Quatrième chapitre ! L'enquête continue. Attention, le rating M N'est pas là pour rien !


Résumé des épisodes précédents: Milo continue son enquête pour découvrir la provenance des armures. Ils capturent un mafieux pour lui faire avouer quel est le lien de son clan avec les armures manquantes. Milo refuse d'être considéré comme un monstre à cause de son rôle de bourreau.


CHAPITRE 4

Deux jours après l'interrogatoire du mafieux, la découverte d'un corps incendié dans un entrepôt faisait les gros titres des journaux. Les journalistes annonçaient la guerre des gangs, paniquant les habitants de Naples qui sursautaient à la moindre pétarade de voiture. Ça amusait autant que ça inquiétait Milo. Dans cette ambiance électrique, tout pouvait déraper en un instant. Il courait plus vite que les balles, mais quand même. Ça pourrais entacher avec leur mission. Deathmask ne semblait pas voir le problème ; il s'épanouissait dans la violence, après tout. Sa mission à lui était de tout nettoyer, ça ne pourraient que l'aider.

Ils s'étaient engueulés pour imposer chacun leur marche à suivre pour les jours qui suivaient ; le Cancer voulait débarquer dans toute sa subtilité pour arracher la colonne vertébrale de touts les mafieux sans distinction, et Milo voulait attendre que l'enfant évoqué par leur victime fasse surface, pour qu'il puisse le suivre jusqu'aux détenteurs des armures. Or, si le bar était détruit et ses habitants massacrés, ils perdaient leur seule chance de mettre la main sur les renégats. La discussion avait été longue, mais ils étaient finalement arrivés à un compromis : ils surveillaient les lieux, attendaient que l'enfant se pointe, l'éloignaient du bar et détruisaient ledit bar. Et comme il n'y avait pas besoin d'être deux, Milo avait filé vers son enquête.

L'affaire des diplomates décapités. Des meurtres en série survenus l'été 1962. En l'espace de trois semaines, quatre diplomates, deux Grecs, un Libanais et un Américain, avaient été retrouvés décapités dans leurs hôtels, avec les portes fermées de l'intérieur et aucune trace d'intrusion. L'Italie avait été sur les dents pendant des semaines, à attendre qu'un nouveau meurtre sordide ne fasse la une des journaux. Les amateurs de sensations fortes et les complotistes murmuraient dans leur coin. En effet, un rapport de police avait fuite ; les diplomates n'avaient pas été décapités. On leur avait arraché la tête. À mains nues. Des empreintes avaient été retrouvées, mais impossible de mettre la main sur l'assassin. La seule image que l'on avait de lui était tirée d'une caméra de surveillance, une bande de vidéo d'une qualité très mauvaise.

Ça n'avait pas empêché Milo de reconnaître une armure d'Athéna. Il était né et avait grandi au Sanctuaire, il avait été entouré d'amures toute sa vie, il savait donc les identifier au premier coup d'œil. Or, si celle-ci était assurément une armure de sa déesse, il ne la connaissait pas du tout. Bouvier ou Chevelure ? Impossible à dire. Mais c'était bien l'une d'elle.

L'étape d'après avait été plus compliquée. Il avait certes retrouvé la trace de l'armure, mais elle remontait à quinze ans, on ne voyait pas le visage du type qui la portait, et la police n'avait jamais réussit à remonter jusqu'à l'auteur du meurtre. Et lui non plus. Ce qui le frustrait énormément.

« - Éteins cette putain de clope. Tu va nous faire repérer.

- Ta gueule, le môme. »

Il reçut un nuage de fumée au visage et dû se retenir très fort de ne pas envoyer une Aiguille Écarlate dans les dents de son enfoiré de collègue. Son attitude commençait à sérieusement lui casser les pieds. Depuis trois jours et trois nuits, ils surveillaient le bar « Les trois iris », depuis l'immeuble d'en face. Leur planque, un appartement vide, sentait la poussière et la pisse de chat. Les félins allaient et venaient en les regardant d'un mauvais œil.

Comme chaque jour depuis leur arrivée à Naples, Milo se demandais pourquoi on les avait envoyé eux. Ils n'étaient pourtant pas des modèles de patience. Et de la patience, il leur en fallait, par Athéna… Ils passaient le plus clair de leur temps à attendre, dans l'angle mort de la fenêtre.

Milo était assis contre la box de son armure. Il lui semblait qu'elle était chaude dans son dos. Il y avait longtemps qu'il ne l'avait pas mise… Lui qui passait le plus clair de son temps avec elle sur le dos lorsqu'il était au Sanctuaire, elle commençait à lui manquer. Elle était comme une deuxième peau, maintenant. En face de lui, Deathmask fumait. Est ce que c'était tout ce qu'il savait faire, cet imbécile ? Il enchaînait les cigarettes sans rien dire. Parfois, son regard rouge se faisait moqueur, ou méchant, ou menaçant, mais il ne disait jamais rien le premier.

Enfoiré.

« - Tu vas crever si tu continues à fumer comme ça.

- Je vais crever de toute façon. Et puis qu'est ce que ça peux te foutre ? »

Puissant argument. Dans les faits, Milo n'en avait pas grand-chose à faire. Ou peut-être que si ? Il n'avait pas grandi avec Deathmask, mais il était habitué à le voir dans le paysage, petite tâche de noirceur sur les marches blanches du Sanctuaire. Enfin, blanches… Plus ça allait, plus il perdait ses illusions d'enfant. Le sanctuaire n'était pas un merveilleux monde blanc où tout le monde était gentil et priait Athéna avec ferveur. Il en avait la preuve vivante devant lui.

«- Pourquoi tu mourrais de toute façon ? »

Un ricanement franchit les lèvres du Cancer. Il le regardait comme s'il était un débile léger.

« - La guerre sainte ? Hadès ? Ça te dit rien ? Le plus grand massacre de combattants divins, au rendez-vous tous les deux siècles ? »

- Rien dit qu'elle va se déclencher.

- Soit pas plus con que tu l'es vraiment. »

Il fit un rond de fumée parfait.

« - Athéna s'est réincarnée, et à chaque fois y'a eu la guerre. Et qui se faisait charcuter ? Bingo, nous.

- Tu exagères. On gagne à chaque fois.

- Pas nous, mec. Athéna elle gagne. Nous, on est mort. »

Le silence qui suivit était lourd. Milo avala lentement sa salive. L'expression sur le visage de son collègue était dérangeante. Un mélange de lassitude, de rancœur et de colère.

« - Tu sais combien d'ors sont rentrés en vie, la dernière fois ? Deux. Et la foi d'avant, un seul. Alors viens pas me faire ta morale de merde. D'ici dix ans j'aurais cané, alors qu'est ce que ça peux me foutre de chopper les merdes qui traînent ? »

Il gloussa encore et passa une main dans ses cheveux. Le contraste entre sa peau foncée par le soleil italien et le blanc irréel de sa chevelure était saisissant. Presque autant que celui entre ces cernes violettes et ces yeux rouges.

« - ça sera différent cette fois, affirma Milo. »

Il avait l'impression d'essayer de se convaincre lui-même. En tout cas, Deathmask lui, n'avait pas l'air convaincu.

« - Et comment ? Y'a précisément trente-sept armures qui sont portées, là. Les gamins qui sont formés maintenant auront quoi, onze ou douze ans quand tout va péter ? Ils vont se faire éclater comme des putains de ballons dans une fête foraine. Boum ! Des entrailles partout. Et il restera que nous.

- Tu dis de la merde.

- C'est toi qui comprends rien ! Cracha le Cancer. Tu crois qu'Athéna elle en a quelque chose à foutre de nous ? On est bon qu'à se faire sacrifier pour sa victoire ! »

Il avait élevé la voix brusquement et s'était redressé pour le dominer de toute sa hauteur. Milo se tendit. Trois ans seulement les séparaient, mais Deathmask était plus grand que lui d'une vingtaine de centimètres, et il n'avait pas besoin d'endosser son armure pour paraître menaçant. Il toucha discrètement la poignée de sa box du bout des doigts. Aurait-il le temps de l'enfiler si l'italien se décidait à lui cogner dessus ?

« - Qu'est ce que tu crois ? Que la vie elle est putain de rose ? Qu'on est les beaux chevaliers blancs qui sauvent les princesses en détresse ? Combien de gens t'a buté, hein ? T'en a torturé combien avec ton joli cosmos tout doré ?

- Ça n'a rien à voir ! Ils étaient dangereux, je devais trouver les infos qu'ils avaient pour éviter plein de morts !

- Ah, c'est sûr que ça change tout, ricana le Cancer. Je tue mais comme c'est pour la bonne cause, ça va, c'est ça ?

- Tu te fous de ma gueule ? T'as buté plus de gars que nous tous réunis ! C'est toi le monstre, pas moi ! »

Un grand éclat de rire figea l'adolescent. Deathmask riait. Sa cigarette tressautait dans ses mains.

« - Ah, ça y'est ! On y est ! Deathmask le monstre, le taré qui tu des gens et qui aime ça, hein ? Mais putain, tu crois que ça m'éclate que tout le monde me jette ça à la gueule ? Tu crois que si j'avais eu le choix j'aurais pas préféré faire autre chose ? Être autre chose que celui qu'on envoie faire le sale boulot ? Vous êtes tous là à me regarder de haut comme si vous étiez des putains de saints ! Comme si j'étais une merde sur vos chaussures ! Mais je vous emmerde ! Je vous emmerde, t'entends ?! Vous êtes bien content de pas devoir mettre les mains dans la merde, alors venez pas me reprocher de pouvoir le faire ! Parce que putain si j'étais pas là c'est vous qui devriez vous sortir les doigts du cul, ALORS ARRÊTEZ DE VENIR ME FAIRE CHIER ! »

Il avait hurlé cette dernière phrase et était retombé là où il était assis précédemment. D'une bouffée de cosmos, il ralluma sa cigarette qui s'était éteinte dans sa tirade.

« - Vous êtes tous des putain d'hypocrites, marmonna-t-il en tournant le regard vers la fenêtre. »

Milo ne répondit pas. Que répliquer à ça ? Parce que c'était vrai, réalisait-il lentement. C'était vrai et ça lui laissait une sale impression dans la bouche. Il tourna lui aussi la tête vers la fenêtre. Une fine bruine s'était mise à tomber. Elle reflétait bien l'humeur de l'adolescent. Se faire dire ses quatre vérités par un type qu'il méprisait légèrement n'était pas très agréable.

D'autres auraient protesté, sans doute. Se seraient indignés. Mais pas lui. Il réfléchissait. Combien de temps avant que ces séances d'interrogation fuitent parmi ses pairs ? Combien de temps avant les murmures, les regards en coin et les rumeurs ? Non. Ça ne pouvait pas arriver. Il ne voulait pas qu'on le voit comme un monstre. Par ce qu'il n'en était pas un ! Il faisait son boulot. Pour le bien de l'humanité. Voilà, c'était ça. Personne ne pouvait lui reprocher d'agir sous les ordres d'Athéna, pour le plus grand bien.

Il aurait tellement aimé y croire autant que la veille.

Très vite, Milo perdit une nouvelle fois le compte des heures. Il se contentait de fixer la porte du bar, plus bas, et d'attendre. S'en était désespérant. L'odeur de la cigarette lui donnait mal à la tête, leur planque était humide et son esprit envahi par des pensées déprimantes. Il s'endormait presque quand un coup de pied le fit sursauter.

« - Aïe ! Pourquoi t'a fais ça, connard ? »

Deathmask -qui s'était levé- lui désigna la rue du menton. Milo se pencha vers la fenêtre.

Un petit garçon descendait la rue étroite. Il était tard, le gamin était tout seul et n'avait clairement rien à faire là. De là où ils étaient, Milo ne pouvait pas distinguer son visage, mais un voyais parfaitement la chevelure brune qui s'agitait au rythme de ses pas. Les deux chevaliers échangèrent un regard. Leur cible, définitivement.

« - On le tue pas, rappela le scorpion. »

Pour toute réponse, Deathmask eu un sourire ironique. Il fit un geste de la main et son armure jaillit de sa boite pour le recouvrir. Il avait l'air bien plus dangereux comme ça, pensa distraitement Milo en l'imitant. Plus bas, le gamin entrait dans le bar.

Les deux chevaliers d'or sautèrent dans la rue. La porte du bar venait à peine de se refermer. Deathmask ne fit pas dans la dentelle : il leva le pied et défonça la porte dans un grand bruit. Les adolescents jaillirent dans la pièce comme des balles.

En un instant, Milo avait repéré les lieux. Derrière le bar, un homme se penchait pour récupérer une arme. Deux autres avaient renversé leurs tabourets en se levant et pointaient leurs flingues vers eux. Dans la salle, trois tables étaient occupées. Certains avaient plongé sous les bancs et d'autres s'étaient levés. Le gamin était à quelques mètres d'eux, un air de surprise terrifiée sur le visage.

La première balle siffla à leurs oreilles. Ce fut le début du massacre.

Milo envoya une Aiguille Écarlate droit dans l'œil du barman, qui s'effondra dans un bruit de bouteilles brisées. Il franchit d'un bond la distance qui le séparait des deux piliers de bars et abattit son poing dans la figure du premier. Il entendit les os craquer et un hurlement de douleur. L'autre essaya de lui attraper les cheveux en hurlant des insanités. Il esquiva l'attaque et lui décrocha un coup de pied qui l'envoya s'écraser sur le mur d'en face. Il ne se releva pas.

De l'autre côté de la salle, Deathmask s'en donnait à cœur joie. Les balles ricochaient sur son armure et il avait un sourire dément aux lèvres. Il attrapa la tête du mafieux le plus proche et la fracassa violemment contre la table dont les pieds cédèrent dans un grand bruit. Du sang gicla sur son armure.

« - Butez ces types ! Hurla une voix suivie de trois détonations ».

L'adolescent évita une balle et sauta sur celui qui venait de hurler. Il attrapa ses bras et les brisa d'un seul geste. Le cri de douleur le fit glousser et il lui fit exploser la tête d'une simple pression de télékinésie. Il repoussa le cadavre d'un coup de pied.

« - A qui le tour, bande de connards ?! Cria-t-il, hilare. »

La vision de ce gamin couvert de sang et agité d'un rire dément fit reculer les mafieux. C'était quoi ce malade ? Il sauta au bas de la table et attrapa un homme pour se protéger des balles. Il jeta le corps sur les tireurs et leur écrasa le crâne d'un coup de pied.

Un corps s'effondra derrière lui et il se retourna vivement. Une barre de fer qui se serait plantée dans son crâne roulait sur le sol ; de l'autre côté de bar, l'ongle de Milo rougeoyait d'une lueur sinistre. Le scorpion avait nettoyé ce côté de la pièce avec une efficacité morbide ; son attaque était la spécialiste des hémorragies, et ça se voyait. Du rouge ruisselait un peu partout, y compris à ses pieds ; l'or de son armure prenait des teintes cuivrées alors qu'il le rejoignait en traversant les flaques.

Il ne restait que trois hommes, terrifiés, plaqués contre le mur, qui les arrosaient de balles. Deathmask eu un léger cri de douleur lorsque l'une d'elle se glissa sous l'épaulette de son amure alors qu'il levait le bras pour les achever.

« - Fils de pute ! Rugis le Cancer. »

Il avait perdu tout sourire, à présent. Sa rage s'élevait sous forme de volute de cosmos doré alors qu'il avançait lentement vers les tireurs. Il arracha les armes de leurs mains et les souleva du sol par télékinésie.

Milo se détourna. Il n'avait aucune illusion sur la fin de ces hommes. Vu les cris qui retentirent, elle devait être très douloureuse. A la place, il chercha le gamin des yeux.

Il était recroquevillé sous une table, et le regardait droit dans les yeux. Ses pupilles étaient d'un gris incroyablement clair, se dit le Scorpion. Il s'accroupit pour être à sa hauteur, sans s'approcher.

« - Hé. Tu peux sortir. On ne va pas te tuer. »

Les yeux gris se plissèrent. Une voix tremblante mais forte s'éleva.

« - Vous allez me torturer ?

- Non plus. »

Au bout d'une trentaine de secondes, le gamin se déplia et sortit de la table. Milo en était éberlué. Non mais c'était quoi ce môme ? Il venait d'assister à un massacre et il réagissait comme si ça n'était pas grand-chose ? Il croyais même ceux qui venaient de tuer une dizaine de personnes devant ces yeux ? Bizarre.

Derrière eux, les gargouillements s'interrompirent, et le bruit du métal qui tapait contre le bois se fit entendre. Deathmask venait vers eux. Il s'arrêta à la hauteur de Milo, et celui-ci lui jeta un œil. Il était terrifiant. Son armure était couverte de sang ; ces cheveux habituellement blancs étaient plaqués sur son front, rouges et poisseux. Il se tenait l'épaule avec un rien de grimace. Il regardait le môme d'un air mauvais.

« - Vous êtes des chevaliers du sanctuaire ? »

Les deux ors faillirent avoir un sursaut. Quoi ? Ce môme les connaissait ?

« - Comment tu le sais ?

- Vous avez des armures. Et ils ont dit que vous pourriez venir.

- Les gars qui ont tué l'autre clan ? »

L'enfant hocha la tête.

« - Vous allez les tuer eux aussi ?

- Ouais. »

Le scorpion jeta un regard noir à son collègue. Le tact, il ne connaissait pas ? Le gamin risquait de ne pas vouloir les conduire aux renégats ! Et il n'avait pas envie de torturer un enfant.

« - D'accord.

- D'accord ? »

Plus ça allait, moins il comprenait la situation. Il sortait d'où, ce gosse ? A son âge, il aurait crié, pleuré, tenté de s'enfuir… Enfin, non, à son âge, il avait déjà son armure sur le dos et des missions à son actif. Mais c'était ce qu'un enfant normal ferait !

« - On devrais rentrer à l'hôtel.

- On a déjà attendu suffisamment, grogna le Cancer. On trouve ces types, on les bute, et on rentre. J'en ai ras le cul de cette mission.

- Tu as une balle dans l'épaule, rappela Milo sans perdre patience. »

Et Athéna savait qu'il en avait, de la patience.

« - En plus, on ne connaît ni leur niveau, ni leur nombre, ni leurs ressources. Ce ne sont pas des simples gangsters, qu'on va affronter. Alors on va rentrer à l'hôtel, soigner ton épaule,et ensuite, le gamin nous dira où ils sont.

- Mon nom c'est Mei, interrompit le gamin.

- On s'en fout, répondit Deathmask. »

L'enfant eu l'air agacé et croisa les bras sur sa poitrine. Deathmask le regarda un instant, et leurs yeux se rencontrèrent. Ils restèrent là, une seconde, à se regarder, et l'enfant ne baissa pas une fois le regard. Étrangement, ce fût ça qui calma son envie d'aller tout casser, encore. Il finit par hocher la tête. Soulagé, Milo passa une main dans ses cheveux.

« - Okay, soupira-t-il. Y'a pas moyen qu'on traverse la ville avec nos armures ou nos fringues dégueulasse. On va se téléporter directement dans la chambre. Ça va aller ? »

Il désigna la blessure de son frère d'armes du menton. Deathmask émit un petit « tss » et hocha la tête.

« - Mei, viens par là, ordonna le scorpion. Je te prends avec moi. »

Il posa une main sur l'épaule du petit garçon et l'instant d'après, les murs défraîchit de leur chambre d'hôtel remplacèrent ceux couvert de sang du bar. Mei s'écarta vivement, et fit le tour de la pièce avec des yeux écarquillés. Ah ! Enfin une réaction normale.

D'un geste, Deathmask retira son armure, et la laissa se reposer sous sa forme totémique près de son lit. Le tissu recouvrant son épaule s'imbibait de sang poisseux. Milo l'imita et pris le temps de s'observer dans la vite. Il n'avait pas de sang sur ses vêtements ou dans ses cheveux. Parfait.

« - Je vais chercher de quoi te soigner. Mei, t'es blessé quelque part ? »

Le petit garçon fit non de la tête, accroupis près de l'armure du Cancer. Il regardait le sang goutter de ses pinces avec fascination.

Formidable, un nouveau psychopathe. Comme si un seul ne suffisait pas.

« - Reste là, je reviens. »

Il sortit de la chambre en prenant soin de la verrouiller derrière lui -on ne savait jamais. Il descendit les escaliers sur la pointe des pieds. Avec un peu de chance, la réceptionniste ne serait pas là et il pourrait tranquillement fouiller dans l'armoire à pharmacie… Raté. Giulia était bien là, assise derrière son comptoir, occupée a feuilleter une revue de tricot. Ces lunettes étaient aussi moches que d'habitude, posées en équilibre sur son long nez crochu.

« - Excusez moi... »

Elle releva la tête et son visage s'éclaira en reconnaissant Milo. Elle s'était prise d'affection pour ce petit bout de garçon au visage poupin. Bien plus que son grand frère qui était tout le temps de mauvaise humeur et sentait la cigarette à plein nez. Aussi charmant que tous les adolescents de son âge…

« - Milo, chéri. Est-ce que tout va bien ?

- Oui… en fait, non, Damian s'est coupé avec un verre que j'ai fait tomber… Vous avez de quoi le soigner ?

- Oui, bien sûr, ne bouge pas, je vais te trouver ça. C'est grave ? »

Une balle dans l'épaule, qui nécessiterait probablement des points de suture si la balle était ressortie. Si elle ne l'était pas, il faudrait probablement l'extraire, et ça engendrerais plus de traumatismes encore.

« - Non, pas trop, mais faut soigner quand même.

- Vous avez besoin d'aide ?

- Non, merci, ça ira. »

Elle lui tendit une bouteille de désinfectant, des compresses et une bobine de bandages. Milo la remercia d'un sourire. Si elle savait l'état de sa moquette…

« - Au fait, quelqu'un est passé vous voir, ce matin. Je lui ai dit que vous étiez sorti, ça à eu l'air de l'embêter.

- Ah ? »

Il fronça les sourcils. Très peu de gens savaient où ils étaient. Le pope, les employés du bar de Rodorio… Et l'indic du Sanctuaire.

« - Il avait une jambe en moins ? Avec une prothèse ?

- Oui, tout à fait. Il a dis qu'il s'appelait Piero, je crois. Il m'a dis de vous dire qu'il avait reçu le paquet que vous lui aviez demandé et qu'il faudrait vite venir le chercher, parce qu'il ne veux pas qu'il prenne la poussière dans son garage. Un bel homme, d'ailleurs. C'est un ami à vous ?

- De mes parents, marmonna Milo. »

Il réfléchissait. Si Piero leur disait de venir dans l'urgence… Il faudrait y aller avant de débusquer les renégats. Ça n'allait pas plaire à Deathmask… Et Mei, ils allaient en faire quoi, pendant ce temps-là ? Ils n'allaient pas l'emmener avec eux sur le champs de bataille. Ils pourraient peut-être le laisser à Piero, justement…

Il remercia la réceptionniste et retourna à l'étage. Mei était assis sur le lit, seul.

« - Il est où, Deathmask ?

- Le garçon avec les cheveux blancs ?

- Oui.

- Il est dans la douche. »

Ce n'était pas une mauvaise idée. Laver tout ce sang, dégager la blessure. Il posa son matériel de soin sur la table de chevet et se tourna pour mieux détailler le gamin.

Il était grand, pour son âge, à peine une tête de moins que lui -pourtant, il ne devait pas avoir plus de huit ou neufs ans. Ses cheveux bruns lui retombaient devant les yeux. Yeux qu'il avait fort clairs, d'ailleurs, comme sa peau. Bizarre pour un brun… Enfin, Deathmask avait bien les cheveux blancs et les yeux rouges...Et il n'était pas la seule étrangeté capillaire du sanctuaire.

Il portait un pantalon trop court, qui laissait voir ses chevilles, et un t-shirt froissé. Un bandage blanc soutenait sa cheville droite. Le scorpion plissa les yeux. De part sa fonction et les pouvoirs accordés par son signe, il se devait d'être un expert en anatomie. Vu comme Mei se tenait, un peu voûté, bizarrement appuyé, il devait avoir des bleus un peu partout. Milo voyait ça souvent, au Sanctuaire. Les apprentis avaient toujours cette allure en fin de journée.

« - Ils t'entraînent ?

- Qui ?

- Les chevaliers.

- Hm hm, répondit le gamin en hochant la tête.

- Depuis longtemps ? »

Il leva deux doigts. Deux ans ? Même chez eux, ça faisait tôt. Et surtout, ça voulais dire qu'ils avaient ces armures depuis plus longtemps qu'il le pensait.

Il allait continuer son interrogatoire quand la porte de la salle de bain s'ouvrit. Deathmask en sortit, les cheveux humides et le torse nu. Sa blessure était clairement visible ; un trou d'un centimètre de largeur, qui s'étirait en une étoile tordue. Il saignait encore.

« - J'ai viré la balle, grogna Deathmask en se laissant tomber sur son lis.

- Avec tes doigts ?

- Non, avec ma bite, ducon. »

Mei gloussa. Milo retint une insulte et récupéra ses outils de soin. Il s'approcha pour observer un peu mieux la blessure. Fort heureusement, elle n'avait pas l'air trop profonde. Il désinfecta la plaie et posa un bandage bien serré -mais pas trop pour ne pas couper la circulation du bras.

« - Ça mériterais des points de suture, mais j'ai pas d'aiguilles. Faudra que tu le fasses suivre à l'infirmerie quand on reviendra… C'est une saloperie les blessures par balles. C'est plein de microbes et de graisse.

- Pourquoi de graisse ? Demanda Mei.

- A cause de la mécanique de l'arme. On la graisse pour que ça marche bien et ça se pose sur la balle quand elle est tirée. »

L'enfant fit un petit « o » avec sa bouche. Deathmask repoussa le scorpion et bougea son épaule avec précaution. Il avait un peu mal, mais ça irais. Il avait connu pire. Il se leva pour aller récupérer un t-shirt dans sa valise. Il sentait le regard des deux enfants sur son corps. Il serra les dents. Il savait à quoi il ressemblait. Son dos, et son torse dans une moindre mesure, étaient couverts d'un patchwork de cicatrices. La plus impressionnante partait du haut de son épaule droite, et barrait sa peau jusqu'à sa hanche gauche.

Milo détourna les yeux. Tous les chevaliers avaient des peaux marquées. Lui même avait la constellation du scorpion incrustée sur le corps. Il avait subit les Aiguilles pendant de nombreuses années. La marque d'Antarès, juste au dessus de son cœur, se détachait particulièrement. Tous les chevaliers du Scorpion portaient ces marques. Elles étaient la preuve qu'ils étaient dignes de leurs armures. Mais celles de son frère d'arme étaient plus impressionnantes. Variées.

Elles furent recouvertes de tissu et Deathmask s'alluma une nouvelle cigarette.

« - Piero est passé, fit Milo. On doit aller le voir. Il a des infos.

- Je m'en fous, de ses infos. On a une source plus fiable juste là. »

Il désigna Mei du doigt. Le blond soupira. Évidemment…

« - ça prendra deux secondes. On écoute la version de Mei, on va voir Piero, et on lui laisse le gamin le temps d'aller récupérer les armures. On va pas le trimbaler dans le repère, quand même ! »

L'argument sembla faire mouche chez le Cancer. Il n'avait pas envie de se coltiner un enfant à protéger pendant une bataille qui s'annonçait plus ardue que celle du bar. Il fit un rond de fumée qui flotta paresseusement dans la pièce avant de se dissiper.

« - Okay, le môme. Dis-nous tout.

- Je suis pas un môme !

- Fais-moi pas chier ou je te jette par la fenêtre. »

Ledit môme eu un regard noir qui fit hausser un sourcil à l'italien. Il se croyait impressionnant ?

« - Ils sont caché dans la basse-ville, dit-il. Dans un grand immeuble. Souvent y'a pas tout le monde, mais je sais pas trop, parce que je passe ma journée à m'entraîner.

- Tout le monde ? Tu veux dire qu'ils sont plus que deux ? »

Le petit brun compta sur ses doigts. Il en leva dix, puis tendit les mains vers Milo.

« - Y'en a comme ça.

- Et ils ont tous des armures ? »

Les deux chevaliers échangèrent un regard quand le petit hocha la tête. Comment ça, dix armures ? Il n'y en avait pas tant en circulation, si ? Ça changeais la donne.

« - Nous on cherche le Bouvier et la Chevelure. Elles sont dans le lot ?

- Oui ! Ce sont les armures rigolotes, celles qui ont des couleurs ! Un peu comme les vôtres. Mais elles sont pas dorées. Le Bouvier il est violet et la Chevelure elle est bleue.

- Pourquoi, elles sont comment les autres ?

- Toutes noires ! »

Ah. Ah ! Ça expliquait tout ! Un groupuscule de chevaliers noirs. Il y avait longtemps qu'ils n'avaient pas fait parler d'eux, tiens. La dernière fois remontait à presque douze ans… Le chevalier du Lion de l'époque avait été chargé de les renvoyer menu militari sur l'île de la Reine Morte. Ils en étaient ressortis, apparemment. Il se tourna vers Deathmask.

« - Qui est en place sur l'île de la Reine Morte ?

- Je sais pas. Est ce qu'il y a quelqu'un qui fais son taff correctement dans ce putain de Sanctuaire ? »

L'humeur du Cancer glissa comme de l'eau sur Milo, qui réfléchissait. Les Chevaliers Noirs étaient toujours moins puissants que leur équivalant classique, mais leur nombre pouvait être un problème. C'est qu'ils étaient vicieux, les petits. Il se tourna à nouveau vers Mei.

« - Et ils sont tous associés à la mafia ? Pourquoi ?

- Pour l'argent, répondit l'enfant. Ils sont payés pour faire la guerre avec les autres clans. Comme ça, les Spietati gagnent, donc ils ont plus d'argent, et nous on en a plus aussi.

- Mais toi, qu'est ce que tu viens faire là dedans ? Tu ne portes pas d'armure, que je sache ? »

L'enfant secoua la tête.

« - Ma maman elle est tombée amoureuse d'un des gars avec une armure noire, alors on les a suivis. Elle est morte et il restait moi… Donc ils ont décidé de m'entraîner… Et que je sois le messager… Parce que les enfants c'est discrets, ils disent.

- ça ne nous dis pas comment ils ont récupéré les vraies armures, marmonna Deathmask.

- ça je sais pas. Ils les avaient déjà quand je suis arrivé. »

Zut. La chronologie avait donc un trou. Milo mâchonna sa lèvre un instant. L'affaire des diplomates décapités était-elle du fait des chevaliers noirs ? Non, à cette époque, ils étaient parqués sur l'île de la Reine Morte par Galahad du Lion. Le mystérieux assassin était le chaînon manquant, celui qui ferait le lien entre la disparition des armures en Roumanie et leur réapparition dans un groupe de chevalier noirs… Un homme dont il n'avait qu'une photo floue et un surnom sordide : le Découpeur de Naples. Il était la clé.

« - Autre chose ?

- Ils sont pas sympa.

- Je crois qu'on avait compris, ça, souffla le scorpion en repoussant une mèche de cheveux blonds. »

Ils n'avaient, au final, pas beaucoup d'informations, mais les quelques-unes récoltées valaient de l'or. Elles changeaient même toute la dimension de leur mission. Si l'île de la Reine Morte avait été désertée par les Chevaliers Noirs, il faudrait leur courir après partout sur la planète… le Pope n'allait pas être content. Milo frissonna. Il devrait demander à Deathmask d'informer leur supérieur… Il avait l'air de mieux s'entendre avec lui que la plupart des ors. Milo avait un peu peur de Shion, en réalité. Au fur et à mesure qu'il grandissait, le Pope devenait plus cruel, sans qu'il ne sache pourquoi.

Il se redressa. Dehors, la pluie tombait drue et tapait contre la fenêtre de la chambre.

« - D'accord. Allons voir Piero. Avec un peu de chance, il aura plus de choses à nous dire. Mei, viens, je vais t'emmener. »

Pas question qu'ils fassent la route pied. C'était urgent. Et puis il pleuvait.

« - Vous mettez pas vos armures ? Demanda le petit garçon avec un ton déçu dans la voix.

- Elles sont pleines de sang. Ça ne se fais pas de débarquer chez quelqu'un en foutant du sang partout. On passera les prendre avant d'aller...voir...les chevaliers noirs. »

Il posa une main sur l'épaule du gamin, s'assura que Deathmask était lui aussi sur le départ, et les téléporta.

L'odeur le prit à la gorge et il eu un haut-le-cœur. La couleur arriva ensuite. Du rouge. Partout. Sur le sol, les murs, le plafond, les meubles. Mei se plia en deux et rendit le contenu de son estomac. Milo était à deux doigts de faire de même.

« - Sort le de là, hoqueta-t-il en portant une main à sa bouche.

- Pas question, il va me gerber dessus.

- Fait-le, putain ! »

Deathmask saisit le gamin par le col, le souleva et franchit la distance qui les séparait de la porte en trois grands pas. Il l'ouvrit et reposa sa charge sur le sol.

« - Attends là. »

Il referma le panneau de bois et refit face à la pièce.

Il y avait du sang et des entrailles partout. L'odeur de sang était atroce. Un corps était accroché au mur par deux pics de bois plantés dans la poitrine. Son abdomen ouvert laissait s'échapper ses intestins dans un macabre spectacle de descente d'organes. Les orbites vides de la fillette les fixaient de son absence de regard. Les jambes de sa sœur reposaient d'un côté de la pièce, et son torse de l'autre. Dans le canapé, leur mère était nue. Ses hanches brisées et ses jambes tordues donnaient un aspect grotesque à sa silhouette. Ce qui s'apparentait à un pied de chaise était enfoncé dans son sexe et perçait sa cache thoracique. Ses doigts étaient encore crispés sur le cuir du canapé et sa bouche ouverte sur un cri muet. Elle regardait dans la direction de son mari. Piero était suspendu aux poutres du salon par une corde qui venait enserrer son cou. Son visage était boursouflé, bleu. Quelque chose sortait de sa bouche -s'était sa langue, gonflée et noire. Sa nuque n'était pas brisée ; l'un de ses doigts était coincé entre la corde et sa peau. Il était noir et gonflé, lui aussi. Cassé, certainement, en essayant de desserrer la corde.

Deathmask poussa le corps du bout du doigt. Il se mit à se balancer lentement.

« - Arrête ça, putain! »

Il jeta un coup d'oeil à Milo. Celui-ci était tout blanc. Il avait l'air sur le point de tomber dans les pommes.

« - Si tu dégueules, fais le dehors. Ça pue déjà assez.

- Comment tu peux être... »

Il agita la main vers l'italien, qui haussa les épaules.

« - J'ai vu pire.

- Pire que ça ?

- Bien pire. »

Le sourire grinçant de son maître flotta un instant devant ses yeux. Il chassa rapidement la vision. Il ne sentait ni ne voyait aucune âme dans la maison. Piero et sa famille devaient déjà avoir atteint les enfers. Tant mieux. Il détestait les y envoyer lui même.

« - Facile de deviner ce qu'il y avait de si urgent, commenta-t-il en s'avançant dans la pièce. Il avait dû retrouver les chevaliers noirs. Ils l'ont trouvé aussi, appartement. Pas de bol. »

Avec un peu de chance, l'informateur avait laissé des traces de ses découvertes quelques part. Le Cancer se mit à fouiller. Il passa en revue le bureau retourné et les papiers éparpillés dans la pièce. Hum. Ça serait long. Il poussa du pied les jambes de la fillette pour ramasser une pile de feuilles.

« - Eh, Milo. Essaye de chercher s'il n'y a pas une cachette quelque part. Milo ? »

Il releva la tête. Le Scorpion avait disparu, et la porte était ouverte. Il entendit le bruit de quelqu'un qui vomissait à grand flot. Tss. Être incapable de supporter un peu de tripes alors qu'ils sortaient juste d'un petit massacre… Quelle fiotte.

Deathmask claqua la langue, referma la porte d'un coup de télékinésie et repris ses fouilles.


La review est le salaire de l'auteur ;)