Le bilan de l'attentat de Grindelwald n'était pas reluisant : vingt-six morts pour plus d'une centaine de blessés. Le Ministre de la Magie n'avait pas eu d'autre choix que d'officialiser le retour fracassant du Mage Noir. Les rumeurs avaient dit vrai, mais ce qu'ils ignoraient était la raison de son acte. Les investigations ne faisaient que commencer au sein du Ministère de la Magie, pourtant, personne ne supposait ce que Dumbledore avait deviné ce jour-là et ce qu'Hermione et ses amis savaient avec certitude. Grindelwald possédait la baguette de Sureau. Il avait voulu narguer son ancien ami, d'où son choix de cible et de jour. Quoi de mieux pour s'annoncer qu'une explosion dans un stade remplit d'enfants et d'adolescents ? Le château avait été fortifié après ça et de nombreux parents traumatisés avaient décidés de déscolariser leurs enfants jusqu'à la fin de la guerre. Une décision compréhensible, qui avait principalement désemplit les salles de classes des premières et deuxièmes années. Ils étaient les plus vulnérables et les sorciers furent soulagés de les voir partir. Personne ne devait endurer ça aussi jeune, et ils savaient de quoi ils parlaient. Blaise avait été le plus gravement blessé de tous. Ses fractures s'étaient avérées bien plus graves que les médecins ne l'avaient cru, requérant une opération magique en urgence ainsi qu'un long traitement de potion réparatrice au goût infâme. Malheureusement, la médecine de cette époque n'était pas aussi efficace que celle à laquelle ils s'étaient habitués ; aussi, Hermione avait pris la liberté d'ajouter ses propres préparations à celles qui lui étaient prescrites. Drago, lui, s'était retrouvé enfoui sous les gravats de la Tribune d'Honneur, l'épaule disloquée et le poignet cassé. Quant à Ron, le pauvre n'avait pas repris connaissance avant deux jours, victime d'une violente commotion dû à sa chute lors de l'explosion. Hermione et Harry avaient eu le plus de chance et s'en étaient sorti avec quelques entailles, mais les dégâts n'étaient malheureusement pas que physiques.

Cette attaque leur avait rappelé que malgré leur provenance et leur savoir, ils n'étaient pas à l'abri de la guerre qui sévissait ici. Leurs vieux démons étaient revenus les hanter, les empêchant de dormir la nuit et leur causant un stress qu'ils n'avaient plus ressenti depuis longtemps : celui de ne pas savoir s'ils seraient encore tous en vie le lendemain. Ils ne seraient pas épargnés, et cette certitude fit ressortir en eux leurs vieux réflexes qu'ils avaient cru enfouis. Ils veillaient à ne plus se mettre dos aux fenêtres, regardaient toujours par-dessus leurs épaules, gardaient leurs baguettes non plus dans leurs poches mais à disposition dans leurs manches, et allaient jusqu'à ne plus sortir sans un bandage de secours ou une boite d'antidouleurs sur eux. Ces réflexes, ils auraient voulu les oublier et se croire en sécurité. Mais depuis l'attaque, c'était tout bonnement devenu impossible. Hermione se surmenait plus que son corps ne pouvait l'endurer, à tel point que Drago avait été obligé de mettre des somnifères dans sa nourriture. Elle dormait désormais encore moins qu'avant et ne souhaitait qu'une chose : finir sa traduction. Mais sa santé s'affaiblissait et ça, les garçons ne pouvaient le tolérer. Depuis qu'ils avaient tous failli se perdre, leur relation s'était approfondie. Ils n'étaient plus de simples camarades choisis par le hasard pour affronter leur destin, mais une sorte de famille. Harry n'avait pas simulé ses larmes de soulagement en voyant Drago sain et sauf. Tout comme Malfoy n'avait pas fait semblant d'hurler après une infirmière à cause d'un mauvais bandage fait à Ron. Ils devaient tous veiller les uns sur les autres, maintenant plus que jamais. Il ne se passait plus un jour sans qu'ils n'essayent tous de se réunir dans la Salle sur Demande, prêts à faire front. Car cette mésaventure leur avait causé un second problème : Jedusor.

Ce dernier les suspectait plus que jamais. Et cette fois, ce n'était pas qu'Abraxas, Orion ou Arias qui devaient les surveiller, mais bien tous les Mangemorts qu'il avait à sa disposition. Un véritable escadron privatisé à leur attention, et donc trois fois plus de difficultés à faire profil bas. Tom n'avait pas de nouveau confronté Hermione depuis l'attaque, mais il ne la perdait plus une seconde des yeux. Il était obsédé, fou et enragé de ne pas savoir ce qu'il se tramait sous son nez. D'autant que les trois Serpentards n'étaient plus ses seules cibles. Un roux, semblable à Septimus Weasley et le brun à lunette, étaient eux aussi dans sa ligne de mire. Ron et Harry, deux élèves provenant de Salem et arrivés à Poudlard le même jour qu'eux. Ce n'était pas une coïncidence, loin de là. Il le savait. Il l'avait vu à leurs regards en coin, leurs sourires à mi- lèvres et leur comportement après l'explosion. Ils se connaissaient tous et tenaient les uns aux autres. Pourtant, aucun d'eux ne s'adressait la parole. C'était incompréhensible, de quoi devenir fou, et pourtant, c'était vrai. Pas un mot, une accolade ou interaction depuis le début d'année, rien... Mais un rien que Tom soupçonnait. Ils étaient tous de mèche depuis le début et cachaient quelque chose. Il en était certain, mais il ne savait pas quoi. Pendant un instant, il s'était demandé si ce n'était pas Dumbledore qui avait pu manigancer tout ce cirque et les embaucher pour le faire tomber, mais cela ne tenait pas debout non plus. Non, il y avait autre chose. Quelque chose de plus gros et plus grave qui les poussait à tous de faire semblant, et de jouer un rôle. Il ne savait pas quoi, mais trouverait tôt ou tard les réponses à ses questions, quitte à user de tous les moyens nécessaires.


-Merlin merci, vous êtes là ! s'exclama brusquement Hermione en entrant en trombe dans la Salle sur Demande, où les garçons l'attendaient.

Inquiets par sa note de réunion en urgence, c'était pourtant la première fois depuis longtemps qu'ils la voyaient avec un aussi grand sourire aux lèvres. Les bras chargés de livres et de notes volantes, elle se précipita vers eux, ses cheveux désordonnés, auréolant sa tête. A la vue de ses cernes, ils comprirent qu'elle n'avait probablement pas encore dormi de la nuit, mais elle ignora leurs regards réprobateurs et étala ses recherches sur la table.

-Hermione, le petit déjeuner commence dans dix minutes, si Orion ne nous voit pas, il...

-Je sais, je sais, il préviendra Jedusor. Mais je n'en ai pas pour longtemps, promis ! dit-elle en fouillant frénétiquement dans ses calepins.

-Pourquoi tu voulais nous voir ? Il y a un problème ? demanda Ron, inquiet.

Elle eut du mal à cacher son sourire. Ses nuits blanches avaient enfin payé.

-Je... Je crois que j'ai trouvé un moyen d'invoquer l'Esprit du Temps, souffla-t-elle, surprise elle-même par ses mots.

-Vraiment ?!

-Oui ! Je... Je ne pensais pas y arriver mais j'ai finalement traduit un passage, qui détaille le processus d'invocation de tous les Plus Grands Esprit Supérieurs ayant jamais existé dans le Monde Magique. C'est un peu long à faire mais... C'est possible.

L'énormité de la nouvelle les laissa tous sans voix, partagés entre un sentiment de délivrance et de stupéfaction. Hermione n'arrivait pas encore à y croire elle-même, pourtant c'était vrai. Ils avaient peut-être une chance de s'en sortir.

-Comment on fait ?

-C'est un rituel sacré, très ancien et dangereux... Déranger un Esprit du Temps est un sacrilège, alors on devra être sûrs de nous, on n'aura pas de deuxième chance.

-Cette folle a failli nous tuer, gronda Blaise, ses béquilles en main. La moindre des choses est qu'on la dérange un peu.

-Je n'ai pas fini de tout traduire, mais il nous faudra beaucoup d'ingrédients rares et spécifiques. Une fois qu'on les aura réunis, on devra les préparer en une espèce de potion dont je n'ai pas encore compris les propriétés, mais il sera impératif qu'on la boive tous un soir où, je cite, "la lune ne vit plus".

-Pardon ?

-La Nouvelle Lune, comprit Drago. Elle n'est pas visible dans ces moments-là. Ça ne peut être que ça.

-Depuis quand tu t'y connais en Astrologie ? demanda Ron, railleur.

-Il m'arrive d'écouter en cours, moi aussi !

-Ensuite, c'est là que les choses se compliquent un peu…, grimaça la jeune femme.

-C'est-à-dire ?

-Et bien... La raison pour laquelle ce rituel d'invocation n'a jamais été achevé par personne, est que pour invoquer un Esprit, il faut lui offrir quelque chose en échange.

-Offrir ? Comme une offrande ?

-Oui, mais par n'importe quelle offrande. Il est dit que pour qu'un Esprit puisse franchir la porte des mondes qui nous séparent, nous devons sacrifier une âme...

-Quoi ?!

-Tu veux dire... Tuer quelqu'un ?! paniqua Harry.

-Pas exactement. L'âme devra être celle de quelqu'un de très, très puissant. Elle sera perçue comme un échange équitable et reliera l'Esprit au monde des vivants. Elle lui permettra de communiquer avec nous, mais... Elle restera à jamais piégée dans le Monde des Esprits une fois le rituel accompli. Celui qui aura sacrifié son âme ne mourra pas mais... On ne peut pas dire qu'il vivra non plus, expliqua-t-elle d'une petite voix. J'espérais qu'il y ait un autre moyen, mais les conditions sont très claires... Quelqu'un doit payer le prix...


Les sorciers ne savaient pas comment réagir face à l'annonce du prix à payer pour leur ticket de sortie. Toute la journée durant, ils avaient pensé et réfléchi à la moindre alternative possible et imaginable, pourtant, cette fois, ils craignaient bien qu'il n'y en ait pas. Hermione approfondi ses recherches, cherchant la moindre faille orthographique ou allusion qui pourrait les empêcher d'avoir recours à un tel procédé, mais plus les pages de son livre s'éclaircissaient, plus elle désespérait. Blaise et Drago n'aimaient pas la tournure des évènements, mais comme toujours au cours de leur vie, jamais ils n'avaient eu de véritable choix. En quoi cette époque dérogerait-elle à la règle ? Les Gryffondors, eux, n'arrivaient pas à avaler pareil recours, encore moins pour leur compte personnel. Affligé par une décision aussi immorale à prendre, Ron soupira, les yeux rivés sur ses notes à moitié écrites. Depuis une heure déjà il écoutait distraitement les instructions de son cours de Métamorphoses, pourtant, rien n'aurait su dévier son esprit du problème qui les incombaient de nouveau. Un mauvais pressentiment le taraudait et cette fois, il doutait qu'ils puissent trouver une solution seule... Sa bouche s'assécha d'anxiété quand la fin de l'heure retentit. Hermione et Harry allaient probablement vouloir le tuer pour ce qu'il s'apprêtait à faire, et peut-être même Blaise et Drago. Pourtant, il ne voyait pas d'autre issue. Ils avaient besoin d'aide.

-Professeur ? demanda-t-il timidement, alors que la classe se vidait derrière lui.

-Si c'est pour votre devoir Monsieur Whisppert, je regrette, mais je ne peux pas modifier votre note, déclara Dumbledore en rangeant ses cours d'un coup de baguette.

-Non, non, ce n'est pas pour ça.

-Alors qu'y a-t-il ?

Il le regarda, confus et gêné. Jamais depuis son arrivée il n'avait osé s'adresser directement à lui. C'était comme parler à un souvenir, une image sur le point de s'évaporer pour laisser place à la douloureuse réalité... Et cette sensation lui tordait le ventre. Il le détailla un instant, le souffle court. L'attentat l'avait affecté, lui aussi. Bien que Dumbledore n'ait pas été blessé, il n'était pas difficile de voir la culpabilité le ronger. Il était plus distrait, inquiet et fatigué, scrutant sans cesse le ciel depuis la fenêtre de son bureau, craignant d'apercevoir de nouveau le même sourire qui le hantait depuis le jour du match. Il n'avait pas encore répondu aux lettres incessantes du Ministre de la Magie requérant son aide d'urgence contre Grindelwald. Ron le comprit à son regard délavé d'indécision, et déglutit, davantage intimidé. Cet homme avait déjà tellement accompli...

-Je... Je me posais une question.

-Je vous écoute, dit-il en lui offrant l'un de ses sourires douloureusement chaleureux.

-Je dois un rendre un exposé en Histoire de la Magie sur un sorcier ayant marqué l'évolution de la magie. J'avais pensé à Garett Linch et je me demandais si vous pouviez m'aider à comprendre quelques points de sa vie ?

-Un très grand sorcier, Linch ! Oui, très grand... Bien que porté sur la Magie Noire et les arts obscurs. Un sujet intéressant à traiter, Monsieur Whisppert ! Linch était un ami, je suis sûr que je peux vous donner quelques conseils ! dit-il, ravi.

-Il est dit qu'il serait mort lors d'un rituel de magie très ancienne. Un rituel qui lui aurait permis d'invoquer un Esprit.

Le regard de Dumbledore se rétrécit légèrement. De toute évidence, il ne s'attendait pas à ce que son élève soit aussi bien renseigné, la mort de Linch faisant l'objet de beaucoup de controverses au sein des historiens de la magie. Sa main jouant avec sa barbe, il se racla la gorge, à la recherche de ses mots.

-C'est l'une des hypothèses en effet. Mais je doute qu'elle soit vrai. Ce vieux fou était puissant, oui, mais personne ne peut invoquer un Esprit dans le monde des vivants. Ça n'a jamais été fait.

-Je sais bien, mais ses recherches l'ont poussées à réaliser le rituel malgré les risques alors, pensez-vous qu'il ait pu trouver un moyen ?

-Pour faire quoi ?

-Pour invoquer un Esprit.

Ron était intérieurement pétrifié. Il prenait d'énormes risques à cet instant, mais il devait savoir s'ils pouvaient éviter un tel sacrifice. Aussi, il était persuadé que seul Dumbledore saurait leur répondre. Il savait toujours tout.

-Je ne comprends pas bien votre question Monsieur Whisppert. Est-ce à propose de Linch ou de l'invocation d'esprit ?

-Des deux, à vrai dire.

Ses yeux plissés de doutes le sondèrent méticuleusement derrière ses lunettes. Ron pouvait percevoir son hésitation. De toute évidence, leur discussion prenait une tournure qu'il ne semblait pas apprécier. Sans lâcher sa barbe, il fit quelques pas jusqu'à sa fenêtre, un air pensif sur le visage. Depuis leur salle, on pouvait percevoir les tours détruites du stade. Dumbledore les fixa, la gorge serrée, avant de déclare :

-Les rituels d'invocations sont peu connus et très dangereux. Seuls quelques fous s'y sont risqués et l'on amèrement regretté. Linch et moi étions proches, et, avant sa mort, j'avais remarqué à quel point ses rituels étaient devenus importants pour lui. Peut-être même un peu trop. Un jour, il m'a dit qu'il était sur le point de réaliser l'accomplissement de toute sa vie, mais qu'il y avait un prix à payer... Celui d'une âme. Mais il a échoué. La preuve, il est mort ! Je ne peux donc que vous déconseiller d'approfondir votre exposé sur un pareil sujet.

-Je suis juste curieux, insista-t-il. Mais je ne comprends pas, il a échoué, parce qu'il a refusé de payer le prix ?

-Non ! reprit-t-il en lui faisant face. Linch a payé le prix. Il a sacrifié l'âme d'un innocent.

-Mais il est quand même mort ?!

-Hum hum...

-Pourquoi ? paniqua-t-il.

-Parce qu'il ne suffit pas de choisir une âme au hasard pour invoquer un esprit. Linch avait trop confiance en lui. Il n'avait pas compris que l'âme dont il avait besoin devait être puissante.

-Puissante comment ?

-Ce n'est pas à la portée de tout le monde d'invoquer un Esprit, mais ce n'est pas non plus facile de trouver une âme suffisamment forte pour supporter un voyage entre les mondes, poursuit-il en s'asseyant dans son fauteuil. A vrai dire, c'est presque impossible. Et le pauvre bougre s'est fait avoir.

Le jeune sorcier déglutit. L'hypothèse qu'ils puissent tous échouer malgré le sacrifice ne lui était pas venu à l'esprit. De toute évidence, avoir les réponses à leurs questions ne suffirait pas à les sortir de ce pétrin. Une fois de plus, ils allaient devoir jouer avec des forces qui les dépassaient de loin, sans aucune garantie de succès et avec leurs vies dans la balance. Une habitude qu'il aurait préféré éviter.

Le destin s'acharnait.

-Si j'avais un conseil à vous donner, Monsieur Whisppert, ce serait d'être prudent. Je ne doute pas que vous trouverez de quoi vous documenter davantage à ce sujet, mais prenez garde... Le temps, comme les Esprits, sont des choses étranges, que le commun des mortels ne peut pleinement comprendre.

Un sourire. Un clin d'œil. Et Ron senti sa gorge se serrer, au point de ne presque plus pouvoir respirer.

-Merci pour votre temps, professeur, dit-il finalement après quelques secondes de silence.

-Monsieur Whisppert ? l'interpella-t-il alors qu'il s'apprêtait à partir.

-Oui ?

-Bonne chance pour votre exposé.

Un autre sourire se mit à flotter sur ses lèvres. Un sourire que Ron ne connaissait que trop bien et qui l'intimida davantage. Dumbledore n'était pas n'importe quel sorcier. Et il n'était pas non plus né de la dernière pluie. Alors qu'il le saluait une dernière fois, le jeune sorcier ne put s'empêcher de se dire qu'il savait, qu'il savait tout. Car rien ne pouvait lui être caché. Il ne su pas si cela était vrai mais préférait ne pas le découvrir, le cœur brusquement lourd de nostalgie et d'inquiétudes.


Tom enrageait. Le rapport d'Abraxas ne lui plaisait pas. A vrai dire, il ne présageait que ce qu'il avait toujours redouté. Ron Whisppert s'était entretenu avec Dumbledore aujourd'hui. Une discussion privée à la sortie d'un cours, dont son Mangemort n'avait pu entendre que des brides informes et sans le moindre sens. Pourtant, cela ne faisait que confirmer ce qu'il pensait. Ce Ron n'était pas net, et son interaction avec le professeur de Métamorphoses ne le rendait que plus suspect à ses yeux. Agacé, il rangea ses livres dans son sac et parti vers la Grande Salle. Toute son aura vrombissait de colère, auréolant son être d'une force inquiétante que personne ne pouvait manquer. Il avait du mal à contenir le feu qui se déversait dans ses veines et ne prit pas le temps de s'excuser en bousculant un première année au détour d'un couloir. L'étincelle de ses yeux courrait dans son regard et ses poings se serraient machinalement, allant jusqu'à faire blanchir ses phalanges. L'incompréhension et le doute le rendaient fou. Ses théories se concrétisaient, tout comme elles se démentaient toutes seules. Et il détestait faire du sur place. Il devait trouver une autre stratégie pour les atteindre ; les confronter, les démasquer... Mais là encore, il avait trop peu de preuves et d'éléments pour prendre une décision. Hermione, Drago et Blaise ne lui inspiraient pas confiance, pas plus que les deux Gryffondors, mais au point de les considérer comme une véritable menace ? Il ne savait pas. Leurs comportements étaient bien trop étranges et les cerner s'avérait être bien plus compliqué qu'il ne l'aurait cru. Toujours plongé dans ses pensées, il se stoppa brusquement, surpris. Devant lui se dressait la porte de l'infirmerie. Incertain, il regarda autour lui, les sourcils froncés, sans comprendre comment il avait pu arriver jusque-là alors qu'il se souvenait s'être dirigé vers la Grande Salle. Dépité, il soupira de fatigue. Ces doutes et inquiétudes l'obsédaient au point de lui faire oublier où il allait. Il s'apprêta à faire demi-tour quand un courant d'air s'éleva violemment autour de lui, lui donnant la chair de poule. Il vit les torches osciller fébrilement aux murs, alors que sortit de nulle part dans le silence plus complet, un murmure se mit à résonner en lui. Inaudible et envoûtant, il se propagea dans tout son corps et le paralysa sur place dans un frisson incontrôlé. Impassible, son cœur s'accéléra malgré tout et sa baguette s'anima dans son poing. Il crut halluciner pendant plusieurs secondes mais sursauta brusquement quand la porte de l'infirmerie s'entrebâilla dans un grincement strident. Quelque chose n'était pas normal ; il pouvait presque le palper dans l'air. Il s'arma sans sourciller, pensant à une farce de la part d'un fantôme, mais dû se rendre à l'évidence qu'il était seul. Seul dans un couloir devenu étrangement glacial et dont une onde frissonnante de plus en plus forte s'échappait. Une voix se mit alors à hanter son esprit agité. Semblable à un écho, un souffle, Tom crut cependant la reconnaître depuis les méandres de ses murmures. Elle lui semblait familière, et, plus confus que jamais, il choisit de se laisser guider, intrigué par la douceur de son appel. Il s'élevait depuis l'infirmerie et ne s'adressait qu'à lui, comme un refrain muet et pourtant entêtant. Baguette en avant, il fit face à des rangées de lits vides et quelques blessés endormis ; pourtant, la voix ne se tarit pas et l'envahit d'avantage, l'appelant sans cesse dans l'obscurité grandissante du crépuscule. Il avança sans comprendre, incapable de lutter. Ses jambes le guidèrent d'elles-mêmes au fin fond de la salle, laissant apparaître les immenses fenêtres où la nuit impénétrable du soir se reflétait. Rien ne bougeait ici, et pourtant, Tom continua d'avancer jusqu'à une aile réservée aux blessés les plus graves. Il ne vit d'abord rien à part quelques élèves encore en mauvais états après l'attaque de Grindelwald, jusqu'à percevoir de nouveau la voix de cette femme. Elle était plus forte, plus nette, et plus désespérée que jamais. Son cœur s'emballa sans qu'il ne comprenne pourquoi, et tout son corps se retrouva tiré en avant par une force inconnue qui lui coupa le souffle. Pétrifié, c'est là qu'il la vit, au fond d'une section d'isolement. Son regard resta focalisé, bloqué sur le seul objet de sa nouvelle attention. C'était elle. Elle qui l'appelait. L'inconnue plongée dans le coma.

Immobile sous ses draps, elle paraissait à peine en vie. Sa pâleur de mort contrastait avec la chaleur de ses cheveux flamboyant. Du véritable feu sur la glace. Un feu qui subjugua le jeune homme, le souffle toujours coupé dans sa gorge. Il avait déjà entendu parler d'elle, et la soupçonnait même d'être l'un des secrets de Jeanne. Pourtant, c'était bien la première fois qu'il l'apercevait depuis son arrivée. Sans rien dire, il s'approcha, persuadé de ne pas rêver, ni même d'être fou. C'était elle. C'était elle qui l'appelait. Il ignorait comment et pourquoi, mais une intime certitude lui enserrait douloureusement la poitrine.

Il pouvait le sentir. Cette fille le connaissait, l'appelait, le suppliait furieusement de ses murmures silencieux et à peine audibles. Il s'assit doucement, encore incertain de la réalité de son corps presque translucide, et l'étudia de ses yeux hérissés. Ses longs cils couvraient ses yeux clos par un mal inconnu et ses tâches de rousseurs peignaient ses joues de leur vivacité insolente. Quand il la détailla, quelque chose en lui se mit à le déranger, à s'agiter dans sa poitrine, sans qu'il ne puisse en comprendre les raisons. Une force dont il ignorait tout l'attirait vers elle, le torturant d'une douleur qu'il ne connaissait pas jusqu'alors. C'était fort, puissant, incontrôlable et insupportable. Il se sentait happé par un courant, et avant même qu'il n'en se rende compte, il prit sa main dans la sienne. A cet instant, au contact de sa peau sur la sienne, c'est une véritable décharge électrique qui l'envahit. Une vague plus forte que tout ce qu'il n'avait jamais connu jusque-là et qu'elle le submerge. C'est tout son être qui se mit à vibrer de cette force inconnue et, avant même qu'il ne puisse réagir, elle le plongea dans la plus totale des obscurités.


Hermione soupira devant la traduction de son grimoire. Encore une soirée entière à passer enfermée dans la bibliothèque sans apprendre plus d'informations qu'elle n'en avait déjà. Le sacrifice était aussi inévitable qu'essentiel ; il n'y avait pas d'autre alternative. Harry et Ron restaient farouchement opposés à cette inéluctabilité et elle comprenait pourquoi, mais l'idée de rester coincés en 1944 lui donnait la nausée. C'était impossible, ils ne pouvaient pas se le permettre, aussi bien pour eux que pour leurs enfants. Rester ici signifiait dire adieu à tout ce qu'elle avait toujours connu, tout ce pourquoi elle s'était battue, et plus grave encore, cela signifiait dire adieu à Kai, Scorpius, Magnus, Katherine et Elias. Kai naîtrait à la fin de leur guerre et serait élevé par Bellatrix, tandis qu'aucun des enfants de Ginny et du Maître ne verrait le jour. Un sort cruel et égoïste qu'elle ne pouvait envisager sans sentir son cœur se faire poignarder. Elle savait au fond qu'elle était prête à faire ce sacrifice, même si cela signifiait condamner un innocent, mais Ron et Harry le seraient-ils un jour ? Elle l'ignorait et cette incertitude la paralysait de peur. Plus ils restaient, plus Jedusor risquait de leur mettre des bâtons dans les roues. Il fallait agir au plus vite et leur crise de moralité leur faisait perdre un temps précieux. Un temps qu'ils ne pouvaient se permettre de gaspiller. Fatiguée, elle rassembla ses affaires qu'elle rangea soigneusement dans son sac. Le dîner était fini depuis près d'une heure déjà, et le couvre-feu ne tarderait pas à sonner, ce qui signifiait que Jedusor ne tarderait pas à rôder.

Silencieusement, elle s'engagea dans les couloirs déserts et prit la direction des dortoirs. Ses yeux piquaient de fatigue, et alors qu'elle retenait un bâillement, elle se stoppa brusquement. Face à elle, la silhouette sombre de Tom s'élevait. Immobile devant les portes de l'infirmerie, il la fixa sans rien dire, un air presque surpris et désappointé collé sur le visage. De toute évidence, il ne s'attendait pas à la voir ici. A sa vue, elle leva les yeux au ciel et maugréa silencieusement. Bien entendu, il fallait qu'elle le croise... Mais elle ne voulait pas le voir ce soir, et encore moins lui parler ou éviter ses questions indiscrètes. Elle ne voulait qu'une chose : dormir et oublier. Muette, elle avança sans le regarder, passant à ses côtés telle une inconnue. Elle espérait qu'il ferait de même ; qu'il l'ignorait de son habituel regard méprisant sans rien dire. Elle y crut presque pendant plusieurs secondes avant de se figer à l'élévation de sa voix dans son dos. Une voix qui n'était pas la sienne. Une voix qu'elle avait bien cru ne jamais plus entendre. Une voix qui lui coupa le souffle :

-On ne salue pas son Maître, Granger ?


Coucou tout le monde ! Me voilà de retour avec la suite, le chapitre 6 ! J'espère qu'il vous aura plût ! Comme vous le voyez, il y a une sacrée tournure des événements ! ;) A votre avis, qu'est-il arrivé à Jedusor ? Et nos héros ? Vont-ils se résoudre à faire le sacrifice requis ? Dumbledore est-il véritablement au courant ?

Vous le saurez très vite avec la suite de l'histoire ! :)

Merci encore à tous vos commentaires ! Ils sont adorables ! Un petit mot à tous ceux qui écrivent des reviews sous le statut de Guest, je ne peux pas répondre à vos commentaires, même si j'en ai très envie ! Alors ne vous en faîtes pas, je ne vous ignorent pas, c'est juste que je ne peux pas répondre, mais tous vos commentaires me vont droit au coeur !

A très vite ! Bizzzzeee