Un chapitre un peu plus long parce que le 11 était très court !
Merci pour vos commentaires jane9699 et Marina Ka-Fai c:
Bonne lecture.
Les semaines suivantes se déroulèrent sur le même rythme. Arthur passait de moins en moins de temps à dormir et se nourrissait convenablement. Il s'entraînait régulièrement avec un des rudius que Venec avait ramené, mais préférait le faire seul pour l'instant. Après chaque séance il ne manquait pas de se laver. Les deux romains étaient ravis d'assister à cette reprise en main. Le roi récupérait du poids et des couleurs et c'était beau à voir.
Venec continuait d'aller sur le port presque tous les jours et parfois il poussait plus loin en allant chercher des informations dans les différents quartiers de la ville, là où les nouvelles circulaient vite, tout en restant discret.
Kalupso travaillait quasiment toutes les nuits et était donc moins présente dans la journée, mais retrouvait Arthur dans la cuisine à l'heure de préparer les repas. C'était un petit moment qu'ils avaient choisi de partager et qui les rapprochait, même lorsqu'ils ne discutaient pas. L'ancien roi ne lui posait plus de questions qui la dérangeaient et elle semblait alors totalement détendue en sa présence. Arthur commençait à avoir une réelle affection pour la jeune fille. Sa silhouette et son caractère romain lui rappelaient ses jeunes années. Il avait parfois l'impression d'être revenu quinze ans en arrière lorsqu'il la voyait marcher dans l'atrium. N'importe quel visage aux traits minces et aux yeux noirs se superposait aux souvenirs flous qu'il avait d'Aconia, mais dans le cas de Kalupso, cela apaisait son coeur et rendait la cicatrice moins douloureuse. Il adorait converser avec elle de sujets et d'autres, une chose simple qui pourtant lui avait fait défaut en Bretagne.
Il s'avérait que la jeune fille avait lu les mêmes livres que lui, et plus encore. Arthur reprenait plaisir à discuter de stratégie militaire, sans l'inquiétude de devoir faire la guerre avec une armée qui ne tenait pas debout en parallèle.
Ils ne manquaient pas de sujets de conversation, et plus il parlait, plus le coeur du roi s'apaisait. Il était encore bien fragile et ça, Kalupso l'avait compris, bien qu'il ne sache pas comment, mais le sourire venait plus facilement sur ses lèvres.
Les moments de complicité pendant les repas se multipliaient entre les trois colocataires. Parfois, Venec surprenait le roi en train de le regarder, mais les contacts visuels ne duraient pas. Le bandit ne savait pas comment interpréter ce comportement, bien qu'il était très loin de le considérer comme incommodant. Il avait aussi remarqué qu'Arthur s'asseyait à côté de lui le plus souvent, lorsqu'ils se retrouvaient tous les trois dans un des salons pour discuter. Peut-être était-ce une question de sécurité, mais Venec ne pouvait s'empêcher d'espérer que c'était autre chose, bien que l'idée lui paraissait totalement ridicule.
Bien qu'il reprenait du poil de la bête, Arthur était le seul à ne jamais quitter la villa. Les deux romains s'organisaient pour qu'il y ait toujours quelqu'un pour tenir compagnie au roi, mais ils pensaient qu'il était temps pour lui de s'aérer un peu.
Un matin, Kalupso était venue trouver le bandit et lui avait fourré quelques pièces dans les mains.
« Des petites économies. Profitez-en pour aller en ville et vous acheter de nouveaux vêtements. Et pour passer un bon moment avec Arthurus. »
Elle avait accompagné cette dernière phrase d'un clin d'oeil. Venec avait failli s'étouffer. Si on lui avait dit qu'un jour il perdrait son flegme à cause d'une gamine de 15 ans, il aurait ri au nez du plaisantin.
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Arthur avait été difficile à convaincre. Soit disant que Rome était dangereuse et qu'il ne se sentait pas encore capable de se défendre si on décidait de s'en prendre à lui. Venec et Kalupso avaient dû batailler un bon moment, le bandit lui certifiant qu'il ne l'emmènerait que dans des endroits qu'il estimait sûrs parmi ceux qu'il avait fréquenté, la jeune fille le rassurant sur le fait qu'il n'y avait aucun intérêt à l'attaquer. Arthur continuait de douter mais il avait fini par ne plus avoir le choix. Venec l'avait traîné derrière lui par le bras, et Kalupso était allée se coucher.
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Ils évoluaient lentement dans les rues de Rome, profitant des odeurs et des couleurs qui s'offraient à eux. Arthur, qui portait toujours sa tunique, sentait le vent léger caresser ses jambes et sa nuque et l'humidité des dalles imprégner la plante de ses pieds. Les rues accueillaient un nombre incroyable de passants qui se bousculaient devant les étalages, forçant les deux hommes à avancer dans le sens contraire du mouvement de foule.
Arthur se rapprocha imperceptiblement de Venec, gêné par la multitude d'individus qui attaquaient son espace personnel. Le bandit attrapa la manche de sa tunique et pressa le pas pour sortir rapidement du flux de population.
Ils finirent par arriver dans un quartier plus calme, bien qu'animé. Un marchand de fruits les héla et ils décidèrent de se laisser tenter puisqu'ils n'avaient pas encore mangé. Venec sortit les pièces de sa poche et Arthur grimaça.
« On aura pas assez pour les fringues si on dépense maintenant.
- Vous inquiétez pas. Kalupso a été généreuse. » sourit Venec.
Arthur poussa un soupir contrarié. Le bandit acheta quelques pêches qu'il enveloppa dans un de ses foulards, et en tendit une au roi.
« Qu'est-ce qui vous ennuie ?
- Être entretenu, comme ça.
- Parce que c'est une femme?
- Non ! Parce que c'est une enfant et qu'elle est seule et que ça devrait être à nous de l'aider. Elle nous offre un toit, à manger, et maintenant des vêtements, vous y croyez vous?
- J'y ai pensé, aussi… le problème c'est que je n'ai plus de réseau ici, et ça me prendrait du temps de remonter un business.
- Ouais. Et puis c'est peut-être pas non plus le moment de s'attirer des ennuis. »
Venec haussa les épaules. Il était doué dans sa branche et était capable d'agir discrètement, mais si le roi ne préférait pas, il suivrait ses directives.
Ils continuèrent leur marche en silence pendant quelques minutes, jusqu'à ce qu'Arthur s'arrête devant une échoppe qui vendait des tuniques. Son regard semblait happé par un tissu rouge flamboyant, et le marchand commença à avoir peur qu'il ne le vole. Venec dut sortir le roi de sa transe en tapotant son épaule.
« Hé ? … Ça va ? »
Arthur tourna sa tête vers lui et sembla reprendre ses esprits. Il fixa le vide derrière Venec et hocha lentement la tête.
« Allons voir ailleurs. »
Le bandit suivit l'ancien roi à travers les rues et ils s'arrêtèrent de nouveau devant un étalage de vêtements aux couleurs plutôt ternes. Venec pensa que ce serait parfait pour se fondre dans la masse, et il se dit qu'Arthur devait sacrément bien porter la tunique. Ils se décidèrent vite et en achetèrent une chacun, avec des lanières de cuir. Ils dépensèrent les dernières pièces de Kalupso dans une petite boutique de sandales, et Arthur fut soulagé de pouvoir de nouveau marcher confortablement.
Il était encore tôt et aucun des deux ne souhaitait s'enfermer dans la villa pour le moment.
Ils convinrent de rentrer plus tard pour aider Kalupso à préparer le repas du midi. Ils flânèrent dans les rues, sans but, et finirent par atteindre une rive du Tibre peu fréquentée. Un sourire éclatant naquit sur le visage de Venec qui se précipita près de l'eau, enleva ses bottes et y trempa les pieds. Il s'assit sur l'herbe et fut rejoint par Arthur qui fit de même. Un soupir de contentement leur échappa à tous les deux.
« On est plus habitués à cette chaleur, mine de rien. Ça fait du bien de pouvoir se rafraîchir un peu.
- C'est vrai. » sourit Arthur. Il se rendait compte maintenant que le soleil lui avait manqué. Que Rome lui avait manqué. Il avait dû entrer dans un autre monde du jour au lendemain, assassinant son insouciance du même coup. Il avait l'impression de la retrouver un peu avec Venec qui avait toujours plus ou moins vécu au jour le jour, sans vraiment se poser de questions et avec Kalupso qui semblait être dans le même cas.
Venec s'allongea confortablement dans l'herbe. Le bleu du ciel se reflétait dans ses yeux céruléens. Arthur se dit que c'était la première fois qu'il le voyait totalement détendu.
« Vous voyez… le ciel. Y'a pas un seul nuage. » Il soupira en fermant ses paupières. « Rome n'a pas changé. »
Arthur opina. Il avait compris depuis qu'ils étaient arrivés que le bandit avait également vécu à Rome pendant sa jeunesse. Il n'avait aucune idée de ce qui avait bien pu le pousser à aller en Bretagne en même temps que lui, alors qu'ils ne se connaissaient pas. La perspective de monter un nouveau business dans un royaume en construction et récemment unifié avait certainement dû jouer.
Mais Arthur avait appris à analyser le comportement des dieux, et il ne pouvait s'empêcher de penser que si Venec était près de lui dès le début, c'est que ceux qui tirent les ficelles de là-haut en avaient décidé ainsi.
Il perdit son regard au milieu des ondulations de la surface de l'eau.
« Hrm… Venec. J'vous ai pas remercié pour m'avoir… eh bien… sauvé la vie.
- Pas la peine. Je l'ai pas fait pour que vous me remerciez.
- Mais quand même. Vous avez laissé beaucoup de choses derrière vous. »
Le bandit haussa les épaules. Arthur eut soudain très envie de lui demander pourquoi il avait fait ça mais ne dit rien, par peur d'être déçu de la réponse. Il savait bien qu'il était ridicule et qu'il ne devrait plus rien attendre de personne, mais s'il commençait à sortir la tête de l'eau c'était en grande partie grâce à Venec et il ne savait pas s'il supporterait de voir quelqu'un en qui il avait confiance agir envers lui seulement par intérêt. Son compagnon le sortit de ses pensées.
« Vous voulez pas vous allonger ?
- Si je m'allonge je m'endors.
- C'est pas grave. Je vous réveillerai quand il faudra rentrer. »
Arthur considéra la proposition pendant quelques secondes et finit par s'étaler à côté du contrebandier. Tout son corps se détendit instantanément et la perspective de faire une sieste le séduit tout aussi vite. Il se tourna vers le bandit pour échapper partiellement aux rayons puissants du soleil et remarqua qu'il était fixé par deux saphirs éclatants. Il renvoya un regard interrogateur.
Venec lui répondit par un sourire.
« Dormez bien. »
Arthur acquiesça et ferma les yeux.
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