Bonne lecture!
Kalupso s'affairait dans tous les sens pour se préparer pour sa nuit de travail, faisant des allers-retours devant Arthur qui buvait lentement son verre de lait en suivant des yeux la silhouette de la jeune fille et devant Venec qui s'était assis à côté de lui par mesure de précaution.
Le bandit avait eu le temps de réfléchir pendant son tour des chambres. La crise d'angoisse du souverain l'avait bouleversé. Il se demandait ce qui pouvait bien se passer dans sa tête pour qu'il en arrive à culpabiliser comme ça. Étaient-ce ces mêmes pensées qui l'avaient poussé à commettre cet acte horrible l'année précédente? Venec avait été loin de s'imaginer à quel point le roi allait mal. Il espérait que Rome lui ferait du bien. Et il se promit de toujours garder un œil sur lui, juste au cas où.
La voix de leur hôte le sortit de ses pensées.
« Bon sang !
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Je n'arrive pas à nouer ces fichus lacets ! »
Venec soupira et fit semblant de s'intéresser au problème de la jeune femme.
« Comment vous faites d'habitude ?
- D'habitude je ne porte pas cette robe, mais je n'ai pas eu le temps de laver les autres depuis que vous êtes arrivés. »
Venec haussa un sourcil surpris et jeta un regard qui voulait dire "ça va être notre faute en plus?" en direction d'Arthur, alors que Kalupso continuait de se contorsionner pour attraper les lacets dans son dos. Le souverain ne semblait pas se sentir concerné par la situation mais une lueur curieuse brillait néanmoins dans ses yeux. La jeune femme s'immobilisa soudainement et se tourna vers le bandit.
« Bon. Vous ne voulez pas m'aider ?
- Quoi, moi ? Mais j'ai jamais fait ça.
- Ce n'est vraiment pas compliqué. Vous savez attacher des lacets, non ? Je vais être en retard si vous ne m'aidez pas ! »
Venec leva les yeux au ciel puis se dirigea à contre-coeur vers la jeune femme en marmonnant qu'il ne voulait pas s'occuper de problèmes de gonzesses pendant tout leur séjour. Il se tut quand il croisa le regard sévère de Kalupso. C'était qu'elle pouvait être flippante quand elle s'y mettait !
Il s'emmêla les pinceaux plusieurs fois sous le regard amusé d'Arthur avant de réussir à faire un laçage convenable.
« Voilà.
- Merci bien. »
Sans un regard pour les deux hommes, Kalupso sortit en vitesse de la villa. Le bruit de ses pas précipités sur le sol résonna encore pendant de longues minutes dans les oreilles d'Arthur.
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Une petite routine s'installa entre les trois occupants de la villa. Venec et Arthur s'étaient installés dans des pièces à l'étage pour que Kalupso reprenne sa chambre-garde-manger. La jeune femme partait travailler toutes les nuits afin de ramener assez de nourriture pour tout le monde, bien qu'Arthur ne prenait pas encore de repas à proprement parler. Il se forçait néanmoins _ou bien on le forçait_ à boire, régulièrement, des breuvages plus ou moins nourrissants. Les romains avaient bon espoir de pouvoir rapidement lui donner des morceaux de pain et d'autres aliments faciles à digérer. Tous les jours, Venec l'obligeait à se lever et lui faisait faire le tour de la maison. Il était ravi de voir que les pas d'Arthur étaient de moins en moins hésitants.
Lorsque ce dernier dormait, Kalupso et Venec se distrayaient chacun de leur côté, ou alors discutaient pour faire connaissance, sans aborder certains sujets manifestement fâcheux.
Dans les regards faussement sévères que la jeune femme lui lançait parfois, le bandit décelait des éclats amusés et attendris. Un peu comme le roi avait pu le faire, en de rares occasions.
Le contrebandier profitait de leur relation bienveillante pour poser des questions sur l'actualité de Rome, les gens dont il fallait se méfier, ceux qui étaient au pouvoir (les deux étant souvent très liés), et prenait des notes mentales sur toutes les réponses de Kalupso. Quand le moment serait venu il mettrait tous ses talents à disposition d'Arthur pour que celui-ci puisse retourner en Bretagne sans risques, à supposer qu'il ait envie d'y retourner un jour.
Kalupso s'étira, sortant Venec de ses pensées.
"Vous travaillez encore cette nuit?
- Non, pas ce soir.
- Il n'y a pas de soirée organisée?
- Si, mais il y a peu d'invités donc ils n'ont pas besoin de moi."
Venec fronça les sourcils.
"Posez votre question.
- Pardon?
- Je sens que quelque chose vous tourmente, alors demandez-moi et nous serons tous les deux tranquilles.
- Oh.. et bien… je me disais que c'était justement pour les soirées privées qu'il y avait le plus de demande donc ça me surprend. Ils aiment bien avoir le choix généralement."
Les sourcils de la jeune femme se haussèrent de surprise.
"Ah mais vous- d'accord." Elle explosa de rire. "Je ne fais pas le tapin. Je ne travaille que pour des amis de mes parents qui ont besoin d'un coup de main dans les cuisines et parfois pour le service, mais c'est tout.
- Oh!"
Le bandit soupira et sembla se détendre. Il était rassuré, quelque part, sans savoir pourquoi.
"C'est particulier comme situation, tout de même… murmura-t-il.
- Oui." ajouta la jeune femme sur le même ton.
Son regard se perdit entre les petites lézardes qui parsemaient les murs de la vieille villa. Un frisson parcourut son échine et elle se racla la gorge pour fuir les pensées qui commençaient à attaquer son esprit.
"Un jeu de dés, ça vous dit?"
