- T'es tombée du lit ce matin ? Rit Drago en s'asseyant nonchalamment à côté d'une Hermione concentrée.
La jeune femme sursauta dans le silence paisible de la Grande salle. A part elle, seuls quelques premières années et professeurs étaient déjà levés. Attablée, une assiette à entamée sous le nez, elle n'avait pas entendu son ami venir, le nez plongé dans ses livres, un verre de jus de citrouille à la main.
- Drago ? Qu'est-ce... qu'est-ce que tu fais là aussi tôt ? Balbutia-t-elle en refermant doucement son ouvrage.
- La vrai question est toi, qu'est-ce que tu fais là ? Les cours ne commencent pas avant au moins deux heures, même les toutous Jedusor ne sont pas encore réveillés.
- Je n'ai pas bien dormi, et puis... je voulais passer voir un peu Ginny. Dit-elle un ton plus bas. Elle me manquait.
Oui, elle était allée la voir ce matin... comme tous les matins depuis qu'elle avait compris qu'elle était quelque part, perdue elle aussi, et qu'une part de son maître restait attachée à elle. Comme à chaque fois, elle s'était assise à ses côtés, et lui avait parlé, comme avant... comme si elle était vraiment là ; comme si elle n'était pas qu'un corps livide et inanimé sous ses draps blanc... C'était devenu son rituel. La seule chose qui l'empêchait de perdre espoir ou de devenir complètement folle. Mais les risques que représentaient leurs visites à infirmerie étaient énormes. Si Jedusor les surprenaient, il pourrait se douter de quelque chose. D'où la raison de sa présence à une heure aussi matinale. Personne ne traînait du côté de l'infirmerie à 5 heure du matin. Pas même Jedusor et ses fidèles. C'était son seul créneau de libre. Les seuls instants où elle n'avait pas à faire semblant.
- Son état est stable, si on peut dire. Blaise n'arrête pas de faire des allé retour depuis son lit pour voir si elle va bien.
- Il a le droit de se lever ?! Demanda-t-il surpris.
- Non, mais tu le connais. Il se sent inutile à cause de ses jambes alors je pense que ça le rassure de garder un œil sur elle.
Oui, les dire du maître concernant leur amie, les préoccupait tous. Surtout elle et Ron. L'idée qu'elle soit retenue dans l'autre dimension, seule et oubliée du monde, les rendaient malades. Elle s'inquiétait pour son amie, l'aimait, et culpabilisait de ne pas pouvoir trouver de quoi la sauver. Le jeune Malfoy comprenait. A ce stade, il n'en était pas loin lui non plus. Ginny avait pris une ampleur inattendue dans son cœur. Dans ses songes, dansaient souvent les souvenirs de Magnus, le mettant face à un futur enviable qu'il craignait désormais de ne pas pouvoir atteindre. Il deviendrait son ami, son confident, et le parrain de son fils. Et à l'heure actuelle, son plus regret était de ne pas avoir pu apprendre à la connaître autant qu'Hermione ; de ne pas avoir pu lui faire comprendre qu'il était désolé, et désormais digne de son amitié... Mais il refusait de croire qu'il n'aurait pas la chance de le faire un jour. Il était peut-être trop tard pour l'instant, mais pas assez, pour abandonner.
- Je n'ai pas pu aller la voir hier. Grinça-t-il alors dans sa barbe. Arias ne m'a pas lâché de la journée.
- Tu as suivi le plan ?
- Oui. Ne t'en fais pas. Tout marche comme prévu. Nos questions les dérangent.
- Bien.
- Tu es sûr que c'est une bonne idée ? On se met en danger pour rien. Soupira-t-il.
- Dis ça à Ron. C'était son idée de base. Pour une fois que son esprit rancunier nous est utile.
- Depuis quand on écoute le roux de la bande ?!
- Ron a parfaitement raison. Notre silence face à leurs agissements est plus suspect que tout le reste. Dit-elle. On joue la carte de l'ignorance, alors autant le faire jusqu'au bout. Jedusor était mal à l'aise quand je l'ai questionné. Il doit se sentir suffisamment menacé pour faire profil bas ! C'est ça le plan. Le comportement d'Abraxas l'y a déjà pas mal contraint, alors autant continuer sur cette lancée. C'est notre seul moyen de se débarrasser de sa surveillance. On ne pourra rien faire si on est épié 24h sur 24h, il faut que ça cesse !
- Ouai bah la prochaine fois, c'est lui qui cuisinera Orion sur Jedusor. On attire plus l'attention sur nous qu'autre chose.
- Au point où on en est, on n'a plus grand chose à perdre. On doit récupérer tous les ingrédients pour l'invocation, et trouver un moyen de sauver Ginny. Mais on n'arrivera à rien s'ils sont toujours dans nos pattes. Abraxas ne nous parle presque plus, et Orion et Arias commencent à nous éviter. Ça marche.
- Pour le moment...
- Ne sois pessimiste ! On doit maintenir nos positions ! S'exclama-t-elle.
- Quoi ?
- On doit maintenir nos positions et envahir le terrain, pour qu'il est peur et qu'il batte en retraite ! J'ai lu ça dans le journal ! S'exclama-t-elle brusquement.
- Sérieusement ? Souffla-t-il dépité. C'est ça ta tactique ?
- Ça a marché pour les Allemands.
- Pour l'amour de Merlin, c'est ridicule !
Il soupira, désespéré par son entêtement. Leur plan était suicidaire. Purement et simplement suicidaire, mais il avait perdu lors des votes. Blaise n'étant pas de son côté, il n'avait pas pu faire le poids face à ses camarades plus décidés que jamais, l'entraînant malgré lui dans un jeu du chat et de la souris mortels. Dépité, il but son café d'une traite, une grimace sur la figure. Ils allaient se faire tuer...
- Au faite. Poursuit la jeune femme. Comment savais-tu que je serais là ?
- Je t'ai entendu filer en douce, encore. Soupira-t-il en se servant une autre tasse, les cheveux encore ébouriffé et les yeux bouffis de sommeil.
- Vraiment ?
Son regard fatigué et agacé suffit à lui répondre, et la fit éclater de rire. Drago était devenu très protecteur depuis l'incident avec Abraxas, elle le savait, mais au point de surveiller ses allées et venues ? ça c'était une première. Le jeune homme leva les yeux au ciel, coupable et agacé. Mais distraitement, son regard se posa à son ouvrage, serré contre elle. Ses mains s'accrochaient aux reliefs de la couverture avec force, calmant légèrement leur tremblements nerveux et frénétiques. Son assiette n'était qu'à peine entamée, et la fatigue creusait des faussés sous ses yeux agités. Quelque chose la préoccupait. Il pouvait le voir. Il pouvait le sentir.
- Tu es sûre que ça va toi ?
- Bien sûr, pourquoi ?
Elle avait répondu trop vite. Elle le savait. Drago ne dit rien, mais la fixa. Très vite, il la vit détourner le regard de ses yeux, gênée par leur subite clarté. Elle le fuyait, perturbée et mal à l'aise.
- Hermione...
- Drago, s'il te plaît... paniqua-t-elle brusquement.
- Il y a autre chose. Parle-moi. Dit-il plus fermement.
- Non je...
- Ne me mens pas.
Pourquoi ce regard ? Pourquoi cette insistance ? Hermione ne voulait pas lui parler. Elle ne voulait pas même penser, car elle savait ce que cela pourrait signifier. Et elle ne voulait pas affronter ce qu'elle redoutait. Elle ne voulait pas mettre sur le tapis plus de problème ; encore moins ce qu'elle ne comprenait pas. Elle ne voulait rien de tout ça, mais savait aussi que Drago ne la laisserait pas en paix. Sans relever la tête, la jeune femme déglutit, et lui tendit le livre tenu par ses mains tremblantes.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Un manuel de médicomagie. Souffla-t-elle.
- Et donc ?
- Et donc, maintenant que Ginny est près de nous, je... j'essaie de mieux comprendre les causes de son coma.
- Mais on les connait déjà. Son âme est reliée à celle de Voldemort. Avec lui errant dans l'espace, elle s'est retrouvée piégée dans...
- Je sais, je sais... dit-t-elle. Mais je... j'ai découvert quelque chose.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Hermione resta figée, pétrifiée par l'indécision et l'angoisse... Tous ses mots restèrent coincés au fond de sa gorge, retenus par un sanglot de peur. Elle ne savait pas comment intégrer la nouvelle, alors la dévoiler au grand jour, à voix haute ? C'était impossible. Inhumain même. Désespérée, sa main vînt finalement se perdre sur son visage, essayant vainement de cacher ses joues livides, et ses cernes trompeurs. Le dilemme qui se jouait en elle lui donnait mal à la tête. Le destin s'acharnait sur eux.
- Hermione ?
Mais Drago n'en démordrait pas, elle le savait, et déjà l'inquiétude le gagnait à son tour. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose de grave. Quelque chose qu'ils ne pouvaient pas empêcher, et qui risquait de tous les perdre.
- Hermione !
Elle ne pouvait pas le dire. Pas encore.
- Ouvre le. Dit-elle brusquement à voix basse.
- Quoi ?
- Le livre. Ouvre-le à la page que j'ai marqué.
Sa voix était blanche, ses yeux creux, et ce n'est qu'à cet instant que Drago comprit que ce n'était pas de fatigue mais de pleurs. Hermione avait pleuré. Sans attendre et d'une main agitée, il ouvrit l'encyclopédie et chercha à son tour. Quand son regard se posa enfin sur le chapitre entamé par la jeune femme, il ne comprit pas. Ce n'est qu'après plusieurs secondes, qu'il réalisa enfin l'évidence qui hantait son amie, et que le ciel lui tomba sur la tête... Ce n'était pas possible.
Son visage se décomposa à son tour. Il n'arrivait à y croire.
Pas maintenant. Pas alors que la liste de leurs problèmes semblait déjà sans fin. Pétrifié par cette énormité, il crut bien sentir son estomac lui remonter dans la gorge et ne put rien dire lui non plus.
- C'est... c'est...
- Oui. Souffla-t-elle dans un murmure.
- Tu es certaine ? Demanda-t-il le souffle court. Tu es sûr qu'il n'y a pas d'erreur ?!
- J'ai prélevé un peu de son sang tout à l'heure. Je voulais juste m'assurer qu'elle allait bien et que les sorts la maintenaient en bonne santé... mais j'ai trouvé ça. Au début, je n'y ai pas cru. Ça n'avait pas le moindre sens pour moi, mais j'ai tout revérifié plusieurs dizaines de fois ! Elle...
Le mot qu'elle peinait tant à prononcer ne purent franchir ses lèvres. Un halètement de peur le remplaça. Une peur qui désormais, hantait Drago à son tour.
- Tu... tu penses que le maître savait ? Quand il est apparu ?
- Je ne sais pas, mais on doit la réveiller au plus vite. C'est trop... grave.
- Il n'y a pas un moyen de l'arrêter ? De... l'empêcher ? Demanda-t-il incertain.
- Drago... Soupira-t-elle vaincue.
- Hermione ! On... on ne peut pas gérer ça ! Pas maintenant, c'est... c'est impossible ! Paniqua-t-il.
Le jeune homme croyait halluciner. Cette nouvelle changeait tout. Absolument tout. Et risquait de créer davantage de chaos qu'ils n'en avaient besoin en ce moment.
- On n'a pas le choix ! Si mes testes sont concluant alors, ce qui lui arrive est inévitable...
Inévitable... un mot qu'il entendait bien trop souvent ces derniers temps.
- Il faut le dire à Ron.
- Non ! S'exclama-t-elle brusquement.
- Pardon ?! C'est sa sœur ! Il mérite de connaître la vérité !
- Je sais... mais on doit attendre ! J'ai... j'ai fais plusieurs autres testes mais ils demandent tous un peu plus de temps. Je ne veux pas lui imposer une telle nouvelle sans en être sûr ! Laisse-moi juste quelques jours ! Supplia-t-elle désespérée.
- Pourquoi me le dire à moi, dans ce cas ?
Hermione ne s'attendait pas à cette question. A vrai, elle n'avait même pas pensé à lui mentir au sujet du sort de Ginny. Désemparée, elle balbutia la bouche ouverte, avant de dire finalement, d'une petite voix.
- J'imagine que je n'arrive pas à te cacher la vérité. Et puis, avec tout ce qui est arrivé, je sais qu'au fond, Ginny aurait voulu que tu... que tu saches.
Il déglutit, la mâchoire serrée et le cœur déchiré.
- On ne pourra pas garder le secret. C'est trop important...
- Donne-moi juste quelques jours ! Supplia-t-elle. Je dois être certaine avant de dire quoi que ce soit à Ron, ou Harry. Ils sont tout juste sur le chemin de la rédemption ! Ça... ça pourrait les détruire... tu le sais aussi bien que moi ! Ma marque les a suffisamment bouleversés comme ça...
- Tu me fais donc confiance à moi, un Serpentard devenu mangemort, mais pas à tes deux guignols de Gryffondors ?
- Ne sois pas cynique. Grinça-t-elle agacée. Tu sais très bien ce que veut dire !
- Je sais aussi que le Choixpeau t'a envoyé à Serpentard. Maintenant, je crois que je commence à comprendre pourquoi. Dit-il en la contemplant fuir son regard de nouveau.
Harry marchait tranquillement, perdu dans ses pensées. Il ne le montrait pas, mais en plus de leurs problèmes temporels et de Jedusor, le Survivant avait du mal à gérer leur proximité avec leur "grands-parents". Il y a quelques heures à peine encore, il discutait avec Charlus, le plus naturellement du monde, comme si cette situation était véritablement normale. Pour son aïeul, elle l'était, mais pour lui, les choses n'étaient pas aussi simples. Son grand-père était le portrait de son père. Il le voyait en lui si clairement, que son cœur se serrait douloureusement à chaque coup d'œil, lui rappelant à quel point, ce qu'il vivait, avait le goût d'une illusion. Ils avaient l'impression de vivre au milieu de fantômes, ou encore dans un cimetière vivant, ne faisant que le meurtrir un peu plus tous les jours. Il voulait que cela cesse. L'esprit, Jedusor, les cours, 1944, tout... il voulait rentrer chez lui. Il voulait mettre un terme à cette mascarade ridicule qui n'avait pour but que les tourmenter. Ils avaient tous failli mourir ensevelit, Blaise pouvait à peine marcher, Ginny était dans le coma, et Hermione s'était même faîte agresser... jusqu'où cela allait-il les mener si ce n'est dans la tombe ?! Il voulait rentrer chez lui. Il voulait se faire oublier. Mais cela avait un prix. Il n'aurait pas cru dire cela un jour, mais plus le temps passait plus il était prêt à le payer. Il faudrait sacrifier une âme, une vie... Et bien soit. Hermione, Drago et Blaise étaient prêt à le faire ; ils voulaient sauver leurs avenirs. Lui, souhaitait changer le sien. Et rien de ce qu'ils souhaitaient ne pourraient un jour se réaliser s'ils restaient enfermés dans cette époque. Il fallait qu'ils se décident. Qu'ils prennent une décision finale. Lui, en tout cas, avait pris la sienne.
Le jeune homme soupira de plus belle devant la salle commune de Gryffondor. Charlus et Septimus l'y attendait, alors que Ron était parti faire un tour à l'infirmerie pour s'assurer de l'état de Ginny. Il devrait faire face à leurs passés, seul. Il s'avança quand une voix s'éleva depuis une classe entrouverte. Curieux, elle attira son attention. Il la connaissait.
- Je dois avouer que je suis surpris par votre dévouement Tom.
- Je souhaite simplement apporter mon aide Monsieur le Directeur.
Jedusor s'entretenait avec Dippet, en privé. Et il ignorait pourquoi, mais cela ne lui inspirait rien de bon. Se collant contre le mur, il jeta un sort insonorisation sur lui-même rendant muettes ses inspirations et bruits de pas. S'il se faisait surprendre entrain de les épier, autant dire qu'il ne donnait pas cher de sa peau. Mais sa curiosité était bien trop grande. Le concept d'aide n'allait pas de pair avec le futur Seigneur des Ténèbres. Une pareille combinaison ne pouvait être qu'une énième manipulation de sa part.
- Vous êtes sûr de vous ? Je ne voudrais pas que cela interfère dans vos études. Et puis, en toute honnêteté, je doute que vous arriviez à grand-chose. Cette fille est endormie depuis son arrivée, personne n'a réussi à trouver le moyen de la réveiller.
- Ne vous en faîte pas pour ça. Je sais que tous les médicomages n'ont rien pu faire, mais je m'engage à faire de mon mieux.
- Je ne vous savez pas aussi altruisme. Dit Dippet un sourire en coin. Et bien, si vous êtes pleinement conscient de ce que vous faîte, je ne peux vous empêcher d'essayer. Un peu d'aide ne sera pas de trop.
- Merci infiniment Monsieur. Je ne vous décevrai pas.
- Je n'en doute pas Tom. Vous êtes inventif. Qui sait, peut-être arriverez-vous à la sortir de son coma ?
- Je l'espère Monsieur. Je l'espère sincèrement.
A cet instant, Harry maudit le destin. Jedusor cherchait à réveiller Ginny. Et il savait mieux que quiconque, que contrairement à ce qu'il laissait croire à Dippet, cela ne partait pas d'un sentiment d'altruisme. Il avait un plan. Et malheureusement pour eux, leur amie dans le coma en faisait partie. Quand il reprit sa route, le cœur palpitant d'inquiétude, la salle commune de Gryffondor s'éloignait dans son dos. Septimus et Charlus l'attendraient plus longtemps que prévu ce soir.
- Il faut qu'on fasse quelque chose ! Il est hors de question que ce malade s'approche de ma sœur ! S'écria Ron hors de lui dans la Salle sur Demande.
- On est tous d'accord là-dessus mais on doit agir prudemment. Dit Drago mal à l'aise. Il se doute déjà qu'on a quelque chose à voir avec elle, cette histoire n'est qu'un moyen pour lui de nous tester. Ou bien de... de se venger pour notre attitude intrusive...
- Et comment on va faire ? Dit Harry. Parce qu'à part replacer Ginny dans une chambre d'hôtel, on ne pourra pas la protéger de lui. Il est déterminé. Et je préfère ne pas imaginer les raisons qui le poussent à courir après elle, mais il ne se laissera pas faire.
- Vous êtes sûr qu'il est une menace pour elle ? Demanda Blaise incertain. Elle est dans le coma depuis plus d'un mois, et on n'a rien trouvé qui pourrait la réveiller, peut-être que lui non plus ?
- Non, il... il pourrait découvrir qu'elle est liée à son Journal. Bredouilla Hermione en évitant soigneusement le regard lourd de sens de Drago. Elle a en elle la magie des Horcruxcs, il finira par le sentir tôt ou tard. On ne peut pas prendre ce risque.
- Il n'a rien senti chez moi, dit Harry.
- Il t'a tué dans notre époque, et la partie de lui en toi avec.
- Ce n'est pas qu'une question d'Horcrucxs ! S'énerva Ron. Jedusor a déjà possédé Ginny, et lui a fait faire des horreurs ! Elle est trop vulnérable dans son état, et même si elle est dans le coma, je refuse de prendre le risque de la voir de nouveau sous son emprise. J'ai accepté l'idée qu'elle deviendrait la Dark Lady, mais il est hors de question qu'il la prenne pour un cobaye ! Il n'est pas encore Voldemort et allez savoir ce qu'il serait capable de lui faire...
Ron avait raison. Et Hermione paniquait. Si Tom découvrait la même chose qu'elle, il ne mettrait pas longtemps avant de les démasquer et de comprendre, lui aussi, ce que cela voulait dire. Ils chercheraient à les tuer, ou alors à se servir d'eux. Et ça, ils ne pouvaient pas se le permettre. Désormais, Hermione ne pouvait plus s'accorder de temps. Elle était piégée et n'avait plus d'autres options.
- Un avis sur la question Granger ?
Le simple ton de Drago lui fit comprendre tous les sous-entendus qui rayonnaient entre eux. Il voulait l'entendre dire la vérité. Il voulait la voir avouer ce lourd secret. Les quatre paires d'yeux se mirent à la fixer intensément, et son souffle se coupa. Posé à côté d'elle, le livre de médicomagie semblait la narguer devant tous.
- Je... je suis d'accord. Il faut empêcher Jedusor de s'approcher d'elle. Mais... mais pas uniquement pour les raisons que vous pensez.
- Comment ça ?
C'était trop tard... trop tard pour reculer, trop tard pour ravaler ses mots, trop tard pour fuir. Elle ne pouvait pas se limiter à ses propres émotions. Elle ne pouvait pas être égoïste. Il était question de Ginny, de Ron, et de leur destin à tous. Leur cacher la vérité n'était plus une alternative. Plus depuis que Jedusor avait décidé de s'immiscer dans leur vie plus qu'il ne l'était déjà. Elle jeta un coup d'œil à Malfoy et déglutit. Il partageait son avis. C'est lui qui saisit le livre de médecine devant eux.
- Hermione a découvert quelque chose. Souffla-t-il d'une voix blanche.
- Quoi ?! Quand ?
- Ce matin. Répondit-elle. Je... je n'avais pas l'intention de vous le dire avant d'en être certaine, mais le coma de Ginny n'est pas le seul problème que nous devons résoudre.
- C'est à dire ?
Ron haletait, pétrifié de peur, mais il était à trois mille lieux de la vérité... de la gravité de la situation. A vrai dire, aucun d'eux n'était en mesure d'imaginer ce qu'elle s'apprêtait à leur révéler.
- J'ai fait quelques testes basiques sur elle... et, une anomalie sanguine est apparue.
- Une anomalie ? Comment ça ?
- Au début, j'ai cru qu'elle avait quelque chose dans le sang, mais après d'autres résultats sont sortis, plus étranges les uns que les autres, alors j'ai compris et ... et il n'y avait plus de doute.
- Hermione, tu me fais peur là... Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'elle a ?
Une respiration, puis deux, et le grand saut.
- Ce n'était pas une anomalie, contrairement à ce que je pensais... c'est bien plus grave...
- Plus grave ?
- Elle est enceinte... Ginny est enceinte.
Assis à côté de sa sœur depuis plusieurs heures déjà, Ron soupira. Sa main dans la sienne était froide, à peine vivante. Pourtant, il le savait, la vie l'habitait. Une vie qui n'était pas uniquement la sienne. Elle était enceinte. Elle attendait un enfant. Son premier né. Magnus. C'était étrange de réaliser l'énormité de la chose. Il y a un mois, Magnus était grand, fort, puissant et déterminé ; aujourd'hui il ne subsistait que sous la forme d'un fœtus innocent, que Ginny portait au fond de ses entrailles. Apprendre une pareille nouvelle l'avait choqué, et profondément perturbé. Il savait que sa sœur s'était rapprochée de Voldemort pendant leur captivité ; il l'avait vu le regarder avec une ferveur qu'il l'avait alors effrayé et inquiété, mais jamais il n'aurait imaginé une telle chose. Hermione culpabilisait de ne pas l'avoir prévenu dans l'instant, et lui aussi, lui en voulait. Mais il comprenait sa démarche. Il avait réagi exactement comme elle l'avait redouté, avec colère et peur. Il n'avait pas réfléchi et avait fui, hanté par ses démons. Sur le moment, il n'avait pas pu supporter de l'idée que sa sœur soit véritablement enceinte de Voldemort. Elle était si jeune. Et pourtant c'était bien le cas. Il devait l'accepter. Il devait être là pour elle, la soutenir comme il aurait toujours dû le faire, et ne pas le rejeter, la blâmer.
Contrairement à ce qu'il avait pensé sur le moment, cet enfant n'était pas un fardeau, un problème de plus ou une malédiction. Non, c'était sa seconde chance. Celle de bien faire. Magnus était son neveu, et la seule image qu'il n'avait jamais eu de son oncle était celle d'un homme cruel, vicieux et monstrueux. Mais il pouvait se rattraper. Il pouvait changer les choses, et avait bien l'intention de le faire. Il n'allait pas laisser Jedusor s'approcher d'elle. Il n'allait pas le laisser la profaner pour il ne savait quel plan tordu. Il devait la protéger, elle et son fils. Car Jedusor n'en était pas le père à ses yeux. Voldemort l'était, et même si cette idée lui donnait encore la nausée, Il aimait Ginny ; du moins, à sa manière. Et Ron savait qu'Il aimerait aussi leur fils. Il l'avait vu avec Magnus. Il saurait prendre soin d'eux, mais cela supposait encore qu'il soit ici avec eux. Malheureusement cette hypothèse n'était pour le moment pas envisageable. Il était piégé dans l'espace et Ginny était à peine en vie. Peut-être ne l'était que grâce à l'enfant ? Et si Voldemort ne réapparaissait jamais, sa sœur s'en remettrait-elle un jour ? Si elle ne se réveillait pas, Magnus verrait-il quand même le jour ? Ou resteraient-ils tous deux endormis, sans jamais avoir la chance de vivre. Tellement de questions sans réponses... tellement de problème... Ils devaient trouver un moyen de la sauver. De les sauver.
La nuit s'apprêtait à tomber quand la porte de l'infirmerie grinça. Hermione apparût, tête baissée et le regard honteux. Il ne voulait pas qu'elle ait peur de lui. Il ne voulait pas être cette personne insupportable et dangereuse. Aussi il sourit doucement quand elle s'approcha. Ses mains trituraient la couture de sa robe, trahissant sa nervosité.
- Ron, je... Je voulais m'excuser.
- Tu n'as pas à le faire. Dit-il. C'est moi. Je... je comprends Hermione. Je comprends pourquoi tu ne m'as rien dit. J'ai été le pire des imbéciles...
- Comment tu te sens ? Demanda-t-elle doucement en s'asseyant à ses côtés.
- Mal. Ma sœur est enceinte et plongée dans un coma magique. Mais, aussi étrangement heureux.
- Vraiment ?
- Magnus ne nous a jamais quitté. Dit-il dans un souffle. Il a toujours été là, avec nous, mais on ne le savait pas. J'ai... j'ai envie de prendre ça pour un signe.
- Un signe ?
- Oui. Quand on est arrivé ici, on était perdu, désorientés et effrayés. On s'est senti abandonné une nouvelle fois, et on avait peur pour l'avenir, pour eux... Mais un peu de cet avenir nous a finalement suivit. On n'a jamais été seuls.
Ces mots touchèrent la jeune femme. Il avait raison. Dans un soupir de soulagement, elle lui prit la main. Ils avaient traversé tellement d'épreuves ensembles, à croire qu'ils n'en verraient jamais la fin et que le repos ne leur seraient jamais accordés. Mais ils pouvaient arranger les choses. Ils le devaient.
- Tu penses qu'Il... qu'Il est condamné ? Demanda-t-elle alors à demi-voix.
- Je n'aurai jamais cru dire ça un jour, mais j'espère que non. Ça la détruirait. Ça vous détruirait...
- Ron...
- Tu n'as pas à te justifier. Poursuit-il. Je sais à qui va ton allégeance, et je ne parle de ton Maître. Je sais que tu feras le nécessaire pour Kai, Scorpius et Rose ; pour sauvegarder ta famille. Et tu as besoin de Lui pour ça. Je le comprends.
Des larmes de reconnaissances brillèrent au fond de ses yeux. Il comprenait. Il la pardonnait. Il savait pourquoi elle se battait. Du moins, l'une des raisons. Un soupir de culpabilité coincé au fond de la gorge, la jeune femme le regarda, incertaine et indécise. Pourtant, ses mots goûtèrent sa langue avant même qu'elle ne se décide à sauter le pas. Son corps lui-même trahissait ses secrets.
- Ron, il y a autre chose...
- Hermione... Grimaça-t-il. Je ne crois pouvoir supporter une autre nouvelle aujourd'hui.
- Non, ce n'en pas une. Dit-elle brusquement gênée. A vrai dire, ce n'est pas grand-chose. Mais j'ai besoin que tu le saches.
- Quoi donc ?
- Ce... ce qui est arrivé dans l'autre dimension.
Son regard s'épaissit, à la fois curieux et inquiet, faisant couler une sueur froide le long de son dos. Ce qu'elle avait caché aux autres depuis leur arrivée, la consumait de l'intérieur, la condamnant à une anxiété perpétuelle et culpabilisante. Elle ne pouvait plus le supporter. Plus maintenant.
- Comme tu le sais, Ginny, le Maître et moi étions les derniers encore présents dans la Grande Salle. Mais, ce que tu ne sais pas c'est que le Maître était blessé, et enfoui sous les gravats. Comme tu peux t'en douter, Ginny a refusé de l'abandonner. Je voulais l'aider mais... elle... elle m'a poussé dans la faille. Elle voulait me donner de meilleures chances, et m'a dit que de vivre. Vivre pour moi et... le maître. Pour l'aider lui, à survivre. Je sais que ça peut paraître ridicule, mais... mais je l'ai pris comme une promesse que je devais lui faire.
- Ton allégeance.
Ce mot la fit frissonner. Elle n'était pas encore habituée à l'entendre de vive voix, même si son cœur, s'y était fait une raison. Inconsciemment, sa main se porta sur son bras.
- Je sais que... que d'une certaine façon je n'ai pas l'air différente de ses autres fidèles.
- Tu l'ais Hermione. Tu es bien plus. Dit-il. Même moi je suis capable de le voir.
- Il est aussi plus qu'un simple maître à mes yeux. Soupira-t-elle dans un sanglot. Il est le seul capable de me ramener à mes enfants. Pas seulement en partant d'ici, mais aussi dans l'avenir ! Mon futur et celui de mes enfants dépendent de lui ! Il est... il est ce qu'il me rapproche le plus d'eux. Le perdre... et bien, reviendrait à tout perdre pour moi...
- Pourquoi tu ne nous l'as pas dit plus tôt ?
- Parce que j'ai l'impression que c'est ma faute. Si... si elle est là, dans cet état et que je suis incapable de... de la ramener.
Sa voix se brisa malgré elle, submergée par une émotion contenue depuis bien trop longtemps.
- J'ai honte. Dit-elle finalement. J'ai honte de ne pas avoir pu la sauver, moi le soi-disant rat de bibliothèque.
- Hermione... Soupira Ron en la prenant pas les épaules, le regard ancré dans le sien. Ma sœur est une tête de mule. Rien ni personne n'est jamais en mesure de la raisonner, pas même Voldemort ! Le temps était compté, tu n'aurais rien pu faire. Et je te l'ai dit, tu n'as pas besoin de te justifier ! Je comprends. Tout le monde comprend et personne ne te jugeras. Encore moins moi. Mon futur est suffisamment discutable pour que je mette à critiquer le tien.
- Mais j'aurais dû essayer d'agir !
- C'est ce que tu fais aujourd'hui. Tous les jours depuis notre arrivée, sans jamais rien lâcher. Je sais que tu trouveras comment la réveiller. Et au fond, je suis sûr qu'elle aussi le sais. Tu n'as plus tes preuves à faire depuis longtemps.
- Merci... souffla-t-elle. Merci Ron.
Ils se regardèrent, entendus et soulagés. Un poids s'ôtait de leurs poitrines. Celui de la culpabilité et des remords.
- Mais on n'est toujours pas sorti d'affaire. Reprit-t-il. Il nous faut un plan. On ne peut plus rester dans l'ombre. Jedusor vient de franchir une limite.
- Je sais... et Harry a eu une idée. Avec du recul, ça... ça pourrait marcher.
- Est-ce que je vais l'aimer ?
- Absolument pas.
- Et est-ce qu'elle risque de tous nous tuer ?
- Je crois que tu connais déjà la réponse. Dit-elle sombrement.
- Super...
- On va s'en sortir Ron. Je te le promets. Mais le plus important aujourd'hui, c'est Ginny et Magnus. On doit les réveiller.
- Crois moi, personne ne veut la réveiller plus que moi, mais on a tout essayé !
- Il nous reste encore quelque chose à tenter. Mais honnêtement, je ne sais pas ce que ça peut donner. Souffla-t-elle. C'est risqué...
- Tous nos plans sont risqués.
- Non... celui-ci est... vraiment risqué. Trembla-t-elle le regard hanté par la peur. Mais c'est peut-être notre seule chance.
Ron sourit légèrement. De toute évidence, rien ne serait jamais simple.
- Laisse-moi deviner, Drago a encore perdu les votes ?
- A vrai dire, on est a égalité. Lui et Blaise sont persuadés que c'est du suicide. Harry et moi, on est tellement désespéré qu'on est prêt à essayer.
- Et je suis le dernier à trancher. Dit-il en regardant sa sœur d'un œil étrangement lointain.
- Ron, il faut que tu comprennes que ça pourrait...
- Je m'en fiche. L'interrompit-il. J'en suit.
- Mais tu ne sais même pas...
- Peu importe. Je fiche de ce qu'il faudra faire. Je me fiche des risques. Je me fiche des conséquences. J'en suis.
Salut à tous ! Voici la suite tant attendue ! :) J'espère qu'elle vous plaira et que cette grosse surprise valait la peine d'être patient ;) Ce n'est pas la fin du suspens, croyez-moi ! D'autres nouvelles sont à venir !
Merci beaucoup pour tous vos commentaires si encourageant et votre fidélité ! vous êtes géniaux !
A très vite ! Bisous !
