Hermione resta bouche-bée, pétrifiée et le souffle court devant le reflet de l'Epouvantard. Face à elle, lui souriait l'image la plus douloureuse de sa vie. Celle qui la hantait nuit et jour. Celle qui la forçait à se lever le matin. Et celle qu'elle ne s'était certainement pas attendue à voir ce soir. Son fils. Son fils était là. Grand, beau et rayonnant de vie, il lui offrait l'un de ses sourires dont lui seul avait le secret, et qui suffit à déchirer son cœur déjà meurtrie de désespoir. Il semblait si réel, si présent, que la simple idée qu'il ne puisse être que la projection de son subconscient lui donna l'impression de le perdre de nouveau. Déconnectée de son entourage, elle n'entendit pas les murmures s'élever autour d'elle. Jedusor ne la quittait pas des yeux, elle et l'Epouvantard, tandis qu'un peu plus loin, Drago et Blaise n'osaient plus respirer. A la vue de son fils adoptif, le blond platine senti sa cage thoracique brutalement s'oppresser. Lui non plus ne s'était pas attendu à un pareil souvenir, et déjà l'inquiétude les gagnaient. Près d'eux, les sorciers purent percevoir le vide s'agiter. Sous la cape, Harry et Ron étaient aussi estomaqués qu'eux, mais aussi, brusquement paniqués. À tout moment, la situation pouvait salement déraper.
- Kaï... souffla la jeune femme.
Il lui sourit de plus belle, faisant ressortir ses fossettes qu'elle n'avait cessé de revoir dans ses rêves. Il ne dit rien, mais l'Epouvantard savait qu'aucun mot n'était utile à cet instant. Il n'avait pas besoin de parler. Alors que les barrières de la jeune sorcière s'effondraient peu à peu devant lui, il baissa la tête pour regarder ses mains. Des mains devenues subitement rouge. A leur vue, un frisson parcouru l'échine d'Hermione qui eut un mouvement de recul. Face à sa frayeur, Kai la rattrapa, lui aussi apeuré de la voir le fuir. Le regard tendre et compatissant, il lui saisit le bras dans un geste aimant. Son toucher l'électrifia.
- Ne me fuis pas. Lui-demanda alors calmement. Tu m'as promis de m'aimer.
Désormais Hermione haletait. Si Jedusor voulait la torturer, il n'avait pas trouvé de meilleur moyen. A ses mots, des larmes se mirent à briller dans ses yeux, mélange de colère, de peine, de frustration et de soulagement. Elle ne savait plus où regarder si ce n'était vers lui. Et derrière elle, Drago et Blaise s'agitaient, mal à l'aise. Ils voyaient bien qu'elle perdait le contrôle. Et le mage noir adorait ça.
- Tu m'a promis de m'aimer. Répéta-t-il. Peu importe ce qu'il pouvait arriver. Peu importe ce que je pourrais faire.
Alors qu'elle bégayait, incertaine et perturbée, elle vit sous ses yeux, son fils se transformer en une vision de cauchemar. Il n'y avait plus que du rouge. Partout, sur lui et dans la lueur de ses yeux. Du rouge. Tant de rouge. Son visage était éclaboussé de sang et ses mains en ruisselaient à grosses gouttes, couvrant leurs chaussures alors que sous leurs pieds déjà, se formait peu à peu un véritable bain de sang, dont l'odeur ferreuse intoxiqua l'air de ses vapeurs écœurantes. Effrayés, les fidèles reculèrent devant un tel spectacle, tandis que Tom fixa la marre rouge, véritablement envoûté.
- Non... non, tu n'es... tu n'es pas...
- Quoi ? Un monstre ?
- Non ! Kaï arrête ! S'écria-t-elle désespérée en cherchant à se dégager de lui.
- Tu sais ce que je suis. Tu l'as toujours su.
Elle voulait hurler, crier, s'époumoner pour lui faire entendre raison, enlever le sang qui coulait entre ses fossettes, et le garder près d'elle à jamais. Mais elle ne le pouvait pas, et finissait par penser qu'elle ne le pourrait jamais. Tranquillement, elle le vit lui prendre la main, plus heureux que jamais, et lui sourire de nouveau. Dieu seul savait à quel point elle était prête à se damner pour ce sourire.
- Mais ce n'est pas grave. Souffla-t-il.
- Kaï, je t'en prie... tu n'es pas un monstre !
- Non. Nous le sommes tous les deux.
Une substance visqueuse se mit à s'écouler des propres mains de la sorcière, recouvrant ses paumes d'un rouge humide et poisseux. La peur lui sauta à la gorge, et quand elle releva la tête, le corps défiguré et mutilé de Bellatrix apparut derrière son fils. Attachée à la même chaise à laquelle ils l'avaient retenu prisonnière dans l'autre dimension, elle ruisselait du même sang qui coulait de leurs mains. On entendit les mangemorts s'exclamer de surprise et d'effroi à la lueur des torches. Jedusor lui, ne put décrocher son regard de la morte torturée. C'était la même femme qui était apparu la dernière fois : la "partisane de Grindelwald" selon Hermione. Une partisane qui de toute évidence n'avait pas fait long feu face à elle.
- Non... souffla-t-elle horrifiée.
- Regarde ! S'exclama-t-il fière. Elle avait tort. Toi et moi sommes pareils !
- Non ! Kai je...
- Ne le nie pas ! Tu aimes me ressembler ! Tu as aimé la torturer !
- Non !
Seule le poing ferme de Blaise refermé sur leur cape, réussi à empêcher Harry et Ron de se dévoiler. Les deux Gryffondors luttaient pour ne pas intervenir mais les risques étaient cette fois trop grands. Jedusor était trop prêt de l'Epouvantard. La moindre tentative aurait pu tous les trahir pour de bon, les réduisant à devoir s'accommoder de leur impuissance insupportable, et à observer la détresse de leur amie de loin. Une détresse que Drago partageait plus que quiconque.
- Jedusor, arrête ! S'exclama-t-il la mâchoire serrée.
Mais rien n'aurait pu le dissuader de poursuivre cette torture. Fasciné, il n'entendait plus rien autour de lui. La jouissance de voir enfin la carapace de cette chère Jeanne se fissurer devant lui, le coupait du monde. Pourtant, tout se mit à s'accélérer. A mesure que le cœur d'Hermione s'affolait, et que son esprit s'enflammait de souvenirs dont elle perdait le contrôle, on vit l'Epouvantard changer de formes dans ses murmures et bégaiement confus. Alors qu'un vent se levait entre les arbres, il prit son apparence, lui coupant le souffle. Cependant, comme pour Blaise, un détail dénotait. Un gros détail. Sale, décoiffée, couverte de poussière et d'égratignure, Hermione se vit à l'époque où la fierté et l'honneur guidaient encore ses combats contre les forces du Mal. Une époque révolue et lointaine, qui ne vivait plus que dans ses frissons nocturnes. Une époque d'avant l'autre dimension. Celle de la guerre de Poudlard. Elle fit face à un regard acéré, cruel et plus que tout haineux. Haineux envers elle-même.
- Non... Souffla-t-elle encore plus effrayée.
Tout se mélangeait. Ses sentiments, sa peur, l'incompréhension, Kaï, ses mains toujours rouges... plus rien n'avait de sens sous ses yeux.
- Quoi ? Cingla froidement l'Epouvantard. On a peur d'affronter la vérité ?
- Tu n'es pas réel !
- Peut-être. Mais je l'ai été. Et tu m'as tué.
- Non !
- Oh vraiment ? Rit-elle brusquement. Regarde-moi Hermione ! Et regarde-toi ! Regarde-les tous ! S'écria-t-elle en regardant les mangemorts stupéfaits autour d'elles. Comment oses-tu seulement respirer après tout ce que tu as fait ?!
- Tu as tors. Tu ne sais rien !
- Tu t'enfermes dans ton déni. Pourtant il te suffit d'ouvrir les yeux ! Tu penses être forte, tu penses te battre pour la bonne cause, tu penses encore être comme moi mais tu n'es plus qu'une lâche ! Une traître !
- Non !
- Tu nous as tous abandonné... tes amis, tes professeurs, ta famille... moi. Souffla-t-elle un rictus de mépris collé sur le visage. Et pourquoi ? Pour un monstre ! Le fils de ta pire ennemie... notre bourreau à tous.
- Ne l'écoute pas. S'éleva brusquement une voix derrière elle.
C'était un autre double d'elle. Mais là encore, un double très différent. Et à sa vue, s'en fut trop pour elle. S'en fut trop pour eux. Les yeux exorbités de stupeur, Hermione se vit plus âgée, à l'image du futur qu'elle avait perçu dans les souvenirs de ses fils. Vêtue d'une longue robe noire, les cheveux plus court et implacablement lisse autour de son visage plus mature, elle avançait d'un pas félin vers elle, les mains et les avant-bras fièrement recouvert de sang.
Alors qu'elle tournait de l'œil, on entendit une explosion fulgurante retentir non loin d'eux et brisa le silence macabre des bois. L'épouvantard disparut dans un cri effrayé, les mangemorts s'agitèrent inquiets, Jedusor s'époumona à donner des ordres hors de lui, et Hermione s'écroula au sol. Alors que Drago se précipitait vers, Blaise se mit à regretter de ne pas avoir lâcher la cape plus tôt.
Une lumière vive ébloui Hermione dans l'obscurité de son inconscience. L'esprit confus et la tête lourde, elle ne put s'empêcher de gémir douloureusement en ouvrant les yeux. Les couleurs, les formes, tout se confondaient en un tableau flou et irrégulier, ne faisant qu'accentuer sa migraine et l'acouphène qui vrillait ses oreilles. Désorientée, elle mit plusieurs secondes avant de parvenir à se redresser et réalisa qu'elle n'était plus en forêt, sur un tapis de feuilles baignant dans un bain de sang, mais dans son lit, à Poudlard. Sous ses doigts, la douceur de sa couverture lui parût insupportable et une angoisse terrible lui donna de nouveau le vertige. Les souvenirs de l'épreuve de Jedusor lui revinrent en mémoire, parcouru des images respectives de son fils, de Bellatrix, de son passé et de son futur. Le combo de ses apparitions dans son esprit lui donna la nausée, et c'est le souffle court qu'elle résista à l'envie de vomir ses tripes. Elle s'était laissée submerger par les émotions et s'était montrée vulnérable quand, au contraire, elle aurait dû se rester lucide. Le trou béant dans son cœur n'avait fait que s'accroître face à Kaï, la désarmant de toute volonté, et la faisant défaillir dans un moment crucial. La culpabilité serra sa gorge et la honte la fit frissonner. Elle avait commis une erreur qui pourrait bien leur être fatale. La peur pour ses amis raviva en elle son énergie éteinte et l'adrénaline la releva dans un sursaut. Sa chambre se dessina, plus nette devant elle, alors qu'une main inquiète se posait sur son épaule, la faisant bondir de peur. Celle de Drago. Il était là, assis à son chevet, de l'autre côté de son lit. Le voir près d'elle réussit à l'apaiser dans ses tourments et c'est désespéré qu'elle se jetât dans ses bras. Le jeune homme senti son frêle corps trembler nerveusement contre lui, si bien qu'il ne sût dire s'il s'agissait de sanglot ou de peur. Mais l'avoir près de lui, le soulagea à son tour. Une peine commune les habitait tous deux, creusant un peu plus la cavité qui dévorait leurs cœurs. Alors qu'elle se dégageait, elle vit sa pâleur et ses yeux cernés et injecté de sang. L'inquiétude la regagna aussitôt.
- Tu nous a fait une sacrée frayeur. Lui dit-il en souriant doucement.
- Qu'est-il arrivé ? Harry et Ron ? Où sont-ils ? Paniqua-t-elle.
- Calme toi. On va tous bien. Harry et Ron ont fait diversion avant que l'Epouvantard ne nous compromette. Personne ne les a vu faire exploser cet arbre, et ils se sont enfuit avant de se faire prendre. Il n'y a pas de risque de ce côté-là, ils sont sains et saufs. J'ai dû même les jeter dehors pour qu'ils s'en aillent. Tu savais qu'ils étaient aussi insupportables quand ils sont inquiets ?! J'ai bien cru qu'ils allaient restés ici toute la nuit.
- Et Blaise ?
- Il était épuisé. Ses jambes ont pas mal souffert de la balade alors je lui ai donné un somnifère. Lui non plus ne voulais pas partir mais tu... tu es restée inconsciente plusieurs heures.
- Quoi ?!
- Oui... l'Epouvantard n'y ai pas aller de mains mortes avec toi.
- Mais... mais Jedusor ? Le teste ?!
- On est tous encore en vie, alors je suppose qu'on ne s'en n'est pas trop mal sorti. Quant à Jedusor, et bien... comme tu peux t'en douter, il n'a pas beaucoup apprécié de voir son petit spectacle aussi brusquement interrompu. Dit-il en grimaçant. Mais j'ai bien peur, que le peu qu'il n'ait vu, le pousse à nous poser plus de questions...
- Par Merlin... qu'est-ce que j'ai fait... ? Soupira la jeune femme horrifiée.
- Hé, ce n'est pas ta faute. Dit-il en prenant son visage défait en coupe. Personne ne pouvait prévoir ce qui arriverait.
- J'aurai dû être plus forte ! S'exclama-t-elle. J'ai l'ai laissé m'atteindre !
- Tu as vu Kaï ! Bien sûr que ça t'a atteint, c'est notre fils ! Ça nous a tous... prit de court.
- Je... je suis désolé... tellement désolé...
- Hermione je t'en prie arrête ! Jedusor est un sadique ! Il s'est servi de l'Epouvantard pour faire apparaître nos pires souvenirs et cauchemars ! Tu n'aurais pas pu lutter. Aucun de nous ne l'a pu...
Le ton du jeune homme, ainsi que son regard l'inquiétèrent brusquement. Quelque chose en lui était changé, plus triste, et presque brisé. Ce n'est qu'à cet instant, qu'elle se rendit compte que lui aussi tremblait.
- Qu... qu'est-il arrivé ? Après que j'ai perdu connaissance ?
- Il a renvoyé tout le monde au château. Il ne voulait pas prendre de risque.
- Non, Drago ne me ment pas. Je sens bien qu'il y a autre chose.
Sa phrase le fit tristement sourire. C'était à peu de chose près ce qu'il lui avait dit pour la convaincre de lui révéler la vérité à propos de la grossesse de Ginny. A croire, qu'ils étaient tous deux condamnés à ne pas pouvoir se mentir. Pourtant, l'hésitation mangeait ses mots à sa place. Il ne voulait pas la préoccuper plus qu'elle ne l'était déjà.
- Jedusor m'a fait passer le test, après que ses mangemorts aient patrouillé les bois et retrouvé l'Epouvantard. Mais tu n'as pas à t'en faire. Il n'a rien vu de très... de très éloquent, du moins je ne pense pas.
Sa voix était rauque, son regard mal à l'aise, et la peine qu'elle perçut en lui, lui brisa presque autant le cœur que les événements de cette horrible nuit. L'ombre de la douleur se reflétait dans l'acier de ses iris.
- Tu as... tu as vu ton père ? Demanda-t-elle d'une petite voix.
- Oui et non.
- Je suis désolé. Dit-elle alors en se reculant, elle aussi gênée. Je ne veux pas que tu te sentes obligé de m'en parler.
- Non, ce n'est pas ça. Grimaça-t-il. Je...
La difficulté qu'il avait à trouver ses mots, ne fit que le désemparer davantage. Il ne pensait pas qu'il existait les bons termes pour décrire l'horreur à laquelle il avait fait fasse lui aussi. Une horreur qu'elle avait vécu.
- C'était toi. Souffla-t-il.
- Moi ?
- Oui... le ... le souvenir de ma plus grande peur t'a montré toi. Le jour où je t'ai trouvé à peine en vie, suspendue aux ronces empoisonnées de mon père. C'était... c'était affreux. J'étais incapable de te sauver. J'étais impuissant, exactement comme quand je t'ai vu faire face à l'Epouvantard tout à l'heure. Je ne pouvais pas intervenir et ça... me rendait fou.
- Drago...
- Tu aurais dû voir leur tête. Grimaça-t-il. Autant dire qu'après avoir vu ça, Jedusor n'a plus trouvé quoi dire. Je ne pense pas qu'il nous regarda de la même façon demain.
Et à juste titre. Ce soir, Jeudsor avait littéralement plongé en eux, et ce, de la pire façon possible. Après autant de révélation, il avait dû tomber de haut et se rendre compte, que tout ce qu'ils avaient pu subir n'avait pas d'égal. Et malheureusement pour eux, ce n'était pas encore fini.
- Je suis désolé que tu aies dû revoir ça...
- Tu n'as pas à t'en faire. Sourit-il doucement, en lui prenant la main. C'est du passé.
- Est-ce... est-ce qu'il a compris ? Demanda-t-elle la gorge serrée alors que ses derniers souvenirs se concrétisaient. Pour Kai, et...mon futur ?
- Je ne pense pas. Il a dû prendre ça pour la projection de ta peur de l'avenir. Du moins je l'espère. Quant à Kai... et bien, je pense qu'il voudra des réponses.
- Il ne doit pas découvrir la vérité.
- Il ne le fera pas. Même avec beaucoup d'imagination, il n'arriverait pas à percer notre mystère. Et puis, qui serait assez fou pour y croire ?
Il disait vrai. La singularité de leur histoire les protégeait des esprits un peu trop fouineurs pour le moment, mais pour combien de temps encore ? L'étaux se resserrait autour d'eux, les exposant de plus en plus, mais ils ne devaient pas perdre de vue leur objectif. Dans l'immédiat, leur plan fonctionnait. C'était là, la seule chose qui les rassuraient.
- Il veut nous revoir ce soir. Tous les trois, à la Tour d'Astronomie.
Cette autre nouvelle la rassura, comme la terrifia. L'idée qu'il ramène l'Epouvantard de nouveau la faisait déjà frissonner, pour autant elle ne voulait pas y penser. Sa main dans celle de Drago, elle le regarda dans un soupire vaincu. Ils n'avaient pas d'autre choix que de faire face à ce qui les attendaient, et étonnement, malgré la peur qui lui terrassait le ventre, elle savait qu'ils sauraient tout affronter, du moment qu'ils restaient ensemble. Sans le lâcher des yeux, elle retomba dans ses bras et enfoui son visage dans son cou, inspirant son odeur et se laissant envahir du réconfort qui émanait de son aura. Ils avaient besoin les uns des autres. Mais plus que tout, elle avait besoin de lui. Alors qu'il l'enlaçait à son tour, ils ne lâchèrent pas pendant plusieurs longues minutes, redoutant silencieusement l'instant où ils devraient se séparer et affronter leur nouveau bourreau.
- Je n'arrive pas à croire qu'on va remettre ça... chuchota Blaise en prenant appui sur l'un des murs des couloirs. Vous faire retourner le cerveau une première fois ne vous a pas suffi ou quoi ?!
- Jedusor ne tolérerait pas qu'on lui pose un lapin ! Dit Drago.
- Et ce que moi je tolère on s'en fiche ?
- Blaise... On n'a pas envie de le voir nous non plus, alors s'il te plaît essaie de te plaindre en silence.
Les trois jeunes serpentards avançaient dans l'obscurité du château, un lumos fébrile dans les airs, et la carte du maraudeur précieusement tenu dans les mains tremblantes d'Hermione. Avoir un autre rendez-vous au beau milieu de la nuit leur donnait des frissons. Ce n'était pas comme si celui de la veille s'était bien passé, aussi ils traînaient derrière eux angoisse et effroi, redoutant leur arrivée à la tour d'astronomie. Toute la journée, ils avaient dû écoper les coups d'œil insistant et curieux des mangemorts. Aucun d'eux n'avaient raté l'égorgement, le bain de sang, et les ronces... Aucun d'eux n'avaient déjà vu pareille chose. Aucun d'eux, n'avait imaginé un tel destin. Et plus spécifiquement, Tom. Il ne leur avait rien dit de toute la journée, mais portait désormais sur eux, un autre regard. Ils leur avaient fallu plusieurs heures pour s'en rendre compte et pourtant, c'était vrai. Jedusor les regardait avec respect. A croire que le monde ne tournait plus rond. De toute évidence, il semblait prendre conscience de leur parcours, et tourments. Il réalisait peu à peu à qui, il avait à faire, et était aussi bien débecté, qu'agréablement surpris. Des recrues endurantes et expérimentées, était un atout considérable, qu'il ne pouvait malheureusement pas se vanter de posséder à l'heure actuelle. Aucun de ses fidèles n'avait vécu le tiers de ce qu'ils avaient apparemment enduré, et le mystère qui continuait de miroiter autour d'eux ne faisait qu'attiser sa curiosité devenue brasier depuis la veille. Il avait encore beaucoup trop de question pour se contenter de ce qu'il avait vu. Il voulait des explications, et comprendre ce qui habitait ces individus. Et c'est exactement dans cet état d'esprit que les sorciers le trouvèrent ce soir.
Assis tel un roi au milieu de ses fidèles à visage découvert réduit au nombre de six. Les serpentards ne furent pas surpris de voir le fameux trio malveillant et trois des serdaigles les plus riches, pragmatiques et intelligents de Poudlard. Ils étaient ses bras droits les plus proches, et s'avéraient, à n'en pas douter, être aussi cruels que sous son emprise. Ils étaient désormais seuls face à de véritables de bêtes, capable de se déchaîner à tout instant. Sans sourciller, Tom les regarda s'avancer dans la lumière du ciel nocturne. Les ombres de son visage, aussi stoïque et pâle que la lune, n'évoquait qu'une puissante et implacable suprématie, faisant frissonner les trois sorciers brusquement mal à l'aise. Malgré la peur palpable, Blaise tentait tant bien que mal d'ignorer la douleur décuplée de ses jambes, Hermione cherchait de ses yeux agité une quelconque malle ou coffre pouvant abriter un épouvantard, et Drago les détaillaient tous, la mâchoire serrée et le regard dur. Le jeune Malfoy redoutait cette entrevue peut-être même plus que ses deux compagnons, et gardait la main ancrée sur sa baguette, une tension irrépressible battant dans tout son corps. Ce comité et cette mise en scène, avait pour but de les déstabiliser et leur annonçait la gravité de ce qui les attendaient.
Alors que seuls les hurlements de quelques Sombrals résonnaient depuis l'obscurité de la nuit, Jedusor se leva face à eux. Impériale dans sa sombre cape, sa voix s'éleva dans un écho.
- Heureux de voir que vous vous êtes remis de la veille.
- On avait le choix peut-être ? Claqua Drago à sa suite.
- Je comprends votre colère, mais je vous conseille de la garder pour vous.
Son ton résonnait contre les colonnes de la Tour, insufflant une autorité et menace oppressante dans l'air.
- Nous avons un accord Jedusor. Qu'attends-tu de plus de nous ? Demanda Hermione.
- Des réponses.
- Ce que tu as vu hier ne te suffit pas ?
- Justement. J'aimerais comprendre ce que j'ai vu. De toute évidence cet esprit vous a torturé mais il n'a pas été le seul. Hermione ?
La jeune femme déglutit. Elle s'était attendue à devoir se justifier. Alors qu'elle s'avançait d'un pas, elle dit.
- Nous avons dû faire face à la Guerre de Grindelwald. Certains de ses partisans nous ont pourchassé pendant plusieurs mois. Cette... cette femme, Bellatrixe, en faisait partie.
- Et aujourd'hui ?
- Elle est morte. Souffla-t-elle de plus en plus pâle.
Dans son dos, Hermione senti les regards lourds de ses amis. Ils avaient tous consciences de la gravité des mots qu'elle s'apprêtait à prononcer. Pour autant, elle refusait de laisser ses démons la contrôler de nouveau. Elle refusait de faire tomber le masque.
- Je l'ai tué.
Son ton, froid, insensible, implacable et presque fière résonna à son tour contre les colonnes tel un coup de feu. On vit quelques fidèles se regarder entre eux, tandis que Jedusor la fixait avec avidité et encore plus d'intérêt.
- Raconte-moi.
- J'ai réussi à la capturer alors qu'elle essayait de nous tuer. Je l'ai ligoté, et torturé pendant plusieurs heures. Puis je l'ai soigné, et... j'ai recommencé. Ça a duré de nombreux jours, avant que je ne la laisse finalement mourir, un pieu en plein abdomen. Récita-t-elle impassible de toute vie.
- Tu étais seule ? Demanda-t-il sans cacher son étonnement.
- Non. Répondit Blaise. Nous étions tous là.
- Et ce Kai était-il aussi de la partie ?
Hermione cacha son trouble du mieux qu'elle put malgré la boule de plomb au fond de sa gorge. Il était étrange de parler de lui au présent, alors que techniquement, il n'était même pas encore né. Cependant, et en dépit de sa douleur, elle répondit du même ton monocorde.
- Oui.
- De toute évidence, il compte pour toi.
- Nous étions proches. Souffla-t-elle simplement sans voir le rictus jaloux d'Abraxas.
- Et où est-il désormais ?
Cette question, la jeune femme l'avait redouté plus que toutes les autres ; pour la simple et bonne raison que la réponse lui écorchait la langue et lui trouait le cœur de véracité.
- Perdu.
- Il ne nous a pas suivi en Angleterre. Nous ignorons où il se trouve. Ajouta Drago la gorge serrée.
Jedusor assimila l'information, une grimace collée sur la figure. Ce Kai aurait pu être un élément de choix d'après ce qu'il avait cru comprendre.
- Vous étiez donc quatre.
- Cinq. Ginny était avec nous.
- Ah oui. Cette chère Ginny... donc si je comprends bien vous avez fait la guerre, puis cet esprit est apparu et vous a torturé à votre tour pour finalement la plonger dans le coma et vous abandonner ?
- En gros, c'est ça. Soupira le métis. Alors s'il te plaît, arrête de nous faire languir. Tu vas nous aider à la réveiller oui ou non ?
- Ne précipitons pas les choses. Il me reste quelques mystères à élucider. Déclara-t-il en retournant s'asseoir, songeur.
- Lesquels ?
- Quelles relations entretenez-vous avec ces deux Gryffondors ?
La soudaineté de cette question les fit frissonner malgré eux.
- En quoi cela peut-il être important ? Demanda Blaise mal à l'aise.
- Je me méfie des relations entre maison... en particulier quand il s'agit de Gryffondor. Vous avez l'air de bien les connaître ?
- Nous les avons rencontrés à notre arrivée ici, deux semaines avant la rentrée. Il n'y avait aucun élève à part eux. Nous n'avons fait que sympathiser. Déclara Drago un air affligé sur le visage. Ils n'ont rien à voir avec tout ça.
- C'est à moi d'en juger. Claqua-t-il d'une voix forte. Mais ce n'est pas tout. Parlez-moi d'elle.
- Qui ?
- Ginny. Dites-m 'en plus sur elle.
- Que veux-tu savoir ? S'inquiéta Blaise, surpris.
- Tout.
La tournure de leur conversation prenait une étrange tournure. Ils ne s'étaient pas attendus à ce qu'il se focalise sur elle. Et plus important encore, ils avaient espéré qu'il n'aborderait pas son sujet. Pour autant, ils ne s'en sortiraient pas sans satisfaire ses exigences. Aussi, alors qu'ils se lancèrent tous un regard entendu, on entendit Drago prendre la parole.
- Il n'y a pas grand-chose à dire. C'est la fille unique d'une grande famille de sang pur. Nous avons été à Beauxbaton ensemble. Elle est brillante et... nous a tous sauvé la vie. Il est de notre devoir de sauver la sienne.
- Mais vous avez besoin de moi pour cela.
- Notre magie n'est pas suffisante. La tienne en revanche... pourrait la sauver. Ajouta Hermione.
Jedusor les regarda un par un avant de se murer dans le silence. Ses fidèles le fixèrent avec inquiétudes, incertains et inquiets avant qu'il ne se mette à les étudier à leur tour et qu'ils ne baissent les yeux. Un dilemme se jouait devant lui. Il était évident que Ginny renfermait un secret, plus grand et plus fort que tous les autres. Il pouvait le sentir, et ne supportait pas cette eau stagnante dans laquelle il se noyait. Il devait savoir ce qui le liait à elle, et ces trois-là pouvait l'y aider. Et peut-être même plus encore. Il avait eu un aperçu de leurs capacités, de leurs forces et de leurs passés ; et il ne pouvait pas se mentir à lui-même. Il avait été impressionné. Jamais il n'avait été témoins d'un pareil destin, et d'une si grande ténacité.
Blaise était robuste, malin, endurant et même prêt à se trancher la gorge pour son honneur et ses amis. Drago, lui était un véritable soldat. Vigoureux, stratège, vicieux, battu par son père et de toute évidence enclin à tout, pour sauver la femme qu'il aimait. Et enfin, ladite amante du blond platine, Hermione. Brillante, impétueuse, tourmentée et déterminée, elle savait se montrer cruelle et intransigeante. Ils étaient tous trois de véritables atouts, capable de lui fournir plus d'informations qu'il ne pourrait en rêver. Mais plus important encore, ils étaient loyaux. Un détail qui faisait toute la différence à ses yeux, et qui le poussa à se lever, et briser le silence insupportable de la nuit.
- La gratuité n'existe pas en ce monde. Mon aide vous coûtera chère.
- Nous sommes prêt à payer le prix.
Il aimait entendre ce genre de phrase. Aussi, alors qu'ils étaient tous suspendu à ses lèvres, il prononça les mots qu'ils n'adoraient plus qu'aucun autre.
- A genoux.
On put presque entendre le choc de ces termes résonner dans les cœurs meurtris des sorciers. Leurs gorges s'assécha tandis qu'une douleur inconsciente vînt échauffer leurs marques. Tom voulait d'eux qu'ils se prosterne devant lui. Qu'ils le reconnaissent comme supérieur. Comme leur maître. Blaise et Drago se regardèrent durement, conscient de revenir à un temps d'obéissance et de soumission totale envers un Seigneur dans lequel ils ne croyaient pas. Ils avaient vécu cette situation toute leur vie. Cependant, ce n'était pas le cas de la jeune femme. Hermione ne s'était agenouillée qu'une seule fois au cours de sa vie et devant son véritable maître, alors qu'il ne le lui avait même pas demandé. Or, à cet instant, tout était différent, et elle ne pût s'empêcher de voir Tom comme un imposteur. Il n'était pas son maître, du moins pas encore. Il n'avait pas son allégeance, et pourtant il la lui réclamait comme un dû. Drago fut le premier à poser un genou à terre. Blaise, plus lent, ne put retenir une grimace douloureuse en faisant de même. Quant à Hermione, elle resta debout, les yeux fermés à lutter contre sa foi, son honneur et ses valeurs. Elle avait l'impression de trahir son Maître, et de se trahir elle-même. Mais là encore, ils n'avaient pas le choix. Ils devaient le faire pour Ginny, pour leurs enfants, et pour eux. C'était leur seule chance. Les dents serrées, et la mort dans l'âme elle s'exécuta, intimement convaincu que la douleur de sa marque n'était autre qu'une punition méritée, face à son honteuse trahison.
A la vue de leur soumission, Jedusor rayonna tel un soleil. Son sourire brilla plus dans la nuit, que toutes les étoiles du ciel.
- J'honorerais ma part du marché, en échange de votre totale dévotion à ma cause et moi-même. Je ne tolérerais aucun écart de conduite. Cingla-t-il finalement.
- Bien.
- Bien qui ?
- Bien Maître.
Coucou ! Voilà la suite ! Comme vous pouvez le voir, nous y sommes. Drago, Blaise et Hermione sont officiellement entrés dans la partie. Beaucoup de rebondissements sont à venir alors restez attentif ;) !
Merci à tous ceux qui me suive et pour vos commentaires ! J'ai hâte de lire vos réactions pour ce nouveau chapitre !
A très vite ! Dans une semaine ;)
