Nouveau chapitre ! L'action commence ! Et pour vous remettre en tête, je pique l'idée à d'autres auteurs et je fais un "dans l'épisode précédent". Bonne lecture !
DANS L'EPISODE PRECEDENT: Saga envoie DM et Milo à Naples, où deux armures disparues ont fait leur apparition dans les mains de la mafia locale. Arrivés sur place, ils doivent subir les remarques sur leur jeunesse, ce qui les énerve pas mal. Ils se demandent s'ils vont se supporter assez longtemps pour mener à bien la mission.
CHAPITRE 2
Piero était un homme comblé. Il avait une femme aimante, deux enfants en bas-âges, un travail qui lui plaisait et une jolie petite maison en banlieue de Naples. A l'opposée du port, elle se dressait dans un quartier résidentiel, et offrait à la vue des bégonias de toute beauté, qu'il entretenait avec soin.
Chaque soir, il allait chercher ses deux filles à l'école à pied, pour garder la forme ; il revenait avec l'une d'elles sur les épaules, et l'autre dans les bras. Il maintenait une forme olympique, bien pratique quand il avait affaire à la mafia.
C'était peut-être un peu cliché pour un italien, mais les faits étaient là ; le gentil Piero et son garage automobile avaient des liens étroits avec la société underground de Naples. Il faisait passer de la drogue, planquait des fonds et évacuait des hommes quand le besoin était. Et ce n'était certainement pas la prothèse qui remplaçait sa jambe droite qui le gênait dans ces affaires. Les membres du clan auquel il appartenait avaient vite appris à le respecter, à la force des points s'il le fallait.
Le cosmos était une chose bien pratique, pensait-il parfois. Il s'y était éveillé quand il avait douze ans, dans un camp d'entraînement en Sicile ; il se rappelait la fierté de son maître lorsqu'il avait réussi l'épreuve pour obtenir l'armure de la Carène ; aller la chercher au fond d'une baie italienne, dans l'épave d'un vieux navire. Il avait failli se noyer et s'était fais croquer un bout par une murène qu'il avait dérangé, mais a quinze ans, il était devenu Chevalier d'Argent.
Il avait tenu son rang plusieurs années, avant l'accident. Une bête mission de routine avait tourné au cauchemars. Deux de ses frères d'armes avaient perdu la vie, et lui avait perdu une jambe. S'en était fini du chevalier de la Carène ; il avait rendu son armure à vingt-six ans, et était retourné dans son Italie natale. Là, il s'était marié, avait ouvert un garage automobile et rejoins la mafia. On ne se refaisait pas.
Il était resté en contact avec le Sanctuaire, cependant. Ce dernier avait un agent dans plus ou moins toutes les sociétés secrètes ou criminelles du monde. Il était la branche italienne, et ça lui allait très bien ; son rôle se targuait à prévenir la chevalerie si quelque chose d'inhabituel et de potentiellement dangereux arrivait.
Deux types en armure qui massacraient un clan mafieux, c'était définitivement du ressort des Chevaliers d'Athéna.
Il avait donc fait remonter l'information, et trois jours plus tard, se présentaient chez lui deux adolescents à l'air plus ou moins renfrognés.
« - Messieurs des chevaliers, salua-t-il en leur ouvrant la porte. »
On ne pouvait pas se fier à l'âge pour déterminer un rang. Ils pouvaient aussi bien être des bronzes les plus basiques que des ors.
« - Milo du Scorpion et Deathmask du Cancer, présenta le plus jeune. »
Ah ! Qu'est ce qu'il disait ! Il s'inclina brièvement, la main sur le cœur, comme il était coutume au Sanctuaire.
« - Piero de la Carène, répondit-il. Enfin, anciennement. Vous venez pour les armures ?
- Pour quoi d'autre, sinon ? »
Uh, pas très aimable, celui aux yeux rouges. Il ne s'en formalisa pas et les fit asseoir dans son salon ; il poussa quelques poupées barbies qui traînaient pour leur faire de la place sur le canapé. Heureusement que sa femme était absente. Elle ne tolérait déjà que moyennement son affiliation à la mafia, alors une déesse…
« - Je n'ai que peu d'informations. La semaine dernière, le clan Veleno, un clan mineur affilié à la drogue, a été presque entièrement décimé sans que personne ne comprenne pourquoi et comment. Un massacre, près d'une trentaine d'hommes tués et très peu de survivants. »
Il sortit une cigarette d'un paquet et le tendit vers les plus jeunes. Avec des enfants normaux, il ne l'aurait jamais fait, mais… Le Cancer en saisit une et l'alluma d'une bouffée de cosmos.
Plus pragmatique, Piero utilisa un briquet avant de reprendre son récit.
« - Les survivant racontaient à qui voulaient l'entendre que c'était le fait de deux hommes habillés d'une espèce d'armure qui avaient débarqué au milieu d'une réunion pour tous les réduire en charpie. Ils auraient été si rapides que les balles ne pouvaient pas les toucher.
- Ça correspond au cosmos, commenta Milo. Tous les bronzes peuvent éviter une balle.
- C'est aussi ce que je me suis dit, surtout qu'ils ont été décrits comme « incroyablement forts, capable de casser des membres à mains nues. » Je suis allé vérifier la scène du crime après que la police aie remballé. On sentait encore des bribes de cosmos.
- Combien de temps après ?
- Deux jours. »
Le plus jeune se tourna vers son collègue.
« - Deux jours, c'est quoi comme niveau à peu-près ? Bronze ? Argent ?
- Entre les deux, je dirais.
- Des renégats ? »
Deathmask haussa les épaules. Il souffla un rond de fumée parfaitement exécuté.
« - Des traces des types ?
- Je n'en ai pas trouvé, malheureusement, s'excusa Piero. Et comme c'est un clan avec lequel je n'ai pas de contact, je n'ai aucune idée d'où ils pouvaient venir ou pourquoi ils les ont attaqués.
Un grognement échappa au chevalier du Cancer. Il regardait la cigarette de l'informateur se consumer avec un regard vaguement malsain. Piero frissonna.
« - Vous avez dit qu'il y avait des survivants ?
- Quelques uns, oui, répondit l'adulte en reportant son attention sur le scorpion. »
Il serait son interlocuteur privilégié, semblait-il. Soit. Son regard bleu était plus facile à croiser que l'écarlate de son collège.
« - Il faudrait qu'on puisse les trouver et les interroger, murmura l'enfant comme s'il se parlait à lui même.
- C'est facile. A l'heure qu'il est, ils sont tous à l'hôpital, ou en cellule. Attendez un peu... »
Il se leva et coinça sa cigarette entre ses lèvres pour aller chercher un journal qui était posé sur son bureau. La une montrait la photo d'un homme brun, la quarantaine, encadré de deux policiers. Le titre était on ne peux plus explicite : « Le chef d'un clan mafieux arrêté ; Giustino Jacobucci mis en détention pour association de malfaiteurs, recel et trafic de stupéfiants ».
« - Butez moi si c'est pas notre gars, commenta Milo.
- Si vous cherchez des renseignements, je vous conseille de commencer par lui.
- On note. Autre chose ? »
L'adulte secoua la tête. Il n'avait rien d'autre.
« - D'accord. Gardez les yeux ouvert. L'adresse de notre hôtel, si vous apprenez quoi que se soit. Demandez les frères Maradis, dites que notre mère vous a demandé de passer pour voir si tout allait bien.
- Maradis… un rapport avec le lieutenant Maradis ?
- Il est capitaine, maintenant, souris Milo. Il nous fallait un alias. »
Piero hocha la tête et prit le papier que lui tendait l'adolescent. Il la rangea précieusement dans son porte feuille alors que les deux chevaliers se levaient.
« - On ne vas pas vous déranger plus longtemps. Merci pour les informations.
- Tout le plaisir était pour moi, chevaliers. »
Il les raccompagna jusqu'à la porte après avoir écrasé sa cigarette dans le cendrier. Sur le palier, le Scorpion se retourna vers lui.
« - Soyez prudent, Piero de la Carène. Pas sûr qu'ils vous laissent tranquille s'ils apprennent votre existence.
- Ne vous en faites pas, je ferais attention. »
Oh oui, il ferait attention, songea-t-il en regardant les deux adolescents s'éloigner. Si quelque chose dans la ville avait attiré deux chevaliers d'or, il allait redoubler de prudence. Un frisson lui parcouru la nuque. Cette histoire ne lui disait rien qui vaille…
« - Tu le connais ce type, Jacobucci ?
- Nan. Comment je pourrais le connaître ?
- Ben je sais pas, t'as pas fait ton entraînement en Italie ? »
Deathmask adressa un regard mort à son camarade. Ils attendaient depuis vingt minutes, dissimulés sur un toit, que la garde du commissariat soit relevée. Ils en profiteraient pour se glisser dans la cellule du mafieux pour lui tirer les vers du nez. L'italien gardait en visuel la porte qui leur permettrait d'entrer, enfin, il le faisait jusqu'à ce que Milo lui adresse cette question débile.
« - Tu connais tous les gens en Grèce ?
- Ben…
- Pas possible d'être aussi con, ma parole, marmonna le Cancer. »
Vexé, Milo fit preuve d'une maturité toute relative à son âge ; il lui adressa un geste grossier du doigt.
« - En plus, j'étais en Sicile, pas à Naples.
- C'est pas au même endroit ?
-… La Sicile c'est une île.
- Ah. »
Silence.
« - Je suis nul en géographie.
- Je vois ça.
- Mon maître avait autre chose à m'apprendre que les îles de méditerranée, je te signale !
- Ta gueule, ça bouge en bas. »
La porte venait de s'ouvrir sur la prochaine garde. Ils échangèrent un signe de tête.
D'un bon, Deathmask se propulsa au milieu des policiers. Ils ne le virent même pas arriver, et s'effondrèrent, assommés à la vitesse de l'éclair. Devant les corps étendus, les yeux écarlate de l'italien furent traversés par une lueur malsaine. Ce serait si simple de les tuer. A celui là, il trancherait la gorge, et il passerait les doigts dans la trachée pour arracher la langue d'un coup. A l'autre, il ouvrirait le ventre d'un coup de griffes et laisserait ses boyaux tomber par terre, dans la poussière. L'autre, il lui arracherait les yeux avant de les lui fourrer dans la bouche…
« - Deathmask, qu'est ce que fous ? On y va ! »
La voix chuchotée de Milo le fit revenir dans l'instant présent. Le Scorpion avait neutralisé les caméras de surveillance d'un coup de cosmos ; ils avaient peu de temps avant que la sécurité ne se déclenche, et appelle une autre équipe en renfort. Il se secoua. Il ne pouvait pas massacrer les policiers… Ils ne devaient pas attirer l'attention.
Il suivit donc son collègue dans le commissariat. Dans l'une des cellules individuelles, leur cible attendait, assise sur sa couchette. Ses sourcils se levèrent en voyant entrer les deux adolescents.
« - C'est quoi ça ? Une nouvelle technique des poulets pour avoir des aveux ?
- On s'en fout de vos aveux. On veut des infos.
- Voyez vous ça... »
Jacobucci laissa un sourire incrédule s'étaler sur ses lèvres.
« - Des infos, mais sur quoi donc ? Le prix des bonbons à la boulangerie d'à côté ? »
La mâchoire de Deathmask eu un spasme. Il en avait marre. Tous ceux qu'ils avaient rencontrés les avaient traités comme des enfants qu'ils n'étaient plus depuis longtemps, et il en avait marre.
Sans que Milo puisse l'arrêter, il attrapa les deux barreaux de la cellule et les tordit comme du beurre. Jacobucci perdit toutes ses couleurs et recula contre le mur, terrifié.
« - Vous ! Vous êtes comme eux ! »
Le Cancer franchit en deux pas la distance qui le séparait de l'homme et le saisit à la gorge. Il le souleva du sol sans aucune difficulté. Ça n'avait pas d'importance que l'homme soit deux fois plus lourd que lui, il était un chevalier d'Athéna, un chevalier d'or, et il n'allait PAS laisser ce connard se moquer de lui plus longtemps. Il lui donna un coup de genoux dans les parties génitales qui faillit le faire tourner de l'œil.
« - Maintenant tu va m'écouter, connard, cracha-t-il à quelques centimètres de son visage. Je veux savoir QUI étaient ces types en armure et POURQUOI ils se sont attaqués à vous. Si tu réponds vite, peut-être que je te tuerais avant de te pendre par les entrailles au plafond de ta putain de cellule. Est. Ce. Que. T'as. Compris ?! »
Il ponctua chaque mot par un nouveau coup à l'entrejambe. Sous ses doigts, l'adulte pleurnichait, le visage rendu rouge par la strangulation. Ses joues étaient couvertes de larmes, de terreur ou de douleur, impossible de le dire. Sa bouche s'ouvrait pas intermittence, laissant s'échapper une salive mêlée de sang. Il s'était mordu la langue sous les coups.
« - Tu sais, fit la voix de Milo, si tu lui écrases la trachée, il ne risque pas de répondre. »
Deathmask jeta un œil derrière son épaule. Son frère d'arme était adossé aux barreaux tordus de la cellule. Il ne faisait pas un geste pour l'empêcher de massacrer le mafieux. Au contraire, un sourire un peu malsain ornait ses lèvres. Il désigna d'un coup de menton la main du Cancer crispée autours du cou de sa victime.
Après un interminable instant, il relâcha la pression et laissa retomber l'homme sur le sol. Celui-ci porta les mains à son cou et toussa comme un beau diable. Le sourire du chevalier s'élargit. Voilà où était sa place, à ses pieds, à lever vers lui un regard de peur et de soumission.
« - Alors ?!
- Je, je sais pas qui s'était, balbutia le mafieux. Ils sont sortit de nul part… Nous on massacré…
- Je m'en fous de ça ! Rugit l'adolescent. Qu'est ce qu'ils venaient foutre dans votre entrepôt pourri ?
- Je sais pas, je sais pas ! Ils ont parlé des Spietati, pitié, pitié... »
Les sourcils de Deathmask se froncèrent. Spietati… Où est ce qu'il avait déjà entendu ce mot ?
Pendant son entraînement. Il se souvenait… Les Spietati faisaient la une des journaux dans toute l'Italie. Des massacres qui faisaient trembler Naples et faisaient peur à l'enfant qu'il était à l'époque. Il se rappelait de son maître qui riait…
« - Les Spietati ont disparu y'a des plombes, grogna-t-il.
- Pas disparu, gémis Jacobucci. Ils ont changé de secteur d'activité après une grosse descente de police. Ils sont passés dans la drogue... »
Il se prit un coup de pied en pleine figure et alla heurter le mur dans un gémissement. Deathmask n'aimait pas être contredit. Même quand il avait tord.
« - Je m'en branle de ce qu'ils font maintenant ! Où est ce que je peux les trouver ?! Réponds !
- Le quartier… Le quartier Soccavo, sanglota le mafieux en se pressant contre le mur. Laissez moi tranquille, c'est tout ce que je sais… Je vous en supplie...
- J'ai pas l'impression qu'il nous apprendra grand-chose de plus, commenta Milo. »
Il regardait l'adulte avec un air vaguement écœuré. Elle était belle la mafia, à se traîner par terre comme une chienne et supplier pour sa vie. Ce n'était qu'une branche secondaire, d'accord. Mais quand même…
Deathmask était d'accord. Il sourit plus franchement. Sa mission à lui était de « faire le ménage », c'est ce pas ? C'était exactement ce qu'il allait faire. Ce type connaissait l'existence des armures, et leur existence à eux, les ors ; il ne pouvait donc pas le laisser en vie. Milo l'avait compris ; il l'entendit tourner les talons et sortir de la cellule. Jacobucci le vit aussi, et perdit les dernières couleurs qu'il lui restait.
« - Hé, vous allez où ? Me laissez pas avec lui ! Me laissez pas ! »
Deathmask éclata de rire. Dans les cellules voisines, les prisonniers se mirent à trembler et se bouchèrent les oreilles sous les hurlements de sa victime.
Il ressortit pour trouver Milo adossé à un lampadaire, non loin. Celui-ci étudia un instant ses vêtements tâchés de sang, sans faire de commentaire. Ses yeux ne reflétaient pas non plus un reproche sourd, comme pouvaient le faire ceux d'Aiolia ou d'Aldébaran dans la même situation. Cela plut à l'italien. Peut-être qu'il était moins chiant que le reste du Sanctuaire, finalement.
« - T'as remis les barreaux en place ?
- La police va retrouver un type pendu par ses propres intestins dans sa cellule. Tu crois qu'ils vont s'arrêter à des barreaux tordus ?
- C'est pas faux. »
Deathmask sortit de son jogging tâché un paquet de cigarettes à moitié écrasé. Il s'en alluma une et inspira la fumée à plein poumon. Rien de tel pour calmer ses mains qui tremblaient encore de son meurtre. Il avait beau ne plus avoir peur depuis longtemps, y prendre plaisir depuis plus de temps encore, il ne se débarrassait pas de cette sale réaction. Peut-être son corps exprimait-il une horreur que son esprit avait dépassée depuis des années.
Ils se mirent à marcher tranquillement dans les rues napolitaines, le silence seulement brisé par le bruit de leurs baskets sur le bitume et les voitures au loin, dans le centre-ville.
« - La vieille ne va jamais te laisser rentrer à l'hôtel dans cette tenue, fit Milo au troisième rond de fumée qu'il souffla.
- Elle va faire quoi ? Menacer d'appeler ma mère ? »
Il eut un ricanement. Milo sourit en retour.
« - Tu connais les Spietati, donc ?
- Ouais. »
Il croisa les bras derrière sa tête, sa cigarette coincée au coin de la bouche. Ces souvenirs remontaient à loin… Il avait à peine neuf ans quand on l'avait embarqué dans un ferry pour la Sicile, avec l'objectif de récupérer une armure d'or. A l'époque, les journaux étaient envahis de récits sordides de règlements de comptes et autres actes sordides.
« - Ils étaient plus dans le racket et la contrebande d'alcool, à l'époque. A un moment, il se passait pas une semaine sans qu'on apprenne qu'un type avait été retrouvé pendu par les pieds et ouvert en deux. C'était leur marque de fabrique.
- Charmant.
- C'est la mafia. Pas enfants de cœur.
- Qu'est ce qui c'est passé ? T'as dit qu'ils avaient disparu.
- Un traître dans les rangs, assez haut placé. Il a tout balancé a la police, y'a eu des arrestations par centaines. Mon maître arrêtait pas de gueuler qu'ils gâchaient tout. »
Pause. Il souffla longuement sa fumée vers les étoiles qu'ils ne voyaient presque pas, à cause des lumières de la ville.
« - Il s'approvisionnait chez eux en alcool, je crois.
- Un chevalier en rapport avec la mafia ?
- C'est si étonnant que ça ?
- Non. »
Le silence s'installa à nouveau. Encore quelque chose qui étonnait Deathmask. Qui aurait crû que Milo pouvait se taire quand il n'avait rien à dire…
Il réfléchissait à ce qu'il allait faire, maintenant. La mission de Milo était légèrement différente de la sienne, et il devait attendre qu'il l'ait avancée pour se mettre à nettoyer le terrain. C'était chiant, mais aussi un peu excitant.
Ils ne sortaient pas beaucoup du Sanctuaire. Toute leur vie tournait autour des colonnes de marbre, des tours de garde, du bruit du métal s'entrechoquant et des cris, de rage ou de douleur, qui montaient des arènes. Il aimait cette ambiance, bien sûr, mais parfois, ça devenait oppressant. Il voulait voir autre chose, ne serait-ce qu'un peu. Apprendre ce que faisaient les autres adolescents de son âge. Ce qui les amusait. Pas pour les imiter, bien sûr. Il était chevalier, le plus cruel, celui avec le moins de scrupule. Tuer lui manquerait, s'il devait quitter le Sanctuaire. Non, il ne voulait surtout pas partir de la Chevalerie. Elle était son monde, sa destinée. Elle était rassurante. Il voulait juste… savoir, comme la curiosité l'avait poussé à savoir ce que faisaient les gardes quand ils partaient pour Rosario, le soir, après leur service. En général, ils y allaient pour boire. L'alcool était merveilleux, mais depuis la seule et unique cuite qu'il avait prise, seul dans son temple, Deathmask essayait de ne plus abuser de l'alcool. Il avait été trop malade le lendemain.
L'italien jeta un regard en biais à son frère d'armes. Est ce qu'il pensait la même chose ? Est ce qu'il voulait savoir quel était le dernier chanteur à la mode, si sa chemise était considérée comme moche partout, si les blonds étaient dévisagés partout comme ils l'étaient en Italie ? Peut-être. Ou peut-être pas. Il ne connaissait pas Milo. Ils étaient de la même génération, mais trois ans, pour des enfants, c'était beaucoup d'écart. Ils n'avaient pas été entraînés au même endroit, et quand le scorpion avait obtenu son armure, Deathmask était déjà en poste depuis un an et demi. Le petit blond avait la réputation d'être quelqu'un d'amical et de détaché, qui comblait les silences et arrivait à dérider l'autre glaçon du onzième. Tout ce qui pouvait agacer Deathmask en général.
Cependant, il montrait aujourd'hui un autre visage. Le Cancer avait bien vu le sourire sur son visage quand il malmenait Jacobucci. Ce sourire, il pouvait le voir sur ses propres lèvres, ou sur celles d'Aphrodite. Le sourire de celui qui s'amusait de la situation. Pourtant, il n'avait pas tenté un geste, que ça soit pour l'aider lui ou sa victime. Il n'était pas non plus resté contempler le meurtre, mais ne semblait pas non plus lui reprocher. Étrange. Il faisait plus froid, plus concentré que quand ils étaient chez eux.
Hum. Affaire à creuser. Il valait mieux en savoir le plus possible sur le comportement de ses alliés. Au cas où ils décideraient de vous planter un couteau dans le dos. Ou un coup d'Aiguille Écarlate, dans ce cas-ci.
« - Hé. T'as pas faim ? J'pense pas qu'il y ait un resto dans l'hôtel, on ferait mieux de prendre à emporter. »
Du pouce, Milo lui désignait la façade d'un restaurant. Elle était défraîchie ; la peinture noire s'écaillait par endroits et le néon grésillait désagréablement. « Sun Thaï – Toutes les saveurs de l'Asie » était peint en blanc. Les lettres prenaient une teinte verdâtre sous la lumière du néon. L'odeur qui s'en échappait était tout simplement délicieuse.
Il sentit son estomac gargouiller. Va pour du thaï.
Moi aussi j'ai envie de Thaï.
A mercredi prochain !
(La review est le salaire de l'auteur.)
