Hermione haletait. Les roues roses, elle avait couru à en perdre haleine. Des élèves s'étaient retournés dans son sillage, et l'impression qu'elle donnait n'était pas erronée. En effet, elle fuyait. Mais c'était peine perdue. Le regard de Drago, fort et inquisiteur, la suivait dans son ombre, hantant son esprit tourmenté tandis que ses propres mots avaient révélé en elle un sentiment d'angoisse et d'incertitude. Comment avait-elle pu se montrer aussi désinvolte et sincère à la fois ? C'était à peine croyable à ses yeux, et pourtant c'était arrivé. Elle lui avait dit qu'elle l'aimait. Qu'il était l'homme de son futur, mais aussi de son présent... et quand elle y repensait, son cœur ne pouvait s'empêcher de rougir d'embarras. Elle avait finalement posé des mots sur ses sentiments, et sur leur relation. Elle avait fait ce qu'aucun d'eux n'avait eu le courage d'accomplir en plus de quatre mois. Et les remords la rongeaient déjà. Avait-elle bien fait ? N'était-ce pas une erreur ? Ou était-ce encore tout simplement trop tôt, pour elle et lui ? Elle n'avait pas de réponse mais savait déjà que tout allait changer. Depuis des mois, le silence qui régnait entre eux au sujet de leur relation avait été relativement très éloquent. Ils ne voulaient pas s'engager, ni même se prononcer sur quelque chose d'encore fragile, bancale et incertain. Leur situation ne facilitait pas non plus les choses, les poussant à toujours éviter ce sujet sensible, et pour le moins, plus que délicat. Mais malgré leur mutisme, tous deux savaient. Ils savaient qu'ils avaient besoin l'un de l'autre, aussi bien aujourd'hui que dans le futur. Ils savaient qu'ils étaient leur salue respectif. Et cette seule certitude, les avait changés. Ils ne pouvaient plus être trop loin l'un de l'autre, ils ne pouvaient plus s'ignorer, ou se détester. Et quand on ôte toute animosité, quand on enlève la seule et unique barrière entre deux êtres demandeurs... il ne reste que la possibilité d'aimer. Une possibilité qu'ils ont tous deux saisi sans rien dire, et qui aujourd'hui venait de leur exploser au visage. Elle l'avait fait. Elle avait franchi un cap. Et aucun retour en arrière n'était désormais possible. Son aveu la suivrait où qu'elle aille, et la vérité aussi.
Car contrairement aux apparences, elle n'avait pas que fuit à cause de la gêne, ou de la panique qui l'avait saisi devant lui. Non, il y avait aussi de la peur. La peur d'une réalité qu'Hermione n'avait fait qu'ignorer pendant des mois. Une réalité que ses mots avaient rendu plus réelle que jamais.
Elle était tombée amoureuse de Drago Malfoy.
Et être confrontée à cette réalité au beau milieu d'une conversation pendant laquelle son subconscient la trahissait, ne faisait qu'accroître son horreur. Elle s'était laissée parler. Et le regrettait. Aussi bien pour elle que pour lui. Car admettre ses sentiments de cette façon, n'était pas le genre de chose qu'elle avait prévu pour eux. Elle avait vu dans son regard, la surprise et le choc. Elle avait vu qu'entendre ces mots était bien la dernière chose à laquelle il s'était attendu. Elle les avait tous les deux prit de court, et redoutait les conséquences. Elle était piégée...
Le souffle court, la jeune femme arriva en trombe à l'infirmerie. Elle devait parler à quelqu'un. Elle devait voir Ginny. Pourtant, elle ne trouva qu'un lit vide. Et Zabini, caché derrière un rideau.
- Blaise ?! Dit-elle surprise.
Son ami n'était pas discret. Aussi, elle l'observa, les sourcils froncés de surprise et d'incompréhension. Loin d'être invisible, le jeune homme se cachait derrière un voilage blanc, qui ne faisait que ressortir le contraste de sa peau métissée.
- Granger ? Souffla-t-il à voix basse.
Il attrapa le tissu, qui ne laissa dépasser que le haut de sa tête.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-elle.
Blaise la détailla, elle et l'entrée de l'infirmerie, avant de soupirer bruyamment. Le regard agité et stressé, il sortit de sa piteuse cachette et lui prit la main pour l'entraîner avec lui dans l'aile des blessés graves. Loin de l'entrée et isolé, ils n'y virent qu'un seul élève endormi d'un sommeil magique. Aussi, une fois que le sorcier fut certain qu'ils n'étaient plus visibles aux coups d'yeux curieux, il s'exclama.
- Je me planque !
- De qui ?!
- Lestrange. Il me court après depuis ce matin !
- Arias ?
- Ce gars me fiche la trouille ! Souffla-t-il dans une grimace angoissée. Je te jure, à chaque fois que je le regarde, j'ai l'impression de voir ce taré de Rodolphus. Il me suit où que j'aille, et veut me parler d'entrainement, et de stratégie... ou de trucs dans le genre. Mais je ne le sens pas ! Il en fait trop, ça ne lui ressemble pas. Je suis sûr qu'il y a du Jedusor là dessous.
- Blaise tu es ridicule ! Souffla-t-elle dépitée devant un pareil discours. Ils nous épient tous ! Et oui, il y a du Jedusor là dessous, ça l'a toujours été !
- Je sais mais je te dis que cette fois, c'est différent ! Orion fait ami-ami avec Drago, Arias me suit à la trace et même ton admirateur secret a rempilé !
- Quoi ?!
- Abraxas m'a demandé où il pouvait te trouver. Dit-il d'une petite voix. Il avait toujours son regard de chien battu mais je peux t'assurer que c'en n'est pas un. Ils ont changé de stratégie !
- Ou ils ne font qu'obéir à Jedusor qui leur a dit de garder un œil sur nous... Je t'assure, tu deviens paranoïaque. Et puis, Ginny nous a dit de ne pas éviter les mangemorts ! Ça pourrait être suspect !
- J'ai toutes les raisons du monde d'être paranoïaque ! S'offusqua-t-il. Et oui, je sais ce qu'elle a dit...
- Alors suit le plan ! S'exclama-t-elle en le voyant s'affaler dans un fauteuil.
- Eviter est un bien grand mot. Grimaça-t-il après réflexion. Disons que je fais tout pour ne pas le rencontrer par hasard... techniquement, il y a une nuance.
- En te cachant dans l'infirmerie ?!
- Pour ma défense, j'étais venu voir Ginny. Mais Dippet est arrivé. Elle est dans son bureaux.
- Déjà ? Dit-elle surprise par une telle accélération des choses.
- Oui. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle ne perd pas de temps. Elle a convaincu l'infirmière qu'elle allait bien et qu'elle se sentait prête à reprendre les cours. Comme tu peux t'en douter, son numéro de charme et d'innocence a fait des merveilles. Si tout se passe bien, elle devrait commencer la semaine prochaine. Expliqua-t-il.
- Elle a mis son plan en route.
- Notre Lady est déterminée. Rien ne l'arrêtera. Mais toi, qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas censée être en cours ?
La jeune femme déglutit. Sa leçon de morale au Zabini était bien hypocrite. Elle aussi fuyait ses problèmes. Oui, elle était censée être en cours, mais ne trouvait pas la force d'y retourner. Et son regard à moitié désespéré et dépité ne put qu'attiser la curiosité de son ami, qui se leva de son fauteuil la mine plus sérieuse.
- Ça va toi ?
- Je vais bien. Soupira-t-elle.
- Alors qu'est-ce que tu fais là ?
Hermione aurait pu mentir et partir, mais où qu'elle aille le problème resterait le même. Alors qu'elle se montrait de plus en plus indécise à parler, Blaise comprit rapidement qu'en réalité, elle faisait exactement la même chose que lui.
- Par Merlin, tu te caches toi aussi !
- Non ! Je... j'essaie de réfléchir. Bafouilla-t-elle.
- En te cachant !
- Blaise, s'il te plaît ! S'énerva-t-elle. Tu ne m'aides pas.
Le sourire du jeune homme ne put que s'élargir face à sa confession indirecte. Il avait vu juste.
- Une Serpentard sur les nerfs qui se cache... siffla-t-il plus amusé que jamais en se rasseyant. Intéressant. Dis-moi ce qui t'arrive.
- Ce n'est rien...
- Encore plus intéressant.
Blaise commençait à bien connaître la Granger. Il l'avait cerné, et savait qu'elle ne pourrait pas tenir face à lui avec un secret sur le cœur. Un secret dont elle semblait mourir d'envie de raconter, mais pas seulement. A la regarder se triturer les mains, il y avait autre chose. Du stress et de la panique.
- J'ai dit à Drago que je l'aimais.
Comme l'éclair avant le tonnerre, Blaise ne réagit pas dans un premier temps. Impassible et figé dans son fauteuil, il la regarda sans comprendre pendant plusieurs secondes, éblouit par l'éclair, avant que ses yeux ne s'écarquillent brusquement. Le tonnerre se mit à résonner, et l'énormité de ses mots aussi.
- Tu... tu lui as dit que tu... l'aimais ? Dit-il la bouche ouverte par le choc.
- Oui !
- Vraiment ?!
- Oui...
- Et tu n'es pas heureuse ?
- Non ! S'exclama-t-elle hors d'elle.
- Il a dit quoi ?
- Rien, je... je me suis enfuie avant qu'il ne parle.
- Par Morgane...
- Je ne savais pas quoi faire, c'était un accident ! Se défendit-elle.
- Un accident ? Répéta-t-il ahurit. Oh, mais bien sûr, ça tombe sous le sens ! Je dis souvent à mes amis que les aiment après leur être rentré dedans !
- Blaise !
- Hermione ! S'exclama-t-il à son tour en se levant. Tu lui a avoué tes sentiments ! Tu ne peux pas fuir ! C'est trop tard !
- Je le sais bien mais... je ne sais pas quoi faire ! S'horrifia-t-elle paniquée. On parlait de Ginny et de son plan, la conversation à déviée, et sans que je m'en rende compte, je me suis retrouvée à faire des comparaisons et des aveux complets de mes sentiments ! Je ne m'en suis même pas rendu compte avant qu'il ne me le fasse remarquer !
- Attends, tu... tu lui as dit que tu l'aimais et c'est lui qui te l'a fait remarquer ? Demanda-t-il sans y croire.
- Ou... oui...
Cette fois, Blaise ne trouva plus quoi dire. Cette situation était surréaliste. Et c'était à peine croyable venant de la part de deux sorciers accomplis et luttant pour sauver l'espace-temps et leur futur. A peine croyable et ridicule même... Aussi, Zabini eut du mal à rassembler tous ses esprits pour établir une vraie problématique. Hermione qui avoue ses sentiments sans s'en rendre compte, et qui fuit ? L'un des pires scénarios possibles dans une relation normale entre deux individus normaux. Alors entre eux ?! Deux futurs parents qui se détestaient il y a six mois, torturés par une Esprit Supérieur et envoyés dans une époque lointaine où leur survie dépends de leurs capacités d'obéissance à un Mage Noir de dix-huit ans ?!... Un véritable cauchemar aussi bien tragique qu'hilarant. Car si Blaise était affligé par le discours de son ami, il se retenait aussi d'exploser de rire devant elle. La situation était tellement irréelle, qu'elle en était dérisoire.
- Bon Dieu... Soupira-t-il, le visage plongé dans ses mains pour cacher son rictus amusé. Mais qu'est-ce que je vais faire de vous ?
- C'était une erreur, pas vrai ?
- Une erreur ! Et puis quoi encore ? Ça fait des mois que je manœuvre en sous-marin auprès de Drago pour qu'il prenne les devants, alors je ne peux que te féliciter d'avoir enfin fait avancer les choses !
- Fait avancer les choses ?! S'exclama-t-elle.
- Vous faîte du surplace depuis qu'on est là ! Ce n'est pas trop tôt que l'un de vous ce soit lancé.
- Je... je ne me suis pas lancée ! J'ai... j'ai juste parlé un peu trop et...
- C'est amplement suffisant, crois-moi. Sourit-il ravit.
- Mais, je ne veux pas que les choses changent ! C'est... c'est trop tôt ! Et puis, je ne suis même pas sûr de ses sentiments ! Ni des miens ! Si ça se trouve, je n'ai fait que tirer des conclusions hâtives ! Aussi bien pour lui, que pour moi !
- Tu réfléchies beaucoup trop !
- Je ne sais pas quoi faire. Dit-elle finalement désemparée. Je suis perdue.
Blaise la regarda, compatissant, mais aussi heureux. Il se doutait bien que cette situation devait la rendre dingue. Et il n'imaginait même pas l'état dans lequel devait se trouver Drago. Mais, il ne pouvait pas faire taire cette grisante satisfaction. Pour une fois, c'était lui, qui savait ce que tout cela signifiait avant eux.
- Je sais. Dit-il. Mais c'est normal.
- Normal ?
- Oui. On se sent toujours un peu perdu quand on aime. Et toi Hermione Granger, tu ne fais pas exception.
Il avait raison. Elle le savait. Mais, l'entendre de la bouche d'un autre la terrifia plus encore. Elle ne pouvait plus lutter ou se cacher. C'était trop tard, le masque était tombé. La lionne était officiellement tombée pour le serpent.
Jedusor soupira devant l'entrée du couloir. Face à lui, la gargouille du bureau du Directeur l'attendait, le narguait et déjà l'angoissait. Être convoqué en pleine journée l'inquiétait toujours un peu malgré son sang-froid. Mais d'avantage encore quand de nouvelles recrues venaient tout juste de le rejoindre. Il n'aimait pas redouter la trahison, et encore moins venant de ses propres hommes, pourtant, cette inquiétude ne le quittait jamais, et avait pour visage les traits de cet infâme Dumbledore. Difficile de ne pas regarder par-dessus son épaule avec un sorcier de cette envergure en guerre contre lui. Il savait de quoi il était capable et ne sous estimait pas ses capacités. Encore moins désormais qu'il avait appris ce qu'il savait de lui. Des informations précieuses, mais dangereuses, qui n'avaient fait qu'accroître sa crainte d'être démasqué et de rejoindre le bureau du Directeur pour ne jamais plus en sortir en homme libre. La boule au ventre, il s'avança cependant, contraint de plonger dans la gueule du loup et révéla l'escalier caché. Après plusieurs minutes assourdissantes des battements de son cœur, il fit face à la porte entre ouverte du bureau, dont une voix qu'il ne pouvait désormais plus oublier s'échappa. Figé dans sa surprise, il n'osa pas frapper avant plusieurs secondes pendant lesquelles, il n'y crut toujours pas.
- Tom ! Entrez donc ! S'exclama le directeur en le voyant dans l'entrée.
Il l'accueillit le sourire aux lèvres, et du miel dans les yeux. Comme envoûté, Dippet arborait un air benêt et ravi qui ne put qu'accentuer l'inquiétude du Serpentard. Face à lui, l'objet de sa stupeur et convoitise : Ginerva. Vêtue d'un uniforme sans couleur, la jeune femme souriait, le teint radieux, les cils battants et les joues roses. La voir ainsi, lui provoqua un frisson qu'il ne sut contenir, et il n'était pas le seul. A regarder le Directeur, il était évident que lui aussi avait succombé à son charme presque vélane. Incapable de détacher son regard d'elle, le vieil homme n'était plus qu'un pantin dont elle tenait les ficelles. Une scène étrange à voir, qui laissa Jedusor plus fasciné que jamais. De toute évidence, il avait tort. Elle n'était pas si Gryffondor que ça après tout. Car aucun Gryffondor n'était aussi doué, dans l'art de manipulation. Et il avait raison. Alors que l'entretient touchait à sa fin, Dippet lui remis un trousseau d'habit, aux couleur vert-argent.
- Bien, Monsieur Jedusor va vous accompagner jusqu'à votre chambre. Surtout, n'hésitez pas à venir me voir si avez des questions. Je serais ravi d'y répondre.
- Merci infiniment Monsieur le Directeur. Sourit-elle en se levant.
- Je vous en prie, tout le plaisir est pour moi Mademoiselle Donovan.
Il lui serra la main de longues secondes, pendant lesquelles Tom ne put retenir un rictus amusé. En moins de quelques heures, Dippet lui mangeait déjà dans la main. Mais son petit jeu ne laissait supposer que deux options : soit elle attendait quelque chose de lui, et le manipulait pour obtenir ce qu'elle voulait. Soit elle avait besoin qu'il lui fasse confiance pour pouvoir agir comme bon lui plaisait, chose que lui-même faisait déjà. Ces deux hypothèses soulevaient autant de questions l'une que l'autre, mais ne signifiaient qu'une évidence. Elle voulait quelque chose. Tout en la regardant se défaire de l'emprise de Dippet en masquant son soulagement évident, ils quittèrent le bureau dans un silence éloquent. Leur rencontre de la veille planait encore entre eux, étouffant l'air de non-dits muets. Jedusor cherchait à comprendre, à résoudre l'énigme vivante qu'elle constituait à elle seule. Pourtant, plus le temps passait, plus il sentait que son mystère se renforçait, galvanisé par une force qui lui échappait, et qui le narguait dans le fond de ses yeux bruns. Quelque chose l'habitait. Une chose qu'il semblait ne pas pouvoir atteindre et qui le happait vers elle.
- Je n'aurais pas cru que tu finirais à Serpentard. Dit-il finalement en entrant dans le couloir.
- Moi non plus. Dit-elle calmement sans le regarder.
- Tu sais ce que cela signifie ?
- Si je me réfère au choixpeau, cela veut dire que je suis maligne et prête à tout, non ?
- Pas seulement. Souffla-t-il dans un sourire.
- Je t'en prie, éclaire-moi.
Cette fois elle le fixait franchement. L'un des rares regards qu'elle n'avait jamais osés lui donner. Un regard qui retourna le ventre du jeune homme en moins d'un quart de seconde. Les éclats dorés qu'il voyait dans le fond de ses pupilles, lui donnaient l'impression d'être transpercé de l'intérieur, le désarmant pendant un cours instant durant lequel l'écho de sa douleur sembla résonner dans tout le couloir.
- Tu veux quelque chose. Dit-il d'une voix grave. Tous les Serpentard veulent quelque chose.
- Si c'est vrai, qu'est-ce que toi tu veux ?
Elle le prenait à son propre jeu, réduisant sa marge de manœuvre déjà restreinte. Cette fille savait comme éluder les questions pièges. Une qualité inintéressante, qui traduisait une habitude à mentir et à ne pas répondre directement. Mais qui ne voulait dire qu'une chose aussi ; qu'il avait raison. Elle était loin d'être aussi désintéressée qu'elle prétendait. Il pouvait le sentir. Le sentir au fond de ses entrailles en sang.
- Savoir ce que tu caches.
- Je ne cache rien. Rétorqua-t-elle vivement.
- Tu mens.
- Pourquoi je mentirais ?
- Parce que tous les Serpentards mentent. Siffla-t-il entre ses dents. Et que tu n'es pas l'une des nôtres pour rien.
- Tu tires beaucoup de conclusions hâtives alors que tu ne sais rien de moi. Ça aussi c'est un trait de caractères des serpentards, ou tu as une exclusivité sur celui-là ?
- Je te déconseille de jouer à ce petit jeu avec moi. Gronda-t-il en l'arrêtant face à lui. Tu apprendras bien vite qu'ici, c'est moi qui fixe les règles. Tes amis ont fait les frais de leur naïveté, alors ne répète pas leurs erreurs. Ça pourrait te coûter cher.
Son ton était froid, menaçant et empreint d'une colère sourde qu'elle ne connaissait que trop bien. Il voulait lui faire peur, l'impressionner pour la réduire à ce qu'il voulait voir d'elle. Mais elle aussi fixait des règles. A la différence qu'elle, n'était pas assez bête pour le crier sur tous les toits et parader.
- Tu penses vraiment que je prendrais le risque de nuire à mes amis ? Demanda-t-elle innocemment. Tom, je ne suis pas mal attentionnée envers toi, ou ton petit groupe. Tu m'as sauvé toi aussi. Je te dois une fière chandelle.
- Tu peux faire ton numéro de charme avec Dippet, mais je ne me laisserais pas amadouer. Cingla-t-il tout en refrénant sa fièvre soudaine.
Un sourire franc éclaircit son visage. Il ne voulait pas lui laisser le bénéfice du doute, ou du moins, pas encore. Il avait trop peu confiance en elle, et plus que tout, il avait trop peur. Trop peur de ce qu'il sentait bouger au fond de son ventre quand il était avec elle, et ça, Ginny le savait mieux que quiconque. Il avait beau le cacher, elle ne s'y trompait pas. Ses tressaillements imperceptibles ne lui étaient pas invisible, et ne faisait que le trahir. Jedusor ne savait pas l'expliquer, ni même le décrire ; ce phénomène ne faisant qu'attiser sa curiosité comme sa méfiance à son égard. Et la jeune femme ne pouvait que silencieusement compatir face à lui.
Elle savait ce qu'il vivait. Elle-même avait cru en perdre la raison il y a des mois de cela. Et pourtant, cette force ravageuse n'était plus que son quotidien depuis longtemps. Les montées de fièvre, l'excitation, la désorientation, les frissons, les sueurs froides, la douleur, l'angoisse, le désespoir... Des multitudes de sensations et d'émotions qu'il semblait impossible de combattre. Pourtant, elle avait appris à les contrôler, les contenir, les accepter. Malheureusement, ce n'était pas le cas du Serpentard. Elle pouvait le sentir. Elle savait que cela le perturbait plus qu'il n'oserait jamais se l'avouer. Son maître avait fait pareil au début. Il avait nié, refoulé au fond de lui cet appel assourdissant jusqu'au jour où la torture n'avait plus été supportable. Et pour cause, cela revenait à se combattre lui-même. A combattre une partie de son âme qui l'appelait désespérément. Qui avait appelé Voldemort, et qui aujourd'hui, appelait Tom. Elle ne pouvait pas le nier, la magie qui les unissait était étrange, complexe et sadique. Même elle avait encore du mal à saisir la puissance de cette dernière. Mais si Ginny était certaine d'une chose, c'était bien que ce combat était perdu d'avance. Jedusor n'avait pas la moindre chance face au destin.
De son côté, les choses étaient quelques peu différentes. Jedusor n'était pas son véritable maître. Aussi, la douleur était supportable, et presque infime comparé à ce qu'elle avait pu vivre avec Voldemort. Aujourd'hui, elle pouvait presque la voir comme un souvenir du bon vieux temps. Un rappel de ce qui fut autrefois une vague dévastatrice qui lui avait ôter toute force et volonté. Mais le raz-de-marée n'était plus qu'une forte houle. Une houle dans laquelle elle dansait, tandis que Jedusor s'y noyait. Sans perdre son sourire, Ginny ne le lâcha pas des yeux. Elle savait que chaque regard lui donnait l'impression de se faire poignarder l'abdomen. Elle-même sentait la lame lui percer la peau. Et bien qu'il était cruel de jouer avec la souffrance d'autrui, la rousse n'allait pas se gêner pour autant. Elle maîtrisait cette souffrance, pas lui. C'était un avantage, qu'elle n'allait certainement pas gaspiller.
- C'est amusant. Continua-t-elle.
- Quoi donc ?
- Tu me considères comme une menace.
Il rit doucement face à elle.
- Crois-moi Ginerva, si c'était le cas tu ne serais plus là pour le dire.
- Dans ce cas, c'est parfait. Ni toi, ni moi, n'avons à nous en faire.
- Ne parle pas trop vite. Ne pas être une menace, ne signifie pas que tu ne peux pas être un ennemi. Tes amis ne me sont fidèles que parce que je t'ai sauvé, c'était notre marché. Mais rien ne me prouve que tu valais cet accord. Dit-il en l'empêchant de le dépasser, une main brusquement accrochée sur à son bras.
Leur contacte, peau contre peau les électrifia tous deux dans leur silence. La fierté était un outil puissant, et étonnement utile dans ces circonstances, car seule cette dernière les empêcha de se trahir.
- J'imagine que tu devras le découvrir par toi-même dans ce cas. Répondit-elle impassible.
- Ne me met pas au défi.
Les braises de son regard s'allumèrent, révélant ce qu'elle voulait voir en lui. Tout son être vibrait de son orgueil inébranlable et déjà, elle pouvait sentir la tension de sa colère monter en lui. Sa poigne s'était refermée sur elle, et elle dû se retenir pour ne pas sourire davantage. Le voir ainsi, lui insufflait un vent de nostalgie et de satisfaction. Elle le connaissait trop bien.
- Ce n'est pas un défi. Dit-elle dans un souffle.
- Alors à quoi joues-tu Ginerva ? Demanda-t-il sans la lâcher. Qu'est-ce que tu veux ?
- A ton avis ? Qu'est-ce qu'une fille comme moi pourrait bien vouloir Tom ?
Il n'avait pas la réponse et ne trouva pas la force d'y réfléchir, l'esprit étrangement bouleversé par la résonance de son nom maudit sur ses lèvres roses. Silencieusement, il la vit se défaire de son emprise, presque à regret, avant de partir la tête haute en direction des dortoirs. En la regardant s'effacer au loin, il put presque sentir son cerveau redémarrer de nouveau, et, à cet instant, une seule une révélation réussit à braver le brouillard de son esprit.
Elle connaissait déjà la direction des dortoirs Serpentard.
Elle, la française plongée dans le coma et confinée à l'infirmerie depuis son réveil il y a peine quelque jours.
Et jusqu'à preuve du contraire, cela aurait dû être impossible.
- Je me doutais bien que tu finirais par te montrer tôt ou tard.
La voix d'Arias dans son dos hérissa le jeune Zabini dans l'ombre. Par Merlin, pourquoi fallait-il que ce fou s'acharne sur lui ? N'avait-il déjà pas assez à penser ? Non bien sûr... avoir un psychopathe sur les bords à sa poursuite était tellement plus amusant. Des heures entières à se terrer dans l'infirmerie et la bibliothèque n'avaient de toute évidence pas suffit à le décourager. Dans un soupir angoissé, il lui fit face, le regard las et la boule au ventre. Le Lestrange était là, accoudé à une gargouille, quelques minutes seulement avant le couvre-feu. Pourtant, il ne semblait pas inquiet, ni même surpris de le trouver là. A vrai dire, on aurait pu penser qu'il l'attendait, et cette idée fit presque plus peur à Blaise que toutes les autres hypothèses qu'il avait pu envisager. Arias n'allait pas le lâcher. Et il avait connu assez de Lestrange dans sa vie, pour savoir que c'était loin d'être bon signe. Dans son silence, il se dit que les tendances meurtrières, psychotiques et effrayantes de Kai ne venaient peut-être pas toutes de Bellatrixe finalement. Car de ce qu'il pouvait en voir, son grand père était lui aussi plus tôt doué dans la matière.
- Arias. Souffla-t-il. Il est tard. Qu'est-ce tu fais là ?
- Je te cherchais.
- Pourquoi ?
Le ton suspicieux du métis haussa l'un de ses sourcils. Nul besoin d'être devin pour voir qu'il aurait préféré faire face à un chien à trois têtes, plus tôt qu'à lui. Cette évidence le fit sourire. Arias aimait être craint. Mais il n'était pas là pour ça pour ce soir. Tout au contraire.
- Pour parler. Dit-il simplement.
- Je te l'ai déjà dit. Je ne suis pas le mieux placé pour parler straté...
- Je sais. Le coupa-t-il dans un sourire gêné. A vrai dire, je voulais m'excuser de t'avoir pris la tête avec ça aujourd'hui...
- Et hier.
- Et hier aussi... Corrigea-t-il. Mais, je voulais juste m'assurer que je ne me trompais pas sur toi. C'était le seul moyen.
- Comment ça ?
- Tu sais... Depuis que je suis au service du maître, j'ai appris beaucoup de chose. Tout comme l'ordre hiérarchique, par exemple. C'est assez spécifique, mais j'avoue que ça me fascine. Tu sais, il y a différents rôles dans un groupe d'individu. Le Maître, est celui qui a autorité, qui décide et ordonne. Ensuite, on trouve la tête pensante ; celui qui pense à tout, qui conçoit les tactiques et les plans. Il est souvent en deuxième position dans la hiérarchie, car c'est lui le plus malin. Après, il y a le bras droit ; celui qui donne son avis et qui influence les autres. Il a souvent de l'expérience et peu donner de bon conseil. Et enfin, le dernier en bas de l'échelle mais pas moins intéressant, le soldat. Celui qui exécute ce qu'on lui ordonne, sans rien dire. Débita-t-il sans cligner des yeux.
- Qu'est-ce que je dois comprendre ? Demanda Zabini sans voir où il voulait en venir.
- Blaise... Je ne vais pas te le cacher, je vous ai observer toi et tes amis. J'ai étudié votre hiérarchie. Je n'en étais pas encore sûr mais, maintenant je ne pense pas me tromper. De tous, c'est toi soldat. C'est toi qui es en bas de l'échelle.
Sa remarque le fit doucement sourire. Décidément, ce Lestrange était le plus bizarre de tous, et ce n'était pas peu dire. Sans baisser sa garde, Blaise s'avança face à lui, la tête haute et le regard franc. Il ignorait quel petit jeu sadique il avait encore inventé pour essayer de lui retourner le cerveau, mais il refusait d'entendre encore un mot de plus de ces inepties. Sans jamais lâcher sa baguette cachée dans sa robe, il dit, d'un ton sans équivoque.
- Arrête ton baratin. Dis-moi plutôt ce que tu veux, qu'on en finisse avec ces foutaises.
Arias laissa échapper un rictus qui se logea entre ses fossettes. Presque imperceptible dans la lumière vacillante des torches, il alarma cependant Zabini dont la baguette vibra sous sa manche. Arias était imprévisible, dangereux et fanatique. Chacun de ses sourires semblait capable de déchaîner un démon sur terre.
- Tu es le soldat Blaise. Dit-il une nouvelle fois. Et contrairement aux idées reçues, ce rôle est le plus important, crois-moi. Sans toi, rien ne serait véritablement possible. C'est toi qui agis, qui fait, et qui exécute. Si ce maillon se brise, il ne reste que des ordres hurlés dans le vent, et personne pour les entendre ; la chaîne est alors brisée, et la hiérarchie s'effondre.
- Par Merlin, ferme-la ! Tu ne sais même pas de quoi tu parles ! S'énerva-t-il.
- Je ne veux que t'aider ! Crois-moi.
- En me faisant un exposé ? Sérieusement ? S'esclaffa-t-il.
Arias soupira, comme épuisé à l'idée de parler dans le vide, avant de finalement déclarer, d'une voix cette fois-ci, plus forte.
- Tu es le soldat Blaise. On doit prendre soins de ses soldats.
- Et ?
- Et je ne vois aucun de tes petits amis essayer de te guérir. Dit-il finalement du bout des lèvres.
Ces mots touchèrent le jeune homme d'une façon que lui-même ne sut pas anticipé. Blaise regarda Arias, les sourcils froncés, la bouche brusquement sèche et les yeux enflammés d'une lueur aussi mauvaise qu'inattendue. Sans le voir venir, le Lestrange se retrouva plaqué contre la gargouille, le visage grimaçant de douleur en sentant la pierre taillée s'enfoncer brusquement dans son dos. Blaise le tenait par le col, menaçant et enragé. Oui, il avait peur d'Arias et de sa folie lestrangesque, mais il ne le laisserait pas le mener en bateau plus longtemps.
- Bl... Blais...
- La ferme Arias. Cingla-t-il.
- Je... je peux... t'aider. Bafouilla-t-il.
- Non ! Tu ne sais rien.
- Tu crois ça ? Tu crois que je... je ne sais pas que tes jambes te font souffrir le martyre ?
Mettre des mots sur la douleur ne faisait que la rendre plus réelle. Une ligne qu'Arias venait de dépasser ce soir. La main désormais refermée sur son cou, il pouvait sentir son pouls battre sous sa peau. Une sensation enivrante à laquelle il aurait volontiers succombé, si tout son monde ne risquait pas de s'écrouler par sa mort. Arias devait vivre. Pas pour lui-même, mais pour eux. Il devait mener à bien son destin auprès de Jedusor, avoir des enfants et permettre à Kaï de naître à son tour... ect, ect... Comment tout un futur pouvait-il dépendre d'une seule vie ? C'était à n'y rien comprendre, mais Blaise savait que les risques étaient réels. Il savait que jouer avec ces forces lui avait déjà suffisamment coûter, et il ne voulait pas recommencer. Sans jamais desserrer sa poigne, il le décolla à regret de la gargouille. Arias le fixait intensément sans inquiétude. Malgré son envie profonde de tordre un cou ce soir, tous deux savaient qu'il ne lui ferait rien. Du moins pour le moment. Dans un soupir enragé, il le lâcha sur place, conscient qu'une fois que sa haine serait retombée, la douleur reprendrait sa place dans son corps, comme dans son esprit. Une douleur trop réelle, trop constante, qui le hantait jour et nuit sans sursit.
Très vite, Arias se redressa face à lui. Sa jubilation intérieure était presque palpable, aussi, c'est amicalement qu'il posa une main sur son épaule. Un soldat blessé ne demandait qu'un peu d'aide. Une aide que le Lestrange serait ravi de lui fournir.
- Blaise...
- Arrête, s'il te plaît. Souffla le jeune homme sans se retourner, ses mains agrippées à ses cuisses déjà en feu.
- Je sais que ta blessure des gradins a mal guérit. Dit-il. Je sais que tu souffres. Et je sais que tu fais semblant d'aller bien, et que ça convient à tout le monde.
- Tu ne sais rien Arias ! S'énerva-t-il.
- Je ne dis pas que c'est la faute de tes amis. Ils n'y peuvent rien. Insista-t-il sans le lâcher alors qu'il se détournait. Je dis juste que c'est normal d'espérer plus. Je peux te donner plus !
- Plus ?! Arias tu délires...
- Non s'il te plaît. Je... je ne te demande pas de passer un marché, de me suivre dans un plan douteux ou de me promettre quoi que ce soit. Je veux juste que tu prennes le temps d'écouter ce que j'ai à te dire, et de considérer toutes tes options. Continua-t-il. Je peux t'aider !
- Je ne veux rien de toi Arias !
- Même si j'arrivais à te libérer de ta douleur ?
Voilà voilà ! Désolé de ce petit retard, mais je risque de mettre un peu plus de temps à publier les prochains chapitres. Comme vous le savez, c'est la rentrée, et les cours ne me laissent plus beaucoup de temps. Mais ne vous en faîte pas, j'essaierai de publier tous les Week-end, et au pire, toutes les deux semaines, toujours est-il que vous devriez avoir deux ou trois chapitres par mois :)
J'espère que ce chapitre vous à plût ! Laissez moi vos avis dans les commentaires ! Les choses risquent de se corser par la suite, et cela, je pense, va beaucoup vous intéresser ;) Merci pour tous vos messages et votre soutient toujours aussi présent ! Je vous adore !
A très vite ! Bisous !
