Tw mention tentative de suicide.

Chapitre corrigé! Bonne lecture.


Arrivé devant l'ouverture de la salle d'eau, cachée par un épais rideau en lin, Venec demanda à Arthur si tout allait bien, ne souhaitant pas le déranger en entrant. Il n'obtint aucune réponse, et au bout de la troisième fois commença réellement à s'inquiéter. Il ouvrit légèrement le rideau, et quand il aperçut Arthur penché au dessus du bord de la baignoire, immobile, il lui sembla que son cœur s'arrêtait de battre.

« Il s'est tranché les veines dans sa baignoire, y'en avait partout apparement... »

« Il a attendu d'être seul. »

« Paraît qu'il était fatigué, ces derniers temps. »

Toutes les choses horribles que Venec avait pu entendre lui revenaient en mémoire. Son sang ne fit qu'un tour et il se précipita aux côtés de son roi.

« Me dîtes pas que vous avez recommencé... »

Il souleva légèrement le corps de son compagnon pour voir son visage. Ses yeux étaient fermés avec force, ses sourcils froncés. Ses mains agrippaient le rebord du bain à s'en briser les phalanges. Il n'y avait de sang nulle part, mais Arthur semblait avoir du mal à respirer. Venec tenta de le redresser face à lui.

« Hé.. regardez moi. C'est moi, Venec. »

Le souverain hocha faiblement la tête de gauche à droite. Son corps semblait tendu à l'extrême.

« Qu'est-ce que vous me faites, là... qu'est-ce qui se passe ? »

Le bandit comprit bien vite qu'il était inutile de poser des questions, Arthur étant incapable d'ouvrir la bouche pour y répondre. Il se souvint d'un homme qu'il avait eu sous ses ordres et qui s'était retrouvé dans un état semblable un jour, après avoir échappé de peu à une morsure de serpent. Si lui n'avait pas du tout su comment le rassurer, un de ses camarades avait pris les choses en main et avait réussi à lui faire reprendre une respiration normale. Venec décida de s'en inspirer.

« Bon... essayez de prendre une toute petite inspiration pour commencer. » dit-il d'un ton doux qu'il ne se connaissait pas.

Arthur semblait à peine l'entendre mais il le vit s'efforcer de desserrer sa mâchoire pour faire entrer un peu d'air.

« Voilà, c'est bien, prenez en quelques unes. Je reste avec vous, je suis là. Maintenant vous allez seulement écouter ma respiration et tenter de caler la vôtre dessus, d'accord ? »

L'exercice dura plusieurs minutes avant que le roi ne retrouve un souffle fluide et ordonné. Alors que les muscles de son visage commençaient à se détendre, des larmes dévalèrent ses joues en un flot ininterrompu.

« Pardon, pardon... » souffla-t-il.

Venec ne savait pas quoi faire, alors d'instinct, il enroula ses bras autour des épaules de l'autre, l'enveloppant dans une chaleur réconfortante, et tant pis s'il se retrouvait mouillé.

« Détendez-vous. Laissez couler les larmes, ça va vous faire du bien. »

C'est ce qu'Arthur fit.

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Ils passèrent bien quinze minutes dans cette position, le bandit caressant tantôt les cheveux du roi, tantôt son dos, dans une tentative de le réconforter. Arthur, lui, s'était agrippé aux vêtements de Venec comme à une bouée de sauvetage et tentait de calmer le tumulte de ses pensées, en vain.

Il avait tout raté. La quête du Graal, le royaume de Bretagne, sa propre descendance, tout. Son beau père avait raison au final, il n'avait pas les épaules. Sa mère avait raison, il était un mauvais fils. Mevanwi avait eu raison de tenter de le tuer. Aconia avait eu raison de partir avec son vrai mari, bien qu'elle n'avait pas vraiment eu le choix. Manilius avait eu raison, quand il avait dit que c'était une mauvaise idée de revenir à Rome. Guenièvre avait eu raison de partir avec Lancelot. Il ne méritait personne, il ne méritait rien. Pas même qu'un bandit le tire de son lit de mort pour sauver sa vie.

« Je suis désolé... pardon..., lâcha-t-il de nouveau dans un souffle.

- De quoi êtes-vous désolé ?

- Je suis désolé... pour tout ce que j'ai fait... j'ai tout gâché.

- Vous n'avez rien gâché, vous avez fait de votre mieux. Et c'est pas fini, Lancelot ne va pas s'en tirer à si bon compte. »

Le roi déchu soupira.

« C'est peut-être mieux comme ça...

- Comment ? »

Venec fronça les sourcils et se recula pour le regarder.

« Vous êtes sérieux ? »

Arthur ne répondit rien et baissa le regard, plutôt honteux.

« Je veux dire... il fera certainement un meilleur roi que moi.

- Vous ne pouvez pas dire ça ! s'exclama Venec, prenant son camarade par surprise. Vous êtes le meilleur roi que la Bretagne puisse avoir ! Vous avez eu un coup de mou, bon ça arrive à tout le monde, mais vous allez vous refaire ! Et je vais vous y aider. »

Les prunelles sombres rencontrèrent les saphirs.

Le roi ne sut pas quoi répondre, se contenta de soupirer alors qu'une fatigue nouvelle s'emparait de lui. Sa tête se reposa sur l'épaule de Venec et il souffla de nouveau, un sourire triste apparaissant sur ses lèvres.

« Merci.. d'être venu... de m'avoir dit tout ça... »

Venec ne répondit rien, tout simplement parce qu'il ne savait pas quoi dire. Le roi ne lui en laissa de toutes façons pas le temps.

« Je suis fatigué.. je n'ai plus de force.

- Je vais vous ramener dans la chambre et vous allez vous reposer. Mais après, il faudra que vous mangiez un petit quelque chose. On est d'accord ?

- Si vous voulez... »

Alors que Venec sortait Arthur du bain, une pensée frappa ce dernier. Le bandit était le seul qui ne l'avait jamais trahi, le seul qui avait toujours voulu qu'il reste roi. Il était sûrement le seul à s'être trompé sur son compte.


J'me suis amusée à faire un petit dessin d'une scène de ce chapitre! Vous pouvez le voir sur instagram avec le #fatumimpleatur si vous êtes curieux c: