Marina Ka-Fai : je ne suis au courant de rien (¬‿¬) Merci pour tes coms !


Arthur et Venec finirent de descendre les escaliers en courant, inquiétés, mais Kalupso tendit la main dans leur direction.

« Arrêtez ! Ne… Laissez moi. »

Ses doigts agrippaient anxieusement les pans de sa robe et ses yeux étaient fuyants. Elle ne tenait pas en place, ressemblait à un animal en cage. Un animal effrayé.

Arthur essaya de capter son regard et adoucit sa voix.

« Kalupso… qu'est-ce qu'il s'est passé ? Vous n'étiez pas censée rentrer demain matin ?

- Je… »

Elle entreprit de cacher ses tremblements et essuya ses larmes rageusement. Le roi tenta une nouvelle approche mais la jeune fille haussa le ton.

« N'approchez pas. » un sourire amer naquit sur ses lèvres. « Ma mère m'a toujours dit de me méfier des hommes, mais je ne l'ai jamais écoutée, naïve que je suis. » Elle hésita avant de poursuivre. « Vous allez mieux maintenant, Arthurus. Je vais vous demander de quitter la villa. » Sa voix se brisa sur les derniers mots. « Dès demain. »

Kalupso avait fui dans sa chambre, espérant être tranquille. Arthur et Venec, qui étaient toujours dans l'atrium, étaient totalement désemparés. La lune faisait briller les deux saphirs du bandit et leur lueur inquiète.

« Bon sang mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- J'ai une petite idée… » Le roi avait froncé ses sourcils. « Il ne faut pas qu'on la laisse seule.

- J'suis d'accord. »

Ils toquèrent à la porte du garde-manger quelques instants plus tard. Par chance, elle était ouverte, alors n'obtenant aucune réponse, ils poussèrent légèrement la pierre et découvrirent leur hôte recroquevillée sur son lit. Elle semblait avoir du mal à contrôler sa respiration.

Arthur fit quelques pas.

« Kalupso… je sais que vous n'avez pas envie de nous voir, mais vous ne devriez pas rester seule. Nous voulons vous aider. Je suis sûr que vous le savez. »

La jeune fille ne réagit pas alors le roi alla s'asseoir à côté d'elle, suivi par un bandit plutôt hésitant, qui resta debout.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que vous quittiez la soirée ? »

Sans prévenir, Kalupso fondit en larmes et se laissa tomber dans les bras d'Arthur. Ce dernier tapota son dos maladroitement et lança un regard de détresse à Venec, qui ne savait pas non plus quoi faire.

« J'aurais dû me douter… que si elle voulait me payer, elle me demanderait plus que de simplement faire le service. » hoqueta la jeune femme. « Cet homme, je l'avais déjà vu à quelques soirées, mais il avait toujours été correct avec moi… Je ne sais pas, je… je ne comprends pas ce qu'il s'est passé. »

Arthur remarqua du coin de l'oeil que les poings de son compagnon s'étaient serrés et que ses yeux lançaient des éclairs. Il semblait furieux. Le roi se releva précipitamment quand Venec se dirigea vers la sortie de la pièce, faisant sursauter Kalupso. Il le rattrapa dans le couloir.

« Vous allez où comme ça ?

- J'ai une envie soudaine de mettre une raclée à ces enfoirés. Pas vous?

- … Si, mais ce n'est pas franchement ce dont Kalupso a besoin en ce moment.

- Ecoutez… moi j'sais pas parler aux gens, les rassurer, tout ça. J'vous laisse vous en occuper. Par contre je peux faire en sorte que Kalupso sache que ces connards ont payé pour leur connerie. »

Le roi soupira.

« Vous savez rassurer les gens, vous l'avez bien fait avec moi. Et vous n'avez pas besoin de lui parler, il faut juste qu'elle sente que vous êtes là pour elle. On la vengera plus tard. »

Un soupir près de l'entrebaillement de la porte les coupa. La jeune femme les regardait, appuyée au mur.

« Pas besoin de me venger… il ne s'est rien passé. » Les deux autres haussèrent les sourcils. « Enfin… il n'a pas eu le temps… d'aller au bout. Je crois que je lui ai cassé le nez avec mon coude. »

Elle échangea un regard complice avec le bandit, puis baissa la tête.

« En fait, je ne sais pas… pourquoi je suis dans cet état là. » Les larmes menacèrent de déborder à nouveau. Arthur la prit doucement par le bras et la ramena vers son lit. Il glissa un regard sévère à Venec pour être sûr qu'il les suivait.

« C'est normal, vous êtes en état de choc, vous avez eu peur. Personne ne vous a vue, dans les rues?

- Je ne sais pas… je crois que j'ai eu beaucoup de chance de ne pas croiser la milice pendant le couvre-feu. »

La jeune femme risqua un regard vers le visage crispé du roi.

« Est-ce que… est-ce que je peux vous faire confiance ? » Les prunelles surprises des deux hommes se rencontrèrent de nouveau. « Je ne veux pas que vous partiez mais… je dois être certaine que vous êtes dignes de ma foi. »

Le silence resta maître durant de longues secondes, jusqu'à ce que Venec se racle la gorge pour attirer l'attention du roi.

« Vous devriez lui dire.

- Quoi donc?

- Tout. La vérité quoi. »

Arthur manqua de s'étouffer. Venec venait de sous entendre qu'ils avaient menti à la jeune fille depuis le début. Niveau subtilité, ils pouvaient faire mieux. A moins que le bandit ait fait exprès pour lui forcer la main. Il souffla, résigné.

« Bon, je suppose que ça doit aller dans les deux sens. Vous m'avez parlé de vos parents alors je vais vous dire pourquoi nous sommes là. »

Le regard de Kalupso était devenu suspicieux et Venec s'était assis à son tour sur le lit. Il encouragea son camarade d'un sourire.

« En fait, nous venons de Bretagne, et nous sommes en fuite. Des gens me cherchent là-bas, et veulent sans doute m'éliminer, alors Venec m'a amené ici parce que nous avons vécu à Rome plus jeunes. » Un ricanement lui échappa. « On ne nous a pas volé nos affaires sur le port. On est parti sans rien. »

Il y eut un léger flottement, puis Venec lança un regard au roi qui voulait dire " dîtes tout ".

« Et en Bretagne, je suis… enfin j'étais…

- Le roi, oui. » coupa Kalupso. Le temps sembla s'arrêter, Arthur et Venec s'étaient figés.

« Pardon ? souffla le premier.

- Comment vous savez ? »

Kalupso les observa avec affection.

« Allons, ne me regardez pas comme ça… je n'allais pas accueillir de parfaits inconnus chez moi sans me renseigner un minimum. Je suis au courant de la situation sur votre territoire. Et j'ai déduit pas mal de choses de votre comportement. J'ai simplement vérifié mes suppositions auprès de personnes informées. »

Les deux paires d'yeux ébahis ne cessaient de la fixer. La jeune fille se redressa soudain sur son matelas.

« Mais ne vous inquiétez pas ! Personne n'est au courant que l'ancien roi de Bretagne dort chez moi, il n'y a aucun risque. »

Arthur sembla reprendre ses esprits.

« Et quand vos parents reviendront, même si c'est rare, qu'est-ce qu'on leur racontera ? »

Le bandit fronça les sourcils. Il avait dû rater un épisode. Kalupso, elle, se renfrogna.

« On a tout le temps d'y réfléchir, croyez moi … »