-Tu es sûr que ça va aller ? demanda Harry, inquiet face à Blaise.
-Je ne suis pas celui pour qui vous devriez vous inquiéter, dit-il en grimaçant d'une voix sombre.
Potter et Weasley le regardèrent, encore abasourdis par l'incident que les trois Serpentards venaient de subir. Au début, ils n'avaient perçu que des rumeurs murmurées dans les couloirs à demi-voix entre quelques élèves. Puis, très vite, toute cette histoire avait pris une ampleur démesurée. On ne parlait plus que de la mystérieuse attaque de l'Epouvantard devenu fou. Même les professeurs se mirent à chuchoter entre eux, le regard lourd de sens. On vit des Elfes de Maison courir un peu partout, aux aguets dans tout le château et demandant l'aide des fantômes. Tout le personnel de Poudlard avait été mis à contribution, plongé de nouveau dans une peur sourde et pourtant raisonnante dans l'air. Ce phénomène les avait surpris et perturbés, mais plus encore quand ils avaient remarqué l'absence de leurs homologues à la table ennemie. L'inquiétude s'était mise à tarauder leurs nerfs, de même que l'incertitude, jusqu'à ce que Septimus ne leur annonce les noms des tristes victimes de l'attaque de cet Epouvantard fou. Leurs sangs n'avaient fait qu'un tour. Sans prendre le temps de finir leur repas et sous les regards suspicieux des trois toutous de Jedusor, ils avaient accouru à l'infirmerie, redoutant le pire. Allongé dans un lit, les jambes bandées et relevées en suspension, ils y avaient trouvé Blaise, encore dépité par ce qu'il avait vu. Voir apparaître sous ses yeux Lucius Malfoy et Bellatrix Lestrange était bien la dernière chose à laquelle il s'était attendu. Il était tombé de haut pour s'écraser dans une mare aux souvenirs. Ceux qu'il voulait oublier... La dernière fois qu'ils les avait vu tous les deux, le jeune métis s'était lui-même tranché la gorge avant de se jeter dans un trou ouvert sur les plus obscures ténèbres. Il avait cru que sa survie marquerait le début d'une nouvelle ère. Que ses vieux cauchemars resteraient à jamais loin de lui, enfermés dans ce faux monde. Mais il avait eu tort d'espérer une telle chose. Aucun d'eux ne serait jamais en paix. Leurs démons vivaient dans leur cœurs. Ils étaient piégés avec eux et essayaient tant bien que mal de les contenir alors qu'ils ne demandaient qu'à sortir... Exactement comme aujourd'hui. A cet instant, Blaise n'osait même pas imaginer l'état d'esprit d'Hermione et Drago.
-Où sont-ils ? demanda Harry en regardant le reste des lits vides.
-L'infirmière les a laissé filer tout à l'heure. Je suppose qu'ils essaient de... digérer ce qu'il s'est passé.
-C'est de la folie. Aucun Epouvantard ne peut faire de telles choses ! s'exclama Ron.
-Je ne pense pas qu'il était un simple Epouvantard...
-Comment ça ?
-Je ne sais pas mais... Ça n'avait aucun sens. Il était... incontrôlable ! Complètement furieux même. Sa force était décuplée, sa vitesse aussi ! Je veux dire... Il rasait le sol ! Il rasait le sol pour nous sortir de sous les tables ! Il voulait s'en prendre à nous ! déblatéra-t-il. Je ne peux pas croire que ce qui est arrivé soit un accident ! Il y avait autre chose !
-Il était censé être ensorcelé, dit Ron. Peut-être que quelque chose à mal tourné ?
-Ouais bah pas qu'un peu… soupira le métis. La prof s'est faîte assommer.
-Elle était là ?!
-Oui... Et Jedusor aussi. Il a tout vu.
Leur coup d'œil horrifié parla pour eux. Cette nouvelle était pire que toutes les autres.
-Comme par hasard… souffla le Survivant.
-Orion, Arias et Abraxas étaient là eux aussi... Mais je suppose qu'ils ont pris leurs jambes à leur cou quand ça a commencé à dégénérer.
-Ce n'est pas logique. Ils n'auraient jamais abandonné leur Maître dans une telle situation.
-Vous ne pensez quand même pas que Jedusor a pu organiser un truc pareil, si ? demanda Ron incrédule.
Cette hypothèse n'était pas la moins probable, et pourtant, c'était bien la plus effrayante de toutes.
-Je ne sais pas mais ça fait beaucoup de coïncidences à avaler…, gronda Blaise.
-Les enfoirés !
-Qu'est-ce que l'Epouvantard a dit ? s'inquiéta Harry.
-Rien de très compromettant, rassurez-vous. Je doute que Jedusor ait comprit le véritable sens de ses apparitions, si ce n'est que Drago a de mauvaises relations avec son père et qu'Hermione n'a pas aimé l'évocation d'un Kaï dont il ignore tout. Mais il y a autre chose...
-Quoi ? paniqua Ron.
-Elle a utilisé un Avada, dit-il. Granger a tué l'Epouvantard, mais il n'a rien dit ! Jedusor l'a couverte auprès des professeurs et a fait croire qu'il avait pris la fuite. Même s'il n'a pas dû tout saisir, maintenant il sait de source sûre qu'elle a déjà utilisé le sortilège de Mort. Même un sorcier bien entraîné n'aurait pas pu lancer un Avada suffisamment puissant pour tuer un non-être, expliqua-t-il. Autant dire que notre couverture de camp d'entraînement à Beauxbâtons tombe à l'eau.
-Pourquoi avoir menti ?! Protéger quelqu'un ne lui ressemble pas ?
-Je l'ignore. Mais ça ne sent pas bon pour nous. Il sait qu'on n'est pas ce qu'on prétend.
-De mieux en mieux…, soupira le Survivant en passant une main sur son visage défait. Maintenant on sait qu'il est prêt à tout. Même à vous attaquer sous le nez de Dumbledore.
-Sa perte de mémoire d'il y a quelques jours à dû déclencher quelque chose chez lui. Jamais il n'aurait pris autant de risques !
-De toute évidence, il a ses raisons. Et il veut des réponses.
-On fait quoi du coup ?
-Toi tu ne fais rien ! dit Ron en se levant de sa chaise. Tes jambes sont trop fragiles pour le moment, Jedusor pourrait t'atteindre. Il faut faire profil bas jusqu'à ce qu'on découvre ce qu'il se trame.
-Vous n'êtes pas sérieux ?!, s'exclama-t-il, outré.
-Repose-toi pour le moment, ajouta Harry. Si Jedusor est derrière tout ça, il ne prendra pas le risque de vous attaquer de sitôt. Ça nous laisse suffisamment de temps pour réfléchir à un plan.
-Ce gars est un grand malade…, dit-il plus pâle que jamais. S'il a réussi à ensorceler un Epouvantard devant tout le monde, je ne donne pas cher de notre peau. Je vous jure... Je n'avais jamais vu ça !
Il avait raison. Toute la situation prenait une autre tournure et cette fois, Tom avait fini de jouer la carte de la "sympathie". Aujourd'hui, il venait de révéler un autre visage. Un visage qu'il connaissait tous que trop bien. Celui Lord Voldemort. Ce revirement risquait de compliquer beaucoup de choses pour eux, et très vite il leur faudrait prendre une décision. Cet acte n'était pas anodin. Il ne voulait pas seulement obtenir des réponses. Il voulait leur prouver qu'il était plus fort, plus malin et surtout plus puissant qu'ils ne le pensaient. Qu'il était en mesure de les atteindre n'importe où, n'importe quand, et n'importe comment ; même en plein cours. Le pire dans tout ça cependant était qu'il avait réussi. L'état d'Hermione et de Drago en était la preuve. Oui... Ce soir, Tom Jedusor leur avait fait passer un message limpide. Ils étaient en guerre.
You fascinated me
Cloaked in shadows and secrecy
The beauty of a broken angel...
La voix d'Hermione résonna doucement dans la salle de musique. Ses mains posées fébrilement sur le seul piano du château hésitaient à enfoncer les touches bicolores, comme si elle craignait les briser d'un seul toucher létal. Elle n'avait pas trouvé d'autre endroit où se réfugier. La vue des instruments fut bien la seule chose qui ôta un peu du poids mort qui écrasait sa poitrine. Dans les souvenirs de ses enfants, elle s'était vu jouer et chanter pour eux. Des instants qui avait rayonné d'un bonheur et d'une insouciance qu'elle enviait jalousement aujourd'hui. Puis dans sa tête s'était mise à tourner en boucle cette chanson ; celle qu'elle écrirait à l'avenir, un temps où son cœur serait déchiré par la vie, la mort et l'indécision. Malheureusement pour elle, plus les jours passaient, plus cet avenir ne semblait plus qu'être une ombre, un fantasme fugace, un mirage dans ses rêveries. Mais son cœur, lui, était bien torpillé par la douleur. Il était une cible, une proie, un agneau au milieu d'une meute de loups. Et ça faisait mal. Beaucoup trop mal.
Après avoir quitté l'infirmerie et s'être assurée que Blaise allait bien, elle n'avait pas pu se résoudre à rentrer dans la salle commune de Serpentard, ou même dans sa chambre. Drago n'avait rien dit en la voyant partir, le regard perdu dans le vide. Il comprenait qu'elle veuille rester un peu seule. Elle ne voulait pas supporter les regards de compassions, ou encore les tentatives de réconfort maladroites de la part de ses camarades. Aucun d'eux ne savait. Aucun d'eux ne pouvait seulement qu'imaginer ce qu'elle venait de vivre. Le savait-elle seulement elle-même ? Tout s'était passé si vite que ses souvenirs ne ressemblaient plus qu'a des myriades de cauchemars.
Drago au sol, Lucius prêt à le battre de sa canne, Bellatrix, un Avada, et puis plus rien... Un cirque ? Un coup monté ? Un acharnement du destin ? Un message ? Elle ne savait pas ce que c'était. Tout ce dont elle était certaine, c'était qu'une fois de plus, ils s'étaient montrés imprudents, que Jedusor en savait davantage sur eux, et pire que tout... Qu'il avait réussi à entrevoir une partie de leur histoire. Il ne serait peut-être pas en mesure de la comprendre, mais chercherait à en savoir plus... Encore et toujours. Elle se sentait prise au piège dans un manège infernal et commençait à avoir la nausée. Elle n'avait pas l'impression de pouvoir un jour en descendre.
Elle joua quelques notes du bout des doigts, ses lèvres récitant les cris muets de son cœur avant que la porte ne grince dans son dos. Des cheveux blonds et un visage bien trop similaire à celui qu'elle avait vu aujourd'hui lui firent face.
-Je ne savais pas que tu jouais, dit Abraxas dans l'encadrement de la porte, un sourire gêné collé aux joues.
A sa vue, elle ne sut quoi répondre. Sa ressemble avec Lucius était inhumainement cruelle.
-Qu'est-ce que tu fais là ?
La froideur de son ton annonça la couleur, désarmant le jeune homme un court instant. Elle ne voulait pas le voir. C'était évident.
-Je... Je voulais savoir si tu allais bien, après ce qu'il s'est passé. Les Epouvantards sont... d'affreuses créatures. Je suis désolé que tu aies dû en affronter un.
Le voir planté là, devant elle, la fit grincer des dents d'une colère irrépressible. Ne pouvait-elle pas être tranquille l'espace d'une soirée ? Ou Jedusor lui avait-il ordonné de la suivre encore ? De profiter d'un possible moment de faiblesse pour obtenir des informations ? Elle ne savait pas mais elle s'en fichait. Elle n'était pas d'humeur à jouer au chat et à la souris ce soir, et certainement pas avec lui. Il était lâchement parti pendant leur attaque, les laissant seuls et livrés face à un monstre qui aurait pu les tuer. Il ne valait pas mieux que Lucius.
-Ne te donne pas cette peine, cingla-t-elle. Je vais bien.
-Tu es sûre ?
-Arrête Abraxas, souffla-t-elle les poings serrés. Va-t'en !
-Tu... Tu m'en veux ? demanda-t-il sans comprendre.
-Quelle intéressante question ! Réfléchissons ensemble : tu as fui. Tu es parti alors qu'on se faisait attaquer !
-Je... Je suis parti prévenir les professeurs !
-Oh je t'en prie, ne cherche pas à te trouver des excuses ! lui dit-elle, le feu aux joues. Tu es parti parce que tu as eu peur, et qu'au fond de toi, tu n'es qu'un lâche ! Ne pense pas que je suis aveuglée par tes jeux de séductions ridicules et tes grands airs ! Je vois très bien quel genre de personne tu es réellement.
Ses mots aussi crus le laissèrent sans voix. Il ne s'était pas attendu à un tel jugement, à une telle intransigeance de sa part et dû bien se mordre la langue pour ne pas s'emporter à son tour devant de pareilles accusations. La voir porter ce regard de déception et dégoût sur lui, le fit crisser des dents.
-Je suis navré que tu voies les choses de cette façon. Tu dois vraiment être bouleversée pour penser ça...
-Moi qui croyais avoir tout entendu, rit-elle brusquement.
-Mais qu'est-ce qu'il te prend ? commença-t-il à s'agacer, mal à l'aise. Hermione, je suis parti chercher de l'aide avec les autres !
-Bien entendu. C'est bien connu, il faut être trois pour crier au secours.
-Herm...
-Ne te fatigue pas Abraxas ! dit-elle en se levant, un air de dédain sur le visage. J'ai fini de parler avec toi.
-Mais...
-Transmets mes amitiés à Tom. Je suis sûre que cet Epouvantard a dû le bouleverser, lui aussi.
Elle se détourna de lui, ne pouvant plus supporter sa simple présence mais il bondit brusquement pour l'arrêter, le poing douloureusement refermé autour de son bras. Surprise, elle vit son visage déformé par la colère. A cet instant, son aura n'exprimait plus qu'une violence malsaine et cruelle, la faisant frissonner sur place. Il n'avait jamais autant ressemblé à Lucius.
-Lâche moi ! paniqua-t-elle.
-Ne parle pas à la légère, Jeanne, souffla-t-il, un air de folie dans les yeux. Ça risquerait de te coûter cher !
-Je t'ai dit de me lâcher !
-Tu ne sais rien ! hurla-t-il hors de lui.
Il perdait patience. Ce soir, le masque d'Abraxas Malfoy tombait, révélant sa vraie nature. Elle chercha à se dégager et à attraper sa baguette mais se retrouva violemment plaquée au mur, dans un bruit d'impact sourd. Pressée contre la pierre, une main enserrant avec force sa marque sous sa manche, elle dû se mordre la langue pour ne pas hurler, aussi bien de douleur que de peur. L'insensibilité de son regard lui donna le vertige. Pourtant, sa fierté lui interdit de montrer son mal. Il n'était qu'un pion. Un vulgaire et inutile pion, manipulé par un Maître et des idéaux qu'il ne suivait que par faiblesse d'esprit. Sa réponse aussi brutale en était la preuve. Abraxas ne savait pas réfléchir autrement que par la violence.
-Tu ne sais rien ! répéta-t-il dans un murmure, son regard acier ancré dans le sien.
-Je sais que... tu es faible et que tu as peur.
-Tais toi !
-Pourquoi ? Ce que je te dis te bouleverse, toi aussi ? souffla-t-elle d'un air de défis.
Son arrogance et la vivacité de son ton le piquèrent à vif. Elle sentit les ongles du jeune homme s'enfoncer dans sa peau sous la force de sa poigne, lui coupant le souffle dans le silence de la salle de musique. Il voulait l'intimider, la menacer, lui faire peur, mais ne parvenait qu'à la conforter dans ses idées. Des deux, il était le plus vulnérable.
-Tu ne sais pas ce que tu dis ! Je suis Abraxas Malfoy, l'héritier d'une des familles les plus puissantes du pays ! Je n'ai peur de rien !
-Abraxas, lâche-moi !
-Pourquoi ? Tu veux déjà retourner dans les bras de ton cher Drago ? dit-il en se rapprochant d'elle, une lueur effrayante dans le regard. Cet idiot qui a été incapable de te protéger de cet Epouvantard ! Incapable de te protéger de moi !
-Tu n'est rien comparé à lui !
-Regarde toi, Jeanne ! Tu es faible et sans défense ! Si tu étais aussi maligne que tu le prétends, tu te rangerais de mon côté. Tu serais une Reine !
Plus il parlait et plus son bras s'engourdissait. Des étoiles flottaient devant ses yeux tant la douleur lui montait à la tête. Il n'allait pas la lâcher. Il n'allait pas la laisser partir. Et c'est tout son corps qui vibrait de peur désormais.
-Tu es malade…, souffla-t-elle, horrifiée par ses mots.
-Je suis juste persévérant... Sache que personne ne me dit non, Hermione. Personne !
-Abraxas !
La voix qui surgit dans leur dos le figea sur place, dévoilant un autre masque sur son visage. Celui de la terreur. Dans un sursaut, il lâcha la jeune sorcière qui s'écroula au sol dans un gémissement plaintif. Déjà sur son poignet coulaient des liserais de sang depuis sa manche. Le bras paralysé de douleur, elle n'osa pas imaginer l'état des plaies qu'il venait de creuser à la force de ses ongles sur sa marque. Le souffle court et la vue brusquement floue, elle releva la tête et fit face avec stupeur à Tom. La mâchoire serrée de colère et sa baguette en main, il semblait hésiter entre torturer son fidèle ou le tuer directement sur place. Écrasé par l'intensité de son regard, Malfoy s'avança, le pas titubant et balbutia des murmures incompréhensibles. Ses yeux passèrent de son Maître à Hermione dans des tremblements angoissés. Il ne parvenait plus à parler et se retenait pour ne pas s'agenouiller au sol et psalmodier des excuses enfiévrées. S'il le faisait devant elle, autant dire que sa punition s'avérerait bien plus cruelle qu'elle ne le serait déjà.
-Va-t'en.
La violence de ses simples mots sembla mettre le Malfoy KO. Déboussolé, il baissa la tête tel un chien battu et s'en alla d'un pas rapide et effrayé. Il savait que chaque pas qu'il ferait ne le rapprocherait qu'un peu plus de sa sentence pour une pareille faute. Sans rien dire et les poings serrés contre sa robe, Jedusor le regarda partir. La haine rongeait déjà l'intérieur de ses veines, embrasant ses pupilles dans un véritable brasier. Quand il se retourna vers Hermione, il la vit toujours au sol, désorientée et pâle. Grondant dans sa barbe les milles tortures que subirait le blond, il se précipita vers elle et l'attrapa par la taille pour la relever à bout de bras. A peine debout, il la vit tanguer sur ses jambes et dû la rattraper de justesse pour qu'elle ne s'écroule de nouveau.
-Je... je vais bien, souffla-t-elle en essayant de se dégager de son emprise.
-Ne dis pas de bêtise.
-Je dois...
-La ferme Jeanne, tu parleras plus tard.
-Je...
-Tu saignes ? demanda-t-il brusquement.
Elle baissa les yeux sur la main du jeune sorcier, couverte de son propre sang. Si la haine le possédait déjà, elle s'allia à une fureur innommable, qui la fit trembler davantage. L'éclat de ses yeux se refléta dans le rouge de sa main, annonçant la promesse muette d'une vengeance toute aussi sanglante. Gênée, elle cacha son bras dans les plis de sa robe, et balbutia :
-Ce n'est rien, je... Je suis tombée tout à l'heure.
-Non…, siffla-t-il entre ses dents.
-Tom, je...
-C'est lui. Il t'a blessé. Fais-moi voir !
-Non ! paniqua-t-elle. Ce n'est rien !
Il fulminait et la tempe saillante de son front palpitait de son sang bouillonnant.
-Je t'emmène à l'infirmerie. Ne discute pas !
Il l'entraîna avec force dans son sillage mais elle ne put suivre son allure. C'était trop pour elle. Trop qu'elle ne pouvait en encaisser dans la même journée. Sa vue déjà floue s'assombrit. La chaleur de son sang sur sa peau lui donna la nausée. Ses pieds s'emmêlèrent entre eux, et elle trébucha dans ses bras. Elle l'entendit l'appeler mais ne put lui répondre. L'obscurité se refermait déjà sur elle.
-Drago ? s'exclama Blaise, surpris en voyant son ami entrer dans l'infirmerie.
-Je n'arrivais pas rester en place, dit-il en s'avançant vers les trois sorciers.
-On allait partir, dit Ron. Tu... Tu te sens mieux ?
Ses cernes, son teint de craie et son agitation nerveuse parlèrent pour lui. Il n'arrivait pas à se calmer. Dans sa tête résonnait inlassablement la voix de son père, le hantant tel un parasite vorace qui le rongeait de l'intérieur. Il voulait oublier, tout oublier, mais ne parvenait qu'à ressasser la vision de la canne de son paternel frappant le sol. A chaque écho de son impact contre la pierre, son dos se mettait à frissonner, aussi bien de peur que de vieilles douleurs qui imbibaient encore sa peau...
-Je m'en remettrai. Vous n'aurez pas vu Hermione ?
-Non, on pensait qu'elle était avec toi, répondit Harry.
-Elle a voulu s'isoler, mais il est tard. Le couvre-feu va sonner et elle n'est toujours pas rentrée, s'inquiéta-t-il. J'espérais qu'elle soit là.
-Non, on ne l'a pas vu. Au désespoir de l'infirmière d'ailleurs. Elle vous a traité de tous les noms d'oiseaux possible pour être parti aussi tôt sans prendre plus de potions de repos.
-On n'a pas besoin de potions, on a besoin de rentrer chez nous ! Je commence à en avoir marre de tout ce cirque.
-A qui le dis-tu...
Ils se regardèrent tous d'un coup d'œil entendu et compréhensif. Les épreuves qu'ils enduraient ne faisaient que les retarder dans leur véritable quête, éloignant à chaque fois leur date de retour et leur espoir d'y parvenir. Fatigué, Drago s'assit dans un soupir quand brusquement, la porte de l'infirmerie s'ouvrit d'un coup de pied fracassant. La vision qu'elle offrit aux sorciers les laissa sans voix ; celle d'un Jedusor, plus furieux que jamais, et d'une Hermione évanouie dans les bras. La peur les prit tous à la gorge.
-Hermione !
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?!
Le sorcier ne sembla pas surpris de voir deux Gryffondors avec eux, et à vrai dire, il sembla même s'en ficher. Sans les regarder, il la déposa sur un lit à côté de Blaise. La pâleur de leur amie ne fit qu'accentuer leur panique.
-Jedusor, qu'est-ce qu'il s'est passé ?!
-Elle a perdu connaissance dans la salle de musique, et saigne abondamment du bras.
-Quoi ?!
A l'écho de ce vacarme, on entendit l'infirmière se précipiter vers eux. Horrifiée, elle s'activa autour de la sorcière tout en vociférant après eux pour leur manque de bon sens de ne pas avoir pris ses potions comme elle l'avait recommandé. La pièce fut vite remplie de ses ordres et de l'angoisse des sorciers, laissant libre court à Jedusor de s'éclipser silencieusement. Il ne voulait pas s'attarder. Sa main suintait encore du sang moite d'Hermione et ne faisait que raviver la mortalité de sa colère. Ce soir, Abraxas venait de commettre une grave erreur.
-Jedusor ?
Le jeune sorcier se retourna, surpris par l'interpellation d'une Hermione gênée. Deux jours qu'il l'avait laissé dans cette infirmerie. Deux jours pendant lesquels la sorcière n'avait fait que redouter sa nouvelle rencontre avec lui. Elle avait longuement hésiter à aller le voir. Ses amis n'étaient bien entendu pas pour, compte tenu que l'attaque de l'Epouvantard était sûrement l'une de ses œuvres... Mais elle ne pouvait pas l'éviter. Pas après ce qu'il s'était passé et ce qu'il avait fait pour elle. Il ne s'en rendait pas compte mais son acte n'avait pas été anodin. L'arracher des griffes d'Abraxas lui avait pour ainsi dire sauvé la vie. Plus qu'il ne pourrait jamais le comprendre.
-Jeanne.
Égale à lui-même, il la regarda sans sourciller, froid et immobile. Néanmoins, elle ne manqua pas le léger coup d'œil qu'il jeta a son bras. Elle avait beau essayer de la cacher, elle avait l'impression qu'une banderole était désormais collé dessus, la trahissant aux yeux de tous.
-Je... Je voulais te remercier, dit-elle en ne croyant pas elle-même à ses mots.
-Pardon ?
Son ton traduit son incrédulité. Mais elle était parfaitement justifiée ; Hermione aussi avait encore du mal à croire ce qu'elle était en train de faire. Plantée au beau milieu d'un couloir, elle remerciait Tom Jedusor. Cela semblait sortir tout droit d'une fantaisie, et pourtant... Elle en était bien arrivé là. Peut-être était-ce à cause des potions que l'infirmière la forçait à avaler tous les jours ? Peut-être était-elle encore sous le choc, désorientée ou tout simplement inconsciente ? Mais elle ne pouvait pas se laisser y échapper. Elle ne pouvait pas laisser les doutes la consumer plus longtemps. Elle savait qu'Abraxas avait été absent la veille et qu'il n'était réapparu qu'aujourd'hui, blafard, muet et complètement traumatisé. Drago s'était d'ailleurs fait une joie de son retour et de ce qu'elle savait, ils étaient actuellement tous deux à l'infirmerie. Du moins, Abraxas y était en tant que patient ; Drago, lui, s'y faisait sermonner par le corps professoral outré. Personne ne savait qu'Abraxas l'avait agressé. Ils avaient préféré mentir et prétendre qu'il s'agissait d'une réaction à retardement dû à l'attaque de l'Epouvantard. Bien entendu, il leur avait fallu plus d'une dizaine de sorts de confusion pour empêcher l'infirmière de regarder la plaie de la jeune femme. Sa marque devait rester cachée aux yeux de tous, et surtout à ceux de Jedusor.
-Oui. Tu m'as aidé alors que tu n'en étais pas obligé.
-Je ne faisait qu'empêcher Abraxas de ruiner un peu plus la réputation de notre Maison et de son nom. Rien de plus.
-Probablement.
Il mentait sans s'en cacher et elle joua le jeu. Il était évident qu'Abraxas avait été puni pour avoir désobéit à ses ordres. Il avait eu pour instruction de la surveiller, de l'espionner, mais pas de lui faire du mal. Du moins pas avant que son maître ne l'ait décidé pour lui.
-Mais ça ne change rien. Tu m'as sauvé.
-Ne sois pas si dramatique.
Et pourtant, elle ne l'était pas. Il l'avait véritablement sauvée ce soir là. Pas seulement en arrêtant Abraxas de l'agresser peut-être d'une ignoble façon, mais aussi en intervenant avant qu'il ne la blesse plus que ce n'était déjà fait. Ses ongles l'avaient profondément amochée. La peau de sa marque était encore trop sensible, trop à vif pour résister à une telle pression et brutalité. Et même en faisant abstraction de ce détail, la magie de sa marque aurait pu se réveiller. Plus précisément, elle aurait pu la tuer. Jedusor n'en savait rien encore, mais quand il créerait la Marque, il y instaurerait une sorte d'assurance de loyauté. Une assurance mortelle. Quiconque cherchant à trancher, entailler, balafrer, ou même se débarrasser de la marque se verrait tué, lentement et douloureusement par sa magie. D'où la raison pour laquelle quelqu'un désirant survivre ne pouvait se débarrasser de sa marque, et donc, de son allégeance à Voldemort. En entaillant sa peau aussi brutalement, Malfoy aurait pu enclencher ce sortilège. Il aurait pu la condamner à mort sans même s'en rendre compte et il avait presque réussi. Elle l'avait échappé de peu. Sa peau mettrait encore du temps avant de cicatriser complètement ; avant de cesser de perler de sang et de puruler d'une infection magique. Autant dire que question douleur, Hermione était servie. Blaise lui avait conseillé de rester allongée encore quelque temps, histoire qu'elle se remette, mais la jeune femme ne pouvait plus attendre. Entre ses cours manqués et ses recherches en retard, elle ne pouvait pas se permettre de rester sans rien faire. Encore moins maintenant.
-Je ne lui suis pas, dit-elle. Abraxas est clairement... instable. J'aurais dû le voir venir.
-Oui, tu aurais dû. Comment a-t-il fait d'ailleurs ?
-Excuse-moi ?
-Pour te rendre aussi inoffensive qu'une débutante, précisa-t-il.
-Heu... Je ne sais pas trop. Je suppose que je n'étais pas encore remise de ce qui est arrivé.
-Et ton bras ?
Ils entraient enfin dans le vif du sujet et elle déglutit.
-Il va mieux. Je m'étais blessé pendant l'attaque. Abraxas n'a fait qu'appuyer dessus et ça m'a... m'a désarmée. Comme tu le sais, j'ai la fâcheuse habitude de ne pas soigner mes blessures. Autant dire que ça m'a servit de leçon.
Il la regarda sans répondre pendant plusieurs minutes. De toute évidence, il émettait des doutes sur sa version des faits. Mais c'était à son tour de poser des questions. Elle n'était pas censée savoir que Malfoy était son fidèle. Aussi, elle avait une carte à jouer. Une carte que Ron avait soulevée pendant sa convalescence et qu'elle avait bien l'intention d'utiliser. Celle de la curiosité et de l'ignorance. Elle n'oubliait pas que c'était sans doute lui qui avait ensorcelé l'Epouvantard. Et elle ne comptait pas se laisser amadouer.
-Mais je reconnais que ce qui est arrivé est aussi un peu de ma faute, dit-elle alors.
-Comment ça ?
-Je me suis énervée après Abraxas. Il nous a laissé seuls face à cet Epouvantard, lui qui prétend être ton ami. J'avoue que ça m'a profondément agacée et outrée.
Il ne sembla pas trouver quoi lui répondre et son silence désappointé lui laissa une autre chance.
-D'ailleurs, je suis surprise qu'il t'ai écouté quand tu lui as dit de partir. Il avait même l'air terrifié.
-J'ai cet effet sur les gens. Je suppose que c'est naturel, dit-il d'une voix plus grave.
-Peut-être, mais... Pourquoi tu ne m'as pas dénoncée ? demanda-t-elle brusquement.
-Dénoncée ?
-Pour l'Epouvantard. Tu n'as pas dit aux professeurs que c'est moi qui l'ai tué.
Deuxième silence de flottement. De toute évidence, il n'appréciait pas que ce soit lui qu'on questionne et suspecte. Et son air mal à l'aise fut une véritable jouissance pour la sorcière. Le sortir de sa zone de confort et de sa confiance inébranlable était un spectacle rare.
-Tu poses trop de question.
-Je te l'ai déjà dit, je suis curieuse.
-Alors cesse de l'être. Ne me fais pas regretter d'être intervenu en ta faveur, Jeanne, s'emporta-t-il plus agacé. Ça ne sera pas toujours le cas.
Elle ne lui répondit pas, consciente que ces mots étaient une menace déguisée. Mais elle savait aussi qu'il n'arriverait pas toujours à s'en sortir de cette manière. Si elle devait se retrouver suspectée, il était hors de question que cela n'aille pas dans les deux sens. Il voulait jouer. Parfait. Ils allaient jouer. Car son sauvetage improvisé ne changeait rien. Il était toujours un ennemi. Elle le regarda lui tourner le dos et disparaître au loin. Leur trêve venait officiellement de prendre fin.
Bonsoir à tous ! Voici la suite ! J'espère qu'elle vous a plût ! Petit bouleversement à prévoir, alors accrochez vous pour la suite à venir !
Donnez moi vos avis en commentaires, ils sont très importants et m'aident beaucoup à déterminer la suite de mon histoire ! Merci énormément pour tous vos encouragements et à tous ceux qui me suivent encore ! :)
A très vite ! Bisous !
