L'obscurité était étrange. La lumière, l'espoir, la vérité... rien de tout ça n'existait dans le noir. Ne persistait, qu'une implacable opacité. Au début, elle se limite à la vue et se résume alors, à simplement être plongé dans le noir. Mais il n'y a pas que ça. Il y a plus. Et ce plus, Ginny n'en avait jamais fait l'expérience auparavant. Elle avait toujours pensé que tout ne se limitait qu'à sa propre imagination. Que le noir ne faisait que refléter les démons qui habitaient son esprit. Mais elle avait tort. Car être plongée dans l'obscurité, c'était plus que ça. C'était plus que d'avoir peur des monstres sous son lit. C'était plus que de suivre le point lumineux apparaissant sous ses paupière clauses. C'était plus qu'attendre le lever du jour pour vivre... et ça, elle l'avait bien compris. Car dans son cas, l'obscurité n'a pas été qu'un instant. Elle a été une vie. Une vie passée à compter des secondes qui n'existaient plus, et à voir des fantômes dont elle ne rêvait plus. Elle avait bien cru que cela passerait, mais là encore, elle s'était trompée. Rein n'était passé. En un sens, tout n'avait fait qu'empirer. Son corps s'était alourdi, et affaiblit ; à tel point que quand tout son être est paralysé par le poids de l'obscurité, on ne le sens presque plus. Ni les battements de son cœur, ou les souffles de ses inspirations... rien. On pourrait penser que les autres sens restent en éveil malgré tout, mais là encore, ce n'est qu'une vaste blague. L'ouïe se tarit peu à peu d'elle-même, le toucher s'engourdi lentement, le goût s'assèche et l'odorat se paralyse, ne faisant que s'accorder avec la stérilité visuelle de l'obscurité de plus en plus profonde et grandissante. Ne reste alors que la conscience. Du moins, elle le pensait. Car après tout, quel intérêt y-a-t-il à vivre pour sa seule conscience ? Pour sa dernière lueur de vaine existence ? Ginny, elle, n'en avait pas. Pas de raison, de motivation, ou d'espoir. Et à cet instant précis, quand l'esprit réalise qu'il n'a aucune raison de continuer de vivre, de s'agiter et de se réveiller, se passe un étrange phénomène. Différentes appellations sont possibles pour les rares ayant déjà été plongé dans un coma magique, mais pour Ginny, il n'y en a qu'une. Celui de la délivrance.

Un sentiment ravageur, qui fut le seul à faire frémir ses nerfs sensitifs morts depuis longtemps. Elle n'avait pas lutté. Elle ne le voulait pas. Au contraire, elle n'avait attendu que cet instant. Celui où elle pourrait enfin ne plus se battre. Ne plus espérer de lumière, d'espoir ou de réveil. Celui où elle pourrait enfin s'enrouler dans ce manteau d'obscurité, et s'y étendre simplement une bonne fois pour toute, perdu dans un monde sans temps, où un infini de repos muet et indolore l'attendait. Plus de combat, de peine ou de tourment. Et plus important encore, plus de vérité. Et là, était la véritable délivrance. Plus rien à ses yeux ne valait la peine de souffrir d'avantage et encore moins la vérité cruelle de sa vie.

Son maître n'était plus. Ses enfants étaient perdus. Ses amis, disparus. Sa famille détruite. Et son avenir... cette promesse de futur et d'espoir... torpillé par la vérité de tous les faits précédemment énumérés. Et en conclusion, Ginny avait dit stop. Stop à la vie. Stop à la douleur. Stop à tout ce qui lui rongeait le ventre tel un ver trop vorace pour son cœur ravagé. Elle n'en pouvait plus. Et en ce délivrant de la vérité, elle avait enfin cru que le repos était possible ; que la véritable paix, ne pouvait s'accompagner que de cette léthargie indolore et de cette inexistence révélatrice. Elle avait cru que tout était enfin fini et s'était délectée de cette dernière vérité. Pourtant, elle aurait dû s'en douter. Ni la vie, ni la mort ne pourraient empêcher le sort de la torturer un peu plus. Son repos avait pris fin. Sûrement de la façon la plus cruelle qui soit. Il n'était pas question de parler de l'agressivité de la lumière sur ses yeux, de la lourdeur brutale de son corps, ou encore de la nausée que lui donnèrent tous ses bruits environnants. Non, la vraie torture fut cette rencontre. Cet échange de regard. Il n'avait duré qu'un instant. Qu'une fraction de seconde. Pourtant, une fois la douleur dissipée de la lumière, il était apparu. Le premier regard qu'elle rencontrait après plus de trois mois d'obscurité totale. Celui d'un inconnu vaguement familier. D'un souvenir et d'un espoir dont elle sentait encore la mort dans le fond de ses entrailles. Celui d'un homme qui ressemblait bien trop à celui qu'elle aimait. Celui d'un sosie dont les braises présentes dans l'iris ne pouvaient concurrencer avec les flammes qui avait envoûté et brûlé son âme.

Non décidément, le regard de Tom Jedusor ne pourrait pas rivaliser avec celui de son maître. Mais il lui avait fait tout aussi mal. Rien, ni le toucher réconfortant de la main d'Hermione, ou les voix rassurantes de Blaise et Drago n'auraient pu apaiser cette douleur. Cette horreur. Cette insupportable envie de mourir devant le faux de l'être aimé. Aussi, malgré l'incompréhension, et la peur, elle n'avait pu retenir que la douleur. Une douleur qui, une fois réveillée, la fit hurler à plein poumons au beau milieu de l'infirmerie.


- Tu devrais aller lui parler.

Ron regarda Hermione, déchiré et indécis. Il ne savait pas quoi faire, quoi dire ou quoi penser. Et pourtant, il avait attendu cet instant depuis leur arrivée ici. Celui du réveil de sa sœur. Malheureusement, il devrait le savoir depuis le temps. Rien ne se passait jamais comme ils l'espéraient. Tous, étaient maudit. Et le résultat était toujours le même. Ils souffraient de leurs espoirs mal placés. Et aujourd'hui ne faisait pas exception à la règle, bien qu'il en eût espéré le contraire... Accoudé à la porte de l'infirmerie depuis déjà plus d'une heure, il n'avait osé y re-entrer. Au début, quand il avait appris que la manœuvre de Jedusor avait fonctionné, il s'y était précipité, mais avait vite regretté. Car voir sa sœur dans un tel état... dans une telle détresse... lui avait retourné l'âme et l'estomac. Ces derniers espoirs avaient été écrasé, soufflé au loin par un vent plus fort que lui. Ne restaient désormais que les miettes, dont il ne savait que faire.

- Comment elle va ? Demanda-t-il incapable de regarder son amie en face.

La jeune femme ne sut pas quoi lui répondre. Il était difficile de trouver les mots, quand il n'y avait pas.

- Son état est stable pour le moment...

- Et Magnus ?

- Il va bien aussi, ne t'en fais pas. Sa crise n'a pas eu d'effet sur lui...

- Je.. je ne comprends pas ! Elle... elle devrait aller bien ! Le sort a marché ! S'emporta-t-il.

- Ron, elle a été dans le coma pendant trois mois. Des complications étaient à prévoir.

- A prévoir ?! Elle a hurlé à la mort pendant plus de trois heures ! Elle était hystérique ! Les médicomages ont failli la faire interner à St Mangouste en urgence ! Et...

- Je sais... j'étais là. Dit-elle simplement. Mais on ne sait pas ce qu'elle a pu traverser là-bas. Il lui faut juste un peu de temps pour... s'habituer... Mais tu dois lui parler. Lui dire ce qui nous ai arrivé, lui dire qu'elle est enceinte !

- Je sais mais...

- Il n'y a pas de mais !

- Hermione... La première chose que j'ai vu en entrant dans cette salle tout à l'heure, c'est ma sœur en train de se débattre pour qu'on la laisse se suicider... Comment je peux espérer d'elle qu'elle vive si le premier désir qu'elle a, à son réveil, c'est de mourir !

Hermione ne dit rien, mais voyait bien la torture dans le regard du Weasley. Et elle la comprenait. Rien de tout ce qu'ils avaient anticipé n'avait pris en compte une possible crise d'hystérie magique de la part de leur amie. Des cris d'agonie, des objets qui voles, des étincelles magiques incontrôlables, des joues ruisselantes de larmes, des supplications pour qu'on la laisse mourir... Une scène d'angoisse et d'incompréhension qui avait alerté l'infirmière et les professeurs, eux aussi, plus désemparés que jamais. Des médecins étaient venus en urgence pour la calmer, mais c'était sans compter sa détermination. Ils avaient dû être à plus de six pour la maîtriser, mais la cause de cette réaction, était-elle, plus inquiétante. Les sorciers ignoraient s'il s'agissait simplement d'un choc dû à son réveil, de la présence de Jedusor, ou alors, d'une réaction miroir dû au destin tragique de leur Maître... ou bien des trois en même temps. Mais aucun de ses diagnostiques n'étaient rassurants. Après plusieurs sorts et potions, ils avaient réussi à la calmer, mais son silence n'était pas muet. Son regard suffisait à exprimer tous les cris imaginables.

- On... on a éloigné tous les objets potentiellement dangereux. Et, elle est attachée. Elle ne tentera rien.

- Où est Jedusor ?

- Parti dès l'arrivée des médicomages. Il a essayé de la maîtriser mais je crois bien qu'elle l'a salement amoché. Sourit-elle.

- Le rêve de tout le monde à l'heure actuelle.

- Ce n'est pas sa faute. Je n'aurais jamais cru dire ça mais c'est grâce à lui qu'on a pu l'atteindre.

- Ouai... c'est sûr, fais-moi penser à le remercier plus tard. Dit-il sans retenir son rictus amer.

- Ron...

- Oui oui, je sais... ce n'est la faute de personne.

- Vas la voir. Elle a besoin de son frère.

Il ne put rien répondre à ça, et dans un soupir vaincu, il ne put que se résigner à se retourner et passer la porte tant maudite. Les mains tremblantes et la boule au ventre, il s'avança, penaud et gêné en direction du seul lit composé de sangles de maintien. Le seul lit contenant sa sœur, et ses plus grandes peurs. Livide, le regard ouvert sur le néant, les yeux injectés de sang et le corps entièrement attaché par des lien magique, Ginny ne parlait pas. A vrai dire, elle n'avait rien dit de très construit depuis son réveil. Elle n'avait que hurler. Des cris qui résonnaient encore dans les oreilles de son frère impuissant face à la douleur qui rongeait sa sœur. Une douleur qu'il ne pouvait qu'imaginer, et qui pourtant, lui donnait déjà la nausée. Quand il arriva en face d'elle, c'est d'une quinte de toux timide qu'il se signala. Elle semblait déconnectée de la réalité, mais releva la tête malgré tout. Voir son regard s'accrocher au sien, était un bon début, mais il ne se faisait pas d'illusion. Il voyait bien que quelque chose en elle était brisé, perdu, et irrécupérable. Elle portait en elle la mort d'une part d'elle-même. Et ça les tuait tous les deux.

Lentement, il vînt s'asseoir à ses côtés sans jamais la quitter des yeux. Il aurait voulu la serrer contre lui, ou prendre sa main, mais dû se retenir. Ses bras bandés étaient attachés au matelas, dissimulant les multiples entailles qu'elle était parvenue à se faire avec un simple morceau de verre brisé. Les médecins lui avaient donné plus de calmant qu'il n'en était nécessaire pour assommer un Hippogriffe, de peur qu'elle ne retente de mettre fin à ses jours. Une peur qui habitait Ron désormais, et qui poussa ses larmes à dévaler ses joues. C'était trop à endurer.

- Salut. Souffla-t-il doucement.

- Salut.

Sa voix était rauque, sifflante et vide de tout ce qui l'avait habité ses dernières années.

- Tu... tu te sens comment ?

Cette question aurait pu être bête et ironique si son état ne trahissait pas autant ce qu'elle ressentait. Pourtant, Ginny ne dit rien, et se contenta simplement de baisser les yeux, la mâchoire serrée.

- S'il te plaît, parle-moi. Implora-t-il. Je veux... je veux juste essayer de comprendre ce qui t'arrives.

- Tu ne peux pas.

- Ginny, s'il te plaît. Je... je t'ai vu tout à l'heure. Tu étais incontrôlable et...

- Tu attends des excuses ?

- Non, tu n'as pas à t'excuser ! S'empressa-t-il de dire. Tu... sors d'un coma de presque quatre mois. Ce n'est pas ta faute.

Un vague sourire éclaircit son visage. Loin d'être heureux, il était ironique, et vaincu.

- Alors c'est vrai ? Demanda-t-elle. 1944 ? Grindelwald ? Poudlard ? La Seconde guerre Mondiale ? On a fait un saut dans le temps.

- Oui... c'est assez compliqué mais oui. On essaie de trouver un moyen de partir. On a un plan.

- Un plan qui implique Tom Jedusor.

Sa voix avait baissé d'un ton, mais ses yeux exprimèrent autre chose. Sa détresse grandissait davantage à l'évocation ce nom, et la douleur aussi. Il ne se faisait pas d'illusion. Il y avait bien eu un déclencheur à cette crise.

- Je suis désolé que le premier visage que tu aies vu à ton réveil soit le sien. Tu... tu n'aurais pas dû à avoir endurer ça. Je...

- Tu as raison. L'interrompit-t-elle, les yeux un peu plus écarquillés. Je n'aurais pas dû...

- Gin...

- Pourquoi alors ? Demanda-t-elle à bout de souffle.

- Quoi ?

- Pourquoi me l'avoir fait endurer ?

- C'était... c'était le seul moyen de te réveiller.

- Pourquoi m'avoir réveillé dans ce cas ?! S'emporta-t-elle en tirant brusquement sur ses liens.

Le mouvement soudain de sa cadette le fit sursauter, et son regard le pétrifia d'angoisse. Il était ruisselant de larme et de supplication. Ses bras désormais tendus révélèrent ses autres hématomes et griffures dépassant des bandages, reste éphémère de sa crise, et souvenir de sa propre douleur. A la voir ainsi, elle ressemblait à une condamnée, suppliant qu'on l'achève. Et plus il l'écoutait, plus il avait l'impression que c'était le cas.

- Pourquoi me faire endurer ça Ron ?! Pourquoi vous m'avez réveillé ?

- On... on le devait. Souffla-t-il désemparé et meurtri. Tu... mourrais.

- Et alors ? Tu as l'impression que je suis en vie là tout de suite ?!

- Gin, tu...

- Vous ne m'avez pas ramené à la vie... Ron, vous... vous n'avez fait que réveiller une morte. Dit-elle sans retenir ses propres larmes.

- Non ! Non, tu ne comprends pas...

- Ah oui ? Tu crois ça ?

- S'il te plaît écoute moi !

- Je le sens Ron. Dit-elle alors en arrivant à lui prendre la main. Je... je le sens agoniser. A chaque seconde. A chaque instant que vous m'imposer de respirer, je le sens mourir...

Ces mots le pétrifièrent comme le terrifièrent. Il avait espéré que le lien qui l'unissait à son Maître se soit affaibli avec sa disparition... il avait espéré qu'elle ne sente pas la véracité de sa torture quotidienne, piégé entre les dimensions. Mais de toute évidence, ses prières avaient été vaines. Elle ressentait tout.

- Mais il ne peut pas... continua-t-elle dans un sanglot désespéré. Il en ait incapable. Il ne peut pas mourir ! Il est condamné... à... à errer pour toujours. A souffrir plus qu'aucun homme dans cet univers. Et je l'entends... je l'entends supplier milles dieux pour que ça cesse. Je l'entends hurler à l'agonie... Je l'entends m'appeler ! A chaque seconde Ron ! A chaque seconde !

- Ginny...

- Je l'entend hurler mon nom ! S'écria-t-elle. Mais je ne peux pas l'atteindre. Je ne peux rien faire... parce que je suis coincée ici !

- Tu serais morte !

- La mort est muette !

- Non... c'était son choix. Déclara-t-il fébrile.

- Je t'interdis de...

- Non ! Ginny c'était son choix ! Dit-il plus fort en la prenant par les épaules.

- Tu n'en sais rien !

- Si je le sais !

- Comment ? Comment pourrais-tu savoir quoi que ce soit ?! Tu le hais !

- Parce qu'il nous l'a dit !

Ces mots figèrent sa sœur, pétrifiée devant une telle déclaration. Les yeux rouges de fatigue et d'hystérie, elle chercha un détail, un indice qui expliquerait pourquoi son frère lui hurlerait un pareil mensonge mais le désespoir et la tristesse qu'elle lut en lui, ne firent qu'intensifier son incompréhension.

- Il nous l'a dit. Répéta-t-il de moins en moins à l'aise.

- Qu... quoi ? Suffoqua-t-elle.

- C'est lui. Il... il nous a alerté. Il nous a dit que tu mourrais, qu'on devait te réveiller au plus vite... Confessa-t-il.

- Mais... c'est impossible.

- Il s'est servi de Jedusor. Il a possédé son corps, et nous a donné des indications. C'est grâce à lui qu'on a un plan, et qu'on a réussi à te faire revenir ! C'est lui qui l'a voulu. Il... il nous aidé à te sauver !

- N... non... Sanglota-t-elle sans respirer. Tu... mens... il...

- Il l'a fait pour toi ! Pour que tu vives !

- Pourquoi voudrais-je vivre ? Demanda-t-elle livide. Je l'ai perdu. Et... et mes enfants sont perdus avec lui... Je n'ai plus aucune raison de vivre Ron... Je n'ai plus aucune raison de vivre.

- Ne dis pas ça.

- Je t'en prie... je t'en supplie, replonge-moi dans le coma, ou tue-moi, je n'en ai rien à faire. Mais ne me laisse pas comme ça. Je ne peux pas vivre tout en sachant ce qu'il endure, je... je ne peux pas. Craqua-t-elle. C'est au-dessus de mes forces.

- Non, Ginny... tu dois... tu dois vivre !

- Pourquoi ?

- Parce que tu as tors ! Il te reste une raison de vivre !

- Je n'ai plus rien...

- Non. Tu as encore ton fils.


- Je suis désolé pour ton amie.

La voix soudaine d'Orion dans son dos, fit sursauter Drago. A moitié endormie sur la page ouverte d'un livre, il n'avait pas bougé de la bibliothèque depuis plusieurs heures, à la fois mortifié et désemparé par la situation qui leur échappait un peu plus à chaque avancée. La crise de Ginny avait été aussi inattendue que violente. En résultait de nombreuse égratignure sur ses bras, témoignage de la violence avec laquelle son amie s'était débattue pour lui reprendre le premier objet tranchant qu'elle avait pu trouver. La voir dépenser autant d'énergie pour mourir, leur avait fait un choc. Hermione était restée auprès d'elle après l'arrivée des Médicomages, mais lui, n'avait pas pu. Tout comme Blaise. Les deux Serpentards avaient préféré partir, plus bouleversé que jamais. Aussi le blond n'avait pas trouvé d'autre endroit où se cacher que la Bibliothèque. Il avait espéré pouvoir y rester au calme, à l'abris des autres fouines de Jedusor, mais bien entendu, il s'était trompé. Aussi, dans un soupir, il chercha à l'ignorer, loin d'être d'humeur à supporter sa surveillance. Pourtant, le Black ne recula pas face à son silence. Dans le bruissement de sa robe, il vînt lui faire face, une moue contrariée sur le visage qui faillit presque le faire éclater de rire. Il connaissait les Blacks depuis trop longtemps ; lui-même en était un du côté de sa mère. Il savait que l'empathie n'était pas naturelle chez eux. Et elle était d'autant moins crédible, quand ils étaient de mauvais comédiens.

- Qu'est-ce que tu veux Orion ?

- Juste prendre de tes nouvelles. Dit-il innocemment. Ce n'est pas tous les jours qu'une amie qui revient d'entre les morts, cherches à y retourner dans la seconde.

- Elle était dans le coma. Grinça-t-il agacé.

- Ça change quoi ? Le résultat est le même.

Drago serra les dents, luttant pour ne pas se saisir de sa baguette. Il détestait quand les gens parlaient pour ne rien dire, et cette conversation n'était pas grand-chose d'autre. Orion meublait, mais la vraie question, était pourquoi ? Il n'était pas surpris que Jedusor ai déjà fait un compte rendu détaillé à ses troupes, mais était mal à l'aise à l'idée que leur mésaventure ne serve de prétexte pour assouvir sa curiosité vicieuse.

- Tu es venu pour essayer de mal me remonter le moral ou parce que Jedusor te l'a demandé ?

- Un peu des deux. Dit-il simplement. Mais j'avoue que je suis quand même un peu curieux.

- Sans blague... je n'aurais pas deviné. Soupira-t-il en refermant son livre.

- Je ne te forcerai pas à me parler, si tu n'en as pas envie.

- Y a des chances pour que tu partes plus vite si je parle ?

- Non.

- J'ai donc le choix entre une conversation gênante ou un silence gênant ? Intéressant comme stratagème.

- Je ne vais pas te faire un interrogatoire, détend toi ! Rit-il. Je laisse ça au Maître.

- Trop gentil. Ricana-t-il en regrettant de ne pas être parti s'enfermer dans son dortoir.

- Non, je... je me posais juste une question.

- Je n'ai pas envie de parler Orion. Claqua-t-il finalement à bout en se levant pour partir. Pas ce soir.

Le Black le détailla, les sourcils subitement plus froncés. Il le détaillait de son regard d'ébène, comme une soude détecte une bombe prête à exploser. Il sentait que le Blond n'avait pas envie de le voir, ni lui, ni personne. Il sentait qu'il était nerveux et angoissé derrière sa soi-disant colère, et plus important encore, il sentait que c'était à cause de ce qui était arrivé aujourd'hui à l'infirmerie. C'était déloyale d'appuyer là où ça faisait mal pour obtenir des informations, mais c'était pour ça qu'il était là. Qu'il en soit désolé ou non, qu'il compatisse à sa douleur ou pas, cela ne changeait rien. Le boulot devait être fait. Sans jamais détourner le regard, il déglutit, et se leva à son tour.

- Je suis sincère. Lui dit-il alors en le voyant prendre son sac. Je suis désolé pour ton amie. Et pour toi.

- Je ne suis pas à plaindre. Dit-il simplement. Mais merci pour cette enrichissante conversation.

- Je crois que tu l'es au contraire.

Décidément, il ne s'arrêterait jamais de parler, et déjà, la colère commençait à atteindre les poings de Drago, serrés dans sa robe. Même dos à lui, il pouvait sentir ses yeux lui brûler les omoplates. Il ne savait pas de quoi il parlait.

- Ne t'en fais pas. Je ne vais pas tenter de me suicider moi aussi, si c'est là ton inquiétude.

- Pourquoi ?

- Excuse-moi ?! S'exclama-t-il en lui faisant de nouveau face.

- Pourquoi ? C'est ça ma question. Insista-t-il le front plissé de suspicion.

- Tu attends un compte rendu sur mes états d'âme ou quoi ?! Je ne veux pas me suicider !

Orion sourit faiblement. De toute évidence, il ne voyait pas où il voulait en venir.

- Je sais, mais c'est là toute ma question Drago. Je... je sais que j'ignore probablement tout de ce que toi et tes amis avez enduré pendant la guerre, et... pendant votre interaction avec cet Esprit Supérieur. Mais j'ai quand même eu des aperçus. Blaise qui se tranche lui-même la gorge. Hermione qui se fait torturer par des plantes vénéneuses. Votre ami Kai, perdu en France. Les tortures, que vous avez affligé à vos ennemis. Vous avez tous subit et commis, plus d'atrocité qu'aucun d'entre nous et ce, juste pour survivre. Et vous continuer de vous battre encore aujourd'hui. Déclara-t-il calmement. C'est assez admirable, et… curieux à la fois.

Perturbé par ces mots, Drago baissa le regard, incapable de répondre. La vérité était douloureuse à vivre, à entendre, mais encore plus à se souvenir.

- Alors dis-moi. Continua-t-il. Si à peine sorti du coma, le seul désir de ton amie est de mourir, qu'est-ce qui te donne encore envie de vivre à toi ?

La question à un million. La question que lui et ses amis évitaient à tout prix. La question la plus douloureuse.

- Tes amis ? Hermione ? La foi ?

- Tu crois franchement qu'après tout ce que tu as cité, je peux encore avoir la foi ? Demanda-t-il un sourire triste sur les lèvres.

- Alors quoi ?

- La famille.

- Ton père ? Demanda-t-il surpris en se rappelant le discours de son maître sur l'épouvantard lui étant apparu.

Drago grimaça. Bon dieu, qu'il haïssait cette conversation. Rien de ce qu'il dirait ne saurait le contenter. Il le savait. Il n'y avait pas de bonne réponse. Ni pour Orion, ni pour lui.

- J'ai tué mon père. Dit-il froidement.

- Alors quelle famille ? Le Maître nous a dit que tu n'avais plus personne.

- Celle que j'ai bien l'intention de fonder une fois que tout sera fini.

- Un avenir meilleur ? C'est ça ton secret de vie ? Demanda-t-il surpris. Ça a l'air plutôt simple.

- Non Orion. Tu peux me croire sur parole. J'ai enduré plus de torture qu'aucun doloris ne pourrait jamais donner, mais continuer de se battre pour quelque chose qu'on n'est même pas sûr d'avoir, c'est loin d'être simple. C'est... pire que tout.

- Alors pourquoi ?

- Tu n'as que ce mot à la bouche ou quoi ?!

- Réponds moi !

- Parce que sinon, toutes ces douleurs, ces épreuves, ces tortures, ces meurtres, ces vies gâchées, ces espoirs brisés... tout ça n'aura pas eu le moindre sens ! Et je m'y refuse...


Ginny inspira avec force, emplissant ses poumons de l'air frais du soir. Un acte anodin qui pourtant, apaisa légèrement les tourments de son cœur. Elle n'avait pas respiré l'air de la nuit depuis... à vrai dire, elle ne savait même plus depuis quand. La seule chose dont elle était certaine, était que cela remontait à une autre vie... très lointaine. Parfois, quand elle fermait les yeux, elle tentait de se souvenir du visage de ses frères, du sourire de sa mère, et du rire de son père... les personnages principaux de cette autre vie. Elle fouillait sa mémoire à la recherche du moindre souvenir, du moindre épisode heureux... mais là encore, cela remontait si loin, que parfois les traits et les images se brouillaient, se confondant entre elles, pour la laisser seule. Seule face à la réalité.

Déjà trois jours étaient passé depuis son réveil. Le mois de Novembre était entamé. Le froid se faisait de plus en plus agressif, et bientôt, la saison de Noël débuterait. La moitié de l'année scolaire sonnerait, et avec elle, la moitié de sa grossesse. Un avenir se dessinait devant elle, mais son incertitude, elle, était bien réel. Apprendre qu'elle était enceinte avait été plus qu'un choc. Mais un bouleversement. Une entière remise en question de sa personne. Bien entendu, tous ses plans de suicides avaient été anéanti, et avec eux, l'espoir de pouvoir un jour retrouver la paix muette de la mort. Mais autre chose était apparu. Un espoir. Et une réponse. Savoir que son Maître avait bravé l'insupportable pour accélérer son réveil, n'avait pas eu le moindre sens pour elle ; du moins, jusqu'à ce qu'elle comprenne pourquoi. Car il ne l'obligerait pas affronter une vie emplit de ses propres cris, si ce n'était pas pour une bonne raison. Si ce n'était pas, pour Magnus.

Leur fils était en vie. Leur fils ne les avait jamais quittés. Et il n'y avait aucun doute sur le fait, que c'était lui, qui lui sauvait la vie. Sans sa grossesse, elle aurait déjà retenté de mettre fin à ses jours et de stopper cette vaste blague qu'était devenue sa vie. Mais savoir qu'elle ne serait pas seule l'aidait à affronter l'idée d'un futur. Magnus était son enfant, à elle et son Maître. Il était son seul souvenir vivant de l'amour de sa vie. Et le seul et unique être au monde pour lequel elle tolérerait de vivre. Les médicomages la regardait encore avec inquiétude et méfiance, mais ils perdaient leur temps. Ron avait raison. Il lui restait une raison de vivre. Et elle n'allait pas gâcher. Son fils était son avenir. Et rien ni personne ne le lui prendrait. Assise à même le sol en haut de la tour d'astronomie, une main amoureusement posée sur son ventre légèrement arrondi, elle regarda le ciel avec dévotion. Quelque part, parmi les étoiles et le néant, son maître gisait dans le vide. Quelque part, dans l'obscurité, résonnait son amour pour elle et Magnus. Elle le sentait. Et c'est ce sur quoi elle essayait de se focaliser plus que tout. Car même si Hermione et les autres lui avaient déjà dit le contraire, elle refusait de perdre l'espoir de le revoir un jour. Si elle devait se battre pour son fils, la moindre des choses était de tenter de lui ramener son père. Et c'est cette promesse que Ginny fit aux cieux ce soir. Celle de le ramener près d'eux, peu importe le prix, les obstacles, ou le temps. Elle refusait de l'abandonner.

- Tu profites de la vue ?

La voix dans son dos la pétrifia dans un sursaut, et même dans le noir, elle put deviner les traits de l'imposture.

- Ou je dois appeler Dippet pour lui dire que j'ai empêché l'inconnue suicidaire de sauter ?

Du cynisme. Un trait de caractère reconnaissable entre tous, et qui dans son silence, lui pinça douloureusement le cœur. Bien qu'elle veuille vivre, elle ne voulait pas souffrir davantage. Et cela signifiait rester aussi loin que possible du passé de son Maître. Mais c'était son compter son obsession à percer tous les mystères auxquels il était confronté, dont elle. La gorge subitement sèche devant lui, Ginny se releva, les dents serrées. Il était inconcevable pour elle d'imaginer se faire un jour à cette situation. Face à elle, Tom Jedusor la détaillait avec curiosité et avidité. Un regard qu'elle ne connaissait que trop bien et qui, loin de la fasciner comme auparavant, la fit frissonner. De peur ou de tristesse, elle ne savait pas, et ne préféra pas chercher à savoir. Mais elle ne put nier son incrédulité. Magnus serait son portrait craché. Et même si elle avait rencontré son fils plus âgé, elle ne pouvait pas ignorer leurs traits en communs. Une ressemblance à la fois déroutante et cocasse, quand on savait que techniquement, elle faisait face au père de son enfant.

- Je ne vais pas sauter. Dit-elle calmement. Je voulais juste... prendre l'air.

- Hors de l'infirmerie ?

- C'est la définition même de prendre l'air, non ?

Il haussa un sourcil, intrigué par la vivacité de son répondant. Il lui était toujours étrange de faire face à des individus qui ne le craignais, ni le respectait. Or cette rousse avait déjà plus qu'attisé sa curiosité. En rajouter était un exploit. Mais il n'en montra rien, et tout en gonflant le torse sous sa broche de préfet en chef, il déclara.

- Tu n'as pas le droit de traîner dans les couloirs après le couvre-feu. Surtout vu ton instabilité.

- Je ne suis pas instable.

- Je t'ai vu. Dit-il. J'étais là.

- Je sais... Et j'en suis désolé.

Il ne put que finement sourire face à ses excuses. Une large griffure couvrait son avant-bras sous son uniforme, restes musclé de leur première rencontre.

- Tes amis t'ont-ils expliqué qui j'étais ? Demanda-t-il finalement en s'avançant doucement.

Cette question aurait pu être le plus gros euphémisme de la décennie, aussi elle ne put retenir un léger rictus. Tom Jedusor avait un plan. C'était évident. Et plus évident encore, il cherchait à savoir les informations qui lui avait été transmises à son sujet. Il voulait savoir si elle avait connaissance de leur pacte, des mangemorts, et de tout ce qui en découlait. Malheureusement pour lui, elle en savait bien plus.

- Tom Jedusor. Préfet en Chef. Brillant élève de Serpentard. Et accessoirement, l'homme qui a aidé mes amis à me sortir du coma. Je suppose que je devrais te remercier.

- Tu m'a frappé pour t'avoir réveillé, et maintenant tu veux me remercier ?! Dit-il dans l'éclat d'un rire franc.

- Je ne suis pas une ingrate.

- Intéressant. Qu'es-tu dans ce cas ?

- Pas grand-chose.

- Ce ne sont pas les mots que j'emploierai pour décrire une fille ayant survécut à la guerre, perdu toute sa famille, affronté les tortures d'un Esprit Supérieur et tenté de suicider juste après son réveil d'un coma magique.

Il voulait la provoquer, la déstabiliser et la faire parler. Mais c'était peine perdue. Elle n'avait pas l'intention de rentrer dans son jeu. Drago, Hermione, Blaise, Harry et Ron lui avait tout dit. Leur plan de s'immiscer dans ses mangemorts, leurs avancées concernant leurs recherches, leurs mensonges sur leurs vies, les souvenirs apparut lors du teste de l'Epouvantard, le marché qu'ils avaient fait pour la réveiller... Absolument tout. Il n'arriverait donc pas à la prendre par les sentiments. Pendant la Guerre de Poudlard, elle avait affronté la pire version de lui-même. Pour le moment, et malgré ses prouesses indéniables en matière de magie, tortures, et manipulations, il n'était encore qu'un amateur. Et elle n'en était plus une.

- Moi si.

- Pourquoi ?

- Parce qu'avoir traversé beaucoup d'épreuve ne fait pas de moi quelqu'un de spécial pour autant. Je n'ai pas cette prétention. Dit-elle sans baisser le regard.

- Tu n'es pas ingrate, ni prétentieuse ?

- J'essaie en tout cas.

- Tu parles comme une Gryffondor. Soupira-t-il presque déçut.

Il n'avait pas conscience de l'ironie de sa phrase. Pas plus que de son erreur. Deux choses qui la firent doucement sourire.

- Ça t'inquiète ? Ou tu as juste peur que je ne sois pas assez "Serpentard" pour faire partie de ta petite troupe ?

Sa réplique le surpris. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle sache de sitôt son petit arrangement avec ses amis. Et fut davantage surpris par sa non objection à ce dernier. Elle ne cherchait pas à marchander à nouvel arrangement, ni même, à empêcher ses proches d'honorer le leur. Elle restait impassible, calme et sereine, face à ce qui ne l'était pas. Une réaction étrange à son goût.

- Quoi ? Tu pensais vraiment que je n'allais pas le savoir ? Demanda-t-elle face à son silence stupéfait.

- Pas aussi tôt, mais... j'avoue que ta nonchalance à ce sujet me surprend. Tu n'es pas en colère que j'ai marchandé ta vie, en échange de la servitude pleine et entière de tes amis ?

- Ils ont fait leur choix. Être en colère ne changerait rien. Soupira-t-elle en refermant ses bras autour de son corps frissonnant.

- Décidément, tu es bien étrange.

- Et frigorifiée. Si vous le permettez, Monsieur le Préfet en Chef, je vais me coucher. Bonne nuit.

Elle feint un sourire poli, et tourna les talons, chaque pas nus sur le sol gelé lui donnant davantage de frissons. Elle crut bien en avoir fini pour ce soir, et priait pour que ce soit le cas. Cependant, il prononça des mots de trop. Des mots qui firent remonter en elle toute la souffrance qu'elle s'était évertuée à taire dans son cœur.

- Bonne nuit Ginny.

Son simple nom la figea dans sa lancée, pétrifiant ses pieds nus sur le sol en pierre. Désormais, elle ne tremblait plus de froid, mais d'horreur. Jamais, elle ne l'avait entendu l'appeler ainsi. "Ginny". Un nom si banal, que son Maître s'était toujours refusé de prononcer. Un nom qui n'avait que peu d'intérêt. Le nom d'une enfant, morte pendant la guerre, qui n'était plus aujourd'hui. Le nom d'une ancienne vie, qui n'avait plus de sens. Et encore moins, dans sa bouche à lui. Elle savait que son raisonnement n'avait pas le moindre sens. Qu'elle devrait avancée, sans se retourner sur de pareils détails. Mais elle en était incapable. Incapable de supporter que son Maître, passé ou futur, l'appel ainsi. C'était une insulte. Elle n'était plus cette personne, mais bien plus. Une sorcière accomplie, une guerrière dévouée, une mère prête à tout, et une épouse presque veuve ; celle du plus grand Seigneur des Ténèbres. La Dark Lady. Or, Ginny n'était pas la Dark Lady. Ginerva l'était.

Alors que Tom la fixait avec curiosité, elle se retourna de moitié, le regard changé. Quelque de fort y résonnait. Quelque chose qui le bouleversa, et fit remonter au creux de son ventre, cette douleur qu'il ne pouvait expliquer en sa présence.

- Ginerva. Je m'appelle Ginerva.


Et Voilà ! Vous l'avez réclamé, le voici : le réveil de Ginny ! Comme vous avez pu le voir, les choses ne se sont pas passées comme prévu mais la suite réserve encore pas mal de surprise ;) J'espère que ce chapitre vous a plût en tout cas, et que vous me donnerez vos avis dans les commentaires !

Merci à tous pour votre soutient et vos messages d'encouragement ! :)

A très vite !