Après leur sombre découverte de la veille, les trois sorciers durent se rendre à l'évidence : provoquer Jedusor avait été stupide, magistralement stupide. Malgré leur connaissances historiques et personnelles à son sujet, aucun d'eux ne s'était attendu à une pareille horreur. Il possédait, à peine majeur, une armée entièrement disposée à le servir. Et cela ne figurait dans aucun livre d'histoire. Même Harry n'en avait jamais rien su ! Aussi, ils allaient devoir agir en conséquence, mais la tâche se compliquait. Le lendemain matin, c'est stressée qu'Hermione rejoignit les garçons à la table pour le petit déjeuner. Très vite, ils virent Orion, Abraxas et Arias arriver à la suite d'un Jedusor détaché et silencieux. Son aura surplomba l'attablée et c'est une vingtaine de paires d'yeux qui le suivirent du regard. Aucun doute n'était possible : il était bien le leader de toute la Maison, sans parler de certains Serdaigles, qui le saluèrent respectueusement depuis leur propre table. Sans se soucier de ses "amis", il partit s'asseoir à l'autre bout de la salle, un livre sous le bras. Les autres, en revanche, les rejoignirent un sourire aux lèvres. Malgré leur conversation animée et leurs rires, il n'était pas difficile de voir leurs cernes et leurs teints de craie. Leur petite réunion secrète s'était éternisée pendant deux longues heures hier soir... Deux heures d'intense inquiétude que Drago, Blaise et Hermione avaient suivi en direct depuis la Carte du Maraudeur. Eux aussi avaient peu dormi. Discrètement, ils virent Harry et Ron entrer à leur tour, accompagnés d'un autre grand roux et d'un brun aux cheveux épais. Nul besoin d'être voyant pour deviner qu'il s'agissait de leurs grands-parents.
Le petit déjeuner se passa sans encombre, partagé entre de faux sourires et des regards en coin. Très vite, l'heure des cours sonna et c'est soulagée qu'Hermione put quitter l'attention étouffante et les avances d'Abraxas. Si Blaise s'était retenu d'exploser de rire, Drago lui, avait grincé des dents, la mâchoire serrée. Leur premier cours était Botanique, partagé avec les Gryffondors. Un soulagement pour la jeune femme, qui s'impatientait de retrouver ses amis et un semblant de normalité. Au moins, elle pourrait se vider la tête et écouter le cours sans être obligée de supporter ses nouveaux compagnons. Le professeur de Botanique, Herbert Berry, à la différence Pomona Chourave, était grand et élancé. Il portait fièrement de la mousse magique sur sa robe, et ses mains, pleines de terre, s'agitèrent en l'air à la vue de ses élèves. Une douce folie l'habitait et rayonnait autour de lui, rendant le Trio d'Or brusquement nostalgique de leur chère et tendre Luna Lovegood.
Tom était là, lui aussi. Silencieux, il lisait son manuel, un air affligé sur le visage. A peu près le même air que fit Hermione à la vue de leur devoir du jour : la culture de Tentacula Vénéneuses. Dépitée par la simplicité infantile de ce cours, la jeune femme ne prit pas la peine d'écouter les instructions de leur professeur et commença d'elle-même son travail. Concentrée sur sa tâche, elle sourit légèrement au souvenir de Neville hurlant à la mort, après avoir cru s'être fait mordre. Il avait fallut le plaquer au sol pour le calmer mais il s'était plutôt bien rattrapé avec le temps. Lors de la Grande Bataille, lui et Chourave en avait planté une multitude non loin des lignes de front, retardant l'arrivée des Mangemorts et empoisonnant plus d'un. Elle se revit aussi, lors de sa cinquième année, manipuler l'une de ses plantes pour en obtenir un sérum de guérison puissant. Bien sûr, elle n'avait aucun droit de faire ça à l'époque et avait dû se glisser en douce dans la serre, grâce à la Cape d'Invisibilité d'Harry. Personne n'avait jamais compris pourquoi un pied entier manquait le jour suivant. Oui... C'étaient de bons souvenirs, de merveilleux, même. Et c'est sans la moindre difficulté qu'elle finit sa plantation au bout d'une vingtaine de minute, contre une heure et demie en temps normal. Les autres, qui avaient à peine commencé, restèrent choqués par l'aisance de ses gestes. Quant à Berry, il dût enlever ses lunettes plus de trois fois avant de balbutier des félicitations hystériques. Personne ne s'était attendu à un tel exploit. Et personne ne s'était attendu à ce que "la nouvelle" réussisse à battre le champion en titre de la classe : Jedusor.
-Miss Jeanne, c'est tout bonnement parfait ! Je ne sais pas quoi dire ! 50 points en plus pour Serpentard !
On vit Abraxas, Orion et Arias lui lancer un regard épaté tandis que c'est tous les élèves de sa Maison qui lui sourirent pour sa contribution à la Coupe des Maisons. De leur côté, Harry, Ron, Drago et Blaise la regardèrent amusés et fiers. Et oui, le rat de bibliothèque était de retour. Et aucun d'eux n'avait la moindre idée de ses capacités. La compétition ne faisait que commencer. Seul Jedusor ne fit aucun commentaire. A la place, il se contenta de la fixer, lui aussi surpris mais également furieux. On put presque sentir l'étincelle de ses yeux crépiter dans le silence de la classe. Un affront venait d'être commis.
A peine sorti de cours, la jeune femme vit les trois sorciers lui tomber dessus, surexcités et la bouche bavant de questions.
-Comment tu as fait ça ?! s'exclama Arias.
-Fais quoi ?
-Tu as battu Tom !
-C'est une première, ajouta Abraxas des étoiles dans les yeux. Je n'avais jamais vu une réalisation aussi rapide ! Tu dois avoir des talents de botanistes cachés en toi.
-Non, je... J'aime juste beaucoup lire, sourit-elle, gênée.
-C'est un euphémisme ! déclara Blaise en arrivant à son niveau pour la pousser du coin de l'épaule. Cette fille peut vous dévorer une bibliothèque et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire !
-Ce n'est pas pour rien qu'elle était majeure de notre promotion à Beauxbâtons ! renchérit Drago d'un clin d'œil.
Hermione comprenait leur tactique. Ils en rajoutaient des caisses, cherchaient à les impressionner et à énerver Jedusor non loin derrière eux. Mais il y avait quelque chose de satisfaisant et cocasse à les voir défendre ses talents. Pour la première fois de sa vie, Drago et Blaise la vantait et la félicitait. Une situation inédite qu'elle n'aurait jamais cru voir un jour et qui, étrangement, lui réchauffait le cœur. De plus, savoir qu'elle avait battu le futur Maître des Ténèbres devant sa cour était assez valorisant.
-Impressionnant, Jeanne, déclara brusquement Jedusor à son tour.
Ces mots n'avaient rien d'encourageant ou chaleureux. Son regard embrasé et son rictus amusé laissaient planer à la place une ombre menaçante qui la fit frissonner. Une ombre devant laquelle ses trois fidèles s'aplatir brusquement.
-Merci.
-J'ai hâte de voir l'étendue de tes capacités, sourit-il. D'après ce que je vois, tu sembles un peu plus pertinente que cette bande de moutons analphabètes, dit-il à l'intention des autres Maisons en train de quitter la classe. C'est intéressant.
-J'ai aussi entendu dire que tu étais le meilleur ici.
-Chacun son domaine d'excellence. Ne t'en fais pas, la seconde place est toujours honorable.
L'orgueil lui coulait sur les joues tel un masque de cire. Il ne se cachait pas, ne tremblait pas et chacun de ses mots respirait le dédain. Un dédain qu'Hermione n'arriva pas à avaler. Sa fierté gryffondorienne finirait par la perdre, elle le savait. Et elle pouvait déjà sentir dans son dos le poids des regards de Drago et Blaise, mais, dans l'instant, et face à ses pupilles de feu si arrogantes, elle oublia tout. Il voulait la prendre de haut, l'intimider, la rabaisser... Manque de chance pour lui, elle avait affronté ça toute sa vie. Aussi, elle lui sourit tranquillement et rit, ignorant les alarmes qui résonnèrent en boucle dans sa tête. Elle était la future élève de Voldemort, la sorcière la plus brillante de sa génération, et une véritable héroïne de guerre. Lui n'était qu'aux prémices de sa vie et de ses capacités. Elle le supplantait de loin, mais ça, il l'ignorait encore. Et elle allait prendre un malin plaisir à le lui prouver.
-Tant mieux pour toi dans ce cas, lui dit-elle, amusée.
Un silence pétrifié se fit dans l'instant. Le groupe fixa intensément les deux adversaires dont la joute semblait n'avoir que commencée. Les Mangemorts prirent peur et regardèrent Hermione stupéfiés. Drago et Blaise, eux, grondèrent dans leurs dents. Jedusor, loin d'être offensé en apparence, sourit à son tour. C'était de la provocation, de la défiance et, pour une fois, il allait être heureux d'y répondre. Qui que cette Hermione Jeanne était, elle allait regretter de ne pas avoir tenu sa langue.
-Bien ! Jeunes gens, je suis Galatea Têtenjoy, votre professeure de Défense Contre les Forces du Mal. Aujourd'hui et au vu des temps qui courent, nous allons travailler vos sortilèges de défenses. Je veux des binômes, l'un qui attaque, l'autre qui pare. Soyez réfléchis et intuitifs, mais je vous préviens, je ne veux aucun blessé !
Les consignes étaient données, et les élèves enjoués. Hermione regarda ses amis, un sourire aux lèvres. S'il y avait bien un domaine qu'ils maîtrisaient, c'était le combat. En moins d'une minute, elle vit Abraxas se jeter sur elle, lui prenant la main pour la prendre la réserver aux yeux de tous. Drago et Blaise durent bien se retenir pour ne pas le plaindre. Il n'avait pas la moindre d'idée de ce qui l'attendait.
-Ne t'en fais pas, lui dit-il d'une voix langoureuse. Je ne serais pas trop méchant.
Elle faillit s'étouffer de rire mais se contenta d'acquiescer et de faire ses dix pas réglementaires, sa baguette déjà armée dans sa main. Une fois face à face, il n'eut pas le temps de parler qu'elle l'envoya déjà valser à l'autre bout de la pièce d'un Stupéfix magistral. Le Malfoy s'écrasa au sol, pétrifié et figé, dans une grimace douloureuse sous le regard admiratif de sa Maison. Personne n'avait jamais envoyé un Malfoy au tapis.
Jedusor l'étudia alors, plus suspicieux que jamais. Son aisance était grande et travaillée. Elle était habituée au combat, et cette évidence ne fit qu'attiser sa curiosité. Quelque chose clochait chez cette fille. C'est Orion qui se risqua à l'affronter après ça. Plus malin, il lui envoya un coton-jambe, qu'elle esquiva d'un coup de poignet, avant de répliquer à son tour. En moins de deux échanges, il finit par se retrouver attaché au sol par une multitude de lianes magiques. Drago et Blaise ne firent pas plus de cadeaux à leurs adversaires, les envoyant tous au sol ou contre un mur. Arias en particulier fit face à un Chauvefurie ravageur que Drago invoqua avec fierté. Si elle avait été là, Ginny l'aurait probablement félicité. Le cours continua donc pendant plusieurs minutes sans encombre avant que la voix forte de Jedusor ne s'élève derrière Hermione. Il la défiait. Déglutissant un instant, elle ne montra rien de son trouble et accepta. A la vue des deux sorciers, les autres élèves s'écartèrent légèrement, inquiets. Personne n'avait jamais battu Jedusor au combat, et personne n'avait jamais vu quelqu'un l'affronter sans craindre d'y laisser sa peau. Pourtant, Hermione ne tremblait pas. Ce n'était pas la première fois qu'elle lui faisait face.
Très vite, les premiers sorts se mirent à fuser. D'abord inoffensifs et purement scolaires, ils se contrèrent tous deux sans la moindre difficulté. Une tension régnait pourtant entre eux et leur combat s'accéléra. Plus puissants et rapides, les sortilèges montèrent d'un cran, s'écrasant avec fracas contre les murs de la salle sans jamais toucher l'un d'eux.
Jedusor avait vu juste. Cette fille avait les réflexes d'une guerrière entraînée. Très vite, elle réussit à le surprendre d'un Expelliarmus cuisant qu'il ne put éviter et qui l'envoya s'écraser bruyamment contre un bureau. Ses trois fidèles le regardèrent avec effroi tandis qu'un silence presque mortuaire s'élevait parmi les élèves.
-Miss Jeanne ! s'écria Têtenjoy de sa voix haut perché. J'ai dit que je ne voulais aucun ble...
Mais la professeure ne put terminer sa phrase, interrompue par un sort noir foudroyant qui vînt s'écraser de justesse contre le Patronus d'Hermione, la projetant au loin à son tour. Jedusor apparût alors, le regard en feu, la tempe du front saillante et l'arcade égratignée. Elle avait franchi la ligne à ne pas dépasser. Sans lui laisser le temps de se relever, il l'accabla de maléfices noirs qu'elle ne put que contrer, sans répliquer. A ce stade, plus personne ne se battait autour d'eux. Ils étaient seuls, face à leurs haines respectives. Des enchantements de feu et de lames réussirent à entailler son bras et sa joue, mais les réflexes de guerre de la sorcière prirent rapidement le dessus à leur tour. Jedusor fit face à un Sectumsempra violent, puis à des sortilèges informulés relevant eux aussi de magie noire. Ils semblaient en transe, seulement guidés par leurs instincts de survie, incapables de s'arrêter et pourtant, il était aussi évident qu'ils se retenaient. Sur leurs lèvres, les rimes des sortilèges impardonnables flottaient tel des anges maudits. Ce n'est qu'entre deux maléfices que la professeure réussit à les désarmer par surprise, la figure rouge de colère.
-Assez ! Vous êtes ridicules ! Où vous croyez-vous ?! Nous ne sommes pas au front ! 100 points en moins pour Serpentard !
La sanction était sévère, pourtant, rien ne sembla les atteindre dans l'instant. Tom et Hermione se fixèrent sans sourciller, écoutant à peine les déblatérations furieuses de leur professeure outrée, qui leur assigna quatre heures de colle et décréta la fin du cours. Alors que les portes s'ouvraient derrière eux, Drago et Blaise attrapèrent avec force la jeune femme, l'entraînant au loin, à la suite des élèves impressionnés qui ne la quittaient pas du regard. Suffisamment éloignés de la foule dans un couloir isolé, les deux garçons l'examinèrent, inquiets. Du sang ruisselait abondement de sa joue jusque dans son cou tandis que sa robe entaillée laissait entrevoir une coupure sanguinolente profonde.
-T'es complètement folle ! Il aurait pu te tuer ! s'exclama Drago à voix basse, alors que Blaise faisait le guet.
-Je... Je suis désolée... Je ne sais pas ce qui m'a pris... Je...
Ses mots étaient confus et les battements de son cœur de plus en plus rapides. Elle avait commis une erreur. Une énorme erreur.
-Je suis désolée... Vraiment... Pardon... Je...
-Granger, calme-toi ! Respire.
-Non ! Je... J'ai presque déclaré la guerre à Jedusor ! J'ai... Je ne voulais pas ! balbutia-t-elle, pétrifiée d'horreur. Par Merlin, mais qu'est-ce que j'ai fait ?
-Tu lui a bien botté les fesses, dit Blaise, halluciné.
-Je nous ai compromis !
-Non, Hermione, calme-toi ! Tu lui as montré de quoi tu étais capable... Avec un peu de chance, il sera peut-être plus impressionné que furieux...
-Quoi ?!
-Ce que tu as fait était complètement suicidaire et insupportablement Gryffondorien, déclara Blaise. Mais Orion, Abraxas et Arias étaient sous le choc ! Complètement bouches-bée par tes capacités de combats !
-J'ai provoqué Jedusor !
-Il s'en remettra, mais toi, tu dois aller à l'infirmerie ! Il t'a bien amoché.
-Non, je... Je ferais mieux de rentrer dans ma chambre. Ça m'évitera d'empirer les choses pour le moment, souffla-t-elle, complètement dépassée.
-Mais...
-J'irai bien, ne vous en faîtes pas ! Vous, prévenez Harry et Ron et allez prendre la température de la situation. Je... Je vous rejoindrais ce soir à la Salle sur Demande, comme prévu...
Jedusor fulminait et enrageait au-delà du possible. Enfermé dans les toilettes du deuxième étage, les sifflements de son Basilique ne faisaient qu'accentuer sa haine.
Cette fille. Cette Hermione Jeanne l'avait affronté, comme personne n'avait jamais osé le faire. Et il saignait. Cette gamine sans importance l'avait fait saigner. C'était un affront. Une honte ! Mais cela lui aura permit d'apprendre une vérité : elle n'était pas une simple élève de Beauxbâtons. Elle était plus que ça, plus que ce qu'elle ne prétendait, tout comme ses deux gardes du corps. Drago et Blaise avaient eux aussi des capacités de combats non négligeables. Des capacités presque suspectes. Ils étaient habitués à se battre et plus important encore, ils étaient puissants et familiers à la Magie Noire. Mais cette hypothèse ne faisait que l'enrager davantage. Elle avait invoqué un Patronus... C'était l'une des formes de magie les plus instables au monde et pourtant, elle la maîtrisait. Sans parler du fait qu'il n'avait pas pu reconnaître la moitié de ses sorts informulés, pas plus que ce "Sectumsempra", dont il n'avait jamais entendu parler. Et cela l'inquiétait. Ces inconnus l'inquiétaient. Plongé dans un silence résonnant, il entendit la porte s'ouvrir sur ses trois complices. Orion, Abraxas et Arias, le regardèrent avec crainte et hésitation. Aucun d'eux ne s'était attendu à une telle tournure des événements.
-Maître ?
-La ferme Orion, cingla-t-il sèchement.
-Nous voulions juste savoir si vous alliez bien ? insista Arias inquiet.
-Pensais-tu vraiment que cette fille aurait pu me vaincre ?!
-Non ! Bien sûr que non, mon Maître ! paniqua-t-il.
-Alors ta question est vide de sens, évidement que je vais bien ! Je veux juste des réponses. Cette Hermione n'est pas commune, elle est... puissante, tout comme ces deux amis. Je veux plus d'informations, tout ce que vous pourrez trouver !
-Bien, Maître, assura Malfoy.
-Je veux un premier rapport dès ce soir ! Même lieu, même heure. Juste vous trois.
Cet ordre les fit frissonner d'angoisse. Aucun d'eux n'aimait être personnellement convoqué par leur Seigneur, et encore moins quand celui-ci était au bord de la crise de nerf.
-Allez-vous… Allez-vous relâcher le Basilique, Maître ? se risqua Orion en le voyant caresser du bout du pouce le serpent gravé sur le robinet.
-Je ne sais pas encore, dit-il simplement. Partez maintenant.
-Et il n'a pas quitté les toilettes ? s'étonna Harry après avoir écouté le récit de son amie.
-Non, pas pendant une heure après le départ de Malfoy, Black et Lestrange. La Chambre des Secrets n'apparaît pas, il y est peut-être descendu, souffla Hermione, la Carte du Marauder sur les genoux.
Les six sorciers s'étaient réunis comme convenu dans la Salle sur Demande. La jeune femme, le bras bandé et le visage fatigué, avait passé son après-midi dans sa chambre, à ruminer, espionner Jedusor et à traduire son fichu grimoire. La situation était critique et la culpabilité la rongeait. A elle seule, elle avait presque réussit à tout ruiner, et tout ça à cause de son orgueil.
-Arrête de t'en vouloir, lui souffla Ron, une main réconfortante sur l'épaule. Tu t'es défendue !
-J'aurais pu être plus maligne que lui ! J'aurais pu le laisser gagner !
-Il t'aurait alors considéré aussi faible que tous les autres. Mais tu lui as prouvé le contraire ! s'exclama Harry.
-C'est vrai. C'est toi-même qui l'a dit, on doit attirer son attention, appuya Blaise.
-Si ce n'était pas le cas, maintenant c'est certain…, soupira-t-elle. Comment les autres ont réagi ?
-Mon grand-père est encore plus raide dingue de toi ! Et les autres, ils n'arrêtent pas de poser des questions.
-Ils sont en mission. Jedusor a dû leur demander des explications, dit Blaise. Mais ils en savent trop peu pour que cela nous inquiète. A leurs yeux, on est juste des élèves un peu trop portés sur la Magie Noire et les sorts de combats. Ils n'ont pas la moindre idée qu'Harry et Ron sont nos atouts du côté Gryffondors.
-Encore heureux, mais il faudra se montrer plus prudents désormais. Je ne serais pas surpris qu'ils cherchent à nous suivre et à fouiner dans nos vies, déclara Drago. Et puis, tu as gagné l'attention de tout Poudlard en une seule matinée ! Tout le monde ne parle que de ça, alors mieux vaut rester discrets.
-J'aurais voulu voir ça ! rit Harry.
-Oh Merlin…, souffla-t-elle. Quand je pense que j'ai quatre heures de colle avec lui ce soir...
-Et du côté de Dumbledore ? demanda Drago d'une voix plus grave.
-Il est... vivant. C'est assez déroutant, mais pour le moment, lui non plus ne se doute de rien. Du moins, pas en ce qui nous concerne.
-On a surpris une conversation privée entre lui et Dippet, ajouta Ron. Il essayait de le mettre en garde contre l'influence de Jedusor sur les autres Serpentards, mais il n'y a pas cru. Pour Dippet, il est juste un élève modèle et charismatique qui sait se faire des amis.
-S'il savait...
-Vous êtes sûrs qu'il y en avait dix-sept ?!, reprit Harry, toujours choqué par ce chiffre.
-Certains. Il a recruté dix-sept Mangemorts et il ne va pas s'arrêter là.
-Vous... Vous pensez qu'on devrait... intervenir ? demanda Ron.
-Non ! claqua Hermione. Ron, on en a déjà parlé. Personne n'intervient ! C'est toute la ligne spatio-temporelle de notre époque qui en serait affectée, on ne peut se le permettre. Chacun de nous pourrait ne pas naître, ou Voldemort pourrait dominer le monde bien plus tôt. On doit s'en tenir à notre plan. Se rapprocher d'eux et essayer de collecter assez d'infos pour rentrer à la maison.
-Je sais mais... C'est frustrant…, dit-il. Savoir que des milliers de pauvres gens vont mourir à cause de lui, sans jamais pouvoir y faire quoi que ce soit.
Les sorciers comprenaient le point de vue du Weasley, et plus encore, ils le partageaient. Mais les risques étaient trop grands, et les résultats trop peu certains. Ils devaient s'en tenir à leur objectif. C'était tout ce qui comptait pour le moment.
Jedusor ne fit pas d'apparition pendant le dîner. Plus à l'aise en son absence, Hermione du cependant supporter les questions pesantes des trois Mangemorts décidés à ne plus la lâcher, les regards et commérages de toute l'attablée de Serpentard, et les coups d'œil curieux et insistants du reste des élèves. Même les professeurs avaient eu vent de l'incident, en particulier Dumbledore qui, désormais, ne cessait de l'observer à la dérobée à travers ses lunettes à demie-lunes. Une attention dont elle se serait bien passée, après une pareille journée. Mangeant à peine du bout de sa fourchette, elle se sentit libérée quand l'horloge sonna 20 heures, mais dû se rendre à l'évidence que c'était encore loin d'être le cas. Le pire restait à venir. Quatre heures de colle en compagnie de Tom Jedusor. Une punition plus sévère que Têtenjoy ne pourrait jamais imaginer. A cet instant, elle ignorait même si elle en sortirait en vie. Jedusor était si imprévisible, et impulsif... Allez savoir qu'elle vengeance il lui réservait. Car elle n'en doutait pas, le prix de son humiliation serait terrible. Elle avait franchi une limite tacite et allait devoir en payer les conséquences.
Quand elle arriva devant le bureau de sa professeure, elle fut surprise de voir Tom déjà présent. En pleine conversation avec elle, Hermione perçu des brides d'excuses pour son comportement et d'autre minauderies sorties d'un discours préparé à l'avance et surfait. Bien entendu, il ne voulait pas que son image soit entachée auprès de la hiérarchie de Poudlard, et encore moins à cause d'une perte de contrôle. Il voulait rester le brillant Tom Jedusor au comportement irréprochable. Une tactique utile et rodée qui servait ses intérêts. Retenant un frisson d'agacement, la Granger replaça son bandage mal fait sous sa manche et frappa à la porte entrebaillée. Quand elle entra, elle fut surprise de ne voir que deux bureaux, du parchemin et des plumes. Têtenjoy leur expliqua alors qu'ils devraient rester faire des lignes jusqu'à ce que l'horloge ait sonnée minuit. Et à cet Hermione commença à véritablement croire qu'elle était maudite. Elle s'était attendue à nettoyer des salles de classes ou des chaudrons, mais certainement pas à rester assise, à côté de Jedusor, pendant quatre heures d'affilées. Ravalant la bile montante dans sa gorge, Hermione préféra écouter sans rien dire et acquiesça docilement. Peut-être qu'avec un peu de chance, il ne lui adresserait pas la parole. Peut-être qu'il l'ignorerait. Du moins elle l'espérait. Quand Têtenjoy les laissa seuls, elle ne trouva que la prière pour se réconforter. Ils se mirent à écrire, silencieusement. Seul le son de la plume grattant le parchemin allégeait l'opacité du silence dans lequel ils s'étaient enfermés. Une première demi-heure passa, puis une seconde, et, pendant un instant, Hermione crut véritablement qu'il allait l'ignorer pendant la totalité de la colle. Mais de toute évidence, les dieux n'étaient pas de son côté ce soir. Alors qu'elle entamait un troisième rouleau de parchemin, il lui dit, d'une voix étrangement calme et posée :
-Tu n'es pas allée à l'infirmerie.
Elle crut d'abord qu'il s'agissait d'une question mais comprit son erreur en suivant son regard. Son bandage de fortune ensanglanté dépassait de la déchirure de sa robe. Gênée et presque honteuse, elle ne put que le rajuster du mieux qu'elle put, la face grimaçante.
-Pourquoi ? demanda-t-il.
-Pourquoi quoi ? s'agaça-t-elle.
-Pourquoi n'es-tu pas allée à l'infirmerie ?
Son ton était calme et froid à la fois. Aussi, elle ne comprenait pas le but de cette conversation.
-Ce n'est rien, répondit-elle simplement.
-Un sortilège de Magie Noire de dernier niveau, procurant des entailles profondes, douloureuses et difficiles à soigner, ce n'est rien ?
Ça y est. Il entrait dans le vif du sujet, et encore une fois elle s'était faite avoir, laissant en suspend plus de questions que de réponses aux yeux du jeune homme. Il n'avait cessé de l'observer à la dérobée depuis son entrée. Elle n'avait rien dit, ni même à la professeure, et s'était contentée de s'asseoir, un air de condamnée à mort sur le visage. Sa coupure à la joue semblait déjà presque guérie mais il n'en était rien de sa blessure au bras. Elle n'avait pas même pris le temps de la soigner et donnait l'impression de ne pas s'en inquiéter, comme si c'était une blessure mineure, ou une simple égratignure. D'où sa question. Car plus il la regardait, plus cette fille représentait pour lui un mystère opaque et tout bonnement insupportable.
-Peut-être que ton sortilège n'était aussi puissant que tu le pensais.
Elle n'avait rien trouvé de mieux à répliquer et commençait à regretter ses mots dès l'instant où le regard de Jedusor se durcit. Pour l'amour du ciel, pourquoi ne pouvait-elle pas tout simplement se taire ?
-Non, dit-il sombrement. Il l'était. De la Magie Noire s'infiltre actuellement dans ton sang, ne faisant qu'accroître ta douleur et ta fatigue. Et malgré tout, ta blessure ne semble pas te déranger.
-Elle ne me dérange pas.
-Pourquoi ?
Cet homme était insupportable, et ses questions l'étaient aussi. Elle n'était pas sûre de la réponse qu'il cherchait à entendre, ne faisant que l'agacer davantage. Oui, elle avait mal et oui, sa blessure la dérangeait, mais c'était le dernier de ses soucis.
-Tu cherches quoi, Jedusor ? demanda-t-elle finalement.
-A comprendre.
-Je t'ai déjà répondu. Cette blessure n'est pas aussi grave que tu le penses.
-Elle l'est. Mais ton détachement face à elle ne m'évoque qu'une seule hypothèse, déclara-t-il en posant sa plume.
-Laquelle ?
-Tu as connu pire.
La soudaineté de sa réponse la laissa sans voix pendant plusieurs secondes. Son Occlumencie étant activée, il n'avait pas pu fouiller son esprit. Et cela ne voulait signifier que quelque chose de plus terrifiant : il l'avait déduit. Résistant à l'envie de se frapper elle-même pour l'avoir laissé entrevoir un tel aspect de sa personne, Hermione baissa la tête et sourit. D'un geste lent, et sans jamais détourner son regard de sa manche, elle posa sa plume et lui fit face. L'éclat de ses yeux lui donnait l'impression de la sonder de l'intérieur.
-Ton affirmation est infondée. Tu ne sais rien de moi.
-C'est vrai. Mais je n'en ai pas besoin pour expliquer ce que je vois, dit-il.
-Et que vois-tu, Monsieur Je-Sais-Tout ?
Elle voulait l'agacer, l'énerver, faire le nécessaire pour qu'il se taise et la laisse en paix. Mais c'était sans compter sa détermination infaillible. Il lui donnait l'impression de voir clair dans son jeu, et elle détestait ça.
-Tu es intelligente, tu pratiques la Magie Noire, tu es relativement douée au combat, et de toute évidence, tu es endurante à la douleur.
-Et alors ?
-Alors, aucun élève de cette école ne possède le tiers de tout ça, expliqua-t-il.
-Et je suis censée me justifier parce que je ne suis pas aussi bête et inoffensive et que les autres ?
-Oui.
Elle ne s'était certainement pas attendue à une pareille réponse. Il ne demandait pas. Il ordonnait. Et son ton si impérieux ne put que lui rappeler celui de son propre Maître.
-J'ai suivi un entraînement spécial de défense à Beauxbâtons. Nous sommes en guerre, alors nos professeurs ont jugé pertinemment de nous apprendre à combattre. Drago et Blaise en ont aussi fait partie, si tu veux leur demander.
C'est Ron qui avait trouvé l'idée de ce stage d'entraînement, et c'était aussi devenue sa version officielle auprès des Mangemorts de Tom. Une version qui le fit plisser des yeux. Il ignorait s'il devait la croire ou non.
-Tu as d'autres questions, ou je peux retourner à mes lignes ?
Il ne répondit pas mais se détourna d'elle et reprit sa plume à son tour, lui permettant de respirer de nouveau. Elle ne savait pas s'il se contenterait de cette version, mais retrouva du réconfort dans le silence qui suivit leur échange. Un silence qui, cette fois-ci, ne fut pas interrompu et dura jusqu'à ce que les douze coups de la cloche résonnent dans le petit bureau.
Salut à tous ! J'espère que ce nouveau chapitre vous a plût ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé dans les commentaires !
L'intrigue se poursuit avec un Jedusor de plus en plus suspicieux à l'égard de nos héros ! Bientôt la suite ;) !
A très vite !
