TW mention de sang.
Chapitre corrigé.
Bonne lecture!
Il eut l'impression que son corps devenait dix fois plus léger alors que l'eau chaude l'enveloppait. Un savon avait été mis à sa disposition sur une petite table en bois à côté de lui, ainsi qu'une éponge.
Une fois arrivé dans la salle de bain, soutenu par Venec, Kalupso lui avait demandé s'il voulait que son compagnon ou elle-même reste pour l'aider. Il avait rougi sans pouvoir se contrôler et leur avait dit qu'il se débrouillerait.
Il avait bien galéré dix minutes avant de réussir à se déshabiller mais au moins il n'avait pas l'impression d'être un vieil homme assisté. Maintenant, il essayait de respirer calmement et de se détendre. Il aurait bien tout le temps de se savonner plus tard.
Il repensa à la manière dont la jeune fille s'était comportée avec lui. Elle était restée polie et ne lui avait pas mal parlé, loin de là, mais malgré son jeune âge elle avait pris les choses en main et n'avait laissé aucune possibilité de refus.
Le souvenir de la fois où il avait dû accompagner l'Imperator dans les rues de Rome s'imposa tout naturellement à lui, faisant naître un sourire sur ses lèvres. Lui aussi avait dû se montrer ferme à un moment donné, pour ne pas risquer de mettre César en danger. Les yeux fermés, il se remémora cet après midi en présence de celui qu'il avait considéré comme un mentor. Il se revit dans les rues étroites du quartier pauvre, alpagué par des vendeurs de toutes sortes, le regard rivé sur le dos du vieil homme qui marchait devant lui. Il sentit la chaleur du soleil sur sa peau, qui était bronzée à l'époque. Il entendit les voix curieuses des gens qui se rassemblaient autour de leur petit groupe, se demandant pourquoi des soldats impériaux escortaient un vieillard. Il se souvint du toucher des pêches qu'il avait achetées en masse pour satisfaire les désirs de César. Il revit sa mine renfrognée lorsqu'il lui avait avoué son problème. Il aperçut son regard surpris alors qu'il lui avait confié son propre secret.
Le cœur d'Arthur se serra. Il s'était marié pour la première fois, ce jour là. Tant de choses s'étaient produites, depuis...
Sa respiration se fit plus difficile. Son ventre se contracta avec violence et il eut envie de vomir, bien que son estomac était vide depuis longtemps. Son cœur se mit à battre plus fort et à provoquer un vacarme assourdissant dans sa tête.
Il revit le visage d'Aconia, tordu sous la force de sa tristesse. Les larmes que retenaient ses yeux avec peine alors qu'elle lui lançait sa robe de mariage, rouge comme le sang qui caressait la peau de l'Imperator qui macérait dans son bain. Rouge comme le sang qui s'échappait du corps de son meilleur ami, mort par sa faute. Rouge, sans doute, comme le sang qu'il avait lui-même fait couler, sans regarder derrière lui.
Son souffle se bloqua, il eut l'impression de se noyer bien que sa tête était encore largement au dessus de la surface de l'eau. Il ne put maintenir ses yeux fermés, d'épaisses larmes pesant contre ses paupières jusqu'à ce qu'elles ne cèdent. Alors son regard brouillé se posa sur les rebords de la baignoire. Il se souvenait maintenant. C'était ici, dans cette pièce, qu'on l'avait guidé le premier jour de sa venue à la villa. Il s'était lavé dans ce bain. L'odeur de lavande devint insupportable. Arthur se redressa précipitamment, ses mains agrippant les rebords avec fermeté. Il recherchait désespérément un peu d'air. Seulement, son corps ne semblait pas vouloir en accueillir. Les battements dans sa tête se firent plus sourds encore, et il eut l'impression que le temps s'arrêtait.
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« Ça fait un moment qu'il y est, non ? Vous pensez qu'il a eu le temps suffisant pour se laver ? » demanda Kalupso.
Venec haussa les épaules.
« Peut-être qu'il prend son temps, tout simplement... »
La jeune femme fronça les sourcils, peu convaincue, et reprit la lecture de son livre. Néanmoins, au bout de quelques secondes, elle leva de nouveau la tête.
« Vous ne voulez pas aller voir ?
- Pour quoi fai- ... »
Venec s'interrompit en voyant le visage crispé de son hôte. Il ne voyait pas de raison de s'alarmer, et pourtant une boule de stress commença à prendre forme dans son estomac.
« C'est pas vrai que vous allez commencer à me faire flipper ! » Pesta-t-il.
Il se leva et se dirigea vers la salle de bain.
