Hermione attendait. Patiemment appuyée contre un mur dans l'obscurité totale du château, elle senti une légère brise lui effleurer la joue. Au-dessus d'elle, les étoiles dansaient et c'est, surprise, qu'elle se rendit compte qu'elles lui avaient manqué. Elle n'arrivait pas à se souvenir de la dernière fois qu'elle avait pu les observer. Sûrement pendant sa fuite avec Harry et Ron, et encore elle n'en était pas certaine. Du bout du doigt, elle caressa la reliure du Parchemin de la Carte du Maraudeur, cachée dans les plis de sa robe. Les nuits précédentes, elle avait attentivement étudié le schéma des rondes de Tom. Il en changeait toutes les semaines, mais n'allait pas lui échapper ce soir. Sa baguette vibrait doucement au creux de sa main, l'envahissant de sa magie battante qui suivait les rythmes de son cœur. Elle était sur ses gardes, et inquiète. Inquiète de se fourvoyer ou de commettre une erreur, mais l'heure n'était plus aux doutes. Drago et Blaise avaient voulu prendre sa place, mais c'était à elle de le faire.

La jeune femme se mit alors, à compter du bout des lèvres. Une minute, puis deux, avant que des bruits de pas ne se mettent à résonner dans l'escalier de la Tour d'Astronomie. Au moins, il était à l'heure. Il arrivait toujours vingt minutes avant ses mangemorts. Une habitude qu'elle avait remarqué chez lui et qui, ce soir, allait lui permettre de mettre sa part du plan en route. Toujours dissimulée contre la pierre, elle le vit passer la porte d'un pas lent et mesuré. Dans ces instants, il n'était plus un élève, ou un jeune garçon ambitieux, mais un maître noir. Le maître de toute une petite troupe, dont la grandeur et la cruauté ne ferait que croître. Ses traits durs et sa carrure intimidante, la firent frissonner dans l'ombre. Jamais il n'avait autant ressemblé à Magnus. Déglutissant, elle l'entendit marcher jusqu'à la rambarde et respirer l'air du dehors à plein poumons. Un air qu'Hermione ne parvînt plus à respirer quand elle s'avança à son tour dans la lumière de la nuit.

- On profite de la vue ?

Son sursaut faillit presque la faire sourire. Pour une fois, c'était elle qui le prenait de court. Il s'arma dans l'instant et la mit en joug, le regard noir et le visage déformé de stupeur. Elle était bien la dernière personne qu'il s'attendait à voir ce soir.

- Jeanne ?! S'exclama-t-il en la détaillant stupéfait.

- Bonsoir Tom.

Le calme de son ton le désarma un instant. Elle ne le menaçait pas, tout comme ne semblait pas surprise de le voir ici. Deux constatations qui ne le rassurèrent en rien.

- Tu ne devrais pas être là. Cingla-t-il hargneux en abaissant sa baguette. Les élèves ont interdiction de traîner dans les couloirs, je pourrais te faire expulser pour ça !

Il utilisait la carte du Préfet. Malin. Mais pas assez. Ils se fixèrent pendant plusieurs secondas avant qu'elle n'ose enfin lui répondre.

- Tu ne le feras pas.

- Et pourquoi ça ?

- Parce que j'aimerai qu'on arrête ce petit jeu Tom. Souffla-t-elle.

- Je ne vois pas de quoi tu parles !

Sa déclaration la fit légèrement sourire. Un tressautement de lèvres qui ne plût pas au jeune homme, dont le poing se serra davantage autour sa baguette.

- Il est inutile de mentir. Je sais que tu organises des réunions sectaires toutes les semaines à minuit pile, en haut de la Tour d'Astronomie.

La douche froide fut brutale. Jamais Tom ne s'était attendu à une telle réplique de sa part, et encore moins avec un pareil sourire aux lèvres. Elle se fichait de lui, et ne s'en cachait pas. Confus, il hésita à lui lancer un sort dans l'instant, mais se ravisa malgré lui, son arme tremblante dans les plis de sa robe. Il ignorait d'où elle tenait cette information, mais qui qu'était le traître dans ses rangs, il ne parlerait plus.

- Des réunions sectaires ? Vraiment ? C'est ridicule. Dit-il alors, un rictus amusé aux joues.

- Je suis d'accord. C'est assez pathétique. Surtout pour un héritier de Salazard Serpentard.

Cette fois, elle ne jouait plus. Aucune comédie, aucun masque ne le sauverait. Pas plus qu'elle. A l'évocation du nom de son aïeule, Jedusor tiqua. Elle en savait trop. Bien trop pour que ce soit une coïncidence, et surtout, bien trop pour vivre. Sans sourciller il s'avança d'un pas menaçant, les sourcils froncés de curiosité et d'inquiétude. L'étincelle de ses yeux se confondit dans la brillance des cieux, mais elle ne recula pas pour autant. A la place, elle lui fit fièrement face, ne faisant que réduire son espérance de vie.

- Tu as une imagination débordante Hermione Jeanne. Souffla-t-il. Mais je te déconseille de tenir de tels propos. Ils pourraient porter à confusion, et peut-être même t'attirer des ennuis.

- Tes menaces ne changeront rien. Je sais qui tu es.

- Oh vraiment ? Demanda-t-il. Dans ce cas, puisque que tu as tellement l'air persuadée de ce que tu avances, pour quelle raison viendrais-tu provoquer l'héritier de Serpentard, seule, et au beau milieu de la nuit ?

- Je ne suis pas venu ici pour te provoquer. A vrai dire, c'est même tout le contraire.

Il pouvait sentir qu'elle lutait pour ne pas flancher. Pour ne pas céder face à son regard. Mais ses mots eux, étaient forts et censés, ne la rendant que plus dangereuse.

- Va-t'en Hermione. De toute évidence, tu es encore perturbé par l'incident.

- Tu parles de l'Epouvantard que tu as ensorcelé ?

Ces simples mots suffirent à lui faire perdre le reste de son sang-froid. Elle allait trop loin. Aveuglé, il la plaqua violemment contre le mur de la Tour, une main sous la gorge, et la respiration haletante de rage et d'inquiétude. Un traître dans ses rangs l'avait vendu, mettant en péril tout son oeuvre pour les beaux yeux de cette idiote ! Abraxas ? Orion ? Il ne savait pas encore, mais ne quitterait pas cette tour sans un nom. Sous sa peau, il put sentir le pouls affolé et palpitant de sa victime. Ses yeux écarquillés de surprise le fixèrent avec angoisse, pourtant, elle ne se déroba pas à lui, ni ne se défendit. Elle avait déjà conscience des risques de sa venue. Elle était prévenue, avertie, ne faisant qu'accentuer sa rage.

- Qui est ton informateur ?

- Personne.

- Tu mens.

- Avant que tu n'essayes de me torturer, ou de pénétrer mon esprit, pose-toi les bonnes questions. Si je dis la vérité, qu'est-ce qui aurait pu te trahir ?

- Arrête !

- Tes chers petits soldats sont loin d'être aussi discrets que tu ne le penses. Je n'ai eu besoin de personne pour deviner ce que tu préparais.

- C'est impossible ! Scanda-t-il hors de lui.

- Tu n'es pas le seul à savoir observer. Déclara-t-elle la voix de plus en plus enrouée.

- Je refuse de croire qu'une insignifiante petite sorcière dans ton genre ait pu percer le moindre de mes secrets sans un peu d'aide. Déclara-t-il la poigne plus forte.

- Oh vraiment ? Sourit-elle malgré la douleur. Tes larbins sont pourtant les pires comédiens que je n'ai jamais vu !

- La ferme !

- Je n'ai pas l'intention de te dénoncer. Crois-le ou non, ton secret est bien gardé avec moi. Je... je te l'ai dit... je suis venu pour autre chose...

- Quelque chose qui te coûtera la vie. Susurra-t-il à son oreille. Penses-tu vraiment que tu peux venir ici, t'immiscer dans mes plans, et t'en sortir ? Tu es plus idiote que je ne le pensais ! J'aurais dû te laisser en pâture à Malfoy !

- Ecoute moi...

- Pour quelle raison me donnerai-je la peine d'écouter ce que tu as à me dire ? Hein ? Il me serait si facile de te tuer sur le champ !

- Non... tu commettrais une erreur.

- Et pourquoi ça ? Ta vie n'a pas la moindre valeur.

- J'ai... j'ai un marché à te proposer.

- Un marché ?

La surprise de sa déclaration réussit à vaincre sa détermination à la tuer, remplacée par une subite curiosité. Impassible, il fixa pendant plusieurs seconde, incertain. Ses joues s'enflammaient de son sang et sa respiration devenait de plus en plus sifflante à mesure que sa poigne écrasait sa trachée. Pourtant ses yeux ne le quittaient pas, l'emplissant d'un sentiment de malaise. Une fois encore il avait l'impression qu'elle se fichait de ce qu'il pourrait lui faire, ne faisant que le frustrer un peu plus. Sans sourciller et à contre cœur, il finit par la relâcher et la vit tomber au sol dans un souffle court et haletant. Une main appuyée contre sa gorge rouge de son empreinte de main, elle ne le quitta pas du regard, sa fierté toujours en première ligne de front.

- Choisis soigneusement tes prochains mots.

- Je veux que tu m'aides à réveiller la fille plongée dans le coma.

Si Jedusor resta interdit de stupeur pendant plusieurs secondes, c'est d'un sourire victorieux et ravi qu'il abaissa finalement sa baguette toujours pointée sur elle. A cet instant, il comprit qu'il avait vu juste depuis le début. L'arrivée de cette inconnue à Poudlard n'était pas un heureux hasard. Pas plus que celle d'Hermione.

- J'avais donc raison. Rit-il. Tu sais qui elle est.

- Oui. Dit-elle tout en se relevant. Et j'aimerais que tu m'aide.

Il croyait bien halluciner. Cette fille ne manquait décidément pas de cran. D'abord, elle l'espionnait, puis le menaçait et maintenant lui donnait des ordres. Des hommes étaient morts pour moins que ça, et à cet instant, Jedusor eut du mal à résister à l'envie de rectifier le tir. Le sort de mort dansait amoureusement sur ses lèvres, narguant la sorcière qui par elle ne sait quel miracle, réussit à garder son calme.

- C'est amusant. Si tu es si proche d'elle, pourquoi ne pas le dire aux professeurs ? Pourquoi ne pas demander leur aide ?

- Je ne peux pas. Son coma ne les concerne pas.

- Et tu attends de moi que je t'obéisse sagement ?

- Non, mais je sais que tu cherches à la réveiller toi aussi.

Cette nouvelle information le fit grincer des dents, contractant brutalement les muscles saillants de sa mâchoire. Décidément, cette fille avait des oreilles partout.

- Je sais comment la réveiller. Dit-elle. Mais je n'aurai jamais suffisamment de magie pour y arriver seule. Tu es puissant et bien plus fort que tous les autres. Sans toi je ne pourrais pas réussir. Tout comme tu n'arriveras à rien sans moi.

- C'est une sacrée affirmation que tu oses faire là. Siffla-t-il sombrement. Mais je suis curieux. Tu dois vraiment être désespérée pour oser venir me demander de l'aide. Je suppose donc qu'elle doit beaucoup compter. Qui est-elle pour toi ?

- Ma... ma meilleure amie. Je pensais pouvoir la réveiller seule, mais j'ai eu tord.

- Que lui ait-il arrivé ?

- Un maléfice. Souffla-t-elle de plus en plus nerveuse.

- Entre autres ? S'agaça-t-il.

- Un maléfice, jeté par un Esprit Supérieur.

Ses traits se figèrent d'incrédulité. Décidément, cette soirée prenait une tournure bien plus inattendue qu'il ne l'aurait cru. Pourtant, une part de lui peinait encore à la laisser vivre. Son histoire ne tenait pas debout. Rien de ce qu'elle lui disait n'avait le moindre sens. Un esprit Supérieur ? L'une des grandes entités magiques ? C'était inconcevable qu'elle et son "amie" aient pu en rencontrer un, alors, en être victime ? Il ne voulait pas y croire, malgré la véracité qu'il lisait dans ses yeux.

- C'est impossible.

- J'aurais aimé que ce le soit, crois-moi. Soupira-t-elle en baissant la tête. Mais c'est arrivé.

- Comment ?

La jeune femme déglutit. C'était une partie du plan à laquelle elle n'avait pas pensé.

- C'est... compliqué.

- Ne t'attends pas à ce que je te laisse me mener en bateau Jeanne. Comment est-ce arrivé ?!

- Je ne sais pas ! S'exclama-t-elle. C'est... c'est arrivé, c'est tout. Cet Esprit nous a enlevé et menacé. Les choses ont mal tournée, et nous nous sommes retrouvés condamnées, mais Ginny... Ginny s'est sacrifiée pour moi. Et aujourd'hui, c'est mon tour de lui venir en aide.

- Ginny... susurra-t-il du bout des lèvres. Intéressant...

- S'il te plaît, Tom. Je sais que tu ne me dois rien. Mais... j'ai besoin de toi.

- Admettons un seul instant que je puisse te croire. Dit-il finalement. Briser un pareil sortilège pourrait déchaîner la colère de cet Esprit. Qu'est-ce que je pourrais bien y gagner ?

- Mon aide en retour.

- Tu... tu penses vraiment que je pourrais avoir besoin de ton aide ? Dit-il brusquement amusé par cette idée.

- Si tu veux réussir à gagner en puissance sans devoir affronter Dumbledore alors oui, tu auras besoin de moi.

L'évocation de son ennemi de toujours raviva la flamme de ses iris. L'inquiétude et la peur lui prirent l'estomac, mais à cet instant et pour la première fois depuis qu'elle avait gravît l'escalier de la Tour, Hermione n'eut pas peur de lui. Il était faible face à Dumbledore, et elle le savait. Ils le savaient tous les deux. C'est d'un ton plus menaçant qu'il poursuivit, sa baguette désormais posée sur la jugulaire de la sorcière.

- Que sais-tu en réalité Hermione ?

- Beaucoup de chose. C'est un peu... ma spécialité.

- Je ne te crois. Tu bluff. Souffla-t-il en détachant chacun de ses mots. Dumbledore ne sait rien.

- Tu te trompes. Il sait que tu as ouvert la Chambre des Secrets. Claqua-t-elle alors. Il sait aussi que c'est toi qui a fait accuser ce pauvre Hagrid, et qui a assassiné Mimi Geignarde. Et il te soupçonne même d'avoir commencé à créer tes Horcruxcs. Tu veux que je continue ?

- Comment peux-tu savoir ça ? Siffla-il plus horrifié que jamais.

- Je te l'ai dit... je sais beaucoup de chose.

- Arrête ce petit jeu et réponds !

Il paniquait, se sentait menacé et pour la première fois depuis longtemps, elle ne put s'empêcher d'éprouver une certaine satisfaction à voir la peur se dessiner dans le fond de ses yeux. Alors qu'il accentua la pression sous sa gorge.

- Tu penses encore que mon aide ne te sera pas utile ? Dit-elle la voix enrouée. Je suis douée pour apprendre des choses que les autres ignorent. Leurs secrets, et leurs mensonges.

- Tu n'es pas douée, mais dangereuse ! Je devrais te tuer sur le champ ! S'exclama-t-il.

- Ne te gênes pas. Ce sera ton erreur, pas la mienne.

- Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu dis.

- Oh tu crois ça ? Si j'ai réussi à apprendre autant de choses en si peu de temps, imagine toutes les informations que je pourrais te rapporter ! Tout ce que je pourrais t'aider à accomplir. Regarde-toi aujourd'hui ! Tu te caches ! Tu es le leader d'une bande de chiens sans cervelle, qui ne pensent qu'à servir leurs propres intérêts idéologiques à travers tout ce que tu représentes ! Je pourrais t'aider à obtenir plus que leur loyauté, mais aussi leur admiration et leur respect ! Je pourrais t'aider à éloigner Dumbledore de la vérité ! Je pourrais t'aider à devenir le plus Grand Sorcier que la Communauté Magique n'est jamais connue ! Plus puissant que Dumbledore, ou Grindelwald ! Tu aurais le monde à tes pieds !

Le doute et l'incompréhension se mirent à le hanter. Il était impossible qu'elle ait put deviner autant de ses secrets les plus noirs en seulement quelques semaines. Il était impossible que Dumbledore les connaisse aussi. Et pourtant, elle était là, à lui offrir une opportunité qui le taraudait et l'inquiétait tout à la fois. Il ne pouvait pas lui faire confiance. Mais ne pouvait pas la tuer pour autant. Pas après tout ce qu'elle venait de lui dire. Si elle avait raison, et que sa saleté de professeur savait pour la Chambre et les Horcrucxs, alors c'était tous ses projets qui pouvaient s'en voir compromis. Toute sa vie même. Et il ne pouvait laisser une telle chose arriver, pas maintenant qu'il touchait au but. Alors que sa baguette s'enfonçait dans le creux de son cou, il frémit. Il aurait pu si facilement la tuer... l'effacer du tableau, faire table rase, et éliminer les menaces qu'elle représentait. Cependant, elle avait raison sur un point : elle pouvait s'avérer utile. Alors qu'il se détournait, la mâchoire serrée et la tempe du front battante de colère et d'indécision, il ne vit pas son léger sourire soulagé dans son dos.

- Je veux une autre condition. Déclara-t-il subitement toujours de dos.

- La... laquelle ?

- Je ne passe aucun marché sans garantie. Si tu veux mon aide, tu devras faire tes preuves et me prouver que je peux te faire confiance. Crois-moi, ce n'est pas gagné.

Cette condition, la jeune femme ne l'avait pas vu venir.

- Qu'attends tu de moi ?

- Que tu passes un teste. Seulement après ça, je déciderais si tu mérites de vivre.


Jedusor décida de la laisser partir, saine et sauve avant la venue de ses fidèles. Il l'avait regardé s'éloigner, à la fois méfiante et rassurée. Elle n'était pas morte ce soir, mais rien ne garantissait sa survie future. Il lui avait donné rendez-vous, le lendemain soir à l'orée de la forêt interdite. Tout manquement à cet engagement lui coûterait la vie, tout comme le moindre faux pas. Elle n'avait pas le choix, et était prête à traverser et subir ce qui lui permettrait de gagner sa confiance, mais une autre peur la taraudait. Elle ne devait pas venir seule. Drago et Blaise devait l'accompagner. Tom n'était pas idiot. Il avait compris qu'ils étaient aussi impliqués qu'elle, et voulait en savoir plus sur eux, et leurs rapports avec Ginny. Il voulait les tester, eux aussi. Cette angoisse la pétrifiait plus que toutes les autres, mais elle ne pouvait plus reculer. Aucun d'eux ne le pouvait. Le lendemain matin, la jeune femme eut la déplaisante surprise de constater que les mangemorts de Jedusor était au courant de leur rencontre. Orion, Arias et Abraxas ne la quittaient pas des yeux, partagés entre la surprise, l'incrédulité et la méfiance. Ils l'avaient suivi toute la journée, tel des gardes du corps, sans jamais dire le moindre mot. Leur maître les avait envoyés lui rappeler leur marché, lui faisant aussi comprendre qu'où qu'elle puisse aller, elle ne pourrait pas lui échapper. La conjoncture de la situation n'était pas des plus rassurantes. Drago la surveillait lui aussi, inquiet. Tandis que Blaise, le pauvre, ne pouvait que boiter de loin, sans jamais baisser sa garde. Ils n'avaient pas réfléchi à la possibilité de refuser le rendez-vous. Il était hors de question qu'ils la laissent seule. Et cet engagement valait aussi pour les Gryffondores. Harry et Ron n'avaient pas l'intention de les laisser sans renfort, peu importe les risques que cela les faisait courir. Jedusor avaient peut-être des doutes sur eux, mais il ignorait encore tout de la nature de leur relation, leur laissant encore un peu de marge de manœuvre dans son dos.

Quand la nuit couvrit le château, les cœurs des serpentards se serra. Patiemment installés dans la chambre de la Granger, ils avaient attendu l'heure maudite la boule au ventre. Ils ignoraient tout de ce que leur réservait le Sorcier et redoutaient silencieusement l'inconnu.

- Tu n'es pas obligé de venir. Dit Drago à Blaise en le voyant poser ses béquilles.

- Ne pense pas pouvoir m'en empêcher.

- Blaise, tu...

- Arrête un peu. Lui sourit son ami en lui tapant sur l'épaule. On est coincé dans ce bordel ensemble depuis le début. Il est hors de question que ça change aujourd'hui.

- Il a raison. Souffla Hermione, livide. Ensemble jusqu'au bout.

- Tu es sûr que c'est une bonne idée pour Harry et Ron ? Si Jedusor les surprends...

- Il n'y aucune inquiétude. Harry à réussit à voler la cape de son grand père, ils seront invisibles aux yeux de tous. Et puis, ils ont suffisamment vadrouillé dans la forêt Interdite, pour savoir comment ne pas se faire repérer. Ils ne se feront pas prendre.

- Je l'espère pour eux. Soupira Drago. On ne peut pas faire de faux pas.

- Il n'y en aura pas. On s'en tient à ce qu'on a dit. Vous êtes prêts ?

- Pour rejoindre un malade mental dans la forêt en pleine nuit ? Oui, toujours !

Ils se sourirent. Oui, ils étaient prêts.


Les sorciers réussirent à éviter les rondes du concierge sans la moindre difficulté, guidés par les battements de leurs cœurs et l'adrénaline qui tapait furieusement l'intérieur de leurs veines. La nuit les enveloppa dans l'ombre, ne laissant que le claquement de leurs capes ricocher dans le silence. Un étrange état d'esprit les habitait. C'était comme faire un bond dans leur propre passé. Ils pactisaient avec le mal, priant intérieurement pour survivre, malgré les dangers qu'ils s'apprêtaient à affronter ; à la différence que cette fois, ils étaient tous dans le même camp. Ce soir ils étaient prêts à tout. A se battre, à prêter allégeance, à mourir... Un sentiment qui les avait saisis avant la Bataille Finale de Poudlard et qui de nouveau s'étaient collé à leurs peaux. Un sentiment de bravoure, et de peur.

A l'orée de la forêt, ils furent sans surprise accueillit par Orion. La tête encapuchonnée, il les détailla, impassible et sans rien dire avant de se détourner et de les guider dans l'obscurité angoissante des bois maudits. Leur parcours dura de longues minutes, qui furent pour Blaise, un véritable défi. Il n'avait pas voulu prendre ses béquilles. Il ne voulait pas renvoyer une image de faiblesse ou de vulnérabilité. Aussi, il marchait, droit et fière, malgré la douleur qu'il réprimait au fond de lui. Personne n'aurait pu deviner son mal, sauf, bien entendu Hermione et Drago, qui le regardaient à la fois inquiets, et admiratifs. Ce soir, ils devaient prouver leur valeur à Jedusor. Rien ne devrait les compromettre. Du coin de l'œil cependant, ils ne pouvaient s'empêcher de scruter les ombres des arbres. Harry et Ron n'avaient pas donner de leurs nouvelles depuis le dîner. Aucun d'eux ne savaient où ils se trouvaient réellement, par mesure de sécurité. Mais cela n'était pour le moins pas très rassurant. Très vite, ils s'enfoncèrent derrière un talus abrupt avant de faire face à une véritable assemblée qui leur glaça le sang. Tous les fidèles de Tom s'étaient réunis autour de lui, vêtu de capes et seulement éclairée de torches vacillantes dans le vent. Dix-huit paires d'yeux concentrées sur eux, et dix-huit baguettes capables de les tuer à chaque instant. Jesudor les regarda s'avancer sans rien dire. Le visage fermé, il était au centre de toute sa confrérie. A cet instant, il était évident qu'il cherchait à leur faire comprendre sa position, son statut. Il n'était plus l'élèves, mais le maître. Une conjoncture, à laquelle les sorciers étaient bien plus habitués qu'il ne le croyait. Le voir ainsi raviva un souffle de nostalgie dans leur cœur. Leur propre maître leur faisait face à ses débuts. Un maître qu'ils avaient appris à considérer autrement que comme un Mage Noir Sadique. Un maître qui leur manquait aujourd'hui. Et le voir dans cette position et cet âge, était ironique quand ils y réfléchissaient.

- Jeanne, Mélors, Richards. Leur dit-il. Ravi de voir que vous tenez parole.

- Nous sommes là.

- Qu'attends-tu de nous ? Demanda Drago.

- Chaque chose en son temps. Je me suis entretenu avec Hermione. Mais ce n'est pas votre cas. Dit-il en désignant les deux garçons. J'ai des questions.

- Que veux-tu savoir ?

- Beaucoup de chose. Souffla-t-il en s'approchant, baguette en main. J'ai appris que Jeanne cherchait à réveiller cette fille... Ginny. Je suis curieux de savoir ce que vous, vous y gagnez ?

- Elle est notre amie. Répondit Blaise.

- Et cet... esprit vous a épargné vous aussi ? Demanda-t-il suspicieux.

- Tout dépends de ce que tu entends par là. Souffla Drago. Nous nous en sommes sortis oui, mais malheureusement, ce ne fut pas son cas.

Il hocha la tête, pensif, avant de sourire légèrement. Jamais il ne leur avait paru aussi intimidant.

- C'est étrange. J'ai du mal à croire que quatre sorciers aient pu rencontrer un esprit Supérieur. Et j'ai encore plus de mal à croire que vous y ayez survécut. Ils sont bien trop puissants pour qu'on puisse leur échapper. Et pourtant, vous êtes là.

- On a eu de la chance. Dit Hermione.

- Je ne crois pas à la chance. Je crois aux faits. Claqua-t-il. Et ce que je sais de source sûre, c'est que vous avez réussi à percer plusieurs de mes secrets. La moindre des choses est que je rééquilibre la balance.

Ils le virent se détourner et faire signe à trois de ses hommes. De derrière un arbre, ils saisirent une malle qu'ils ne connaissaient que trop bien et qui, à sa vue, leur provoqua des frissons.

- Tu as l'intention de lâcher un autre Epouvantard sur nous ? Souffla Blaise de plus en plus inquiet.

- Le dernier n'était qu'un essai. Je l'avais galvanisé de magie noire, et de vos odeurs respectives pour qu'ils vous prennent en chasse et me révèle vos plus grandes peurs. Malheureusement, ça n'a pas exactement marché comme je l'avais espéré. Déclara-t-il. Celui-ci est un peu différent.

- C'est à dire ?

- Il a plus de deux siècles. C'est l'un des plus puissants que j'ai trouvé dans cette forêt. Il me montrera ce que je veux voir en vous.

- C'est donc ça ton teste ?! Tu veux nous tourmenter ?

- Entre autres. Je te l'ai dit Jeanne, je ne vous fais pas confiance. Le seul moyen de m'assurer de vos dires et de les vérifier par moi-même. L'Epouvantard ne fera pas que me montrer vos peurs les plus profondes, mais aussi celles que vous avez réellement vécues. Vos souvenirs en quelques sortes. Il me dira si vous dîtes vrais et si je peux, ou non, vous croire.

Son sourire était jubilatoire, effrayant, et leur fit, à cet instant redouter le pire. Par réflexe, ils élevèrent leurs barrières d'occlumencie, avec l'espoir que cela les aiderait à affronter le non-être mais là encore, cette prière reposait sur la peur. Jedusor ne pouvait pas voir à travers eux, sans que cela ne les condamne pour de bon, et la possibilité qu'il puisse fouiller leur mémoire ne pouvaient que les pétrifié d'horreur. Ils se regardèrent du coin de l'œil, avant que d'un mouvement de tête, des fidèles ne se saisissent de leurs baguettes et écartèrent violemment Hermione et Drago. Attachés par des liens magiques, désemparés et désarmés, ils virent Blaise faire face seule à la malle grinçante.

- Je ne veux pas que vous puissiez intervenir cette fois.

- Tu es fou ! Il va le tuer ! Paniqua Hermione en se débattant en vain.

- Pas sous mes ordres.

C'était trop tard pour reculer. Dépité par une telle tournure des événements, aucun de sorciers ne pouvait plus rien faire. Si Hermione et Drago ne cachaient pas leur peur pour leur ami, Blaise, lui, ne sourcilla pas. Il savait ce que c'était que d'être mis à l'épreuve par un mage Noir insensible. Il l'avait été toute sa vie, et n'afficherait pas son angoisse aujourd'hui. Son éducation le lui interdisait, et il n'allait pas y faillir. Calme et impassible, il regarda Jedusor le scruter. Il crut presque voir un sourire dans la commissure de ses lèvres. A croire qu'il était agréablement surpris de ne pas le voir geindre et supplier pour être épargné. Il ne dit rien pendant plusieurs secondes, avant de finalement ouvrir sa boîte de Pandore sous leurs yeux impatients.

L'épouvantard en sortit sous une forme de fumée noirâtre, dégageant une puissante magie qui les surplomba tous. Il était puissant. Bien trop puissant. Très vite, il entoura Blaise de toute part, avant de ne prendre une apparence inattendue. La sienne. Blaise fit face à lui-même dans un halètement de stupeur. Son double le contempla, un sourire aux lèvres, tandis qu'un silence d'horreur se faisait autour d'eux. Ce n'était pas son apparence qui les choquaient tous, mais son état. Il avait la gorge tranchée, inondant de son sang son cou et ses habits ; et mettant le jeune Zabini, face à la situation la plus désespérée de sa vie : celle où il s'était lui-même condamné à mort. Comme si de rien n'était, l'Epouvantard se mit à tourner autour de lui tel un vautour assoiffé de charogne, sous les yeux attentifs et stupéfaits de Jeudsor. On entendit la voix de la créature s'élever, identique à celle de sa victime désormais pétrifiée.

- Regarde-moi. Lui dit-il. Regarde ce que tu nous as fait ! Ce qu'ils nous ont fait.

L'Epouvantard jeta un regard mauvais et empli de rancœur aux deux autres sorciers prisonniers. Ils ne s'étaient pas attendus à une telle apparition. Et peinait à le fixer sans sentir leurs gorges se serrer. Devoir revivre un tel souvenir était inhumain. Ils les mettaient face à l'impuissance et la culpabilité qu'ils avaient éprouvé dans l''autre dimension : celle de voir leur ami se tuer pour leur donner une chance de vivre.

- Toute cette douleur. Ce gâchis ! Pourquoi ? S'exclama-t-il.

- Je n'avais pas le choix.

- La belle excuse ! Tu aurais pu te sauver ! Mais non, tu as préféré jouer les martyres. Pour eux...

- Je n'avais pas le choix ! S'écria Blaise tremblant.

- Dis-toi ça autant que tu veux. Cela ne change rien. Tu penses être fort, mais tu fais honte à ton nom ! A ton sang !

Hermione et Drago regardèrent leur ami avec désespoir. Le jeune homme ne parlait plus, et faisait de son mieux pour ne pas céder face au discours cinglant qui lui était lancé. La colère battait dans sa tempe saillante, alors que la fascination emplissait un peu plus Jedusor à chaque seconde. Alors que tous les regards étaient tournés vers la créature, les sorciers sentirent étrangement leurs liens se défaire d'eux même, dans le vide. Désappointée, Hermione senti brusquement la main rassurante d'Harry lui pincer légèrement la jambe, lui insufflant un soulagement salvateur au milieu de ce spectacle d'horreur. Drago failli même hurler de peur en sentant Ron lui donner un léger coup de pied. Ils étaient là, prêt à intervenir au moindre signe de leur part. Prêt à les sauver. Personne ne remarqua quoi que ce soit. Tous étaient trop obsédés par la scène qui se jouait devant eux. Aussi, personne n'entendit le sort muet de désorientation du Weasley. Plongé dans sa transe, l'Epouvantard se coupa brusquement dans son monologue, perturbé par cette magie inattendue. Cela fut suffisant pour permettre à Blaise de lui asséner un crochet du droit cinglant. Envoyée au sol et provoquée dans son orgueil, la créature s'enragea. Elle s'apprêta à attaquer quand Jedusor intervînt entre les deux, pour la retenir d'un Imperium. Dé-transformé, l'Epouvantard retourna s'enfermer dans sa malle dans un claquement de fouet et grincement de bois. Ce n'est qu'en reprenant son souffle, que le Zabini se rendit compte de son apnée interminable. Jedusor le contempla, suspicieux et profondément surpris. Ce n'était pas le genre de souvenir qu'il s'était attendu à voir ce soir.

- Parle. Lui-dit alors.

- Tu nous met à l'épreuve. Mais l'Esprit l'a fait bien avant toi. Déclara-t-il.

- Tu t'es tranché la gorge ? Souffla Arias dans le dos de son maître.

- Pour sauver mes amis. Oui.

- Comment peux-tu vivre aujourd'hui ?

- Elle m'a laissé la vie sauve sans que je ne sache pourquoi. Souffla-t-il.

Le Maître le regarda sans comprendre. De toute évidence, son plan lui apportait plus de questions que de réponses. Il ne renchérit pas, mais se tourna cette fois vers les deux autres sorciers.

- Jeanne. Fais nous l'honneur je te prie.

Hermione déglutit, et Drago pâlit. La tête haute, elle s'avança au centre de l'assemblée. Tom la regarda un sourire au lèvre, impatient et excité à l'idée d'enfin, la percer à jour.

- La dernière fois que tu as fait face à l'Epouvantard, une femme ait apparu. Qui était-elle ?

- Une adepte de la magie Noire, partisane de Grindelwald. Dit-elle la gorge nouée. Une folle alliée. Elle a tenté de me tuer.

Il acquiesça, d'autant plus curieux et fasciné, avant de relâcher la créature de nouveau. Galvanisée par une colère vrombissante dans l'air, elle se déchaîna de plus belle, et enveloppa la Sorcière. Cependant, ce ne fut pas Bellatrix qui finit par apparaître devant elle. Non, c'était bien pire.

- Kaï ?


Coucou ! Voici la suite et avec elle des surprises ! A votre avis, leur plan va-t-il marcher ? Quel souvenir l'épouvantard va-t-il révéler ?

En tout cas, j'espère que ce nouveau chapitre vous a plût ! :) N'hésitez pas à me donnez vos avis et réaction dans les commentaires ! Et merci à tous ceux qui continuent de me suivre avec autant de fidélité ! Vous êtes géniaux :)

Gros bisous, et à très vite !