-Salut toi !
-Blaise ? Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Hermione, surprise de le voir s'asseoir à ses côtés à une heure aussi matinale.
-Oh rien, je me baladais, soupira-t-il en grimaçant. L'infirmière me force à marcher au moins deux heures par jour.
-A la bibliothèque ?
-Je suis forcé de traîner ma carcasse matins et soirs, alors sois gentille et ne juge pas mes choix de destination !
Elle sourit devant son air outré mais vit sa main crispée sur sa cuisse. Il ne le montrait pas, mais souffrait encore de ses blessures, et ce malgré toutes les potions que s'efforçait de lui fournir la jeune femme. En contre bas de sa chaise, elle perçut l'ombre de ses béquilles. Une paire d'outils dont il n'avait cessé de se plaindre depuis qu'on les lui avait donnés mais qui, elle savait pertinemment, le soulageait plus qu'il n'aimait l'admettre.
-Je t'en prie Hermione, lui dit-il alors en ayant suivi son regard inquiet. Ce n'est pas ça qui va me tuer.
-Je sais bien. On n'a pas réussi à se débarrasser de toi pendant notre propre guerre, il est hors de question que quelqu'un d'autre y arrive 50 ans en arrière !
Il rit et elle lui sourit. Un tableau que tous deux ne voyaient plus beaucoup ces derniers temps. Depuis la possession de Tom Jedusor et l'apparition de leur Maître, beaucoup de choses avaient "changées", du moins aux yeux des jeunes sorciers. Désormais, le mystère qui entourait Voldemort et Ginny s'était éclaircit, mais malgré ça, aucune véritable réponse ou solution ne leur avait été apporté. L'Esprit était en colère et chercherait à les tuer s'ils l'invoquaient ; Voldemort était coincé dans l'espace-temps, sans possibilité de s'échapper ; tandis que l'âme de Ginny, elle, se trouvait enfermée dans l'autre dimension. Autant dire que rien de tout ça ne s'apparentait de prêt ou de loin à de bonnes nouvelles. Au contraire, tout empirait et le flou restait complet sur leurs chances de s'en sortir indemnes, minant leur moral au plus bas.
Malheureusement, ce n'était pas tout ; d'autre problématiques s'y ajoutaient. La plus inquiétante de toutes n'était autre que celle concernant la Baguette de Sureau. Ils n'auraient jamais cru devoir lui faire face de nouveau. Cette maudite baguette ne leur avait apporté que des ennuis, et continuait, encore aujourd'hui, à hanter leurs nuits d'ombres et d'insomnies. Et pourtant, ils en avaient besoin. Mais l'obtenir relevait de la pure fiction. Il leur serait impossible de la dérober à Grindelwald sans se faire prendre, et tout en maintenant leur couverture. C'était impensable, irréalisable, mais plus que tout autre chose : c'était dangereux. Car leur plus grande peur n'était pas véritablement d'échouer, mais de réussir. Ainsi, le pire de tous leurs scénarios se réaliserait. Le court de la guerre, le destin de Dumbledore, de Grindelwald, de Jedusor, ainsi que tout l'ordre temporel se verrait à jamais transformé, altéré... Et cela pouvait tout aussi bien les tuer, eux et leur avenir.
Pour ce qui était de Tom, le moins que l'on pouvait dire, était qu'il semblait "légèrement" plus à cran ces derniers temps... De toute évidence, il n'avait pas apprécié se réveiller dans un couloir sans avoir le moindre souvenir de ce qui lui était arrivé. Malheureusement, son stress, sa colère et son incertitude ne faisaient qu'accroître son obsession pour eux. Hermione le sentait dans ses regards et la contracture hérissée de sa mâchoire. Il ne croyait pas à l'hypothèse de l'infirmière à propos d'un "simple malaise", c'était évident ! Il n'était pas idiot, mais son ignorance échauffait sa rage. Une rage elle aussi très dangereuse... Il n'était peut-être pas au paroxysme de sa puissance mais il n'en restait pas moins une menace mortelle pour quiconque ne restait pas prudent. Ils devaient donc tous redoubler de vigilance, maintenant plus que jamais.
-Je n'aurais pas cru dire ça un jour, soupira brusquement Blaise. Mais, je crois que l'autre dimension me manque.
-Vraiment ?!
-Oui. Avant que tout ne parte en sucette, on était en sécurité. Il n'y avait plus de guerre, plus de bombes, de blessés ou de morts... Juste nous. On était persuadé qu'on allait finir par tous s'entre tuer, et que la situation ne pourrait pas être pire.
Un léger ricanement fit frissonner sa pomme d'Adam. Ces souvenirs l'amusaient. Leur insouciance l'amusait. Aujourd'hui, il ne restait rien des individus qu'ils étaient à leur entrée dans la Grande Salle magique de l'Esprit. Ils avaient changé, plus qu'ils ne l'auraient voulu, et plus qu'ils ne l'auraient peut-être dû.
-Si on oublie le chapitre où la faille inter dimensionnelle devient incontrôlable et rapporte nos pires ennemis pour nous tuer, oui je suppose.
-Aucune histoire n'est parfaite, grimaça-t-il.
Il avait raison, mais avaient-ils vraiment le choix de leurs histoires ? A ce stade, ils ne savaient plus. Peut-être était-ce leur destin ? Subir les caprices du monde ? D'un œil distrait, le regard de Blaise se perdit sur la manche de la sorcière. Un bandage en dépassait, et sa propre marque se mit à lui démanger.
-La douleur... La douleur est passée ? demanda-t-il alors timidement.
-Je n'ai pas envie d'en parler, dit-elle froidement en se détournant de lui.
-Hermione, il le faudra un jour.
-Je vous ai déjà dit que j'allais bien. Ce n'est plus aussi...
-Oh je t'en prie... Tu n'as pas à faire bonne figure devant moi. Je sais que ta seule envie à l'heure actuelle est de te scalper le bras, juste parce qu'au fond tu es persuadée que ce sera toujours moins douloureux que ce que tu vis, là tout de suite.
Hermione déglutit face à la véracité de son discours, son bras instinctivement replié contre elle. Les joues rouges de honte, elle ne trouva pas la force de démentir ses dires. Il avait raison ; l'envie de s'arracher la peau à main nue était tentante... Mais la douleur n'était pas que physique. Il y a quatre jours, elle était officiellement devenue l'une de Ses fidèles. Une Mangemorte. Une traître à l'Ordre du Phénix. A la découverte de l'état de son bras, les garçons avaient blêmi. Voir une marque aussi fraîche les avait tous pris de court. Pourtant, les Gryffondors n'avaient rien dit. Leur silence mal à l'aise avait suffi à traduire leur état de choc. Hermione la première n'avait pas cru à ce qui était apparu sous yeux. Les Serpentards, quant à eux, l'avaient regardé ébahis et troublés, leur propre marque devenue brûlante sous leur manche. Une chaleur qu'ils n'avaient pas senti depuis longtemps. La vérité les avait saisis. Elle était devenue l'une des leurs. Plus qu'une alliée dans leur camp. Une sœur. Et c'était bien ce dernier aspect qui la perturbait. Pour la première fois depuis leur arrivée ici, elle prenait conscience de sa véritable allégeance. Et cela, étonnement, la rassurait. Ses doutes et son déchirement avaient disparu, ne laissant qu'un apaisement qu'elle avait encore du mal à apprivoiser. Son Maître l'avait désigné, elle. Il l'avait choisi. Et désormais, il n'était plus question de revenir en arrière. Dans leur époque, elle ne serait plus une héroïne, mais une criminelle. Et dans celle-ci, elle était une partisane de forces maléfiques. Où qu'elle aille, et peu importe quand, elle ne pourrait pas y échapper. Elle venait de prendre à perpétuité et elle n'avait pas peur ; elle avait fait le choix de sa vie.
-Merci de t'inquiéter Blaise, mais ne t'en fais pas. Je veux juste me concentrer sur ce qui compte et ma... ma marque n'en fait pas partie, dit-elle simplement.
-Je vois... Et c'est quoi le plan maintenant ?
-Avant toute chose, réveiller Ginny. Si Jedusor cherche des réponses sur ce qui lui est arrivé, il commencera avec elle. Mieux vaut la mettre à l'abri avant que ça n'arrive.
En effet, impliquer leur amie endormie dans leur guerre personnelle entre eux et leur futur Maître n'était certainement pas dans leurs plans. Maintenant qu'ils savaient "où" elle était enfermée, ils avaient peut-être une chance de la sauver. Ils se devaient de réussir.
-Ensuite... Il faudra qu'on réfléchisse. Si on veut invoquer l'Esprit, on aura besoin d'une âme puissante à sacrifier, mais aussi de la baguette de Sureau... Autant dire que ça nous complique un peu la tâche.
-Le mot est faible ! Hermione, c'est du suicide !
-Je sais bien mais on n'a pas d'autre choix et tu le sais. Au moins, si jamais on y survit, ça nous fera des histoires à raconter, sourit-elle, amère.
-Ouais, bah je m'en passerais bien quand même. Grindelwald a déjà failli me tuer, j'aimerais éviter de lui donner une chance de recommencer !
-On trouvera une solution. Il le faut. C'est tout ce qui compte pour l'instant.
Il ne dit rien pendant plusieurs secondes, le regard tourné vers le soleil levant filtré par les fenêtres de la bibliothèque, avant de brusquement sourire, un air taquin et Serpentard sur le visage.
-Et Drago ? demanda-t-il.
-Quoi Drago ?
-Il fait partie des choses qui compte ?
-Excuse-moi ?!
-Je ne fais que me poser des questions ! se défendit-il en haussant les épaules. Après tout, vous vous êtes pas mal rapprochés ces derniers temps.
-Blaise ! se scandalisa-t-elle, plus gênée que jamais. Ma relation avec Drago ne te regarde pas !
-Ah ! Donc il y a bien une "relation" ! s'exclama-t-il brusquement.
-On va être parents !
-De suite les grands mots… soupira-t-il, déçu. Par Merlin, je ne te parle pas du futur, mais d'aujourd'hui !
-Et ?
-Et ?! répéta-t-il, dépité. Bon sang, Granger, sors la tête de tes livres deux minutes !
-Je ne vois pas ce que tu insinues !
-Il y a une ambiguïté entre vous, et pas seulement à cause de Kai ou Scorp. Il y a autre chose, ça saute aux yeux !
L'enthousiasme et l'optimisme qu'elle lut en lui la fit sourire mais elle n'était pas certaine de ce qu'elle devait comprendre. Oui, elle et Drago avaient une relation ambiguë qu'elle ne pouvait nier. Ils veillaient l'un sur l'autre, se parlaient et se comprenaient différemment qu'avec leurs amis ; chose impensable à leurs yeux il y avait encore deux mois. Pourtant oui, elle ne pensait pas se tromper en affirmant qu'elle tenait à lui, presque autant que lui tenait, désormais, à elle. Mais rien de tout ce qu'ils vivaient ne leur laissait le temps, ni même l'opportunité, de véritablement penser à "eux". Une situation délicate et inconfortable qu'ils devaient tous deux supporter, avec néanmoins la certitude que ce ne serait pas en vain.
-Blaise... Une fois encore, ça ne te regarde pas, lui sourit-elle.
-Bien sûr que si ! Il est mon meilleur ami, toute sa vie me regarde ! Toi inclue !
-Je ne sais pas quoi te dire ! soupira-t-elle, exaspérée.
-Vous êtes plus coincés qu'Ombrage ! C'est quoi votre problème ?!
-Ce n'est pas... pas le bon moment, dit-elle finalement. Ni pour lui, ni pour moi. On est une équipe ! Et bientôt, on sera tous une famille. Alors oui, toute cette histoire nous dépasse, mais je suis sûre qu'une fois que nos vies auront repris leur cours, tout... Tout sera beaucoup plus clair.
-Je suppose que je n'ai pas le droit de faire de remarques à ce sujet… maugréa-t-il.
-Exactement !
-Vous n'êtes pas drôle.
-Tu t'en remettras, j'en suis sûre, rit-elle devant son air ennuyé. Aller ! Aide-moi un peu à ranger, le petit déjeuné va bientôt commencer.
Il grogna dans sa barbe, frustré par le peu de réponses qu'il avait obtenu, et par l'imminence de leur cours de la journée.
-On a quoi aujourd'hui ?
-Botanique, Métamorphoses et Défense Contre les Forces du Mal.
-Génial... J'aurais dû rester sous ces gravats… soupira-t-il tout en avançant dans les couloirs de son pas boitillant et mal assuré.
La journée suivit son court sans encombre, à la différence que cette fois, Jedusor battit Hermione en cours de Botanique. Ce n'est pas peu fier qu'il avait rendu son travail un quart d'heure avant elle, sous les compliments admiratifs de leur professeur. Elle ne prit pas la peine de rentrer dans son jeu et l'ignora du mieux qu'elle put, faisant difficilement abstraction de son esprit de compétition. Drago et Blaise l'avaient regardé se taire, les dents serrées, sans cacher leur amusement ; Ron et Harry, eux, avaient bien failli éclater de rire. Les heures passèrent lentement, et très vite, le dernier cours de la journée sonna dans les couloirs. Aujourd'hui, le cours de Défense Contre les Forces du Mal serait pratique et non théorique. A leur arrivée, les élèves s'étaient attendus à faire face à leur habituelle salle de combat mais y virent de nombreux aménagements. Une malle en bois sombre reposait au fond, collée contre le mur, et scellée de cadenas magiques. Cela leur annonça la couleur tandis que Têtenjoy commençait déjà ses explications.
-Très bien tout le monde, nous allons raviver votre mémoire. En troisième année, vous avez étudié les Epouvantards. On vous a appris à les repérer et à vous défendre contre eux. C'est assez simple en soi, mais aujourd'hui, nous allons changer quelques règles. Après ce qu'il s'est passé au Match, la direction et moi-même avons pris conscience de votre vulnérabilité. La guerre se rapproche... Il est donc essentiel que vous soyez à même de vous défendre. Ne vous en faîte pas, cet Epouvantard a été enchanté par le Professeur Dippet lui-même. Il ne prendra pas la forme de vos plus grandes peurs, mais celle de fidèles de Grindelwald. Votre consigne : les mettre hors d'état de nuire sans la formule du Ridiculus. Ils vous attaqueront alors défendez-vous. En revanche, plus vous aurez peur, plus fort ils deviendront. Donc soyez vigilent, expliqua-t-elle.
Cet exercice laissa les élèves pantois. Aucun d'eux ne s'était attendu à de telles mesures de la part de Dippet, mais personne ne s'en plaint. Ils avaient raison. L'attaque avait laissé une empreinte au fer rouge et beaucoup ne s'en étaient pas encore remis. Le meilleur moyen de panser ses plaies était aussi de se prévenir contre d'autres. Un par un, ils se mirent alors en ligne. Quand la malle s'ouvrit, c'est trois hommes encapuchonnés qui en sortirent, baguettes en mains. L'enchantement de Dippet n'était pas mauvais. Les sorts lancés semblaient réels et réussirent même à envoyer un élève au tapis. La peur de ce dernier les avait galvanisés, accentuant l'intensité de leur magie. Seuls quelques autres ne parvinrent pas à les vaincre. Le reste de la classe en revanche, vit ce cours comme une opportunité de se venger et se défouler. Ils laissèrent leur colère prendre le dessus sur leur peur, et très vite, plus aucun n'échoua. Hermione les renvoya dans la malle en deux coups de baguette, mais Blaise et Drago décidèrent de prendre leur temps. C'est avec un sourire revanchard qu'ils les expédièrent avec force contre chacun des murs de la salle de cours, se vengeant allègrement pour leurs blessures. Leur Maison les applaudit furieusement, fière d'eux et de leur rancune, malgré les remontrances énervées de Têtenjoy devant leur excessivité. Jedusor se tînt à carreaux contrairement aux autres, sûrement pour ne pas retomber en disgrâce aux yeux de sa professeur, et se contenta de les désarmer en quelques secondes. Il fut le dernier à passer et son indéniable succès marqua la fin du cours en beauté.
-Tu es très doué. Comme toujours, dit Abraxas, presque gêné, se précipitant près Hermione.
-Merci, mais tu ne t'en ait pas mal sorti non plus.
-Il n'y a rien de mieux pour se remonter le moral qu'un peu de vengeance, intervînt Orion à son tour.
-Tu l'as dit ! s'exclama Blaise, appuyé sur sa béquille. Je vous jure que si j'en croise un en vrai, il regrettera que je ne sois pas mort sous cette poutre !
-J'ai hâte de voir ça ! dit Arias.
Les garçons rirent de bon cœur, imaginant déjà tous les sorts qu'ils pourraient lancer à Grindelwald et ses larbins, pourtant, Hermione ne put s'empêcher de grimacer en sentant le bras d'Abraxas se poser sur ses épaules. Elle se dégagea gentiment, prête à quitter la salle de classe pour aller faire ses devoirs, mais le Malfoy ne l'entendit pas de cet œil.
-Reste, on... On pensait aller se balader près du lac.
-C'est gentil mais j'ai encore quelques devoirs à finir, se déroba-t-elle.
-Pas encore ! soupira Arias.
-Laissez tomber, dit Drago en la prenant par la taille devant son aïeul, un sourire aux lèvres. Cette tête de mule n'écoute jamais personne.
-C'est toi qui dit ça ?
-Personne n'est parfait.
-S'il te plaît ! insista Orion à son tour.
Elle voulut refuser, partir et les laisser, mais fut interrompue par le bruit sourd du bois qui craque. Il envahit la classe désormais presque vide, alarmant Têtenjoy et les sorciers qui virent sous leurs yeux la malle basculer d'elle-même sur le sol. L'Epouvantard se débattait à l'intérieur. Ils pouvaient tous l'entendre se cogner, et lutter pour sortir, faisant douloureusement crisser les cadenas qui le retenait.
-Madame ? demanda Jedusor, inquiet, qui était en train de ranger son sac.
-Ce n'est rien, s'empressa de dire la professeure. Je suppose qu'il est un peu échauffé. Ne vous en faîtes pas.
Mais les grincements s'accentuaient. Plus les cadenas résistaient, plus on entendait la masse informe du non-être s'agiter frénétiquement pour se libérer. Quelque chose n'était pas normal. Un Epouvantard ne sortait jamais de lui-même de sa cachette, or celui-ci hurlait presque pour s'en extirper. Il semblait fou, enragé, incontrôlable même, à tel point que la malle bascula de nouveau sur un côté. Les trois fidèles se jetèrent un coup d'œil paniqué et se rapprochèrent doucement de la sortie. Jedusor et les autres en revanche, s'armèrent sans attendre, alarmés. En les voyant faire, Têtenjoy éclata de rire.
-Oh je vous en prie ! Ce n'est pas un petit Epouvantard qui va venir à bout de ces...
Mais elle avait parlé trop vite. Dans une crissement métallique insupportable, les gonds de la malle ainsi que le cadenas renforcé de magie cédèrent, éventrant la cage jusqu'alors intacte de l'Epouvantard. Paniqués devant sa liberté, ils tentèrent bien de lui jeter un sort, mais c'était sans compter sa vitesse. Comme une ombre, il passa de murs en murs, renversant par la même occasion les tables et chaises de la classe avec une force insoupçonnée. Presque invisible, il déchaîna le chaos, détruisant tout dans un vacarme inarrêtable. Aucun des sorciers présents n'avaient jamais vu une telle chose. Accroupis au sol, ils le regardèrent se déguiser en tout et n'importe quoi, avant de se mettre à grincer de nouveau et à repartir dans une course incompréhensible. Les Epouvantards n'étaient pas censés posséder une telle force, une telle vitesse ou ne serait-ce une telle colère. Ils étaient des non-êtres, des résultats de l'esprit humain et de la peur. Rien de plus ! Pourtant, celui-ci semblait fou et incontrôlable. Hurlant à plein poumons son horreur, Têtenjoy se vit même percutée de plein fouet par la créature avant de s'écraser au sol, complètement sonnée.
-Qu'est-ce qui se passe ?! hurla Blaise allongé sur ses béquilles.
-Il est complètement fou ! répondit Jedusor.
-Ça n'a aucun sens ! dit Hermione, à moitié écrasée sous Drago.
On entendit la voix de Tom s'élever en un maléfice, mais sans surprise il le manqua. Le toucher semblait impossible.
-Il est trop rapide ! s'écria-t-il depuis le derrière d'un bureau.
Ils tentèrent tous de l'atteindre, mais rien ne marcha. Au contraire, éviter les sortilèges ne fit qu'accroître sa colère. Il heurtait tout sur son passage, forçant alors les sorciers à ramper au sol pour éviter les débris des meubles qu'il détruisait. Sans d'autre recours, des sorts impardonnables commencèrent à fuser dans l'air, provenant alors aussi bien de Jedusor que des voyageurs. L'heure n'était pas à la retenue. Ce cirque dura de longues minutes avant que brusquement, l'Epouvantard ne se mette à raser le sol, esquivant de peu Blaise qui dû rouler sur le côté pour l'éviter. La peur de voir leur ami encore blessé à découvert fit bondir Drago qui voulut se précipiter vers lui. Il ne se rendit pas compte de son erreur et se retrouva percuter à son tour de plein fouet par la créature. Projeté à plusieurs mètres, il s'écroula au sol dans le hurlement horrifiée d'Hermione qui le regarda, impuissante. Mais sa collision brutale sembla étrangement calmer l'Epouvantard. Désormais immobile au centre de la pièce, sa masse informe se transforma sous leurs yeux. Toujours à terre, le jeune Malfoy ne put que se redresser de moitié, mais regretta d'avoir ouvert les yeux. Face à lui, dans le plus effrayant des silences, son plus vieux cauchemar venait de prendre forme.
-Bonjour, fils.
C'était Lucius. Plein de vie, il le regarda, un sourire au coin des lèvres. Le voir pétrifia les trois voyageurs sur place. Leur dernier souvenir du Senior Malfoy, se résumait à un corps à peine en vie attaché à une chaise, le regard vide et de la bave coulant sur son menton. Pourtant, il était là. Ses longs cheveux blond platine tombaient dans son dos, ses mains gantées jonglaient nonchalamment avec sa canne et sa chevalière aux armoiries de la Maison Malfoy brillait de mille feux, les narguant de loin. Le souffle court, le jeune homme se releva du mieux qu'il put, incapable de trouver les mots pour le faire disparaître. Le choc de cette vue l'anesthésiait de toute pensée rationnelle. Il ne voyait que son père, en vie de nouveau, et avec lui, toutes les menaces qu'il représentait.
-Non... non… balbutia-t-il.
-J'ose espérer que ton vieux père t'a manqué, dit-il, un rictus amusé aux joues.
-Drago ne l'écoute pas ! s'affola Hermione.
-Ce n'est pas lui !
Mais les cris de ses amis n'y changèrent rien. Il était le seul à pouvoir lancer le Ridiculus, le seul à pouvoir tourner sa peur en dérision. Mais il en était incapable.
-Oh bien sûr, s'exclama-t-il alors en tapant sa canne contre le sol. Écoute-les. Ignore-moi. Après tout, c'est bien ce que tu as fait quand tu les as laissés me torturer.
-Tu le méritais !
Sa réplique le fit sourire davantage. Toute cette situation semblait l'amuser.
-C'est drôle. Je me rappelle t'avoir dit cette phrase des années durant. Tu t'en souviens ?
Le jeune homme devînt livide, le regard ancré sur la canne de son père.
-Je te corrigeais parce que tu le méritais. J'imagine qu'aujourd'hui, les rôles se sont inversés.
-Tais-toi !
-Comme quoi, nous ne sommes pas si différents tous les deux, contrairement à ce que tu aimerais le croire, poursuit-il.
Drago n'en supporta pas davantage et lui lança un sort enragé. Cependant, l'Epouvantard se dématérialisa dans l'instant, pour réapparaître derrière lui dans une volute difforme. Lucius refit surface, cette fois la canne levée, prêt à frapper son fils comme il l'avait si souvent fait quand il était enfant, mais Hermione n'en supporta pas d'avantage. Elle se précipita vers eux, expulsant Drago au sol avant qu'il ne se retourne, et fit face au visage de celui qui l'avait hanté et dénigré toute sa vie ; et qu'en retour, elle avait torturé des heures durant. Elle brandit sa baguette, mais n'eut pas le temps de jeter la formule que l'Epouvantard avait déjà changé d'apparence. Une qui lui fait presque regretter celle de Lucius Malfoy.
-Salut copine ! Ça faisait longtemps...
De retour en enfer.
-Bellatrix...
Elle explosa d'un rire qui leur était tous bien trop familier et qui les replongea dans leur cauchemar.
-Alors ? demanda-t-elle en souriant. On s'amuse bien ?
-Tu n'est pas réelle, souffla Hermione, la cicatrice brûlante.
-Peut-être, mais je n'en suis pas moins curieuse. Comment va Kaï ?
-Espèce de...
-Je ne le vois pas, continua-t-elle en feignant le chercher du regard. Je suppose qu'il est encore caché dans tes jupes ? A moins que sa pauvre maman de secours ne l'ait égaré quelque part ?
Plongée dans une véritable transe, Hermione ne réfléchit pas. Sa baguette vibra dans son poing à l'instant où elle s'acharna sur la sorcière. L'Epouvantard tenta de s'échapper de nouveau mais il était trop tard. Dans l'air résonnait déjà l'Avada cuisant qu'il ne put semer. Son corps de fumée s'évapora dans l'air de la salle de classe, plongée de nouveau dans un silence cette fois mortuaire. Le souffle court et le cœur au bord des lèvres, Hermione se retourna vers ses amis, toujours au sol. Ils la fixèrent avec intensité et incompréhension. Aucun d'eux ne parvenait à saisir véritablement ce qu'il venait de se produire. Sauf un, qui derrière un bureau renversé, porta un tout autre regard sur ces mystérieux inconnus.
-Et il s'est enfuit ? demanda Dippet, incrédule devant une Têtenjoy encore sonnée.
-Oui, Monsieur... Mais je vous jure que je n'y comprends rien ! Tout se passait très bien et puis il a commencé à s'agiter. Il a même été capable de sortir de la malle !
-C'est impossible, souffla Dumbledore, étourdi. Ce cadenas a été scellé par mes soins ! Rien n'aurait pu le briser.
-Et pourtant, c'est arrivé. Je n'avais jamais vu une telle chose de toute ma carrière !
-Qu'en est-il de vos élèves ? Ils s'en remettent ?
La professeure grimaça. A son réveil, l'Epouvantard avait laissé la salle complètement détruite mais les jeunes sorciers semblaient l'être davantage. Blaise Richard avait dû être renvoyé à l'infirmerie en urgence à cause de ses jambes malmenées pendant l'incident tandis qu'Hermione Jeanne et Drago Mélor n'avaient pas été en mesure de dire le moindre mot. Ils s'étaient contentés de rester l'un avec l'autre, livides et sous le choc. Seul Tom Jedusor avait été en mesure de lui expliquer ce qui était arrivé, avant de lui aussi s'éclipser. De toute évidence, tous restaient profondément traumatisés de ce qu'ils venaient d'endurer.
-Cela demandera un peu de temps, dit-elle tristement.
-Je veillerai à ce que l'infirmière les prenne en charge, dit Dippet, contrarié. Espérons juste que cela ne se reproduise pas.
-Monsieur, intervînt Dumbledore. Pensez-vous que... que ce qui est arrivé était un simple incident ?
-Quelle théorie du complot avez-vous encore en tête, Albus ?
-Je trouve que c'est suspect. Aucun Epouvantard ne devrait être en mesure de faire une telle chose !
-On ne peut tout expliquer. Veillons avant tout à ce qu'il soit parti pour de bon ! Nos élèves doivent se sentir en sécurité ! Organisez des patrouilles dans le château et prévenez les elfes. Il y a eu bien assez de drames...
Dumbledore ne prit pas la peine d'insister et se tut face aux ordres du directeur. Pourtant, il ne cessa de fixer son verrou éventré et abandonné sur le sol. Il n'en démordait pas. Un Epouvantard n'aurait pas pu le briser. Pas sans un peu d'aide.
Bonsoir à tous ! C'est les vacances et le temps de reprendre du service ! Voici la suite et j'espère qu'elle vous a plût ! De grosses surprises sont à prévoir pour les prochains chapitres alors soyez attentifs ! ;) N'hésitez pas me donnez vos avis dans les commentaires, j'ai hâte de les lire !
Merci pour tous vos messages qui me touche toujours autant ! Je vous adore !
A très vite ! Bizzzzzeee
