Dernier chapitre avant l'arrivée en force de l'angst.

/corrigé!/

Bonne lecture.


Quand Venec rouvrit les yeux, les rayons du soleil baignaient la pièce d'une douce lueur dorée. Ses sens s'activèrent aussitôt et il se redressa rapidement. La première chose qu'il vit fut la porte en pierre entrouverte. Il se leva et se dirigea vers elle avant de s'interrompre et de s'assurer que son camarade dormait encore tranquillement. Le roi semblait être entouré d'un halo ambré éclatant, comme si quelqu'un avait posé une couverture étincelante sur lui. Cette vision bouleversa le bandit qui eut du mal à retrouver ses esprits, avant de s'extraire de la chambre discrètement.

La maison était silencieuse. Venec décida de faire un tour du propriétaire avant d'arriver dans une pièce occupée par la jeune fille qui les avait enfermés. Elle était allongée sur une banquette semblable à celle de l'atrium et lisait un vieil ouvrage tout en engloutissant une grappe de raisin.

Elle sentit la présence du contrebandier et, sans relever la tête de son livre, lui demanda s'il avait bien dormi. Venec ne sut pas quoi répondre, décontenancé par l'attitude de la jeune femme. Alors elle poursuivit.

« Vous avez mangé ?

- Euh... non.

- Alors servez-vous. »

Elle le regarda enfin et lui offrit un sourire qui semblait sincère. Soudain, une pensée frappa Venec et il sursauta légèrement.

« Est-ce que... quelle heure est-il ?

- Il est deux heures de l'après-midi. Pourquoi, vous avez quelque chose de prévu ? »

Venec relâcha son souffle. A 14h, il avait forcément quelque chose de prévu. Tendre une embuscade à des bourgeois sur la grande route, par exemple. Pour la première fois depuis qu'Arthur et lui avaient quitté l'île, il pensa à ses hommes qui devaient se demander où il était. Il avait tout abandonné pour venir ici, et ne s'en rendait compte que maintenant.

« Tout va bien ?

- Je... oui, tout va bien. »

Seulement, le ton de sa voix disait l'inverse. Son hôte ne s'en formalisa pas et désigna les plats de fruits et de pain étalés sur la table devant elle d'un geste de la main.

« Prenez place et mangez, s'il-vous-plait. J'ai quelques questions à vous poser. »

Venec lui jeta un regard suspicieux mais obtempéra. Cette fois-ci, il prendrait le temps de manger le bout de pain dont il se servait.

« Je n'ai pas de viande pour l'instant, mais ça sera peut-être le cas demain.

- Demain... ? Je croyais que vous vouliez qu'on parte le plus vite possible.

- C'est votre ami qui a dit ça. Cependant, vu son état, ça ne serait pas prudent de bouger, d'autant plus que l'endroit le plus accueillant dans lequel vous risquez de finir serait.. la rue, j'en ai bien peur.

- Vous acceptez qu'on reste ? » le ton de Venec se fit plus enthousiaste qu'il ne le voulut.

Son vis-à-vis lui lança un regard électrique.

« Seulement si vos réponses à mes questions me conviennent. »

Il apparut une certaine tension dans l'air, que Venec tenta d'ignorer en mâchant son morceau de pain. Un long soupir échappa à la jeune fille en face de lui qui tâcha de se détendre.

« Pour commencer, j'aimerais savoir comment vous vous appelez et d'où vous venez. Et par pitié, n'essayez pas de mentir, ça nous ferait perdre notre temps à tous les deux. »

Venec pinça ses lèvres, embêté.

« Je vais être le plus sincère possible avec vous, alors. Je m'appelle Venec et je suis né à Rome. Mon... hrm, métier ? m'a amené à voyager pas mal...

- Quel métier ?

- Bon, euh... j'ai surtout fait de la vente d'esclaves, mais j'ai appris à me diversifier, j'ai vendu des instruments de torture, organisé des combats de chiens...

- Je vois. Et votre ami ?

- Je ne veux pas parler de lui sans son accord... tout ce que je peux vous dire c'est qu'il s'appelle Arthur...us, et... et voilà.

- Ce n'est pas un esclave, ni un clodo, n'est-ce pas ?

- Bien sûr que non ! Il est même très important.

- Ah oui ? »

Venec leva les yeux au ciel, se maudissant.

« Bref, j'en ai trop dit. Et vous ?

- Moi ?

- Qu'est-ce que j'ai le droit de savoir sur vous ? »

La jeune fille sembla hésiter quelques secondes.

« Je m'appelle Kalupso. Je vis seule ici. Je travaille régulièrement pour des propriétaires qui organisent des réceptions dans leur villa, ce qui me permet de pouvoir ramener la nourriture qui est stockée ici, à défaut d'être payée. »

Le bandit se demanda quel genre de travail elle pouvait bien effectuer mais ne posa aucune question. L'atmosphère semblait s'être détendue, il voulait que ça reste comme ça.

« J'en conclus que.. si vous avez concédé à me parler un peu de vous, vous acceptez qu'on reste quelques temps ?

- Le temps de remettre votre ami sur pieds, oui.

- Merci. »

Ils échangèrent un sourire pour la première fois.

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Arthur avait été surpris d'apprendre à son réveil que leur présence était acceptée. Il avait d'abord eu peur que Venec ait menacé la jeune fille -Kalupso, apparemment- mais cette dernière semblait plutôt détendue en sa présence, donc il en avait conclu que les deux avaient trouvé un terrain d'entente. Puis vu le caractère de leur hôte, elle ne se serait pas laissée faire. Elle était d'ailleurs en train d'insister lourdement pour qu'il prenne un bain, appuyée par le bandit.

« Un esprit sain ne peut exister que dans un corps sain. » avait-elle dit.

Le roi espérait que Venec n'avait pas vendu la mèche par rapport à sa santé mentale assez défaillante. Tout le royaume de Bretagne était déjà au courant, ça suffisait bien.

Les deux romains remarquèrent qu'Arthur était sur le point de se rendormir et décidèrent de prendre les choses en main. Le bandit s'avança vers lui avec un sourire déterminé et le redressa sur le lit en le tenant par les épaules.

« Allez Si- Arthurus ! Ça va vous faire du bien.

- Je vais faire couler le bain. Vous êtes dedans dans dix minutes. Hors de question que vous dormiez dans mes draps sans un minimum d'hygiène. Ah, et vous me ferez le plaisir de me laisser virer ça là. » déclara Kalupso en désignant les cheveux et la barbe qui mangeaient une bonne partie du visage du souverain. Sur ce, elle sortit en laissant Venec aider un roi qui mettait beaucoup de mauvaise volonté à sortir de son lit. Le contrebandier se pencha plus près de lui pour lui murmurer :

« Je vous ai pas amené ici pour que vous vous laissiez mourir comme à Tintagel. Alors vous allez me faire le plaisir de faire des efforts pour retrouver un minimum de condition physique. Le moral reviendra avec. »

L'ancien roi jeta un regard surpris à Venec qui n'avait jamais osé lui parler aussi ouvertement. Un sourire illumina le visage de ce dernier.

« Ben quoi, vous êtes plus roi. Vous pouvez pas m'ordonner de ne pas vous aider. On va vous remettre sur pieds, vous allez voir. »

Arthur soupira à s'en fendre l'âme.

« Pourquoi je ne suis entouré que de gens bornés ? »