Le soleil s'était couché depuis plusieurs heures sur Pré-au-lard. La nuit avait pris possession des rues, ne laissant que les lumières vacillantes des auberges et bars, tandis que les commerces avaient fermés. Depuis leurs chambres d'hôtel miteuse, les deux jeunes femmes pouvaient entendre les bruits de foules, provenant du bar des Trois Balais. Les conversations agitées, les sons de verres trinquant, et les rires, traversant le bois décrépit pour envahir leurs oreilles. Ces exclamations de vie, de bonheur et d'insouciance, ne les réconfortaient pas cependant. Au contraire. Leur anxiété ne faisait que croître à mesure que les aiguilles de leurs vieilles pendules avançaient. Stressée, et agitées, la rousse ne pouvait s'empêcher de battre la mesure de son pied sur le parquet. Un bruit plus fort, et répétitif, qui au bout d'une trentaine de minutes, vrilla les tympans de son amie, incapable d'en supporter davantage.

- Par Merlin, arrête ! S'exclama-t-elle, la voix étouffée par ses mains plaquées sur son visage de fatigue.

- J'essaie de me détendre.

- Moi aussi ! Mais t'entendre taper du pied ne m'aide pas !

- Il devrait être rentrer depuis longtemps...

- Terrence est le meilleur, il ne va pas échouer. Soupira la Blonde.

- Ce n'est pas de l'échec dont j'ai peur. On... on est en plein milieu de deux guerres. Cette époque est une mine prête à exploser et comme toujours, faut qu'on ait marché dessus...

Son ton était empli de doute, d'angoisse et d'incertitude. Chose étrange quand on savait que de ses compagnons, c'était elle, qui avait été le plus déterminé à venir. La blonde la regarda se triturer les mains, les sourcils froncés d'inquiétude, et le visage caché par son carré plongeant d'ondulation auburn. Elle se rongeait la lèvre inférieure, les yeux fixés sur le sol recouvert de poussière. Et il ne fallait pas être devin, pour se rendre compte qu'elle avait peur. Oui, Katherine Weasley Jedusor était morte de peur, et ce sentiment relevait du bon sens. Un bon sens que Rosalie Malfoy partageait.

- Kath... ça va aller. On va s'en sortir.

- Oui mais si ça avait été une erreur de venir ?! Je veux dire... on a presque plus de famille, et le peu qu'il nous reste, je décide de l'embarquer dans une mission suicide ! J'ai... j'ai manqué de lucidité.

- Ne dis pas ça ! Tu sais bien qu'on n'avait pas le choix. Et puis, on n'est pas n'importe quelle famille. Même si cette mine explose, on affrontera ça ensemble. Comme toujours.

- J'aurais dû venir seule... ne pas vous embarquer avec moi.

- Oh je t'en prie, j'ai l'impression d'entendre Magnus ! Sans Terrence et moi, je ne donne pas cher de ta peau. T'es la cadette, l'oublie pas. Lui sourit-elle dans un rire moqueur.

Katherine voyait bien que son amie cherchait à lui changer les idées, et à la faire sourire, mais l'angoisse qui étreignait son cœur la faisait suffoquer de l'intérieur, empêchant toutes pensées heureuses de se former dans son esprit agité. Elle ne pouvait pas penser à autre chose. C'était impossible. Tout ici lui rappelait sa folie, et les conséquences qu'elle pourrait engendrer à chaque instant. Changer d'époque était bien l'une des idées les plus stupides qu'elle avait jamais eu, mais le pire était que cela pouvait sauver sa famille. Car, quelque part, plongé dans cette époque infernale où son propre père n'était encore qu'un adolescent assoiffé de pouvoirs, erraient son frère et ses cousins. Sur le coup, et en l'apprenant, elle n'avait pas réfléchi et n'avait pas eu d'autre choix que de se lancer dans cette hérésie, avec comme unique compagnon, les derniers membres fiable de sa dynastie en déclin. Rosalie avait raison, elle avait besoin d'eux pour réussir, mais l'idée qu'elle puisse les perdre à leur tour, lui rongeait le ventre dans l'échos de cette horloge cruelle. Ils avaient déjà subi tant de pertes, tant de douleur... le but de ce voyage était d'y remédier, de mettre un terme à cette malédiction et de ramener auprès d'eux les gens qu'ils aimaient. Le plan était de survivre. Certainement pas de perdre d'autre membre de la famille. Et Terrence avait déjà plus d'une heure de retard.

- Imagine que je me sois plantée...

- Arrête, tu ne te plantes jamais ! Répliqua la Malfoy en se levant. Depuis le début, c'est toi qui a toujours eu raison ! Ils sont là. Quelque part. Et je n'ai jamais eu autant d'espoir de revoir mes frères que depuis que nous sommes arrivés ici.

Katherine aurait voulu pouvoir la croire sur parole, mais après tout ce qu'ils avaient enduré, elle n'était pas sûr de le pouvoir. Leur famille était quasiment détruite. Et leur seul plan reposait sur ses certitudes branlantes et pleines d'espoir. Elle avait tant cru en leur réussite, que leurs échecs successifs, n'avaient fait que la confronter à une triste réalité. Celle qu'elle faisait de son mieux pour ignorer... mais qui lui donnait la nausée. Elle ne devait pas abandonner, mais c'était dur. Dur de croire encore en ce qui paraissait impossible. Et pourtant, croire était tout ce qui leur restait aujourd'hui.

- Tu n'as pas peur qu'on échoue ? Demanda-t-elle d'une vois mal assurée.

- Je sens Scorpius. Je n'ai besoin de rien d'autre pour me dire qu'on va réussir.

- Et les autres ?

- Si mon frère est vivant, alors ils le sont tous. Magnus est puissant, et Kai...est increvable. J'ai foi en eux.

- Tu parles comme ta mère. Souffla-t-elle dans un sourire.

- Elle te dirait la même chose, tu le sais bien. Quant à Terrence, il ne faut pas s'en faire. Il n'est pas le meilleur informateur de ton père pour rien !

C'était vrai. Il était le meilleur. Mais même les meilleurs pouvaient commettre des erreurs, ou se faire prendre...

- Tu... tu penses qu'ils font quoi chez nous ?

Sa question la surprit, et c'est sans réponse que la jeune femme regarda son amie. La tristesse et la peur imprégnaient ses traits, encadrés par ses longs cheveux raides et parsemés de tresses. Elle aussi redoutait le pire, mais ses principales inquiétudes concernaient un autre sujet. Un sujet encore moins certain que leur réussite ici.

- Je ne sais pas. Mais rien n'a dû beaucoup changé depuis que nous sommes partis.

- Tu penses qu'Elias va s'en remettre ?

- Si on ne revient pas, personne ne s'en remettra jamais et... et tout sera perdu. La guerre, notre famille et... et tout le reste.

- Partir était la bonne décision à prendre. On va y arriver.

Rosalie tentait de s'en convaincre. Et elle avait raison.

- Que Merlin t'entende...

Et il l'avait entendu. Alors que les deux jeunes femmes retombaient dans leur silence emplit d'angoisse, la porte de leur chambre s'ouvrit à la volée, révélant leur ami encapuchonné et essoufflé. Le voir sain et sauf ôta une enclume de leur poitrine. Cerné mais victorieux, il sourit devant le soulagement qu'il lut dans leurs regards. Il savait qu'elles avaient toujours eu le don de se rongeaient les sangs.

- Désolé pour le retard, je n'ai jamais su être à l'heure.

- Tu vas bien ?!

- Pas d'inquiétude. Tout va bien. Soupira-t-il en jetant son sac à terre.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- L'allée des Embrumes de cette époque n'est rien comparé à celle que nous avons connu. C'était presque décevant. Quelques extrémistes ivres, de vieux sorciers pas très nets, et un bar pas plus mal famé que tous les bars de notre époque. Rien de très intéressant mais, j'ai réussi.

- Tu... as réussi ? Demanda Katherine le souffle brusquement court de stupéfaction.

- Cet air étonné me vexerait presque.

- Terrence ! S'impatienta Rosalie.

- Bien sûr que j'ai réussi ! C'est plus facile de soutirer des infos aux fidèles sous couverture de Grindelwald qu'à des moldus enragés, tu peux me croire sur parole.

- Et ?

- Et j'ai la localisation qui nous manquait.

Ces mots, elles n'auraient pas cru pouvoir l'entendre, comme lui, n'aurait pas imaginé pouvoir les dire de sitôt.

- C'est vrai ?!

- Un coin paumé dans le Nord de l'Ecosse. L'info est sûr.

- Tu penses qu'ils sont là-bas ?

- Je ne sais pas mais si c'est le cas, on le saura très vite. On part à l'aube.

Il afficha un sourire radieux, confiant et pour la première fois, salvateur pour ses deux amies. Tout n'était peut-être pas perdu.

- Décidément, Terrence Zabini... tu me surprendras toujours.


- Ron, s'il te plaît, calme-toi !

Des mots que tous s'évertuaient à crier au Weasley incontrôlable depuis déjà plus de vingt minutes. Mais il n'en avait que faire. Comme toujours. Et apprendre que sa petite sœur avait croisé Jedusor de façon fortuite en haut de la Tour d'Astronomie la veille, n'aidait pas à apaiser son état. Hors de lui, furieux et inquiet, il hurlait à tout va en lançant des idées plus idiotes les unes que les autres. Il cherchait une solution, un échappatoire pour elle et Magnus. Malheureusement, il n'y en avait pas. Le contraire aurait été trop simple. Assise dans l'un des fauteuils de la salle sur demande, sa main caressant son ventre, le regard fixé dans le vide comblé par les cris de son frère, Ginny méditait silencieusement et à moitié endormi. Il était tôt. Beaucoup trop tôt. Et contrairement à ce qu'elle aurait pu croire, avoir été plongé dans le coma ne lui avait pas procuré un sommeil très réparateur. Et pour cause, elle était épuisée. Ses émotions, ses peurs, ses inquiétudes, et sa grossesse... tout avait été dure à assimiler en seulement quelques jours. Sans compter que ses cauchemars n'aidaient pas. Dès qu'elle fermait les yeux, son maître apparaissait, torturé et perdu. Or, quand elle les rouvrait, l'ombre de Jedusor la suivait, hantant chacun de ses battements de cils. Un vrai cauchemar vivant qui la poursuivait et qui ne lui laissait aucun repos. Et son frère n'aidait pas non plus. La convoquer à cinq heures du matin dans la salle sur demande était une chose, mais proposer qu'elle quitte Poudlard, était une autre. Car oui, c'était bien la question de son départ qui faisait débat entre eux depuis près d'une heure. Et comme l'on pouvait s'en douter, Ron n'en démordait pas. Elle savait qu'il s'inquiétait pour elle et le bébé, qu'il voulait la protéger, la mettre dans un endroit sûr, mais c'était peine perdue d'avance. Il n'était pas question qu'elle parte, et fort heureusement pour elle, elle n'était pas la seule à se défendre.

- Ron, tu laisses tes émotions altérer ton jugement. Dit Hermione fatigué par le roux.

- Je suis parfaitement lucide ! Jedusor est dangereux pour elle !

- Il est dangereux pour tout le monde ! Répliqua Blaise en retenant un bâillement.

- Mais tout le monde n'est pas sa future femme, ou son horcruxcs, ou enceinte de son héritier !

- Partir est inutile. La guerre est partout aussi bien à cause des fidèles de Grindelwald que des nazis. Elle ne sera en sécurité nul part. Ici, au moins, on peut veiller sur elle.

- Pas avec Jedusor. C'est trop risqué.

- Tu veux quoi ? Qu'on l'enferme à double tour dans une veille ferme abandonnée au fond d'un pré ? Ne soit pas ridicule Weasley ! S'énerva un Drago aussi cerné que Ginny.

Et d'autres cris, d'autres arguments, d'autres ripostes... et une sale migraine. Ginny soupira. Pourquoi fallait-il que son frère ait hérité de la puissance vocale de leur mère ? C'était insupportable, et plus que tout, c'était inutile. Parce qu'à part avoir dit non il y a une heure, la jeune femme n'avait pas pu en placer une. Mais sa décision restait inchangée. Tenter de convaincre les autres ne serviraient à rien. Elle seule, était maître de sa vie. Et il était hors de question qu'elle fuit, ou qu'elle se cache. Jedusor était dangereux et imprévisible, oui, mais de tous, c'était elle qui le connaissait le mieux. C'était elle qui savait comment il réfléchissait, comment il planifiait ses attaques et manipulations. C'était elle qui pouvait l'amadouer. Et ça, elle s'en était bien rendu compte. Avant hier soir, elle avait craint de ne pas pouvoir supporter sa proximité, de ne pas pouvoir supporter la douleur, ni même le souvenir incessant qu'il faisait vivre en elle. Mais il s'était avéré, en réalité, qu'elle n'avait pas le choix. Même si elle l'avait voulu, elle ne pouvait pas partir. Ce serait trop suspect. Elle avait vu de la curiosité, de l'intrigue et de l'intérêt dans la braise de son regard. Et elle savait qu'il ne la laisserait pas en paix tant qu'il n'aurait pas percer son mystère. Il essayerait, encore et toujours, et fuir devant lui ne ferait que confirmer son hypothèse de secret à cacher. Il était déjà trop obsédé pour la laisser partir. Il la pourchasserait, et elle ne voulait pas de cette vie.

Mais une autre possibilité s'offrait à elle. Plus dangereuse et surtout plus douloureuse, mais plus juste que la fuite. Elle y avait déjà pensé la veille au soir, en rentrant presque frigorifiée à l'infirmerie, mais ce matin, son plan ne s'avérait pas juste utile, mais essentiel à leur réussite. Elle devait rester. Elle devait être proche de Jedusor.

- Ça suffit !

Son cri, plus forts que ceux de son frère, imposa un silence complet parmi les sorciers. Tous la regardèrent se lever, surpris par un pareil élan d'autorité. Mais ils ne devaient pas s'y tromper. Futur ou pas, elle était leur Dark Lady. Celle qui aurait le dernier mot. Et ça, ils en avaient tous conscience.

- Assez de cris. Vous m'énervez, moi, et le bébé.

- Il faut qu'on trouve une solution. Dit Ron. On ne peut pas te laisser près de Jedusor.

- C'est un peu tard pour ça.

- S'il te plait, tu dois m'écouter !

- Pourquoi ? Pour fuir ? Et donner une bonne raison à Jedusor de me soupçonner ? C'est ridicule.

- Il faut bien qu'on fasse quelque chose !

- Oui. Mais je refuse de partir. C'est hors de question.

- Et qu'est-ce que tu veux faire ? Demanda timidement Harry dans le silence intimidé.

Elle ne voulait pas le faire. Elle le devait. Pour elle, son fils et son maître. Elle devait agir. C'était son devoir.

- Pour le moment, on s'en tient au plan initial. Hermione, Drago et Blaise, vous restez infiltrer dans les mangemorts. Vous honorez votre marché et faîtes profil bas. Jedusor doit vous accepter, et avoir confiance en vous. Il ne va pas tarder à tester votre loyauté, votre allégeance, alors soyez vigilent. Il ne reculera devant rien. Quant à vous, Harry et Ron, vous vous faîtes oubliez. Jedusor n'est pas idiot. Il ne vous a peut-être pas encore démasqué, mais il le fera tôt ou tard si vous ne restez pas prudent. Et restez tous loin de Dumbledore. Il est encore moins idiot que Jedusor, et s'il a compris pour le rituel de l'Esprit, ça ne m'étonnerait pas qu'il est deviné d'autres choses sur nous. Il mène une guerre personnelle contre Grindelwald, et il n'hésitera pas à se servir de nous s'il y trouve un quelconque intérêt. Déclara-t-elle.

- Tu ne fais pas confiance à Dumbledore ? Dit surpris Harry.

- On vient du futur. On ne peut faire confiance à personne.

- Et pour toi ?

La question redoutée.

- Pour le moment je vais retourner à l'infirmerie, et demander à parler à Dippet. Dès qu'il se sera assurer de ma santé mentale, je lui demanderais de m'inscrire en dernière année et de me faire passer le test de répartition. Une fois que je serais envoyée à Serpentard, Jedusor sera encore plus intrigué par moi.

- Pourquoi irais-tu à Serpentard ? Demanda Ron surpris.

- Oh je t'en prie Weaasley. Soupira Blaise. Elle est l'épouse du Seigneur des ténèbres. Le sang de Salazard lui-même coule dans les veines de son fils. Elle est plus Serpentard qu'aucun d'entre nous ! Et ce n'est pas peu dire.

- Avant de laisser l'opportunité à Jedusor de m'espionner pour percer mes secrets, j'irais moi-même le voir. Continua-t-elle.

- Pourquoi ?

- Pour qu'il fasse de moi une mangemort.

Si la proposition de Ron avait laissé tout le monde stupéfait et inquiet, celle de Ginny propagea un silence mortifié. Personne ne s'était attendu à ce qu'elle cherche à prendre les devants vis à vis de Jedusor, et encore mois, qu'elle cherche à le rejoindre dans son petit jeu sadique.

- Tu n'es pas sérieuse ?! S'exclama Ron livide.

- Je suis fatiguée et enceinte. Crois-moi, je suis plus que sérieuse.

- Mais c'est de la folie !

- Ginny, tu es sûr de toi ? Demanda Hermione incertaine. Jedusor va te tester, il...

- Je sais. Mais il est hors de question que je fuie, ou que je vous tourne le dos. Vous avez assez fait de sacrifices et endurer de tortures pour me sauver. Il est temps de répartir les rôles, et je refuse d'ignorer le mien. Dit-elle convaincu.

- Ne dis pas de bêtises, faire ça serait te mettre inutilement en danger ! Dit Drago. Je suis contre l'idée de Ron, mais de là à te jeter dans la gueule du loup !

- Je connaît les risques, mais je sais aussi que je suis la seule à perturber Jedusor. Il ne sait pas quoi penser de moi, et voudra me connaître. En allant vers lui, je serais en mesure d'obtenir sa confiance pleine et entière, chose qu'il n'accordera jamais à de simples soldats. Je suis un atout. Ne pas m'utiliser dans ce combat serait du gaspillage, et on ne peut pas se le permettre.

- Ginny, tu es enceinte ! En restant trop près de lui, il pourrait s'en rendre compte ! S'époumona Ron hystérique.

- Vous avez déjà falsifié mes tests sanguins, et protéger Magnus avec tous les sorts existants au monde. Mon fils et moi ne sommes pas en danger. Jedusor sent que quelque chose me lie à lui, mais ne sait pas l'expliquer. J'ai bien l'intention de m'en servir à notre avantage.

- Au risque qu'il te tue ?!

- Il ne me fera rien.

- Tu ne peux pas en être sûr !

- Ron ! Claqua-t-elle brusquement. Ce n'est pas un débat.

- Mais il a raison pour Magnus. Dit Drago d'une petite voix. On ne peut pas prévoir les complications de ta grossesse, mais on sait qu'il y en aura ! On l'a vu dans ses souvenirs ! Que feras-tu quand sa magie va se réveiller dans quelques semaines ? Quand les contractions arriveront ? Ou quand il faudra accoucher ? Tu ne pourras pas cacher un bébé !

- Je sais. Soupira-t-elle tristement en se revoyant alitée, grimaçant de douleur à cause des contractions, avec Drago comme seul ami et chaperon. Mais je n'oublie pas non plus que la situation était toute aussi dangereuse à ce moment-là, et à moins qu'on ne change encore d'époque, je doute être obligé d'accoucher entre deux explosions, à cause d'un sort de torture lancé par mon propre frère.

- Ce n'est pas moins risqué. Insista Blaise. Tu ne pourras pas le cacher éternellement tout en étant près de Jedusor.

- Et bien, je suppose que ça nous laisse cinq mois pour partir d'ici.

- Ginny, s'il te plaît... réfléchit. Supplia Harry.

- On trouvera un autre moyen ! Appuya Hermione dépitée par le choix de son amie.

Ginny savait qu'ils avaient peur, et que toutes leurs inquiétudes étaient plus que justifiées. Ils l'aimaient. Et aimaient Magnus. Ils voulaient les protéger, mais comme elle l'avait précédemment dit à son frère : ce n'était pas un débat.

- Il n'y en a pas.

- Mais...

- J'ai pris ma décision. Tonna-t-elle froidement.

Aucun d'eux ne trouva la force de répliquer de nouveau. Leur Dark Lady avait parlé.


- Tu penses que c'est une bonne idée ?

Hermione regarda Drago sans comprendre. Planté devant elle, des ingrédients plein les bras, ils avaient pour devoir de réaliser une potion d'oubli, selon elle beaucoup trop simple pour être dans le programme des dernières années, mais qui, et ils en avaient besoin, leur permettrait de se vider l'esprit. Du moins c'est ce qu'elle avait espéré. Le cours était tranquil, les sbires de Jedusor absents et les Pouffessoufle beaucoup trop inquiets pour leur notes, pour se préoccuper d'eux... elle aurait dû se douter que Drago chercherait à remettre le sujet sur le tapis. Mais ce n'était pas son cas. Sans répondre, la jeune femme soupira. Elle savait pertinemment où il voulait en venir, mais c'était un terrain bien trop glissant, et aucun d'eux n'était véritablement impartial.

- D'utiliser de la Mandragore ? Dit-elle en regardant ses bocaux. Absolument pas.

- N'évite pas ma question. Gronda-t-il dans sa barbe.

- Alors ne la pose pas.

- Tu ne peux pas me dire que tu es d'accord avec son plan ! C'est du suicide ! Continua-t-il.

- Ginny à fait son choix. On ne peut pas la forcer à rester à l'écart. Et puis tu la connais... elle est butée. Passe-moi la racine de chêne s'il te plaît.

- Tu as vraiment l'intention de prétendre que ce n'est pas grave ?!

- Non, j'ai l'intention de faire cette fichue potion. Claqua-t-elle agacée.

- Hermione... s'il te plaît. Dit-il à voix basse.

- Je ne sais pas ce que tu veux m'entendre dire Drago... oui c'est un plan risqué et oui, j'ai peur pour elle. Mais je la comprends.

- Comment ça ?

Décidément, elle ne pourrait pas couper cette racine en paix. La gorge serrée, elle se tourna vers lui, le regard lourd. Il ne voyait que la superficialité du problème. Tout comme les autres d'ailleurs. Mais ce n'était pas le plan de Ginny qui effrayait véritablement la Granger. C'était ses motivations. Choses que les garçons semblaient avoir complètement occulté de l'équation, et pourtant c'était là, la source même du problème. Une source qui, elle le craignait, risquait d'entraîner plus de complications encore...

- Dis-moi, tu ne t'es jamais demandé pourquoi on s'était autant rapproché tous les deux ?

- Qu.. quoi ? Bafouilla-t-il brusquement mal à l'aise.

- Ce n'est pas une question piège, rassure-toi.

- Heu... Je dirais que la captivité à aider. Ricana-t-il. Mais je ne vois pas le rapport.

- Je suis sérieuse. Soupira-t-elle exaspérée.

- J'ai arrêté de me comporter comme un sale con et toi comme une miss je sais tout insupportable ? J'ai juste ?

Sa grimace idiote lui arracha un sourire. Mais il n'y était toujours pas. Et la réponse était plus dure.

- On a perdu nos enfants.

Sa phrase le figea pendant quelques secondes, fanant par la même occasion tout rictus amusé sur son visage. Il ne s'était pas attendu à ce que mots aussi simples, puissent être aussi cruellement exactes. Il regarda Hermione, sans comprendre et la gorge serrée. Dire à voix haute ce qui hantait leur cœur, restait de toutes les tortures possibles, la pire à leurs yeux.

- On... a perdu Kai et Scorpius. Et aussi notre fille d'une certaine manière... Mais le seul espoir qu'il nous reste de les retrouver, ne tient qu'à nous. A nous deux. C'est pour ça qu'on s'est rapproché Drago. Parce qu'on a besoin l'un de l'autre pour avoir notre famille. On est les seuls liens qui nous unissent à eux. Déclara-t-elle sans détacher son regard du sien.

- Je... heu... je ne vois toujours pas le rapport avec le plan de Ginny. Dit-il d'une voix enrouée.

- Compare notre situation à la sienne.

- C'est difficile. Nous on... on est deux et elle... elle est toute seule.

- Exactement. Elle a perdu le Maître, et avec lui, tout espoir d'avoir sa famille. Magnus est tout ce qu'il lui reste. Mais elle ne perd pas espoir. Et comme nous, elle ne peut pas s'empêcher de se rapprocher du seul lien qui l'unie à ses enfants, autrement dit...

- Jedusor ?!

Elle aurait voulu avoir tort, mais en doutait. Ginny ne s'en rendait peut-être pas compte. Peut-être ne s'agissait-il que de son inconscient, ou de la magie de l'Horcruxc, mais Hermione ne pouvait s'ôter de l'esprit qu'il y avait sûrement du vrai dans sa supposition. Et que c'était de là, que partait sa première motivation.

- Mais ça n'a pas de sens. Dit Drago ahuri. Il est dangereux pour elle et Magnus.

- Même si les conjonctures temporelles ont de quoi se taper la tête contre un mur, elle a toujours une partie de lui en elle, et elle l'aime. Ou, du moins, elle aime celui qu'il deviendra. Tout ça pour dire que son plan n'est que la partie émergée de l'Ice Berg. Il y a plus que des intentions stratégiques. Elle ne nous le dira pas, et ne se l'avouera peut-être pas à elle-même, mais... tout comme notre rapprochement, le sien avec Jedusor veut dire plus que ce qu'il en a l'air. Déclara-t-elle en essayant de se concentrer sur les tranches de sa racine.

- Tu... tu es sûr de toi ?

- Pas à cent pour cent, mais on est tous parents, tous perdus et tous désespérés... je comprends son choix.

- T'es d'accord avec elle ?! Avec... ce plan et ce rapprochement ?!

La jeune femme le regarda, toujours dans le vague.

- Si je t'avais perdu avec nos enfants, et que j'avais atterri à l'époque où tu étais encore un sale con, penses-tu sincèrement que j'aurais été en mesure de te détester comme avant ?

Sa question le laissa de nouveau sans voix.

- Je...

- J'aurais fait pareil. Dit-elle en saisissant d'autre bocaux. Parce que sale con ou pas, époque différente ou pas, tu es et tu resteras toujours l'homme que j'aime et le père de mes enfants. Ginny ne s'en rend peut-être pas encore compte, mais c'est exactement pareil pour elle. Jedusor deviendra notre maître à tous, et son mari. Elle peut essayer de s'en convaincre autant qu'elle veut, mais elle ne pourra jamais le détester, ou le redouter. Elle l'aime. Et c'est normal, mais... c'est aussi encore plus dangereux.

Drago la fixa, les sourcils froncés, et la bouche ouverte, déconnecté de tout ce qu'elle avait pu dire. Imperturbable dans sa mission, il la regarda émincer ses racines, sans se rendre compte de l'énormité qu'il venait de se produire. Lui-même crût pendant un instant avoir rêver, ou mal entendu... mais ses mots tournaient en boucle dans ses oreilles, telle une tirade révélatrice et pourtant plus angoissante qu'aucune autre. Non, il n'avait pas rêvé. Et pourtant il ne pouvait y croire.

- Tu m'aimes ? Souffla-t-il d'une voix blanche.

Elle releva la tête, ses boucles rebondissant autour de son visage imprégné d'incompréhension.

- Quoi ?

- Tu... tu as dit...

Si pendant plusieurs secondes elle ne vit pas où il voulait en venir, ses yeux s'écarquillèrent brusquement sous la constatation de son lapsus révélateur. Elle s'était tellement concentrée à faire des comparaisons entre leur relation et celle de Ginny, qu'elle n'avait pas réfléchi ou ne serait-ce que penser à ses propres mots. Et à leur signification. Du moins, jusqu'à maintenant. Jusqu'à ce qu'il relève son aveu involontaire. "L'homme que j'aime". Cinq mots indélébiles qui faisaient toute la différence, et qu'elle n'avait pas pensé taire un seul instant dans sa déclaration. Le souffle coupé par sa propre stupeur, elle le regarda, déconfite et muette sans trouver quoi lui dire. Qu'y avait-t-il seulement à dire après ça ? Elle ne pouvait pas revenir ses mots, et encore moins les expliquer. Elle-même ne comprenait toujours pas la nature des sentiments qui l'attachaient à lui. Et pourtant, elle n'avait pas menti. Elle pensait ce qu'elle avait dit, et cette autre révélation muette la perturba tout autant que l'étau gris des pupilles perçantes de son binôme. Elle était piégée. Piégée entre lui et ses propres sentiments.

- Hermione ?

- Heu... je...

Il attendait une réponse. Quelque chose. N'importe quoi. Mais elle en était incapable. Alors que ça potion commençait à bouillonner doucement devant elle, la panique la gagna, et avant même qu'elle ne s'en rende compte, elle prenait déjà la direction de la porte, sous les yeux surpris de ses camarades, et ceux toujours aussi ahuris et incertains de Drago.


Coucou à tous ! Voici la suite avec ses rebondissements ! :) J'espère qu'elle vous a plût ! Comme vous avez put le voir, de toute évidence, Blaise a lui aussi eu un enfant, ce fameux Terrence Zabini ! Ginny est officiellement la meneuse ! Et Hermione est bien perdue dans ses sentiments ! Donnez moi vos théories sur la suite dans les commentaires et dîtes ce que vous pensez de la tournure des choses ;)

Merci à tous pour votre soutient et vos messages toujours aussi agréables et encourageants !

A très vite pour la suite ! Bisoussss !