. Ils avaient honte. Honte d'avoir été aussi immatures et pressés, honte de ne pas avoir un peu mieux écouté, honte d'avoir cru avoir le temps, honte d'avoir laissé leur professeur devenir une victime de plus dans cet enchevêtrement de cadavre sans noms. Au loin, Hermione perçut le trouble d'Harry et Ron. Eux aussi avaient du mal à contenir le brillant de leurs yeux. En particulier Harry, qui restait tête baissée et poing serrés. Voir Dumbledore en vie était une épreuve. Mais ils ne devaient pas flancher, et alors qu'on annonçait l'entrée des premières années, les jeunes sorciers se reprirent en main, effaçant la subite tristesse qui s'était emparée d'eux. Une tristesse que quelqu'un n'avait pas manqué de remarquer...


Le repas débuta dans les cris d'émerveillements des jeunes premières années à peine répartis. Sept d'entre eux avaient été acceptés à Serpentard, neuf à Gryffondor, trois à Poufsouffle et cinq à Serdaigle. Une répartition heureuse et insouciante, accompagnée par un discours de la part du Directeur et de quelques mots en hommage aux victimes de la guerre de Grindelwald, mais aussi de la guerre moldue. En effet, certains élèves Nés-Moldu devaient supporter la dureté des deux conflits et les tragédies qui en découlaient en même temps. Une situation difficile, que même les professeurs ne pouvaient pas contrer. Hitler était aussi monstrueux que Grindelwald, et ça, Hermione en avait bien conscience. Une main inconsciemment posée sur sa manche, elle sursauta quand elle entendit une voix s'adresser directement à elle.

-Tu es nouvelle ?

Son interlocuteur la fixait. Peut-être même depuis plus longtemps qu'elle ne le pensait. Son regard sombre, son long visage et ses boucles brunes lui offrirent un portrait intimidant, froid et charismatique. Il était de toute évidence un Sang Pur de haute famille, et sa chevalière ne fit que confirmer cette hypothèse. Elle ressemblait à celle que Drago avait eut du mal laisser dans son dortoir. Il disait se sentir nu sans elle.

-Oui, répondit-elle calmement après un coup d'œil à ses compères.

-Ça se voit.

Son sourire était effrayant. Ses dents parfaitement blanches semblaient presque aiguisées à la lueur à des chandeliers.

-Orion Black, dit-il en tendant la main.

Ce nom eut pour effet de la pétrifier sur place. Orion Black. Orion Black. L'ancêtre de Sirius. Espérant que son hésitation soit prise pour de la timidité, Hermione sourit du mieux qu'elle put, et serra la main puissante et froide de son camarade.

-Hermione Jeanne.

-Enchanté, souffla-t-il. Et vous ?

Drago et Blaise sortirent de leur contemplation craintive quand il se tourna vers eux et se présentèrent, bien plus à l'aise que la jeune femme. Alors qu'il engagea la discussion, Hermione ne put s'empêcher de le détailler du coin de l'œil, cherchant une vaine ressemblance entre lui et le parrain d'Harry. Si elle ne se trompait pas et se fiait aux souvenirs de l'arbre généalogique de Square Grimmaurd, il s'agissait du père de Siruis, et de l'oncle de Bellatrix, soit le grand-oncle de Kaï et Drago. De quoi avoir mal à la tête.

-Oui, j'ai entendu parler de cette attaque. Navré que cela vous ait forcé à fuir, dit-il, un air désolé parfaitement collé sur le visage.

-Nous n'avons pas fui, répliqua Drago, sûr de lui. Grindelwald n'est pas une menace pour nous. Nous voulions juste quitter ce climat de paranoïa. Les français sont insupportables en temps de guerre.

Hermione ne comprit pas son petit jeu, jusqu'à qu'elle voit les pupilles d'Orion briller et son sourire s'élargir. Il avait mordu à l'hameçon.

-Oh, vous êtes donc des Sangs-Purs, dit-il d'un ton un peu plus enjoué. Ce n'est pas surprenant. Les Serpentards sont l'élite, vous ne serez pas déçu. Notre Maison est la seule a relever le niveau de cette école.

-Ravi de l'entendre, sourit Hermione. Nous avions peur de perdre notre temps au milieu de Sangs de Bourbe.

Sa réplique, aussi inattendue que sèche, accentua le sourire de Black dont le regard s'embrasa d'un feu avide. Blaise et Drago, eux, faillirent s'étouffer dans leurs verres face à son aplomb.

-Ce ne sera pas le cas. Je peux vous l'assurer.

Leur petit numéro devant Orion sembla le charmer au-delà du possible. Ravi et conquit par les battements de cils d'une Hermione souriante, il ne mit pas plus d'une dizaine de minutes avant de les présenter à l'un de ses amis, dont les cheveux platine et les yeux bleus suffirent à faire pâlir Drago.

-Je vous présente Abraxas Malfoy, un fidèle ami ! s'exclama-t-il. Mais ne le laissez jamais rencontrer votre petite amie, il vous la piquerait sur le champ !

-Je t'en prie Orion, tu vas finir par me faire une mauvaise réputation ! rit-il.

-Tu te la fais très bien tout seul, je te rassure.

La ressemblance entre Abraxas et son futur fils Lucius Malfoy était déroutante, voire carrément effrayante. Aussi, Drago eut du mal à décoller son regard de sa figure. Il avait déjà vu des portraits de son grand père dans leur manoir, mais jamais aussi jeune. Les représentations qu'il avait aperçu de lui s'étaient principalement limitées à un homme dur, froid, aux cheveux soigneusement relevés en un chignon blanc, et à la canne facile. Son père n'y avait pas échappé, mais lui n'avait jamais eu la malchance de le rencontrer en personne. De ce qu'il savait, il succomberait à la Dragoncelle à l'âge où son propre père rentrerait à Poudlard.

Pas le moins du monde intimidé, il n'hésita pas à s'asseoir à côté d'Hermione, la questionnant sur sa vie avec un sourire ravageur sur le visage. Pourtant, au fond d'elle, la jeune femme était pliée de rire. Outre le dramatisme de la situation, elle se serait volontiers roulée par terre. Abraxas n'avait pas la moindre idée qu'il tentait de charmer sa future belle petite fille, tout comme Orion ignorait qu'il parlait à la mère adoptive de son arrière neveu. D'un certain point de vue, ce dîner aurait pu passer pour une réunion de famille. Les deux jeunes hommes étaient animés et se mirent à leur parler abondement des ragots de Poudlard. Entre deux éclats de rires, ils appelèrent un de leur amis à l'autre bout de la table ; un grand brun au regard vif et au sourire, lui aussi, étrangement familier.

-Lestrange ! Viens par-là !

Une troisième douche froide pour les sorciers, qui virent l'interpellé arriver nonchalamment vers eux. Lestrange. Arias Lestrange. Le père de Rodophus et Rabastan Lestrange. Le grand-père direct de Kaï. Cette fois, Hermione vit trouble. Tout y était. Black, Malfoy et Lestrange. La famille était désormais au complet.


A la fin du dîner, les trois sorciers insistèrent pour rester auprès des "nouveaux venus". Loin d'être de mauvaise compagnie, Hermione était surprise de les voir aussi aimables et ouverts à la discussion. Mais elle n'était idiote pour autant. Les trois garçons étaient des fidèles de Jedusor, elle pouvait presque le voir peint en rouge sur leurs fronts. Ils les testaient, les évaluaient, cherchaient la faille en eux et collectaient des informations pour leur Maître. Un Maître toujours absent pour le moment. Alors qu'ils s'engageaient dans les couloirs menant à leurs dortoirs, elle ne put s'empêcher de poser une question.

-Dîtes moi, puisque vous semblez tellement au courant de tout, vous pourriez peut-être m'éclairer ?

-Tout ce que tu veux, ma jolie ! sourit Malfoy. Il n'y a rien que nous ignorions !

-A Beauxbâtons, la rumeur courrait que Poudlard avait été hanté par un monstre tueur l'année dernière. Je n'y ai jamais cru mais tout le monde était persuadé du contraire !

Son ton était léger, mais le regard qu'Orion jeta à Lestrange suffit à confirmer sa pensée. Ils savaient pour le Basilique. Ils étaient bien des Mangemorts. Seul Abraxas ne sembla pas effrayé par sa question et lui répondit, sous l'œil attentif de ses camarades.

-Pas par un monstre, non ! Mais par l'animal de compagnie de ce dégénéré d'Hagrid, un fou des bêtes complètement barge et irresponsable ! Il n'y a plus rien à craindre aujourd'hui.

-Dommage, rit Drago en jetant un regard à Blaise.

-Vous n'êtes pas effrayés à l'idée qu'un monstre puisse rôder ? demanda Arias, surpris et suspicieux.

-Effrayés ? s'exclama Blaise. Ce monstre a tué une Sang-de-Bourbe, de quoi devrions-nous avoir peur ?

-Ça aurait fait un peu d'animation, ajouta Drago.

-Oh mais ne vous en faîtes pas, sourit doucement Orion face à leur discours. Il y en a toujours à Poudlard. Vous verrez.

-J'espère bien, dit Hermione. On déteste l'ennui.

-L'ennui ?

Une voix sombre, mélodieuse et familière s'éleva derrière eux, déclenchant un frisson chez les six sorciers qui se retournèrent brusquement dans la lumière vacillante des torches. Grand, aux traits fins, aux yeux de braise et à la coupe parfaite, l'individu avança calmement, son insigne de préfet étincelante sur sa robe. A sa vue, Black, Lestrange et Malfoy perdirent leurs sourires pour devenir brusquement sérieux. Quant aux autres, ils luttèrent pour ne pas s'enfuir sur place et fermèrent leurs esprits si violemment qu'ils en eurent presque la migraine. C'était lui. Tom Elvis Jedusor, en personne, devant eux, les mains croisées dans son dos, le regard fixé sur Hermione. A cet instant, elle aurait voulu se cacher sous les dalles du sol. Son Maître était là. Ou du moins, une version de lui. Et le voir aujourd'hui, après avoir passé plusieurs mois enfermés avec son futur, lui donna le vertige. Il n'avait pas la moindre idée de qui ils étaient, alors qu'eux avaient étudiés et partagés sa vie d'une façon qu'il n'aurait jamais pu comprendre. Inconsciemment, les mains de Drago et Blaise remontèrent jusqu'à leurs manches. Celles d'Hermione s'accrochaient à son sac pour ne pas trembler.

-L'ennui n'existe pas à Poudlard ma chère, dit-il, un fin sourire au coin de lèvres.

-Oh, Tom, nous te cherchions, dit Orion en allant vers lui.

-Je ramenais les premières années à leurs dortoirs, dit-il sèchement. Qui êtes-vous ?

-Des nouveaux, répondit Arias.

-Je voix ça. Bienvenue à Serpentard. Je suis Tom Jedusor, le Préfet en chef, déclara-t-il d'une voix plus douce. J'espère que ces énergumènes ne vous ont pas trop affligés. Ils peuvent se montrer insupportablement bavards.

Le sous-entendu était évident, faisant pâlir Abraxas, qui frissonna dans l'ombre. Ils les avaient entendus, peut-être même suivis, et ne semblait pas ravi. Loin de là.

-C'est notre faute, dit Hermione. Nous sommes curieux. Nous aimons savoir où nous mettons les pieds.

Sa prise de parole, comme son audace, surpris et stupéfia les sorciers. Même Lestrange et Black la regardèrent estomaqués. Drago et Blaise, eux, s'efforcèrent de ne pas lui faire les gros yeux, bien que l'envie ne leur manquaient pas au vu de la situation.

-La curiosité est un vilain défaut Miss... ?

-Jeanne. Hermione Jeanne.

-Et bien Miss Jeanne, vous apprendrez que toutes les vérités ne sont pas bonnes à apprendre ici, dit-il d'une voix glaçante.

C'était une menace. Plus claire et cinglante qu'une lame de couteau.

-Ne traînez pas dans les couloirs, claqua-t-il finalement.

Les trois fidèles reprirent le pas, tel des automates, laissant les trois autres sorciers les suivre et Jedusor les contempler partir. Au détour d'un couloir cependant, Hermione se risqua un regard. Il n'avait pas bougé et la fixait, une étincelle flamboyante au fond des yeux.


-Je peux savoir ce qui t'a pris ?! s'exclama Drago, complètement hystérique.

Lui et Blaise avaient rejoints Hermione en douce dans sa chambre. Une manœuvre risquée avec Jedusor dans les parages, mais nécessaire. Les deux jeunes hommes étaient au bord de la crise cardiaque et c'est en pyjama et plongée dans ses traductions qu'ils l'avaient trouvé une fois la nuit tombée.

-Je suis désolée, j'ai... J'ai paniqué !

-Paniqué ?!, répéta Blaise à bout de souffle. Le plan était faire profil bas !

-Je... Je voulais voir l'étendue de son influence sur Orion et les autres. Maintenant, on sait qu'ils sont des Mangemorts et au courant pour le Basilique ! se défendit-elle en grimaçant.

-Oh je t'en prie, ces gars-là sont moins discrets en tant que Mangemorts que nos propres parents ! C'est écrit sur leur têtes ! soupira Drago.

-Tant que ce n'est pas écrit sur la vôtre, c'est le plus important. Ils n'ont pas la moindre idée de qui on est, on n'a rien à craindre.

-Rien à craindre ?! Après ton petit numéro, Jedusor pourrait se méfier.

-Pas se méfier. S'intéresser. Il faut attirer son attention, lui faire croire que nous sommes de potentiels fidèles nous aussi. Orion, Abraxas et Arias nous aiment bien pour le moment. Ça peut jouer en notre faveur, expliqua-t-elle.

-On ne peut pas dire que t'y sois allée de mains mortes. Mon grand-père est complètement fou de toi, fit remarquer Drago, dépité.

-Ça doit être de famille.

-La ferme Blaise.

-Écoutez, je suis désolée d'avoir un peu débordé aujourd'hui, dit-elle en refermant son livre. Mais le plan ne change pas ! Encore mieux, il fonctionne. On est presque déjà entièrement accepté par ses fidèles, alors ce n'est qu'une question de temps avant que Jedusor ne cherche à en apprendre plus sur nous et ne veuille nous enrôler. Le plus dur reste à venir, on doit rester prudent.

-Des nouvelles de Potter et Weasley ?

-J'ai trouvé leur note de la journée coincée entre les pierres d'un mur près de la Salle sur Demande. Ils ont rencontré leurs grands-parents, Charlus Potter et Septimus Weasley. Autant dire que ça leur a fait un choc, dit-elle en sortant un papier froissé d'un de ses livres. Apparemment, ils ont cours avec Dumbledore demain matin. Ils voudraient qu'on se réunisse pour faire un premier bilan.

-Avec Jedusor Préfet en Chef, ça risque de compliquer les choses. S'ils nous voient fouiner, on est morts, soupira Blaise.

-On ne pourra pas prendre ce risque...

-Non ! s'exclama brusquement Hermione. On... On peut savoir où il est !

-Comment ?

Se levant précipitamment de son lit, la jeune femme saisit sa valise et fouilla dans le peu d'affaires qu'elle avait réussi à conserver de son époque. Comment avait-elle pu l'oublier ? Comment avait-elle pu ne pas y penser plus tôt ? Priant et marmonnant dans sa barbe, elle s'écria finalement, triomphante et rassurée, un bout de parchemin coincé dans la main.

-Je savais que je l'avais gardé dans mon sac !

-De quoi tu parles ?!

-De la Carte des Maraudeurs ! s'exclama-t-elle, les joues roses de soulagement. C'est... C'est un objet magique créé par Lupin, James Potter, Sirius et Peter Pettigrow ! Il permet de cartographier Poudlard et de localiser tous ses occupants ! J'étais sûre de l'avoir apporté !

-Tu... Tu es sérieuse ? blêmit Blaise, les yeux exorbités. Ça existe ?

-Oui ! J'avais complètement oublié qu'elle était avec moi pendant la Bataille à Poudlard ! On s'en servait pour organiser la résistance au sein du château et pour éviter vous éviter, vous, Rusard et cette peste d'Ombrage pendant les entraînements.

-Hé ! Pourquoi on est dans le même sac que le Cracmol et la folle ?! s'indigna Blaise.

-Mais attends, comment... Comment c'est possible ? Comment ça marche ?

Les deux Serpentards hallucinèrent très vite face à une telle découverte. Pantois devant ce bout de parchemin vierge et défraîchit, ils virent Hermione s'emparer de sa baguette et réciter : « Je jure solennellement que mes attentions sont mauvaises ». Sous leurs yeux ébahis, l'encre apparût, se répandant sur le papier et dessinant sur son passage les murs, couloirs et salles du château, accompagnés de traces de pas mouvantes. Des traces portantes des noms. A cet instant, c'est tout leur monde qui s'écroulait sur leur tête.

-Regardez ! On voit Dumbledore dans son bureau ! s'écria-t-elle, émerveillée et émue. Il fait toujours les cents pas, même dans cette époque.

-Par Merlin, on peut aussi voir Dippet dans son bureau ! souffla Drago, éberlué.

-Et le boiteux qui nous a accueilli.

-Et là ! C'est nous ! Et Harry et Ron !

-C'est fantastique…, souffla Drago, bouche bée.

-Et flippant. Cette carte ne respecte pas la moindre intimité ! s'exclama Blaise, toujours sous le choc.

-Ne t'en fais pas, rit Hermione. Elle n'est même pas censée exister dans cette époque. Fred et George Weasley s'en servaient toujours. C'était leur plus grand trésor... Et quand je pense que j'ai failli passer à côté…, soupira Hermione, délivrée d'un poids. Cette carte est notre salut ! Avec elle, on saura où sont Black, Lestrange, Malfoy et Jedusor en temps réels ! Rien ne pourra nous échapper !

-Quand on parle du loup... Regardez qui vient juste de sortir en douce...

Leur attention se focalisa sur un point tout juste nouveau, et avançant plus rapidement que les autres sur la carte. Black. Orion était sorti et courrait en trombe, espérant sans doute échapper au gardien à quelques couloirs de lui. Il allait en direction des tours d'Astronomie, de l'autre côté de l'aile Est du Château. Une aile où un autre point l'attendait et dont le nom, même simplement écrit, les fit frissonner.

-Jedusor, souffla Blaise. Il lui a donné rendez-vous pendant sa garde.

-C'est malin. Mais ça ne présage rien de bon.

-Au moins, on sait où ils se retrouvent. C'est un avantage énorme sur eux.

-Attendez. Il y a autre chose.

A leur plus grande surprise, d'autres points commencèrent à se déplacer depuis le dortoir des Serpentards, dont ceux d'Abraxas et Lestrange, mais pas seulement. Sous leurs yeux stupéfaits et horrifiés apparurent Rosier, Crabb, Goyle, Avery, Dolohov, Carrow, Nott et Mulciber ... Un escadron entier de Mangemorts Serpentards qui n'avait pour but que de se réunir en un point. Là où leur Maître les avait convoqués. Le souffle court, ils crurent avoir tout vu, quand subitement six autres points d'élèves qui leurs étaient inconnus s'échappèrent des dortoirs de Serdaigle. Eux aussi, partaient en direction de l'aile Est. Eux aussi étaient ses fidèles.

-Il a réussi à endoctriner des intellos ? s'exclama Drago, défait.

-Pas des intellos... Des élitistes. Les Serdaigles ont toujours été la Maison la plus proche de Serpentard à cause de leur vision étriquée du monde et de leur volonté à ne rendre la magie accessible qu'à ceux qui la mérite, soupira Hermione. Ils savent que Jedusor peut leur donner ce qu'ils veulent et ils pensent se servir de lui, mais c'est tout l'inverse. Il a réussi à infiltrer une Maison de plus. C'est... inattendu.

-Et catastrophique ! réalisa le blond. Les trois toutous de tout à l'heure ne sont que la face émergée de l'iceberg, mais la vérité est que Jedusor contrôle bien plus de monde qu'il ne veut le faire croire. Il a des Serdaigles de son côté et ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne cherche à en recruter davantage.

-Les Poufsouffles sont aussi une cible de choix. Benêts, idéalistes et loyaux... Ils pourraient essayer d'en manipuler quelques un. Il ne se risquera pas à jouer avec les Gryffondors, supposa Blaise.

-Ça fait dix-sept pour le moment, compta Hermione d'une petite voix. Dix-sept espions totalement dévoués à Jedusor. Et on n'est que le premier jour.

-T'as toujours envie qu'on fasse partie du club ? demanda Drago, une grimace sur la figure.

Hermione ne trouva rien à répondre. La situation était bien pire qu'ils ne le pensaient. Et malheureusement pour eux, ils risquaient eux aussi de se retrouver au milieu de ces points. Au milieu des pires vipères de tout le château...

-Il faut prévenir Harry et Ron.


Coucou à tous ! Voici le troisième chapitre ! J'espère qu'il vous a plût ! Donnez moi vos avis dans les commentaires !

Jedusor est enfin arrivé, et la situation est pire que ce à quoi nos héros s'étaient attendus ! La suite très vite, avec la poursuite de leur plan, mais aussi des risques.

Merci pour tous vos encouragements ! A très vite ! Bissssouuuuusss