- Je ne sais pas ce qui est le plus étrange. Déclara Ginny en regardant la Grande salle à moitié pleine d'élève d'un œil curieux. S'asseoir à la table des Serpentards, ou revenir manger ici comme si de rien n'était ?
- Ça fait toujours un peu bizarre au début. Lui sourit Hermione en jouant avec sa fourchette. Mais on s'habitue, ne t'en fais pas.
- Si tu le dis. Soupira-t-elle.
Il était encore tôt, mais déjà le petit déjeuné était servi sur les tables. Son assiette devant elle, la rousse regarda sa nourriture sans grande conviction. Elle n'avait pas réussi à avaler un petit déjeuné depuis son réveil, son estomac ravagé par des nausées toujours plus fortes le matin. Si les sorts de protections masquaient sa grossesse, il n'en était rien des conséquences de celle-ci sur son corps. Entre nausées, fatigue, et émotions exacerbées, Ginny faisait de son mieux pour se contenir aux yeux de tous. Surtout maintenant qu'elle était officiellement une serpentard. A la table, elle n'avait pas échappé aux regards curieux et chuchotements indiscrets. Elle était connue pour être la fille plongée dans le coma, mais personne ne s'était attendu à ce qu'elle soit aussi une vert argent. A l'autre bout de la Salle, des Gryffondors l'épiaient d'un œil mauvais, tandis qu'Harry et son frère, ne pouvaient que la regarder avec inquiétude. Ils avaient peur pour elle, aussi elle ne pouvait les réconforter que d'un sourire lointain. Un sourire qui s'excusait aussi, de tout ce qu'ils devaient vivre. Le week-end était passé rapidement. L'indifférence de Tom à son égard n'était qu'une stratégie, elle le savait, mais il était clair que désormais il se méfiait ouvertement d'elle. La veille, ses trois amis avaient assistés à leur toute première réunion en tant que mangemorts. Un moment gênant, stressant, et pour le moins du monde extrêmement ennuyeux. Blaise, Hermione et Drago était revenus exténués, la tête pleine de discours sans queue ni tête, et avec l'ordre de repérer de nouvelles recrues potentielles parmi la maison Serdaigle. Jedusor ne leur avait encore pas demandé de nouvelles informations, ni même encore de faire leur preuve à son égard. Mais ils n'étaient pas dupes, et savaient que ça ne se retardait.
Alors qu'une myriade de chouette apparaissait depuis les fenêtres pour déposer les lettres et journaux, Hermione la regarda, émerveillée devant ce spectacle qu'elle n'aurait jamais cru revoir de sa vie. Ginny semblait aller bien, mais son amie savait aussi que cette façade était fragile.
- Comment tu te sens ? Demanda-t-elle.
- Un peu fatiguée. Mais je vais bien.
- Tes nausées ?
Il ne fallait pas être devin pour voir son rictus dégoutté devant son imposante tasse de café. Et cette grimace, ne put que les faire sourire.
- Je fais avec.
- Tu as reparlé à Jedusor ?
- Pas depuis deux jours. Dit-elle. Il m'espionne de loin, mais ça s'arrête là pour le moment. Je ne vais pas tarder à devoir prendre les devants.
- Tu es sûr que c'est une bonne idée ?
- Qu'elle le soit ou pas, c'est le moyen d'avoir ce qu'on veut. Souffla-t-elle. Au fait, qu'est-ce que te voulais Abraxas ?
- S'excuser. Du moins, je crois. Il était stressé. J'ai écourté la conversation, mais tu connais les Malfoy, ils sont... obstinés et bizarre.
Hermione se revit, essayant de fuir Abraxas dont les yeux s'étaient creusés de cernes noirâtres. Il avait insisté pour lui parler, et s'excuser de ce qui était arrivé. Il avait reconnu ses fautes et exprimer plus de regrets qu'un condamné à mort. Une situation gênante à laquelle la jeune femme n'avait répondu que d'un hochement de tête mal à l'aise et d'un sourire gêné. Il avait pris son pardon comme une offrande, la remerciant plus que jamais avant de la laisser seule et perturbée. Décidément, elle ne serait jamais tranquille avec les Malfoy et commençait à croire que sa malédiction ne s'appliquait pas qu'à une seule génération.
- Hum Hum... Et pour l'autre Malfoy ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Oh je t'en prie. Sourit-elle malicieusement. Je sais pour toi et Drago.
Le nom de jeune homme failli lui faire recracher son jus de citrouille, et déjà, la gêne lui colora les joues. Elle n'avait pas parlé au jeune homme depuis leur dernière conversation dramatique. Une situation gênante au possible qui les avaient poussés à s'éviter ces derniers jours.
- Blaise t'a parlé ?!
- Il n'en a pas eu besoin. Drago est venu me voir.
- Et... et qu'est-ce qu'il t'a dit ? S'enquêta-t-elle le regard bas.
- Si tu veux le savoir, tu n'as qu'à aller lui parler.
- Non je... je ne peux pas. Pas encore.
- Ça fait presque deux jours que vous vous évitez. Soupira Ginny. Ça ne peut pas durer, tu le sais bien ! Vous devez en parler !
- C'est... compliqué !
La jeune femme regarda son amie se perdre dans les volutes de son breuvage, cherchant en vain à éviter ce sujet resté en suspens depuis son aveu. Mais il fallait que ça cesse. Drago et elle faisaient l'autruche, mais ce n'était sain pour personne. En allant la voir, le jeune Malfoy lui avait fait part de ses doutes, incertitudes et regrets. Il ne savait pas quoi faire lui non plus, ni même quoi penser. Ils étaient tous deux piégés par leurs sentiments, et ni l'un ni l'autre ne trouvait le courage d'avancer. Ils avaient peur. Peur de commettre le faux pas qui ruinerait tout, mais ils ignoraient que c'était ce silence pesant qui risquait de tout détruire.
- Hermione... je suis déjà passé par là, crois-moi. Dit-elle en lui prenant doucement la main. Et je sais, à quel point ça fait peur mais tu ne peux pas continuer comme ça. Tu dois allez lui parler.
- On a plus important à penser pour le moment. J'ai fait une erreur, ce que j'ai dit été déplacé compte tenu de notre situation.
- Par Merlin, arrête un peu. C'était pareil pendant la guerre entre nous Harry ! Soupira-t-elle. Tu te souviens ? Toi et lui, vous vous tourniez autour sans jamais admettre vos sentiments et Blaise et moi servions d'entremetteurs !
- C'était différent ! S'exclama-t-elle.
- On était en guerre, alors non, c'était pire. Ici, d'une certaine façon, les choses sont plus simples pour le moment. Alors profite de ce répit. Tu sais que je t'adore et que je te soutiens mais par pitié, arrête de tourner en ronds. Surtout que nous savons tous que peu importe la façon dont cela se passe, le résultat sera le même. Alors arrête de te torturez pour rien.
Hermione bafouilla, sans trouver quoi dire. Elle savait que Ginny avait raison, mais faire face à la réalité était toujours plus difficile que des mots. Devant ses yeux plein de vérité, la jeune femme baissa la tête honteuse et perdue. Drago lui manquait, la peur et la honte la hantait et tout ça au beau milieu d'un silence plus atroce que tout autre chose. Elle ne savait pas quoi faire, et ça la rongeait. Alors qu'un silence s'installait, elles virent Blaise les rejoindre, étonnement de bonne humeur pour la première fois depuis des jours.
- Tu m'as l'air bien heureux aujourd'hui. Dit Ginny surprise en le voyant se ruer sur une assiette d'œufs brouillés.
- J'ai bien dormi. Dit-il simplement. Rien de mieux pour être en forme.
- Arias t'a retenu après la réunion hier. Tout va bien ? S'enquêta Hermione inquiète.
- Oh oui, ce n'était pas grand-chose. Mais il veut que je le retrouve tout à l'heure pour un débriefe de la matinée. Il pense avoir repérer des fidèles potentiels, et veux mon avis avant d'en parler à Jedusor.
- Qui sont-ils ?
- Aucune idée, mais je ne vais pas tarder à le savoir.
- Drago n'est pas avec toi ? Demanda finalement Hermione d'une petite voix.
- Il arrive. Orion est venu le voir ce matin. Apparemment il avait besoin de lui pour un devoir.
- Orion est le troisième de la classe après moi et Jedusor. Dit la brune les sourcils froncés. Pourquoi aurait-il besoin d'aide ?
- Aucun idée, mais vous connaissez ces mangemorts. Dit-il en s'empiffrant. Tout est bon pour nous espionner.
- Tu n'as plus tes béquilles ? Demanda brusquement Ginny.
- Non ! Dit-il encore plus heureux. Je vous avais dit que ce n'était qu'une question de temps avant que tout s'arrange !
- Mais tu es censé avoir encore deux mois de traitement. Dit-Hermione à la fois surprise et inquiète. Tes jambes sont fragiles et l'infirmière a dit que...
- Je vous l'ai dit, je vais bien. Insista-t-il. Les médecins dramatisent toujours un peu. Au faite, Jedusor n'est pas là non plus ?
- Il est tôt. La moitié des élèves ne sont pas encore là. Dit la rousse en regardant néanmoins vers la porte. Il sait que je reprends les cours aujourd'hui, je doute qu'il veuille rater ça.
- Personne ne veut rater ça. Dit-il en la bousculant d'un sourire moqueur. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais seulement deux étudiantes ont déjà été scolarisé à Poudlard enceintes. Félicitation Gin, tu entres officiellement dans l'histoire.
- Ravi de l'apprendre. Moi qui avais peur qu'épouser le Seigneur des Ténèbres ne suffise pas à faire parler de moi.
Ils rirent de bon coeur devant sa grimace, mais leurs sourires se fanèrent brusquement à l'entrée en trombe du Malfoy, un journal à la main. Les cheveux en bataille et le regard pressé, ils se rua vers eux d'un pas presque paniqué.
- On a un gros problème. Haleta-il en s'asseyant précipitamment sans les saluer.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?!
Ils le regardèrent écarter brusquement leurs assiettes et étaler la gazette devant leurs visages intrigués, une sueur froide ruisselant depuis son front. Ils n'avaient pas pris le temps de lire les titres ce matin, les nouvelles se résumant souvent aux deux guerres qui faisaient rage un peu partout dans le monde. Mais déjà un brouhaha s'élevait parmi les élèves et tous se ruaient sur les quelques journaux encore libres. Leurs visages passaient de la surprise à la joie et des cris de victoires et soulagement résonnèrent depuis les tables. L'ambiance devenait électrique, frénétique et aussi bien inquiétante qu'étrange. Quelque chose était arrivé. Quelque chose qui ravissait le monde, mais qui pétrifiait Drago. Alors qu'ils le fixaient tous, pendu à ses lèvres, il dit ces mots qu'il maudit dans l'instant.
- Grindelwald est mort. Souffla-t-il pétrifié.
Cette annonce leur glaça le sang. C'était impossible.
- Quoi ! Hurlèrent-ils.
Mais l'ancre de la gazette était formelle, et déjà une pâleur mortuaire prenait possession de leurs traits.
"Personne ne l'aurait cru possible, mais c'est fait. Alors que depuis des mois, le Mage Noir Grindelwald échappe au Ministère de la Magie et aux aurores du monde entier tout en semant cadavres et horreurs derrière lui, le célèbre Sorcier et professeur à Poudlard, Albus Dumbledore, à aujourd'hui affirmé qu'une attaque avait glorieusement détruit l'un de ses repères les plus emblématique. Accompagné d'Aurores et du Ministre de la Magie, l'assaut aurait eu lieux hier soir, dans un ancien château abandonné dans le Nord de l'Ecosse. Avantagé par l'effet de surprise, on déplore néanmoins de nombreux blessés dû à une terrible explosion ayant été le coup fatal et désespéré de Grindelwald, dont le corps n'a toujours pas pu être identifié à cette heure. Néanmoins, cette attaque aurait permis l'arrestation de plus d'une quarantaine de ses fidèles les plus dévoués. Les juges de toute l'Angleterre ont été saisi et les procès devraient débuter dès demain. Le Ministre de la magie affirme que pour la première fois depuis des années, il se pourrait que la guerre touche enfin à son terme et que le pire soit désormais passé."
Livide devant l'article, les sorciers se regardèrent, plus horrifiés que jamais. Cela n'aurait pas dû arriver. Jamais ! Et pourtant, on entendait déjà les réjouissances des élèves de Poudlard, trop heureux à l'annonce du décès de ce monstre. A la table Griffondores, Harry et Ron paniqués, préférèrent se retirer, et quittèrent la Grande Salle le regard déboussolé. Eux aussi venaient de saisir l'ampleur de ce que cela signifiait : leur arrêt de mort.
- Non. Non ! S'emporta Hermione dépitée. C'est impossible ! Impossible !
- Dumbledore n'a pas été là du Week-end. Souffla Blaise. Maintenant on sait pourquoi.
- Il... il ne peut pas l'avoir tué. Pas maintenant ! Pas avec plusieurs mois d'avance ! Cela n'a aucun sens ! S'exclama Ginny.
- La ligne temporelle a été modifiée. Dit Drago. Quelque chose a précipité sa mort !
- Il ne devrait pas être mort ! Il ne peut pas ! Il aurait dû se faire arrêter, pas tuer !
- L'explosion a ravagé tout le château. Il y a des dizaines de morts, personne n'y a survécut...
- Peut-être que c'est une mise en scène. Répliqua la brune. Ce ne serait pas étonnant et...
- Hermione ! Arrête. C'est fini. Soupira Drago.
- Non !
- Même si c'est le cas, la guerre est terminée. Ses fidèles sont emprisonnés, et son repère est détruit ! Même s'il est encore en vie, Grindelwald a perdu, et il ne tardera pas à disparaître pour de bon. Et la Baguette avec lui...
- Mais on a besoin de cette baguette ! Le Maître nous a dit que...
- Le maître n'est plus là ! Et la baguette non plus ! Si on veut pouvoir partir d'ici, on a besoin d'un autre plan !
La dureté et la vérité des mots du blond leur coupa le souffle. Il avait raison, et ça les terrifiaient tous. Pourtant, Hermione refusait de croire à ces inepties. Grindelwald ne pouvait pas être mort. C'était impossible, et même si tout portait à le croire, elle ne pouvait pas l'accepter. Car si c'était vrai, cela signifiait qu'ils avaient échoués ; pas seulement pour eux, mais pour leur futur...
- On n'a peut-être pas besoin de la baguette ? Proposa Blaise.
- L'esprit nous tuera si on ne l'a pas. Dit sévèrement Ginny le regard perdu.
- Il y a peut-être un autre moyen pour partir d'ici, non ?
Hermione les regarda, presque plus abasourdie par leur réaction que le reste. N'avaient-ils donc aucune foi ? Aucun espoir ? Leur plan et leurs espoirs reposaient entièrement sur Grindelwald et leur maître et leurs enfants comptaient sur eux. Ils ne pouvaient pas changer de stratégie comme ça ! Pas après tout ce qu'ils avaient traversé, et enduré pour arriver où ils étaient. Toutes ces tortures, ces peurs, ces doutes, ces sacrifices... tout ça pour renoncer ? Non. Elle ne pouvait pas tolérer un pareil échec. Pas encore.
- Hermione t'en pense quoi ? C'est possible ?
Elle n'avait pas entendu leurs idées, et ne voulait pas les écouter. Elle, mieux que quiconque savait qu'il n'y avait pas d'autre moyen. Elle avait passé des nuits blanches à réfléchir, penser et à imaginer la moindre faille capable de les sortir d'ici. Mais il n'y en avait pas. Leur plan était le seul capable de marcher pour eux, comme pour leur futur. Et ça, ils semblaient tous l'avoir oublié. Oublié qu'ils n'étaient pas les seuls à être sauvés. Blessée et en colère, elle déchira furieusement le journal et se leva brusquement de table. Sans répondre aux appels de ses amis, elle voulut quitter la Grande Salle mais fut retenue par la main forte de Drago.
- Hermione !
- Lâche moi !
- Qu'est-ce qu'il te prend ?! Demanda-t-il plus bas.
- Ce qu'il me prend ?! Je refuse d'écouter vos idées ridicules !
- On a besoin d'un autre plan !
- Il n'y a pas d'autre plan ! S'exclama-t-elle.
- Il doit bien y avoir une autre sol...
- Non ! Drago tu ne comprends pas ! Il n'y a rien d'autre ! Rien ! Si Grindelwald est mort alors nous aussi. On est tous condamné... absolument tous ! Souffla-t-elle. Et je refuse de le croire.
Incapable de supporter son regard d'avantage, la jeune femme se dégagea et parti, le cœur lourd et au bord des larmes. Pantois, Drago resta planté dans l'allée pendant de longues secondes, tout aussi perdu par ses mots que par ce qu'ils signifiaient. Pour la première fois de sa vie, il n'avait jamais autant souhaité qu'elle ait tort. Dépité, il retourna s'asseoir sans rien dire, sous les regards inquiets de Blaise et dur de Ginny.
- Elle a besoin de temps. Dit le métis. C'est difficile à digérer...
- On doit trouver autre chose. Souffla-t-il. On n'a pas le choix. Il le faut.
- Vous ne comprenez donc rien. Dit la rousse d'une voix blanche.
- Quoi ? Tu es de son côté ! S'énerva le blond.
- Je te conseil de changer de ton. Cingla-t-elle froidement. Et non, je ne suis pas de son côté. Mais ça ne change rien au fait qu'elle ait raison. L'esprit est la seule entité suffisamment puissante qui puisse nous ramener chez nous. Mais ce n'est pas ce que je voulais dire.
- Alors quoi ?
Elle les regarda, abasourdie par leur manque de compréhension. Pourtant, plus elle y pensait, plus sa gorge se serrait.
- Si... si Grindelwald est mort, alors Voldemort perd la guerre dans notre époque.
- Quoi ?!
- Grindelwald est celui qui a indiqué au maître où se trouvait la baguette de Sureaux. Si la baguette est perdue, jamais il n'arrivera à battre Harry. Et si Harry gagne, et que... que le maître meurt, ça ne veut dire qu'une chose. Le futur de nos enfants n'existera plus...
- Tu... tu es sûr ? Pâlit Blaise.
Ginny ne dit rien pendant plusieurs secondes, la mâchoire tendue et les yeux fixé sur le Malfoy toujours déboussolé. Il ne comprenait pas où elle voulait venir. Il ne comprenait pas ce qui la hantait, elle et Hermione depuis l'annonce de la mort de Grindelwald. Il ne comprenait pas la destruction de leur ligne temporelle, ni même les conséquences que cela aura sur tout ce qu'ils chérissaient. L'échec de Voldemort dans leur époque changerait absolument tout. Détruirait absolument tout.
- Drago. Dit-elle. Que penses-tu qu'il arrivera à Bellatrixe si elle se fait prendre par les aurores une fois que le Maître tombera ?
- Heu.. je...
- Elle sera exécutée. Et Kaï ne viendra jamais au monde. Ton fils... sera perdu à jamais. Tout comme Katherine et Elias. Dit-elle la voix changée. Et... si l'article dit vrai. Si Grindelwald est bien mort dans cette explosion... alors c'est déjà trop tard. Et nos enfants... nos enfants sont tous déjà morts.
- Des soucis au paradis ?
- Ce n'est pas le moment Malfoy. Cracha Hermione sans retourner vers Abraxas.
La Granger se terrait à la Bibliothèque depuis déjà une bonne heure, dévorant le moindre ouvrage capable de l'aider à comprendre, à retrouver pied ou à l'empêcher de se noyer dans ses propres poumons. La mort de Grindelwald était une mise en scène, une couverture ! Elle devait l'être ! Dans le cas contraire, c'est toute ses raisons de vivre qui s'évanouiraient, ainsi que tous ses espoirs qui l'incitaient encore à respirer en ce monde. Elle ne pouvait pas avoir tort. Elle ne pouvait pas accepter qu'un Mage Noir aussi mythique que Grindelwald soit mort dans une simple explosion. C'était inconcevable et même incompréhensible. Cet homme était le pire cafard de l'histoire, il avait survécut à tout. Sa mort n'était pas envisageable. Aussi, elle se démenait, se perdait dans tous les livres d'histoires et de biographie en mesure de lui prouver qu'elle avait raison et qu'il n'était pas mort.
- Tu... tu vas bien ? Demanda Abraxas, gêné.
- Je... Je suis un peu stressée. Rien de plus. Dit-elle rapidement.
- Tu es sûr ? Je sais que ce ne sont pas mes affaires, et que je suis même très mal placé pour t'en parler mais... je t'ai vu te disputer avec Drago tout à l'heure. Je voulais juste m'assurer que tu allais bien.
- Abraxas, s'il te plaît... pas maintenant.
- Je comprends, désolé. S'excusa-t-il. Mais si jamais tu as envie d'en parler, je te jure de me tenir cette fois. Je veux qu'on devienne ami, même si on n'est pas parti du bon pied tous les deux.
- Ravi de l'appendre. Dit-elle dans un rictus amusé. Je m'en souviendrais.
Abraxas sourit du mieux qu'il put, mais ne put tourner les talons que déjà la voix menaçante de Drago résonnait derrière lui.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
En le voyant, Abraxas déglutit. Le souvenir de leur dernière altercation restait vivace en lui, tout comme la haine lisible dans les yeux du jeune homme. Les poings serrés, le Malfoy se retenait durement pour ne pas frapper son grand père.
- Je... heu...
- Va-t'en. Souffla-t-il les dents serrées.
- Drago... Soupira Hermione.
- Non, je m'en vais.
Abraxas parti sans demander son reste, sous le regard enflammé de son bourreau dont la veine du front battait déjà sous sa peau. Désormais seuls, et dans un soupir fatigué, Drago se tourna vers Hermione, mais il ne put faire face qu'à un mur. La jeune femme s'était détournée de lui, la tête replongée dans ses livres avec pour objectif de l'ignorer autant que possible. Elle ne voulait pas le voir et encore moins maintenant. Pourtant, le Malfoy ne renonça pas et s'avança les mains tremblantes. La culpabilité et le désespoir le rongeait. Il n'avait pas compris l'ampleur de l'horreur dans laquelle ils étaient désormais plongés, et regrettait ce qu'il avait dit. Encore plus à elle. Il savait que leurs enfants étaient tout pour elle. En perdre un, n'était pas concevable. Mais cette possibilité était devenue synonyme de réalité depuis ce matin, et ça le tuait. Ça le tuait autant qu'elle.
- Hermione...
- Pars.
Sa voix était froide, cinglante et aussi dure que celle de Ginny. C'était la voix d'une mère qui avait peur.
- S'il te plaît, je...
- Je ne veux pas t'entendre Drago. Souffla-t-elle. Je ne veux pas parler d'un autre plan, ni de comment le réaliser ou de comment ne pas se faire tuer par l'Esprit sans la baguette, je... je ne veux rien entendre !
- Tu... tu fais des recherches ? Demanda-t-il sans comprendre pourquoi.
- Je dois me renseigner et essayer de comprendre pourquoi Grindelwald a simulé sa mort et comment. J'ai lu toutes ses biographies et tous les journaux le mentionnant, mais je dois approfondir l'enquête, je dois comprendre !
Elle parlait vite, le regard jamais fixe, et tournait plus de page à la seconde qu'elle ne battait des cils. Rarement il avait été donné l'occasion à Drago de la voir dans cet état. Elle semblait en transe, ses boucle brunes volant par-dessus sa tête à chaque changement de livres. Elle était désespérée. Et une Hermione Granger désespérée était rare et grave.
- J'ai encore beaucoup de travail alors quoi que tu veuilles me dire pour me convaincre de...
- Je ne sais pas venu pour ça. Dit-il.
- Alors quoi ?! S'exclama-t-elle à bout en lui faisant face pour la première. Qu'est-ce que tu veux ?
- Je voulais m'excuser.
- Deux Malfoy qui s'excusent dans la même semaine... ouah, c'est vraiment la fin du monde. Soupira-t-elle dans un sarcasme.
- Non, s'il te plaît écoute moi. Insista-t-il. Je suis désolé pour tout à l'heure, je n'avais pas compris que...
- Que notre fils était peut-être perdu ? Dit-elle brusquement. Oui, je crois que je l'avais remarqué.
Le Malfoy se tut, figé par la violence des mots qui le mirent face à la gravité de la réalité. Kaï état peut être perdu. Mort avant même d'être né. Comme la majorité des enfants de Ginny et du futur pour lequel ils se battaient depuis des mois. Il expira avec force, un trou béant dans la poitrine, et essaya de refréner un sanglot tandis que déjà des larmes roulaient depuis les grands yeux d'Hermione. Cette situation, était la plus horrible. Cette douleur, la plus insupportable. Et ce mince espoir, le plus cruel. Ne pas savoir si son enfant était ou non, encore vie, les tuaient plus qu'aucun Adava au monde. Dépité, et le regard humide, Drago chercha à parler et à s'excuser encore mais sa voix mourut sur ses lèvres quand Hermione lui tourna de nouveau le dos, les épaules secouées de sanglots muets. Il n'avait plus les mots. Il n'y avait pas de mot.
- Pardon... souffla-t-il avec difficulté. Pardon.
- Ne dis pas ça... dit-elle. Ne dis pas ça comme s'il était déjà mort.
- Il ne l'est pas. Il y a toujours un moyen d'arranger les choses, et on... on le trouvera. Même si ça nous prend des années, et tous les sacrifices du monde, je te le promets... qu'on le trouvera. On trouvera un moyen de le sauver.
- Tu ne peux rien promettre... souffla-t-elle.
Elle senti sa main sur son épaule. Une main réconfortante, timide et encore mille fois désolée. Une main qui franchit toutes ses barrières et la fit fondre en larme, sans retenue ni honte.
- Hermione...
De sa voix enrouée et sa main tremblante, il releva son visage enfoui inondé de perle de malheur. De larmes de désespoir qui faisaient briller ses joues.
- Kaï est mon fils. Et je te jure, sur tout ce que j'ai, que je ferais tout... absolument tout pour le sauver. Pour vous sauver tous les deux. Hermione... je ne peux pas vous perdre. Je vous aime trop. Je t'aime trop.
Brisée, elle tomba dans ses bras, le visage déformé de douleur et de peur, ses cris de désespoirs à moitié étouffés contre lui. Drago ne put lutter à son tour, et pleura aussi, ses larmes s'accrochant aux boucles de la jeune femme. Cette scène aurait pu paraître peu banale au milieu d'une bibliothèque mais elle l'était bien moins en réalité. Celle de deux parents perdus et apeurés, pleurant dans l'échos des cris d'une mère convaincu d'avoir perdu son enfant.
Harry et Ron ne disaient rien. Muets dans la salle commune de Gryffondor, ils baignaient dans un silence pesant, qui ne faisait que hurler ce qu'ils s'efforçaient d'oublier. Sur la table basse, en face de la cheminée éteinte, reposait le journal du jour. Un simple bout de papier couvert d'une encre maudite, qui venaient de sceller leur destin. Ils n'avaient eu besoin de personne pour comprendre ce que les gros titres signifiaient pour eux, leurs amis et leur futur. Au début, ils avaient essayé de trouver une faille dans la chronologie temporelle de leur époque ; n'importe quoi capable de contredire l'évidence même. Mais se torturer l'esprit ne faisait qu'empirer les choses. Ils ne pouvaient pas le nier. La partie était perdue d'avance. Et cette réalité n'avait pas de mot. Aucun mot n'était adéquat pour décrire ce deuil, cette douleur, ce sentiment d'espoir perdu.
- Je n'aurais jamais cru que je haïrais autant l'idée de gagner cette guerre. Souffla brusquement Harry dans le vide.
Ron lui jeta un regard, mais il ne le vit pas. A la place, le Survivant resta là, assis sur le canapé, livide, les yeux fixés sur les cendres encore tièdes de la cheminée noirâtre de suie. Le roux déglutit, ses mains plaquées contre son visage défait. Il avait raison. Cette victoire tant rêvée et espérée, avait le pire goût qui soit ; au point de les en rendre malades. Bien sûr, ils auraient pu se réjouir et exulter d'une joie méritée après tant de sacrifices et de pertes dans leur époque. Vaincre Voldemort avait toujours été leur objectif, leur but et leur rêve, mais en ce temps ils n'étaient encore que des gosses immatures. Et c'est aujourd'hui qu'ils s'en rendaient le plus compte. Ils avaient changé. Après tout ce qu'ils avaient vu, appris et vécu, ils n'étaient plus ces adolescents bercés d'espoirs et d'illusions. Ils avaient finalement compris que tout n'était pas que blanc, ou noir, et que même les pires des monstres pouvaient être sauvé. Ginny avait sauvé Voldemort, tandis qu'eux, avaient sombré. Hermione avait sauvé Kaï quand eux, l'avaient renié. Ils étaient devenus des monstres en se croyant dans le camp des gentils. Mais il n'y avait pas de gentils. Il n'y en avait jamais eux. Et aujourd'hui, à l'aube de leur repentance, ils étaient de nouveaux piégés. De nouveaux affligés par le sort qui avait décidé de leur prendre la seule et unique chose qui leur restait à sauver : l'avenir de ceux qu'ils aimaient.
Grindelwald était mort et avec lui, leur chance de faire mieux. Mieux pour eux, mais surtout, mieux pour leurs amis. Dans les non-dits et la lourdeur de leur mutisme, résonnait la douleur de leurs proches. Ils ne pouvaient qu'imaginer ce qu'enduraient Hermione, Drago et Ginny et à cet instant, et cette simple idée leur retournait le cœur. Il n'y avait rien de pire que de perdre un enfant et tout ce qu'il représentait. Et pourtant, une fois de plus, ils devaient le supporter. A croire qu'ils étaient véritablement maudits des Dieux.
- Je... je ne peux pas croire que ce soit fini. Dit Ron dans un murmure. Je ne peux pas...
- On n'a pas le choix. On ne l'a jamais eu.
- Redis moi ce que Blaise t'a dit.
Harry soupira. Il se répétait pour la sixième fois, mais son ami ne semblait pas pouvoir passer à autre chose. Croiser Blaise cinq minutes dans les couloirs à l'abris des regards n'avait pas été simple, mais suffisant pour comprendre que c'était un jour sombre pour chacun d'entre eux. Mais une seule phrase du Serpentard obsédait Ron.
- Il a dit qu'Hermione n'acceptait pas que Grindelwald soit mort. C'est normal après tout.
- Non, pas ça. L'autre chose !
- Ron...
- Harry, s'il te plaît... Supplia-t-il.
- Il a dit qu'elle se persuadait qu'il avait simulé sa mort, mais ça revient au même. Elle est dans le déni, parce qu'elle a mal. Dit-il. Comme nous tous.
- Plus que nous tous ! Elle... elle a perdu Kaï ! Et Ginny a perdu... Katherine et Elias. C'est tout leur futur et leurs familles qui viennent de s'effondrer.
- Je sais. Mais on ne peut rien faire. La mort de Grindelwald est...
- Impossible ! S'énerva-t-il brusquement en reversant le jeu d'échec avec fracas.
- Ron !
Harry se leva en sursaut, réveillé par l'élan soudain d'adrénaline de son ami. Il semblait enragé, les joues en feu et le corps tremblant tandis que les pièces d'échec roulaient sur le tapis dans l'échos de leurs battements de cœurs. Ron était incapable à calmer.
- Il ne peut pas être mort Harry ! Pas comme ça ! On parle de Grindelwald, même Dumbledore n'a pas pu le tuer, alors une explosion ?! Continua-t-il le regard fou. On vient du futur, on connait l'histoire par cœur, on ne peut pas se tromper !
- Ron, calme-toi !
- Je ne peux pas ! S'écria-t-il. J'ai... j'ai perdu ma nièce et mon neveu aujourd'hui. J'ai perdu ma chance de réparer mes erreurs avec Kaï, Harry... on a tout perdu nous aussi. Et je... je refuse de l'accepter.
Il finit sa phrase à bout de souffle, prêt à s'écrouler sur lui-même sous le poids du désespoir. Face à lui, le jeune Potter soupira, dépité. Il avait raison, mais lutter ne changerait pas l'histoire.
- Ron, j'aimerais qu'il y ait une solution. Sincèrement, je n'espère que ça ! Dit-il. Mais que veux-tu qu'on fasse ? Dis-moi ! Dis-moi ce que tu veux faire et je te suivrais ! Mais il faut se rendre à l'évidence qu'on ne peut pas tout contrôler !
Le roux aurait voulu le croire, être simplement détruit pour espérer un jour se reconstruire, mais il ne pouvait faire taire le sentiment d'urgence qui enserrait son cœur. Celui qui le persuadait que quelque chose n'était pas normal, et que rien dans tout ce qui avait été dit dans le journal n'était immuable. Il savait que cela pouvait être du déni, ou juste de la paranoïa, mais il devait savoir. Il devait connaître la vérité sur ce qui était arrivé dans ce château abandonné au Nord de l'Ecosse. Il devait être sûr. Aussi bien pour lui, que pour ses amis. Ils en avaient tous besoin. Dans sa réflexion, Ron regarda Harry. Il avait peur, mais devait le faire. Il devait savoir.
- Tu me le jure ? Demanda-t-il alors après plus
- Quoi donc ?
- De me suivre ?
- Ron, qu'est-ce que tu...
- Réponds simplement.
Quelque chose était né dans le regard du Weasley. Quelque chose qui effraya Harry, et le transporta deux ans en arrière, quand lui-même avait cette lueur au fond des yeux.
- Tu sais bien que oui.
Dans ce cas les jeux étaient faits.
- Ron... qu'est-ce que tu veux faire ? S'inquiéta-t-il brusquement.
- Je veux prouver au monde qu'il a tort. Dit-il. Je dois prouver au monde qu'il a tort !
Il hésitait encore, mais refusait de faire marche arrière. Ils avaient tous trop sacrifiés pour s'arrêter à un bout de papier. Pour s'arrêter maintenant. Alors qu'Harry pâlissait, il put sentir le risque et le doute faire frissonner son dos, mais s'en ficha. Dès aujourd'hui, il n'avait plus rien à perdre.
- Ron...
- Je veux trouver Grindelwald.
Voilà voilà ! La suite avec un peu de retard, mais la voilà ! Donc les choses prennent une autre tournure et ce qui va suivre risque de ne pas être de tout repos ;) alors accrochez-vous ! Dîtes moi vos avis dans les commentaires !
Et merci encore de me suivre après tout ça !
Gros bisous ! A très vite !
