Ginny resta sans voix, figée de stupeur devant son frère. Elle crut pendant plusieurs avoir mal entendu, ou mal compris, et pria même pour que ce soit le cas. Mais à regarder les sacs déjà prêts des deux Gryffondors, et leurs habits de moldus, il n'en était rien. Il n'y avait pas d'erreur.
- Vous... vous... quoi ? Bafouilla-t-elle.
- Nous partons. Répéta Ron.
- Vous êtes fous ! S'horrifia Blaise en réalisant la signification de ces mots.
- Peut-être. Soupira Harry. Mais c'est le seul moyen d'être sûr.
Tous réunis dans la Salle sur Demande, les sorciers croyaient bien halluciner. Comme si cette journée n'avait pas suffi à les achever, leurs deux Gryffondors sous couvertures s'étaient mis en tête d'en rajouter une couche. Et à voir la détermination qui émanaient de leurs regards, ils étaient convaincus de leur plan. Un plan suicidaire.
- Ron... souffla Ginny effarée. S'il te plaît, dis-moi que c'est une blague.
- Non. Il faut que nous partions.
- Mais pour aller où ?! Demanda Drago.
- Le Nord de l'Ecosse pour commencer. Puis, là où les rumeurs nous guiderons, jusqu'à ce qu'on le trouve enfin.
- Vous... vous voulez vraiment le trouver ? Trouver Grindelwald ? Souffla Hermione livide.
- Oui.
- Mais il est mort !
- Aux dernières nouvelles, son corps n'a toujours pas été identifié. Dit le Survivant. Je sais que ça peut paraître dingue, mais ça nous laisse une petite chance. C'est un fou furieux, la possibilité qu'il soit vraiment mort est plus mince que tout le reste.
- On doit essayer.
- C'est de la folie... Dit Ginny au bord de la crise de nerf. C'est de la folie !
Ron regarda sa sœur, le visage défait, tandis qu'elle marchait frénétiquement devant eux, une main anxieusement posée sur le ventre. Elle essayait de comprendre leur motivation, leur excuse pour agir de la sorte, mais rien de tout ce qu'elle pouvait envisager ne semblait assez fou pour expliquer leur démarche. Ils voulaient partir. A la recherche d'un mort. Alors que Jedusor les surveillaient plus que jamais et que rien n'était encore gagné. Ils voulaient partir en quête d'un fantôme qui les hantaient déjà tous. Ils voulaient partir au risque de ne pas revenir. Au risque de mourir. Alors qu'elle hyper ventilait déjà d'horreur et de stresse, Ginny vit les pires scénarios défiler sous ses yeux. Tout pouvait basculer ici, alors dehors ? Au milieu de la guerre des Moldu ? Avec des fidèles extrémistes dans la nature et des aurores à chaque route ? C'était impensable, inimaginable... Et pourtant c'est bien ce qu'ils planifiaient de faire. Ce qu'ils lui demandaient de faire.
- Ginny. Souffla Ron. S'il te plait...
- Personne n'a survécut à l'explosion ! Insista Drago paniqué.
- Selon qui ? La presse ?
- Il y a trop de doute. Ajouta Harry. Au moins, en allant sur place, on sera fixé.
- Vous êtes malade ! S'exclama le métis. Jedusor a déjà des doutes sur vous, si jamais vous partez maintenant, il saura que quelque chose se trame !
- Jedusor sera le dernier de nos problèmes si en rentrant chez nous, tous nos sacrifices n'auront servi à rien ! Je sais que.. que vous avez peur pour nous, mais on s'en sortira ! La cavale ça nous connaît, on saura gérer !
- Vous ne pouvez pas vous baladez dans la nature au risque d'empirer les choses !
- Pas même pour Kaï ? Demanda Ron en regardant une Hermione muette droit dans les yeux.
La jeune femme déglutit, la culpabilité rongeant ses veines. Assise dans son fauteuil depuis le début de leur réunion, elle n'avait pas bougé, et fixaient ses deux amis avec plus d'espoir que de peur. A la voir, elle semblait ne pas y croire, comme si ce qu'elle voyait n'était qu'une fabulation sortie tout droit de son esprit tourmenté. Pourtant, elle avait peut-être raison, et quelqu'un acceptait enfin de prendre le risque de soutenir sa voix, et de passer lui aussi pour un fou dans le déni. Mais il n'y avait pas que de la folie dans tout ce qu'elle avait dit, et ça, Ron avait su l'entendre. Il avait su voir le vrai dans l'ombre mensongère de l'encre de la Gazette, et pour ça, elle ne pourrait jamais l'en remercier assez. Il voulait partir sauvez son fils, et culpabilisait de vouloir autant le voir risquer sa vie pour ça.
- Pas même pour Katherine et Elias ?
Ginny baissa la tête, profondément déchirée de l'intérieur. Ce choix la tuait littéralement, enflammant son cœur d'une colère insupportable.
- Vous pourriez vous faire tuer. Gronda-t-elle.
- On le sait.
- Et je suis censé l'accepter sans rien dire ?! S'emporta-t-elle.
- Gin...
- C'est non ! Claqua-t-elle durement. Et je ne veux même pas en débattre.
- Tu ne peux pas nous empêcher de partir. Dit son frère.
- Tu oses me défier ?!
- Pour le bien de tes enfants, oui ! Tonna-t-il en lui faisant face. Ils ne sont peut-être pas condamnés ! Kaï non plus ! Laisse-nous essayer de les sauver pour une fois ! Laisse-nous essayer d'arranger les choses !
Les mots de Ron lui trouèrent le cœur. Elle ne voulait pas qu'il parte. Elle ne voulait prendre le risque de le perdre lui aussi. Et pourtant, elle ne pouvait le nier, son premier instinct était de partir avec eux et trouver de quoi ne pas perdre la raison. Un instinct qu'elle le savait, Hermione partageait à cet instant même. Mais les risques, et les conséquences donnaient le vertige. Sans rien dire, et tout en ravalant la boule qui se formait au creux de sa gorge, la jeune femme vit son frère s'avancer, les yeux bas et désolés. La culpabilité le rongeait lui aussi, mais autre chose l'habitait. Quelque chose qui désormais ravivait en lui, une foi en la vie perdue depuis longtemps. Et elle sut pertinemment à cet instant, qu'elle n'avait pas la moindre chance de le convaincre.
- S'il te plaît Ginny. Dit-il d'une voix grave. Je te demande la permission parce que je t'aime et que je te respecte, mais nous savons tous les deux que tu ne pourras pas m'arrêter. Tu es peut-être la Dark Lady, et notre maîtresse à tous aujourd'hui, mais tu restes aussi et avant tout ma petite sœur. Je refuse d'abandonner ta famille... notre famille. Je t'en prie, laisse-moi partir. Laisse-moi essayer de me racheter.
Sa vue se troubla plus vite qu'elle n'eut le temps de s'en rendre compte. Des larmes muettes dévalèrent ses joues, et plus encore quand Ron posa une main sur son ventre.
- Je lui dois bien ça. Dit-il. Je leur dois à tous.
Elle ne voulait pas les condamner à mort à travers un souhait égoïste. Elle ne voulait pas endurer ça. Mais peu importe ses mots, rien ne réussirait à arranger les choses. Il n'y avait pas de bon choix. Il n'y avait aucun. Alors qu'elle posait sa propre main sur celle de son frère, elle sut déjà qu'elle allait le regretter, et que cette histoire ne pourrait pas bien se terminer pour tout le monde. Comme elle savait déjà qu'elle n'avait pas la moindre envie de gagner cette bataille qui ravageait son cœur et sa conscience. Pas quand ses enfants étaient en jeu.
- Nouvel an. Dit-elle du bout des lèvres. Je vous donne jusqu'au Nouvel an.
- Gin, tu es sûr que...
- Vous aurez deux mois. Continua-t-elle en ignorant Blaise. D'ici là, la potion pour invoquer l'Esprit sera prête. Je veux un hibou toutes les semaines avec votre localisation et vos avancées. Est-ce que c'est clair ?
- Très clair. Assura Harry.
- Tenez moi au courant de tout. Du bon comme du mauvais, ça m'est égale. Je refuse de vous perdre une seconde fois dans la nature pendant une guerre.
- Merci Ginny. Souffla Ron délivré d'un poids.
Elle ne put que hocher la tête, toujours incertaine mais pieds et poings liés face à lui.
- Vous partirez à l'aube, avec la cape d'invisibilité. Drago, Blaise, donnez-leur deux bourses de gallions. Avec un peu de chance, ça devrait suffire.
Les deux jeunes hommes se regardèrent, angoissés et inquiets pour les deux Griffondors. Ils voulaient éviter la casse inutile, mais de toute évidence, ce serait impossible cette fois.
- Entendu. Soupira Drago.
- Et pour Jedusor ? Demanda Hary.
- On s'occupera de lui. Assura Hermione. Soyez sans crainte là-dessus.
- Évitez les grandes villes. Ajouta Blaise d'une petite voix, tout en se massant la cuisse. Elles sont toutes visée par les bombes Allemandes.
- On fera attention à nous. C'est promis.
- Vous n'avez pas le choix. Souffla Ginny en les fixant tour à tour. Je vous interdis de mourir. C'est compris ? Et ce n'est pas une demande, c'est un ordre.
Jamais on n'aurait cru cette scène possible. Alors qu'Harry et Ron récupéraient leurs affaires, c'est la mort dans l'âme que leurs amis leur dirent au revoir. Hermione et Ginny les enlacèrent, le visage en pleure, à la fois reconnaissante et hantée par l'idée qu'ils ne pourraient jamais les revoir. Quant à Blaise et Drago, ils ne purent que les fixer longuement, conscients du sacrifice qu'ils faisaient pour eux aujourd'hui, et des risques qu'ils prenaient. Tout en se serrant la main pour la dernière dois, ils ne purent s'empêcher d'esquiver un sourire. Après des mois entiers à se supporter, ils étaient sur le point de se séparer. Un acte loin d'être anodin, qui les pétrifiaient tous autant qu'ils étaient, malgré leurs différences et conflits. Ils avaient enduré tant de choses ensemble. Ils n'étaient plus ennemis. Et étaient plus qu'amis. Ils étaient une famille. Aussi, alors qu'aucun mot n'était nécessaire entre eux, les serpentards ne purent se retenir et les enlacèrent à leur tour.
- Faites gaffe à vous. Souffla Blaise la tête basse.
- Ne vous en faîtes pas. On a connu pire. Mais ne vous laissez pas avoir par Jedusor. Dit Harry. Vous êtes seuls maintenant.
- Si... si jamais il arrivait quelque chose...
- Non. Interrompit Drago d'une voix dure. Ce n'est pas un adieu Weasley. Ce n'est pas un adieu...
- J'espère. Mais veillez bien sur elles, et le bébé.
- On sera là, et on vous attendra. Assura-t-il. Il n'est pas question qu'on parte sans vous.
- On est arrivé ensemble. On repartira ensemble.
Ils savaient que cette promesse était sincère, et qu'ils feraient tout pour la tenir. A eux désormais de tenir leur promesse.
Dans la peine, la reconnaissance, l'angoisse et l'amour, ils s'échangèrent un dernier regard. Le dernier avant longtemps.
- Vous avez intérêt à ce que ce soit urgent. Dit sombrement Jedusor en entrant dans les toilettes du deuxième étages, Malfoy, Black et Lestrange sur ses pieds.
- Maître, il s'est passé quelque chose. On en est certain.
Il regarda ses fidèles comme les derniers des abrutis. Ils n'avaient de toute évidence pas compris le sens des mots "réunions urgentes".
- Oui, Grindelwald est mort. Bravo, vous savez lire.
- Non, maître... c'est autre chose.
- Vous avez cinq minutes. Soupira-t-il.
- J'ai surpris Jeanne dans la bibliothèque hier après-midi. Dit Abraxas précipitamment. Elle était agitée, et étrange. Drago aussi était là. Ils avaient l'air démoralisé et apeuré. Je n'ai pas compris pourquoi, mais au bout de quelques minutes je les ai entendus.
- Et ?
- Maître, Hermione était inconsolable.
Tom fronça des sourcils, intrigué mais ne trouva pas quoi dire. Du moins jusqu'à qu'Arias prennent la parole.
- Richards m'a demandé une autre dose ce matin.
- Pardon ?
- C'est exact maître. Je lui ai dit qu'aucune douleur ne pouvait revenir aussi vite après deux jours de prise consécutive, excepté si quelque chose l'avait énormément stressé ou bouleversé, mais il n'a pas voulu m'en dire plus. Il a maintenu que ce n'était rien, et est parti aussitôt l'injection faîte. Dit-il suspicieux. Je ne sais pas ce qu'il a appris, mais ça l'a suffisamment perturbé pour atténuer les effets du sang de Vélane.
- Ton petit drogué se fidélise. C'est une bonne chose.
Cette idée, et il n'en était pas peu fière, venait d'Arias lui-même. Il avait compris que Blaise était trop fidèle et loyale envers ses amis pour se laisser influencer, aussi il avait choisi d'utiliser la voie la plus déloyale ; celle de sa seule et véritable faiblesse. La douleur de ses jambes. Bien sûr, il avait refusé. De nombreuses fois même, jusqu'à qu'il n'en puisse plus. L'ascension des centaines de marches de la veille pour atteindre le sommet de la tour d'astronomie l'avait achevé et convaincu d'essayer, "juste une fois". Mais Arias n'était pas dupe. En lui donnant du sang de Vélane, le Lestrange était certain de le revoir venir à lui le lendemain même. Et ça avait été le cas. Cet élixir était un puissant antidouleur mais était aussi, et il comptait dessus, illégale à la vente à cause des dépendances terribles qu'il engendrait sur ses consommateurs. Une seule fois suffisait pour en redemander. Et Blaise n'avait pas fait exception. Suite à un bouleversement encore inconnu, les effets du sang s'étaient dissipés, réveillant sa douleur et son manque naissant, le poussant à mentir à ses amis. Une victoire sur tous les plans pour Jedusor, qui avait désormais à sa botte une mine d'information dépendante de son stock.
- Vous n'avez que ça à m'apprendre ?! Une fille qui pleure et un drogué qui se drogue, vraiment ?
- Non maître... souffla Orion plus pâle que les autres. J'ai reçu le rapport de Cornic ce matin, à propos des deux Gryffondors.
- Et ?
Le jeune homme baissa la tête, les mains accrochés à l'ourlet de sa robe. Il savait que ce qu'ils s'apprêtaient à dire, déclencherait une fureur qu'aucun d'eux ne saurait contenir.
- Ils... ils ont disparu.
- Comment ça "disparus" ?!
- Ils sont introuvables. Le directeur de leur maison à prévenu Dippet, et une enquête a été ouverte. Apparemment, leurs chambres étaient vides ce matin et personne ne les a vus depuis hier. Ils... ils se sont enfuit dans la nuit maître.
Cette fois Jedusor ne trouva pas quoi dire, et laissa tomba son sac de cours au quel il s'accrochait depuis une dizaine de minutes. Ces hommes avaient raison. Quelque chose se tramait. Quelque chose qui avait poussé les amis cachés de ses nouvelles recrues à fuir brusquement. Et bien entendu, personne n'avait été là pour les arrêter. Le sang aux joues, il passa une main dans ses cheveux, la respirations lourdes et le regard en feu. Pourquoi fallait-il toujours que ces vermines lui filent entre les doigts ? Pourquoi fallait-il qu'il doive toujours faire tout lui-même ?
- Nous sommes désolé maître... balbutia Arias en admirant ses lacets.
- Comment deux Griffondors ont bien pu vous échapper ?! Hurla-t-il hors de lui. Ils étaient sous votre surveillance !
- Celle de Cornic Maître...
- Ne pensez pas vous en sortir comme ça ! Cornic sera puni, mais soyez certains que cette histoire n'est pas finie ! Siffla-t-il rageusement. Je veux des réponses. Maintenant !
- Peut-être que la mort de Grindelwald les a atteints. Après tout, c'est à cause de lui qu'ils ont tout perdu non ?
- Pas ces deux-là. Ils viennent d'Amérique. Riposta Arias.
- Mais Mélors, Jeannes et Richards ? Dit Abraxas. S'ils sont liés à eux comme vous le dites, il y a peut-être une cause à effet.
- S'ils ont tous été bouleversés et que ces deux-là ont fui, ça veut dire qu'ils sont tous concernés par un élément déclencheur. Réfléchit Jedusor l'esprit mille à l'heure. Orion à raison, la mort de Grindelwald doit sûrement avoir un lien avec tout ça. Trouvez quoi ! Et surveillez nos trois recrues, je veux savoir le moindre de leurs faits et gestes en temps réel !
- Mais comment ? Ils ne nous font pas confiance et nous évitent.
- Maître, croyez-nous... jamais ils ne parleront.
Ils disaient vrai et en même temps avaient tort. Malgré son esprit rongé de doutes et de questions, Jedusor était néanmoins certain d'une chose ; l'une d'entre eux, lui parlerait.
- Comme toujours. Gronda-t-il. Il faut que je prenne les choses en main.
Il s'apprêta à partir, mais s'arrêta brusquement, une dernière chose en tête.
- On avance la cérémonie.
- M... maître ?!
- C'est un ordre. Claqua-t-il. Convoquez-les tous les trois ce soir. Il est temps que je sache s'ils tiendront véritablement parole. Oh, et trouvez-moi Cornic. Ce serdaigle à de toute évidence besoin qu'on lui donne une petite leçon.
- Pour quelqu'un qui était impatient de reprendre les cours, tu n'as pas l'air très heureuse.
Ginny soupira silencieusement. Elle l'avait senti arriver. Bien entendu, il était prévisible qu'il cherche à la voir aujourd'hui, mais ses raisons n'étaient pas innocentes, et ça, elle le savait pertinemment. Assise sur un banc devant le Lac Noir, un journal déplié sur les genoux, la jeune femme n'y avait pas bougé depuis plus d'une heure. Le soleil se faisait rare, caché derrière de gros nuages, prédiction d'orage de Novembre. La fraîcheur du vent la faisait frissonner malgré son pull, et déjà le sol n'était plus que recouvert que de feuilles mortes. A croire que même le ciel et la terre entendait sa douleur, sa mort intérieure. Une douleur désormais changée, mais plus intense. Ses enfants étaient peut-être perdus, et son frère et Harry avec eux. La rumeur de leur disparition avait déjà fait le tour du château. Elle avait même aperçu des aurores dans le couloir du bureau de Dippet. Une enquête allait être ouverte à leur sujet, mais là encore, pas pour les raisons que tous s'imaginaient. Deux élèves qui disparaissent le lendemain de la mort présumée de Grindelwald était suspect. Trop suspects pour ne pas supposer qu'ils avaient quelque chose à voir avec lui. Et bien entendu, ils n'allaient pas aller chercher plus loin, et dans moins d'une semaine leurs photos seraient placardées sur des murs, à côtés de celles d'assassins reconnus et en fuite... A croire qu'ils revenaient deux ans arrière, dans une cavale sans issue possible où chaque jour risquait d'être le dernier. Un scénario que les garçons connaissaient bien, à son grand désespoir.
Sans parler, ni même se retourner vers lui, Ginny put sentir le regard de braise de Jedusor dans son dos. Il n'allait pas partir, elle le savait.
- Laisse-moi deviner. Dit-il en s'asseyant à ses côtés. Le professeur de Potion t'a tellement dégoûté des cours que tu penses déjà à retourner à Beauxbâtons ?
Elle sourit dans une grimace, et frissonna quand leurs robes s'effleurèrent. De près ou de loin, Jedusor la hantait. Et elle pouvait le lire dans l'iris de ses yeux, ce sentiment était réciproque.
- Cette nouvelle ne te réjouit pas ? Demanda-t-il en prenant le journal sur ses genoux.
- Bien sûr que si. Dit-elle simplement.
- Je suis sûr que tu peux être plus convaincante.
- Pourquoi sa mort me ferait-elle de la peine ? Cet homme a tué toute ma famille et la plupart de mes amis. Il a détruit ma vie.
- Mais ?
- Mais rien du tout. C'est une bonne chose qu'il soit mort.
Son mensonge lui arrachait la langue. Et jamais de sa vie, Ginny n'avait autant souhaité que Grindelwald soit en vie. Cela serait tellement plus simple. Tellement plus facile.
- Présumé mort. Reprit-il. Ils n'ont pas retrouvé son corps.
- Qu'est-ce que tu veux Tom ? Tes questions ne sont pas innocentes. Soupira-t-elle en le regardant enfin.
- Ton comportement non plus. Tu devrais fêter sa disparition avec les autres. Tout comme tes amis. Pourtant, de ce que j'ai cru comprendre, vous n'êtes pas d'humeur. Dit-il. Et je veux savoir pourquoi.
- Grindelwald a tué beaucoup de gens que nous aimions. Souffla-t-elle la gorge nouée. Et sa mort... sa mort ne soulage rien. Rien ne soulage un deuil.
- La vengeance si.
- Sais-tu seulement de quoi tu parles ? Demanda-t-elle d'un ton étonnement plus dur, agacée par son comportement.
- Plus que tu ne le pense, Ginerva. Plus que tu ne le pense.
Il ne le lui dirait pas mais la jeune femme savait qu'il parlait de son père. De sa vengeance assouvie par le prix de son sang. Mais contrairement à elle, il n'avait rien perdu qu'il avait déjà aimé. Sa mère était morte en couche, son père l'avait abandonné, il avait grandi en orphelinat... une vie difficile qui n'avait jamais laissé place à l'amour et au bonheur. D'où son incapacité à comprendre ce qu'elle voulait dire. Il n'avait rien perdu qui méritait d'être vengé. Sa vengeance à lui était seulement égoïste. Il faisait payer au monde l'infortune de sa vie, rien d'autre. Elle aurait voulu lui expliquer, lui parler, mais ne le pouvait pas. Là encore, le poids de sa propre vie lui imposait le poids de son silence d'aujourd'hui.
- Je ne sais pas si tu es au courant, mais deux Griffondors ont disparus hier soir.
- Je sais. Dit-elle sans le regarder. Hermione, Drago et Blaise les ont rencontrés un peu avant la rentrée.
- Je suis surpris qu'ils n'aient pas déjà parlé aux aurores. Toute information pourrait leur être utile.
Sa quête de réponse était dangereuse, et déjà, la jeune femme pouvait sentir une sueur froide couler dans son dos. Pour autant, son ton ne changea pas quand elle retrouva la force de parler et de le regarder enfin.
- Ils ne les connaissaient pas beaucoup.
- Tu es sûr ?
- A toi de me le dire. Je ne les surveille pas, mais je sais qu'ils n'ont rien à voir là-dedans, alors arrête un peu. Si ces deux Griffondors ont disparu, je ne vois pas en quoi ça les concerne. Claqua-t-elle agacée.
Alors qu'elle détournait le regard, un cri sourd s'éleva depuis l'orée de la Foret Interdite. Un cri perçant et pour beaucoup impossible à entendre, ou profondément effrayant, mais pas pour elle. Un cri de Sombral. Aussi quand elle se retourna vers les bois intriguée, Jedusor ne put que la fixer, curieux.
- Tu les entends. Dit-il surpris.
Il savait qu'elle avait vécu la guerre, perdu et enduré beaucoup d'atrocité, mais elle était bien la première personne heureuse à l'entente d'un cri de Sombral. Ces créatures étaient pour la plupart redoutées par le monde sorcier tout entier. Ceux qui les voyaient avait expérimenté la mort de près, et peu parvenaient à les entendre. Lui-même n'avait pas su retenir un frisson d'angoisse en les voyant pour la première fois, sombre, imposant et squelettique, devant lui.
- Toi aussi.
Il ne trouva rien à répondre. Il n'y avait rien à répondre. Pourtant, sa curiosité fut plus forte que sa retenue.
- On se souvient toujours de la première fois où l'on voit la mort. Ça nous hante.
Elle savait où il voulait en venir, et pouvait déjà sentir son esprit s'embrumer. Il disait vrai. Ça hantait toujours.
- Qui ? Demanda-t-il alors.
- Mon frère. Souffla-t-elle sans trop savoir la raison de sa confession.
- J'ignorais que tu avais eu un frère. Dit-il surpris.
- J'en ai eu six. L'un d'eux est mort sous mes yeux pendant la guerre.
Fred, l'un des plus drôles, des plus farceurs, des plus joyeux et des plus Gryffondors qui soit. Un bout d'entrain, perdu trop tôt lors d'une explosion dévastatrice, et dont l'image du cadavre froid mais souriant l'accompagnait tous les jours sur les marches du château. Marcher à l'endroit précis où son aîné périra dans quelques années, lui donnait plus de nausée que sa grossesse.
- Et les autres ?
- L'un nous a trahit. Dit-elle amère en revoyant Percy se tenir fièrement aux côtés du Ministre de la Magie, les pourchassant eux et la résistance. Mais ils sont tous perdus aujourd'hui.
Le dernier l'avait quitté hier...
- Je suis désolé de l'apprendre.
- Et toi ? Qu'est-ce qui peux bien hanter l'insubmersible Tom Jedusor ?
Le piège se refermait sur lui, et déjà il regrettait sa curiosité l'ayant mené dans cette direction pour le moins prévisible. Les informations se donnaient donnant donnant, et c'était à son tour. Pour autant, il ne jouait pas de façon loyale. Il ne l'avait jamais fait.
- Une élève est morte l'année dernière, tuée par une créature qui a rôdé des mois dans le château. Je l'ai vu mourir.
Son ton était distant, son regard froid, et son mensonge presque ironique. Elle n'était pas dupe. Et n'allait pas s'en cacher.
- Etant donné que c'est toi qui l'as tué, ça doit être un peu normal non ?
Il se figea, tandis que Ginny elle, ne put que sourire.
- Tu pensais vraiment que je ne le saurais pas ? Demanda-t-elle amusée. Qu'Hermione, Drago et Blaise, ne me mettraient pas au courant ?
- J'espérais qu'ils sauraient taire certains secrets. Gronda-t-il brusquement menaçant.
- Je sais absolument tout ce qu'ils savent Tom. Me mentir est inutile. Je ne te jugerai pas.
- Vraiment ? Peu de gens seraient à l'aise à côté d'un homme qui a déjà fait couler le sang.
Il disait vrai, mais peu de gens accepteraient également d'aimer et d'épouser un Seigneur des Ténèbres. Pourtant, cela ne l'avait jamais arrêté par le passé.
- On a tous commis des atrocités. Souffla-t-elle. Pour nous, elles sont nécessaires. Pour d'autres, elles sont injustes. Tout n'est qu'une question de point de vue, mais personne n'a jamais raison, et personne n'a jamais tord. Il n'y a pas de gentils. Ni de méchants. Il n'y a ni bien, ni mal. Il n'y a que le pouvoir...
- ... et ceux qui sont trop faible pour l'obtenir. Dit-il le souffle court.
Elle savait qu'elle avait touché un point sensible. Elle savait que cette phrase, qu'elle avait entendu son maître dire un nombre incalculable de fois, résonnait en lui comme un gong puissant dans tout son corps. Elle savait que c'était ce qu'il se disait tous les jours, dans l'espoir d'atteindre enfin cet objectif, ce rêve, de suprématie.
- C'est comme ça comme le monde marche. On n'y peut rien. Continua-t-elle.
- Tu parles comme si tu n'avais rien à perdre.
Ginny retînt sa main de caresser instinctivement son ventre. Il avait tort. Elle avait tant à perdre, et déjà tant perdu.
- On a tous quelque chose à perdre. Dit-elle.
- Venant de quelqu'un qui à tenter à mettre fin à ses jours, j'ai du mal à y croire. Ricana-t-il.
- Je ne parle pas de ma vie. Pour moi, elle ne compte pas beaucoup.
- Qu'est-ce qui compte plus que sa propre vie ?! S'exclama-t-il.
Elle savait que la peur de la mort l'habitait, guidant chacun de ses crimes afin d'atteindre l'immortalité. Mais elle ne partageait pas cette opinion. La vie et la mort était étroitement liée, l'une n'allait jamais sans l'autre, et ça, elle l'avait plus que compris au fil de ses derniers mois.
- L'avenir. Dit-elle. Rien ne compte plus que l'avenir.
- Tu délires. Soupira-t-il amusé par sa naïveté.
- Venant de quelqu'un qui s'est lancé corps et âme dans la création d'Horcrucxs, je ne m'attendais pas à une autre réaction.
Ce pic le fit grincer des dents. Décidément, aucun des trois serpentards ne savaient ternir sa langue.
- Je te l'ai dit, je ne te jugerai pas.
- Pourquoi ? Claqua-t-il agacé.
- Tu es libre de ne pas me croire, mais j'ai connu pire que toi.
Elle avait raison. Il ne la croyait pas. Silencieux, il la regarda admirer le reflet de l'eau sur le lac. Ses yeux cherchaient la beauté, alors qu'ils n'avaient vu que la mort. Et pourtant, il en était persuadé, elle ne pouvait qu'avoir tort. Oui des monstres existaient en ce monde, mais aucun d'eux ne pouvaient lui ressembler, ou le surpasser, lui qui passait sa vie à se retenir aux yeux du monde. Lui, dont elle ignorait tout. Lui, dont elle devrait s'éloigner à toutes jambes. Lui, dont l'insensibilité et la haine formaient un tout dans son âme creuse. Il était intelligent, plus que tous les autres, et cela ne le rendait que plus dangereux encore. Plus dangereux qu'elle ne pourrait jamais l'imaginer.
- Ne parle pas trop vite. Tu ne me connais pas. Tu ne sais rien de ce dont je suis capable Ginerva.
- Dans ce cas, montre-moi.
Terrence haletait. Plongé dans l'obscurité naissante de la nuit, le jeune homme regardait les alentours, angoissé et alerte. Presque invisible aux yeux de la nature, il savait néanmoins qu'il ne l'était pas pour ses semblables. Quelques parts, des aurores patrouillaient à sa recherche, avec pour seul ordre de le trouver, lui, l'inconnu au mauvais endroit, au mauvais moment. Il n'avait pas bien compris ce qui était arrivé, comme il n'avait pas compris pourquoi il était désormais pourchassé telle une bête enragée. Des flashs de feu et de lumières, de sors lancés à l'aveugle, et de cris le hantait, résonnant dans ses oreilles comme le pire des acouphènes. Il ne savait même pas où il était. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il s'était éveillé au beau milieu de ruines et gravats, et que cela avait signé son arrêt de mort. Ses jambes tremblaient encore de sa course folle pour échapper aux aurores, et c'est dans une grimace douloureuse qu'il avait bandé son bras salement blessé. Déjà presque 24h de cavale insensée dans les bois, blessé, recouvert de poussière et de sang... il avait l'impression de revivre l'enfer de sa vie passée, et serrait les dents pour ne pas penser déjà au pire. Car si lui avait réussi à courir, ce n'avait pas été le cas de Rosalie et Katherine. A vrai dire, il ne savait même pas si elles étaient encore en vie. Et cette incertitude le rendait véritablement fou. Après l'explosion, il s'était réveillé seul, et hurler leurs noms dans l'échos des ruines n'avait servi à rien. Il les avait perdus ; les seuls restes de sa famille. Il avait failli à sa promesse de le garder en sécurité, et Merlin seul savait où elles étaient désormais. Prisonnières ? Blessées ? Ensevelies ? Il aurait voulu hurler sa rage d'impuissance à toute la forêt, et transplaner sans plus attendre au château. Il aurait retourné chacune des pierres lui-même s'il avait été sûr que cela ne le tuerait pas. Mais mort, il n'était utile à personne.
Dans un grondement sourd, il se leva, espérant que la nuit l'aiderait à fuir un peu plus. Fuir là où demeurait son dernier espoir. Car il n'était pas idiot. Cette guerre n'était pas comme toutes autres, et son expérience ne le sauverait pas cette fois. Il était perdu, presque soixante ans dans le passé, sans secours ni renforts, poursuivit par le ministère qui ne tarderait pas à le placarder sur tous les murs pensants qu'il est un fidèle de Grindewald. Il savait ce qu'était la fuite, la peur, les combats, et la mort, mais pas comme ça. Pas ici. Et il avait besoin d'aide. Seul et sans informations, il ne pourrait sauver personne. Or, il n'y avait qu'une seule et unique personne à cette époque, qui pourrait peut-être l'aider. Le seul qu'il connaissait, bien que l'idée de le rencontrer à dix-huit ans lui donne le vertige. Le seul et l'unique.
Son Maître.
Coucou ! Désolé pour ce petit retard XD je fais de mon mieux pour publier le plus vite possible, mais bon, c'est moins simple que prévu XD mais ne vous en faîte pas, cette fiction ne sera pas abandonnée en cour de route ! En tout cas, j'espère que ce chapitre vous a plût ! Beaucoup de rebondissements sont à prévoir, et croyez moi, d'autres surprise vont venir ;) Donnez moi vos avis et opinions dans les commentaires ! :)
Merci beaucoup pour vos messages toujours aussi réconfortants et adorables ! Je vous adore !
A très vite ! Bisssssoouuussss
