Disclaimer valable pour l'ensemble du recueil : le génie derrière Kaamelott s'appelle Alexandre Astier. Etrangement, ce n'est pas mon nom.
Cet OS a été écrit dans le cadre de la foire aux prompts, organisée tout au long du mois d'avril 2020 pour célébrer les dix ans du Forum Francophone (FoF). Les dix ans du FoF sont fêtés sur le forum durant toute l'année 2020 avec plusieurs jeux concoctés chaque mois par l'équipe de modération, je regrouperai donc dans ce recueil mes différentes participations avec ce fandom. Le titre est évidemment un clin d'œil phonétique et très peu subtil à cette chanson « à la volette » que nous affectionnons tous.
Pour cette première réponse aux nombreux prompts proposés, les contraintes à respecter étaient les suivantes :
-Un nombre de perso minimum : 5
-Une réplique : "Définis utile..."
-Un objet : un champignon
-Un lieu : sous les étoiles
Personnages : Merlin, Arthur, Lancelot, Léodagan et Bohort
Résumé : Merlin en a assez de se faire sans arrêt houspiller. Ce n'est pas de sa faute, s'il lui manque à chaque fois des ingrédients pour ses potions au moment où on les lui demande.
Bonne lecture !
Lorsqu'Arthur vint le trouver ce matin-là dans son laboratoire, Merlin se mit à flipper rien qu'en le voyant. Quelle demande saugrenue allait-il encore lui formuler ? Qu'est-ce qu'il allait lui réclamer d'irréalisable, sorti de son chapeau aussi soudainement que lui serait venu une envie de pisser, pour ensuite le traiter d'incapable lorsqu'il lui expliquerait que les choses n'étaient pas si simples ?
« J'ai un mal de crâne de chien depuis deux jours. Impossible de me concentrer à la table ronde, j'ai besoin que vous me donniez quelque chose pour guérir », lui balança Arthur d'un ton autoritaire avant même d'être arrivé à sa hauteur.
« Oui, c'est ça, bonjour à vous aussi, d'abord ! » Merlin n'avait jamais pu blairer les malpolis, ça n'allait certainement pas changer sous prétexte que l'autre était devenu roi. Merde, il était moins grincheux quand il avait quatre ans, celui-là, qu'est-ce qu'il lui prenait à la fin ?
« Bonjour, oui », se reprit Arthur en grommelant, l'air un peu gêné tout de même. « Alors, qu'est-ce que vous pouvez faire pour moi ? »
« Contre le mal de crâne ? Bah, du silence et du repos. Moins de vin aux repas et plus d'eau, puis voilà ! » Franchement, parfois, pourquoi chercher de midi à quatorze heures ?
« Vous… Vous vous foutez de ma gueule ? » Et voilà, l'air offusqué du bon roi était de retour. Merlin ne supportait vraiment pas quand il faisait cette tête. Ça lui nouait le bide à tous les coups.
« Comment ça, je me fous de votre gueule ? C'est vous, qui cherchez des problèmes là où il n'y en a pas ! Vous avez mal à la tête ? La belle affaire ! Vous buvez un grand verre d'eau puis vous vous allongez, vous fermez les yeux et les volets, vous pioncez un bon coup et je vous assure que ça marche ».
« D'accord… » Ça y est, Arthur se mettait à soupirer avec un air de patience affectée. Sans déconner, Merlin connaissait toutes ses expressions blasées par cœur et ça commençait à lui courir sérieusement sur le haricot, que leur souverain le regarde comme le dernier des débiles. Mais Arthur semblait assez indifférent à ses émotions et poursuivait : « Vous pouvez m'expliquer à quoi ça sert que je vous fasse bosser comme magicien ici, si vous n'êtes pas foutu de guérir un mal de crâne plus efficacement que le premier pécore du coin ? »
« Je ne suis pas magicien, je suis druide, je vous l'ai déjà dit cent fois ! »
« Très bien ! Alors, faites un de vos trucs de druide et débarrassez-moi de ce fichu mal de crâne, autrement qu'avec du repos ! Parce qu'au cas où vous l'auriez oublié, je suis à la tête de ce royaume ce qui, bizarrement, me laisse assez peu de temps pour pioncer et croyez bien que je suis le premier à le déplorer ! »
« Ça va, ça va, c'est pas la peine de gueuler ! » Merlin commençait à s'échauffer, lui aussi. Mais ensuite, ce qu'il avait à dire risquait fort de mettre Arthur encore plus en pétard. Alors, il fit une moue désolée pour expliquer : « J'ai peut-être une solution pour vous, mais ça ne pourra pas être prêt pour tout de suite… »
« C'est pas grave, si je dois attendre un peu », se radoucit Arthur.
« Je connais une potion d'une efficacité inégalable », affirma Merlin, redoutant l'explosion qui ne tarderait pas à venir. « Vous prenez ça et dans la minute, toutes vos douleurs foutent le camp ».
« C'est bien, ça », approuva lentement Arthur, sentant qu'il y avait un loup là-dessous. « Je peux en avoir ? »
« Je vous ai dit que ça ne pourrait pas être prêt pour tout de suite », se défendit Merlin.
« Et je vous ai dit que ça ne posait pas de problème. Quand puis-je revenir ? »
On y était. Le compte à rebours avant l'explosion était enclenché.
« Le problème », commença l'enchanteur « c'est qu'il me manque un champignon qui ne peut être cueilli que durant la phase descendante de la lune. Je ne pourrai donc y aller que dans deux semaines ».
« Deux semaines ? » Evidemment, il se mettait à hurler, le roi Arthur. « C'est bien, ça, dites donc, j'ai bien fait de venir vous trouver ! Heureusement qu'on vous a sous la main, si vous mettez deux semaines à nous soigner ! Comme ça, on a bien le temps de souffrir voire, pourquoi pas, de crever comme des cons ! »
« Oh ça va bien, là, hein ! Je ne pouvais pas deviner que vous en auriez besoin aujourd'hui, ne faites pas comme si j'avais pu le prévoir ! » Merlin n'avait pas l'intention de se laisser faire mais visiblement, le roi n'avait pas plus l'intention de lui foutre la paix et de le laisser respirer.
« Bien sûr que si, vous auriez pu le prévoir. Je ne sais pas, moi, une potion qui soi-disant fait disparaître toutes les douleurs, ça ne vous semblait pas être un bon investissement sur l'avenir, non ? »
« Oh bah d'accord, c'est facile, ça ! Alors comme ça, ce serait à moi d'anticiper les besoins ici ! »
Arthur soupira bruyamment. Encore. Il n'en avait jamais marre de soupirer, franchement ?
« Vous êtes l'enchanteur de Kaamelott », dit-il doucement, comme s'il parlait à un enfant de trois ans refusant de manger ses légumes. « Les besoins en termes de soin oui, c'est à vous de les anticiper. C'est précisément ce pour quoi je vous paie ».
« C'est bon, c'est bon, je vais vous la préparer, votre potion, c'est pas la peine de monter sur vos grands chevaux ». Merlin avait vraiment hâte qu'il se tire, maintenant.
« Dans deux semaines, oui. En attendant je fais quoi, moi, avec cette douleur qui me vrille le crâne depuis deux jours ? »
« Sinon, vous n'avez qu'à manger dix feuilles d'endives, puis vous croquez dans un citron et vous terminez en avalant un verre de jus d'algues. Ça fonctionne très bien, vous verrez, alors n'allez pas dire que je vous aurai laissé sans rien faire hein. Mais surtout ne vous trompez pas, il faut bien réaliser ces trois étapes dans l'ordre ».
Arthur ne lui fit même pas l'aumône d'une réponse. Il s'éloigna en grommelant des trucs dans sa barbe, parmi lesquels Merlin décela, non sans en être bien fâché, les mots « remèdes de gonzesses, une fois de plus ».
OoOoOoOoO
C'est ainsi qu'à la lune descendante, lors d'une nuit claire, Merlin se rendit dans la forêt pour y chercher ce fameux ingrédient, objet de sa discorde avec le roi quinze jours auparavant. Le visage tourné vers le ciel, il regardait les étoiles et se dit, non pour la première fois, que la vie au grand air lui manquait sévèrement. Il prit tout son temps pour choisir le plus beau champignon qu'il put trouver et, après l'avoir soigneusement cueilli, il revint en direction du château par la route la plus longue.
Alerte et particulièrement attentif à son environnement, il fut surpris de tomber sur Lancelot au détour d'un chemin.
« Qu'est-ce que vous faites là ? », lui demanda-t-il.
« Comment ça, qu'est-ce que je fais là ? », rétorqua Lancelot, agacé. A la réflexion, il semblait agacé en permanence, lui, se dit Merlin.
« Bah oui, qu'est-ce que vous faites au milieu des buissons en pleine nuit ? » Sa question n'était quand même pas si débile, non ?
« Au cas où vous ne le sauriez pas, j'ai repris mon statut de chevalier errant. C'est quand même fou, ça, il faut sans cesse se répéter ici ! Les nouvelles à la con, alors ça pas de problème, tout le royaume est au courant en un rien de temps, jusqu'au dernier des clodos mais quand le bras droit du roi prend une décision d'importance, alors là personne ne comprend rien ! »
« Hé, ça va, on se calme ! » C'était déjà bien assez pénible de se faire constamment engueuler par Arthur, l'autre n'allait pas s'y mettre. « Excusez-moi de ne pas avoir le temps de m'intéresser à vos moindres faits et gestes, figurez-vous que je travaille, moi ! »
« Ah oui, vous travaillez, oui… » Tout bien considéré, Merlin préférait quand Lancelot était agacé. Parce que quand il était méprisant, ça lui filait une irrépressible envie de lui claquer un aller/retour bien senti. « Et vous travaillez en partant à la cueillette aux champignons, c'est ça ? »
« Figurez-vous », répondit Merlin en bombant fièrement le torse « que je suis en mission pour le roi ! Je suis allé chercher un ingrédient pour une potion qu'il m'a commandée ».
« Oh, bien sûr, le champignon manquant pour la potion contre les douleurs ? » Effectivement, Lancelot pouvait critiquer le manque d'information des autres car lui, apparemment, n'oubliait jamais de se tenir au courant de tout ce qu'il se passait au château.
« Oui… Bon, là, ça ne sera pas pour tout de suite la potion contre les douleurs, parce qu'il me faut de l'écorce de chêne… J'en avais mais pas moyen de remettre la main dessus… Le problème c'est que pour les besoins de la potion, ces écorces ne peuvent être arrachées qu'en hiver et vu qu'on est en avril… »
« Eh bien dites-moi, entre les champignons à la lune descendante et les écorces en hiver, elles sont d'un pratique, vos potions ! »
« Bon, hé, ça suffit, là ! Oh et puis zut, je ne vais quand même pas prendre des leçons de la part d'un type qui a lâché Kaamelott et le roi. Allez, salut ! »
Merlin s'éloigna à grandes enjambées, ignorant ostensiblement Lancelot qui criait : « Je n'ai lâché personne, je reviens à Kaamelott à mi-temps et je participe à toutes les réunions ! »
« Cause toujours », pensa l'enchanteur. Lancelot le prétentieux l'avait énervé et pour se calmer, il fixa à nouveau son regard vers les étoiles que l'on voyait particulièrement bien cette nuit-là. Il s'imagina loin de toute agitation et de tout emmerdeur, seul dans la nature, au milieu des animaux et cela le tranquillisa un peu.
Mais son apaisement fut de courte durée car, arrivé dans la cour du château, il se fit arrêter par Léodagan. Bohort se trouvait près de lui et leur discussion semblait animée.
« Qu'est-ce que vous foutiez dans la forêt à cette heure-ci ? », l'interpela le beau-père du roi en guise de salutation.
Merlin soupira. Allait-il vraiment devoir se justifier cent fois ? Il pouvait bien se rendre où il voulait, ça commençait à bien faire maintenant !
Il répondit néanmoins d'une traite, bien décidé à couper court aux interrogatoires : « Je suis allé cueillir le champignon qu'il me manquait il y a quinze jours pour le roi et avant que vous ne demandiez, oui, il faut le cueillir la nuit pour que ses effets de guérison soient optimaux ».
« Ah, très bien », réagit Léodagan d'un ton doucereux. « Donc si je vous suis comme il faut, à partir de demain, plus personne au château n'aura à souffrir d'une quelconque douleur puisque vous les ferez toutes disparaître par magie ? »
Merlin prit sur lui. Non, il n'allait pas répéter encore une fois qu'il ne faisait en aucun cas de la magie. Ni entrer dans le détail de ce qui empêcherait sa potion de guérison d'être prête dans les plus brefs délais. Il déclara simplement, feignant d'être sûr de lui : « Pour le traitement contre les douleurs, c'est un peu plus technique que ça, vous voyez. Mais en attendant, ce champignon est également très utile pour une potion qui permet d'accélérer la multiplication des plants de fraisiers ».
Un silence lui répondit, avant que Léodagan n'ironise : « Définissez « utile », je vous prie ? »
Merlin, d'humeur définitivement belliqueuse, ne comptait pas supporter une nouvelle critique. « Des fraisiers, bien sûr que c'est utile des fraisiers ! Ça donne des fraises et les fraises, ça nourrit les gens ! Qu'est-ce qu'il vous faut de plus ? »
Avant que Léodagan ne puisse répondre, Bohort s'exclama, extatique : « Oh mais bien sûr, c'est magnifique ! Cette potion tombera à point pour la fête du printemps qui se tiendra la semaine prochaine ! C'est une joie ! »
« Ah, voilà », asséna Merlin avec fierté. Enfin quelqu'un qui reconnaissait sa contribution.
Léodagan n'était toutefois pas homme à se laisser attendrir et les fêtes de Bohort lui tapaient sur le système depuis toujours. Il n'était pas homme non plus à garder son opinion pour lui, aussi déclara-t-il avant de s'en retourner vers le château : « Je ne sais pas ce que je trouve le plus pitoyable, entre le fait qu'on ait un enchanteur qui multiplie les plants de fraisiers ou le fait que quelqu'un, parmi les chevaliers, puisse trouver ça utile. Mais la bonne nouvelle, si je comprends bien, c'est qu'il n'y aura pas de potion contre la douleur et c'est heureux. Personnellement, j'étais contre. Un vrai guerrier, ça doit savoir souffrir, point final ».
Et voilà pour cette fois, j'espère que cette petite tentative vous a plu. Merci beaucoup à tous ceux qui sont venus lire et à bientôt pour une nouvelle incursion dans cet univers.
