- Tu as demandé à me voir ?
La nuit était froide, orageuse et même depuis la tour D'astronomie, les étoiles se cachaient dans un ciel d'encre impénétrable. Ginny ne savait pas pourquoi elle avait été la seule à avoir été convoqué ce soir. Une situation qui la mettait mal à l'aise, et qui avait aussi inquiété ses amis. Les têtes à têtes avec le maître n'étaient jamais bon signe, et même Arias avait frémit en apprenant la nouvelle. Aussi, malgré ses mises en garde, elle ne pouvait que redouter le pire. Depuis la mort de Cornic, elle avait tant bien que mal essayé de l'éviter. Faire partie des mangemorts en revanche, ne l'encourageait pas dans cette optique. Tous les jours, elle pouvait sentir son regard peser sur ses épaules, empli de doute et de curiosité. Elle savait qu'il se posait des questions, et ne faisait pas d'illusion. Ce soir, il voudrait des réponses. Dos à elle, et songeur, le regard tourné vers une horizon invisible, Jedusor ne dit rien pendant de longues secondes avant de finalement lui faire face. A sa vue, il ne put qu'émettre un fin sourire. Droite devant lui, elle le fixait de son habituelle intensité, sans trembler ni douter. Et pourtant, il pouvait le sentir au fond de lui. Elle redoutait cette confrontation.
- Oui, Ginerva. Dit-il calmement.
- Quelque chose ne va pas ? Demanda-t-elle.
- Oh, non. Tout va très bien je t'assure. Mais il m'a semblé normal que je prenne personnellement de tes nouvelles.
- Mes nouvelles ? Dit-elle surprise.
- Quel leader serais-je si je ne prenais pas soin de mes troupes ?
Son ton et son air enjoué ne réussirent qu'à lui glacer un peu plus le sang. Il mentait. Il ne prenait jamais soin de ses troupes. Non, ce qu'il voulait, c'était prendre soin d'elle. Mais elle n'était pas sotte. Il avait quelque chose en tête. Il voulait quelque chose.
- Je te remercie, mais, je vais bien. Souffla-t-elle incertaine de ce qu'elle devait dire.
- Orion m'a rapporté que tu t'étais rendue trois fois à l'infirmerie ses derniers jours.
La soudaineté de sa réplique la figea un instant. Bien entendu, il la faisait suivre. Elle déglutit, mais ne baissa pas le regard malgré son envie de se cacher sous les dalles du sol. Elle y était allée pour des potions anti-nausée et des somnifères, sa grossesse devenant de plus en plus difficile à gérer au quotidien. La simple idée de manger lui donnait envie de vomir ses tripes, et c'était avec la plus grande peine du monde qu'elle parvenait à s'alimenter sans tout recracher. Blaise et Drago la surveillait lors des repas, la forçant la plupart du temps, à manger au moins la moins la moitié de son assiette. Ajouter à la fatigue, les entraînements intensifs, et les cours, elle ne savait même pas comment elle arrivait encore à tenir debout.
- J'ai dû mal à dormir ces derniers temps. Je n'ai fait que demander quelques potions pour dormir. Dit-elle.
Il sourit davantage, presque satisfait de sa réponse.
- Les cauchemars sont courant après un meurtre de sang-froid.
Sa gorge se serra, et déjà son regard fuit le sien. Elle ne voulait pas en parler, et encore moins avec lui.
- Pourtant, je dois bien l'avouer, tu m'as impressionné ce soir-là. Je ne pensais pas que tu aurais le cran d'aller jusqu'au bout.
- J'ai fait ce que j'avais à faire. Dit-elle. Cornic n'était pas fiable. Tôt ou tard, il aurait été un problème.
- Je te l'accorde. Mais ce n'est pas pour ça que je t'ai convoqué.
Elle le vit s'avancer vers elle, et déjà son dos se raidit. Une chape de plomb tomba au creux de son ventre, et elle dû presque lutter pour ne pas s'écraser par terre. A chaque pas, à chaque battement de cils, elle sentait son corps s'alourdir, happé par cette force familière qui malheureusement pour elle, s'intensifiait un peu plus chaque jour. A ce stade, elle ignorait s'il s'agissait de la magie de son fils, ou de celle de l'Horcrucxs, mais le doute la hantait, et avec elle, la peur de se trahir. Alors qu'il s'arrêtait à moins d'un mètre d'elle, le vit serrer la mâchoire, sans jamais la quitter des yeux. Ce tressautement voulait tout dire. Lui aussi pouvait le sentir.
- Hermione, Drago et Blaise, m'ont largement prouvé leur capacité au combat. Toi aussi d'ailleurs, mais il y a quelque chose dont je dois m'assurer.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ton utilité stratégique.
A ses mots, elle comprit où il voulait en venir, et déjà s'est épaules s'affaissèrent d'un soulagement inattendu. Il voulait savoir si comme eux, elle était en mesure de lui servir, et de lui fournir des informations et des secrets inédits. Des secrets que personnes ne voulait jamais voir éclater au grand jour, et que seuls eux, avaient toujours été capable de dévoiler à la face du monde. Comme quoi, venir du futur procurait quelques avantages. Dans un sourire amusé, elle ne put s'empêcher de lui demander.
- Que veux-tu savoir ?
Il s'avança davantage, pour venir presque lui susurrer à l'oreille dans un frisson.
- Quelque chose qui m'assurera de ton talent, à toi aussi.
Il n'y avait plus de doute possible, et étrangement, cette situation la mit dans une position de supériorité inédite, qui déjà la grisa d'excitation. Elle savait plus de chose qu'il n'en saurait jamais ; que ce soit sur le passé, le futur proche ou lointain, les guerres à venir, les événements, les tragédies, les destins de ses camarades, de ses mangemorts, et même ceux de leurs descendants. Elle savait tout ce dont il rêvait, et tout ce dont il aurait besoin pour devenir le maître du monde en moins de quelques semaines. Mais parmi tout ça, elle devait néanmoins viser juste et ne pas se trahir. Faire un tel choix parmi tant d'options possible la fit sourire davantage. Elle se sentait comme une enfant au milieu d'un magasin de bonbon. Exclure toutes les possibilités qui fleurissaient inlassablement dans son esprit, était dure. Surtout quand on prenait en compte l'ironie de la situation. Après tout, elle était son futur à lui. Magnus aussi. Mais il ne les voyait pas ainsi, les condamnant à l'invisibilité et la douleur des mensonges et non-dits. Ginny se mordit la lèvre en pleine réflexion, un stresse nouveau l'emparant de toute part. Elle avait une idée, mais les risques étaient grands. Aussi elle hésitait, malgré son envie présente de percer la bulle d'ego qui rayonnait autour de lui tel un halo.
- Quand je me suis réveillée du coma, on m'a dit qui tu étais. Mais je n'y croyais pas. Dit-elle.
- Tu n'y croyais pas ?
- Je sais voir les gens. De toute évidence, tu es obsédé par le contrôle que tu peux avoir sur ton entourage et toi-même. Tu inspires la peur, le respect et l'intimidation. Mais non, je n'y ai jamais cru.
- Que dois-je comprendre ?
Elle le regarda froncer les sourcils, avec inquiétude et menace. Il n'allait pas aimer ce qu'elle allait dire.
- Je connais ton secret Tom.
Il la détailla de haut en bas, sans trop réagir avant de brusquement lui sourire comme à une enfant idiote. Il ne pensait pas qu'elle disait vrai. Il ne pensait pas que ses secrets n'étaient pas infaillibles. Et pourtant, ce soir, c'est bien lui qui se trompait.
- Ginerva, s'il te plaît, ne parle pas dans le vide.
- Ce n'est pas le cas.
- Oh vraiment ? Rit-il.
Cette fois, c'est elle qui s'avança face à lui, réduisant par la même occasion son sourire de moins en moins franc.
- Je n'y ai jamais cru. Dit-elle. Cette image que tu renvoies, cette cause, cette allégeance aux forces du mal... Tout ça, pour moi c'était du faux. Alors j'ai cherché qui tu pouvais bien être, vraiment, derrière ce masque... derrière Voldemort.
Son visage se décomposa au nom qu'elle prononça, et un vent glacé se leva entre eux. Il la fixa, à la fois outré et stupéfait. Elle ne pouvait pas avoir déjà entendu ce nom. Son nom ! Et pourtant, d'une manière ou d'une autre, elle avait su. Elle l'avait percée à jour. Il ne trouva pas les mots, et ne put qu'attendre qu'elle continue.
- C'est comme ça que tu comptes t'appeler, pas vrai ?
- Comment tu...
- J'ai écouté, et observé. Mais surtout, j'ai fait pas mal de recherche. Ce n'était pas simple, surtout que tu avais déjà pris soin d'effacer tout document relatif à ton nom, ou ta famille. Mais il y a une chose, que tu as oublié d'effacer.
- Quoi ?
- Les archives moldus.
A ce simple mot, ses yeux s'embrasèrent. Horrifié et ébranlé, il l'attrapa violemment par le col, sa baguette déjà sous le cou. Le souffle court, elle n'osa pas riposter, mais vit à quel point il se retenait de la tuer pour un tel affront. Elle venait de franchir une limite encore vierge de toute souillure, mais aussi de lui prouver qu'il n'était pas différent des autres et de leur vulnérabilité. Car si Voldemort avait une faiblesse, c'était bien celle de la pureté de son sang. Une faiblesse qu'il ne lui était pas inconnu, mais qui l'était pour le reste du monde. La veine du front battante, elle se vit dans le reflet de ses iris incandescentes, et senti son cœur s'emballer. Il fulminait de rage à quelques centimètres d'elle, et on pouvait voir leurs souffles se mélanger dans des volutes opaques se fondant dans la nuit. Ils n'avaient jamais été aussi proche auparavant, et il ne fallut pas longtemps avant que le contacte de leurs peaux ne commence à propager une fièvre en eux. Une fièvre qui se rassasia de leurs chaires jusqu'à ce qu'il se décide à la lâcher tout aussi brusquement, comme brûlé au second degré.
- Tu ne peux pas savoir ! S'écria-t-il.
- Et pourtant... je sais tout Tom. Je sais que... que tu n'as pas tué ton père uniquement par ce qu'il t'avait abandonné, toi et ta mère. Je sais, qu'il était moldu, et que tu portes son nom aujourd'hui. C'est pour ça que tu veux en changer, et... que tu as créé Voldemort.
- Tu penses vraiment me connaître ?! Savoir qui je suis en m'insultant de sale sang-mêlé ?!
- Je ne t'insulte pas ! S'énerva-t-elle. Ton père n'était pas un homme bien.
- Tu ne sais rien de lui ! Ni de moi !
- Tu es bien sûr de ça ? Demanda-t-elle.
Son regard sembla exprimer quelque chose de nouveau, quelque chose qu'il n'aurait jamais cru voir en elle, ou chez quiconque d'ailleurs. De la compréhension. Pourtant, il ne pouvait pas y croire. Elle ne pouvait pas le comprendre autant qu'elle en était persuadée, personne ne le pouvait. Et malgré ça, elle ne baissait pas les yeux, ni ne reculait devant lui malgré la douleur de leur contact. Elle affrontait fièrement qui il était et, la voir ainsi, la terrifia comme l'insupporta. Inconsciemment, il regarda sa main intacte, mais qu'il sentait blessée dans sa chaire. Une main en feu, dont l'anormal chaleur ne lui était pas plus logique que la force qui tirait ses entrailles vers elle. Alors que le silence retombait entre eux, il passa sa main nerveuse dans ses cheveux, une grimace sur les joues, les yeux agités et fou. En soit, elle avait de nouveau relevé son défi, mais quelque chose était différent. Elle aurait pu lui dire n'importe quoi d'autre mais elle l'avait volontairement provoqué. Elle voulait qu'il sache que même ses plus noirs secrets, étaient siens désormais. Sans la regarder plus longtemps, et tout en sentant son propre corps sur le point défaillir, il la congédia brusquement. Il ne pouvait pas rester près d'elle, pas quand elle savait, pas quand tous ses efforts pouvaient s'évanouir en un instant. Elle était une menace, il le savait. Mais pour la première fois de sa vie, l'idée de la supprimer ne lui paraissait pas envisageable. Il se berçait sans doute d'illusion, mais la vérité résonnait en lui comme un gong puissant et inarrêtable. Une vérité qui lui faisait presque plus peur que tout ce qu'elle pouvait découvrir sur lui. Une vérité qui regrettait déjà de l'entendre partir, sans un mot.
Le froid était transcendant, si bien, que jamais dans son existence Katherine ne se souvint avoir déjà ressenti pareils frissons. Trempée jusqu'aux os, elle essayait tant bien que mal de trouver une position confortable sur la pierre humide qui lui servait de lit. Malheureusement, elle n'arrivait qu'à s'entailler un peu plus les poignets, joints par des fers enchaînés au-dessus de sa tête. Elle aurait voulu garder espoir ; Se dire que tout ce qu'elle vivait n'était qu'un mauvais rêve. Mais plus le temps passait dans ce cachot, plus elle commençait à croire que rien ne finirait jamais par s'arranger. Elle ne savait même plus depuis combien de temps elle était là. Une semaine ? Deux ? Peut-être même plus. Ses seuls repères se limitaient à un cracmol boiteux, qui venait une fois tous les deux jours pour la faire boire et lui tendre un bout de pain rance. Le seul visage qui lui avait été donné de voir depuis l'explosion...
Quand elle fermait les yeux, et que l'obscurité finissait de ronger les derniers restes de son cœur, elle pouvait presque encore sentir les flammes se rassasier de sa chaire. Un instant. Un seul instant avait suffi pour tout ruiner. Leur plan, leur quête, leur équipe... tout. Au début, elle n'avait pas compris pourquoi le monde s'était transformé en une boule incandescente, ni même pourquoi son corps s'était mis à fusionner avec elle. Elle n'avait plus entendu que le crépitement de sa peau sous la chaleur, et le son abominable des cris de ses amis. Ou alors étaient-ce les siens ? Elle ne savait pas, et ne voulait pas savoir. Son seul reste d'espérance se limitait à Terrence et Rosalie, ses deux dernières lumières dans ce monde de douleur. Une douleur si forte, qu'elle n'avait pas réussi à se lever depuis qu'elle s'était réveillée dans ce cachot. Ses jambes ne lui répondaient plus, son corps entier ne faisait que trembler, son estomac s'était creusé sous son haut à moitié brûlé, et ses épaules lui paraissaient à chaque instant sur le point de se disloquer. Elle n'avait pas bougé, et était restée là, dans la honte et le désespoir sans savoir quoi faire ni penser. Bien entendu, on l'avait privé de sa baguette, mais même là encore, elle ne savait pas qui. Elle ignorait comment, et pourquoi elle était là, à souffrir le martyre de ses blessures sanguinolentes, enfermée dans le noir de ce cachot, où la seule et unique lucarne laissait ruisseler la pluie glacée sur son frêle corps. Elle avait tenté de hurler, de se débattre, mais rien n'y personne ne répondait à ses appels. Sa voix se répercutait en échos sur les murs moisis de sa cellule. Et ce n'était certainement pas son visiteur muet qui allait lui répondre. Il ne lui avait pas dit un mot malgré ses supplications, mais son état ne la rassurait pas plus que le sien. La figure balafrée, une jambe plus courte que l'autre, et le dos courbé par des cicatrices de coup de fouet, il la regardait avec pitié et dégoût, renversant la moitié de son eau à côté de sa bouche les trois quarts du temps. Il la haïssait, alors qu'elle ignorait pourquoi. A croire que c'était son existence même qu'on voulait lui faire payer.
Elle avait souvent entendu les récits de ses parents, de son frère ou de ses cousins. Tous avaient toujours dépeint la guerre comme le pire fléau de l'homme. Malgré cela, elle avait toujours insisté, toujours supplié pour qu'on l'emmène au front, pour qu'on la fasse combattre et qu'on lui donne l'opportunité de prouver sa valeur. Elle avait eu sa chance, et en payait les conséquences aujourd'hui. Sa naïveté d'antan la faisait doucement rire. La guerre n'était pas que les combats ; non, la guerre c'était aussi la captivité, les blessures, et l'impuissance. A peu près tout ce qu'elle vivait à cet instant. S'il la voyait, son père aurait probablement honte. Elle, la fille du plus grand Seigneur des Ténèbres, était retenue prisonnière, pendue au mur tel un poulet, la faim au ventre et les trois quarts de la peau noircie de brûlures. Elle ne ressemblait plus à rien, et ne servait plus à rien. Toutes ses ambitions étaient mortes avec elle dans cette explosion, la laissant vide de toute utilité ou dignité. Magnus avait raison depuis le début. Elle n'était pas assez forte pour endurer tout ça. Elle ne l'avait jamais été. Elle avait souvent cru qu'il la sous-estimait mais la vérité éclatait aujourd'hui. Il n'avait fait que la protéger de l'enfer, conscient qu'elle ne pourrait jamais y faire face sans faillir. Et il avait vu juste. Après tout, elle n'avait jamais fait vraiment face à ce genre de chose ; elle n'était jamais sortie de chez elle, protégée par les pouvoirs de son père, et l'amour de sa mère. Or, ici, il n'y avait rien de tout ça. Juste elle. Et elle avait vu où ça l'avait menée. Elle ignorait même si ses amis étaient seulement encore en vie. Peut-être les avaient elle menée à la mort ? Peut-être son orgueil leur avaient-ils tout coûté ? Si c'était le cas, ils ne pourraient jamais rentrés chez eux. Elias resterait à jamais seul et sans réponse, tandis que sa famille serait bel et bien perdue. Un échec de A à Z, dont elle ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable.
Elle ne voulait pas perdre espoir. Elle ne voulait pas abandonner, l'orgueil de son nom l'empêchant de s'avouer vaincu malgré le pire. Mais où restait-il ne serait-ce qu'un peu de lumière ? Elle était seule. Seule et perdue.
Car qui, ici, aurait bien pu savoir que Katherine Jedusor, la descendante directe de Salazard Serpentar, pourrissait dans un cachot quelque part perdu en Ecosse, en 1944 ?
"Chère Ginny, nous avons enfin atteint l'Ecosse. Les aurores sont partout, mais le pire est d'échapper aux bombes, et aux moldus. Ils sont plus difficiles à semer que nous le pensions. Apparemment, leur guerre est un véritable enfer, et après ce que nous avons vu H et moi, nous commençons à comprendre pourquoi. Toujours est-il que nous avançons rapidement. Nous avons même pu explorer les ruines du Château où se cachait Grindelwald, mais nous n'y avons encore rien trouvé d'intéressant. On ne perd pas espoir, ne t'en fais pas. Une piste nous à mener prêt de la côte, mais je pense pouvoir t'en dire plus dans quelques jours. J'espère que tout va bien de votre côté, et que M grandi bien. Dis à Blaise et Drago de bien se conduire et à Hermione de ne pas trop stresser. Nous serons bientôt tous réunis."
A très vite.
R & H
Ginny reposa la lettre de son frère dans un soupir. Cela faisait presque un mois qu'ils étaient partis, et déjà la neige de décembre recouvraient les tours et la cour de Poudlard. Le temps avançait vite, mais pas leurs espoirs. Aucune avancée significative, et aucune trace de vie de Grindelwald. Rien de bon en sommes, à l'exception qu'ils étaient encore en vie et en bonne santé. Au moins, elle avait de leurs nouvelles et savait où ils étaient. C'était un début. Alors que le hibou hululait doucement à ses côtés, la jeune femme frissonna dans la volière. Recevoir les lettres de Ron dans la grande salle était trop risquée, aussi elle venait ici tous les jours, dans l'espoir d'avoir une nouvelle missive. Malheureusement, elle n'en recevait pas aussi régulièrement qu'elle l'espérait, et le stresse l'habitait à chaque instant. La guerre moldu faisait rage, et il n'était pas inhabituel d'entendre de violente explosion depuis Poudlard, provenant des villages moldus les plus proches. Elle avait peur pour eux, mais savait qu'ils s'en sortiraient malgré tout. Ils s'en sortaient toujours. Les mains rougies par le froid, elle caressa doucement les plumes du Hibou à moitié endormi et lui remis sa propre lettre qu'il attrapa vigoureusement entre ses serfs. Elle leur expliquait leur routine, leurs minces progrès, et leur hâte de les retrouver. Elle y avait aussi glissé une photo, qu'elle avait prise quelque jour auparavant lors d'une de leur réunion dans la salle sur demande. On les y voyait tous les quatre, avec son ventre de cinq mois de grossesse. Elle ne voulait pas les exclure de cette autre aventure de sa vie. Elle voulait qu'ils voient Magnus, et qu'ils sachent qu'il allait bien lui aussi. Elle voulait qu'ils voient la famille qui les attendaient patiemment ici, et qui croyait en eux à chaque instant. Elle voulait qu'ils gardent espoir.
Dans le bruit réconfortant des battements d'ailes du Hibou s'envolant vers l'horizon, la jeune femme descendit les marches enneigées de la volière. Le froid était transcendant, pourtant, elle frissonna davantage quand elle vit Jedusor l'y attendre. Immobile dans sa cape sombre, il la regardait, curieux et pourtant impassible. Une semaine s'était écoulée depuis leur réunion en haut de la tour d'astronomie. Une semaine pendant laquelle la douleur de la force les unissant n'avait fait que s'accroître à mesure de leur ignorance évidente. Pas un mot, ni même un regard n'était venu perturber leurs derniers jours, et pourtant c'était comme s'ils ne s'étaient jamais quittés un seul instant. Désormais, tout semblait décuplé. Leurs corps se cherchaient constamment, les réunissant dans des couloirs par purs hasards alors que leurs pas distraits n'étaient guidés que par leurs inconscients. Ils se ressentaient l'un l'autre. Et plus aucun retour n'était désormais possible. Malgré son inquiétude grandissante à ce sujet, Ginny refusait de se faire d'illusions. Elle connaissait ce phénomène, elle l'avait déjà traversé auparavant. Et c'était elle qui avait cédé en premier. Mais elle ne pouvait pas se permettre de recommencer. Jedusor n'était pas son véritable maître, et plus important encore, cela pourrait tout ruiner. Elle avait pris suffisamment de risque la dernière fois, et ne pouvait pas se permettre de le voir se remettre dans une de ses colères. Le fait de s'être touché, avait fait céder un barrage en eux ; le seul qui était arrivé à contenir ce serpent dans leurs entrailles. Maintenant, il était libre, et les torturaient un peu plus chaque jour. Aussi, une seule erreur d'inattention suffisait à tout faire basculer. Une seule erreur, pouvait lui permettre de sentir Magnus. Et elle refusait que cela arrive. Une main resserrée sur son ventre, elle s'efforça de ne pas réagir et le regarda aller à sa rencontre, le cœur serré.
- Tu attends du courrier ? Demanda-t-il.
- D'une vieille tante, oui. Elle m'envoie toujours une carte à Noël, mais elle est tellement vieille, qu'elle ne sait jamais quand s'est. Il m'est même arrivé de la recevoir pour Halloween. Sourit-elle.
Il ne dit rien, mais haussa un sourcil, presque ennuyé.
- Tu me cherchais ? Demanda-t-elle.
- Oui. Slughorn n'a pas pu réaliser sa petite soirée de bienvenue, alors il l'a transformé en fête de Noël.
- Oh, j'ignorais qu'il préparait ce genre de chose. Mentit-elle sans pour autant voir où il voulait en venir.
- C'est très surfait, crois mois. Et très ennuyeux aussi, mais ça à quelques avantages. On peut y approcher des invités hauts placés, tels que des ministres, des professeurs de Durmstrang, des célébrités, des aurores réputés... Hermione et moi y sommes déjà invités.
- Ça ne m'étonne pas, vous êtes les meilleurs de Poudlard. Dit-elle.
- Je veux que tu viennes avec moi.
La brutalité de sa requête la laissa sans voix pendant plusieurs secondes. A vrai dire, il ne s'agissait même pas d'une question. Mais d'un ordre.
- Pourquoi ? Ne put-elle retenir dans un élan de surprise.
- Slughorn sera fasciné par ton histoire. Tu es la seule élève de Poudlard à être sortie d'un coma magique. Et puis, le connaissant, si tu viens avec moi, il voudra te présenter à tout le monde. Nous serons ses vedettes.
Son prétexte n'avait pas le moindre sens. Ginny connaissait les soirées de Slughorn, et la dernière chose qu'elle désirait était bien de réitérer l'expérience. Une soirée entière à supporter son professeur à moitié ivre, et à jongler entre des invités plus ennuyeux les uns que les autres qui n'auront pour objectif que de parier sur les futurs grands noms du monde sorcier, et de loucher sur son décolleté.
- Tu es sûr que ma présence est nécessaire ? Demanda-t-elle gênée. Je ne suis pas très à l'aise pendant... ce genre de fêtes.
- Tu n'as pas à t'en faire. Tu t'en sortiras très bien.
- Mais...
- Rendez-vous dimanche, 20h. Tu m'attendras dans le hall. C'est compris ?
Elle déglutit, dépitée d'être obligée de supporter ce genre de soirée même en 1944. Décidément, Slughorn ne s'arrêterait jamais de lui faire vivre un enfer.
- Compris. Soupira-t-elle.
- Bien. Oh, et tenue de soirée obligatoire. C'est un ordre.
Elle le regarda tourner les talons, toujours aussi stupéfaite et figée. Jedusor voulait garder un œil sur elle, mais de là à l'inviter à une soirée privée ? Elle ne sut pas pourquoi mais ça ne lui inspira rien de bon, et redouta déjà l'instant où elle devrait fièrement marcher à son bras alors qu'ils osaient à peine se regarder dans les yeux. La main toujours posée sur son ventre magiquement plat, elle sursauta en sentant un flocon tomber sa joue. Le froid la fit déglutir malgré la vue irréelle de Pouldard sous la neige, et elle ne put s'ôter de l'esprit, que les risques ne faisaient que grandir un peu plus chaque jour. Aussi bien pour elle et ses amis, que pour son fils dont la magie ne faisait que grandir. Une magie qui au même instant, la protégea des flocons de neige qui se mirent brusquement à l'esquiver dans le vent d'hiver.
- Abraxas ?! Il t'a ordonné d'y aller avec Abraxas ! S'écria Drago hors de lui.
- Chut ! Hurler ne changera rien. S'exclama Hermione, les joues roses en rangeant ses piles de livres.
- Mais tu ne peux pas y aller avec lui !
- Il ne changera pas d'avis. Soupira-t-elle.
Le jeune homme la regarda, à la fois ahurit et dépité. C'était quoi cette mascarade ?! Depuis quand Jedusor cherchait à la mettre en binôme avec son ancien agresseur ? C'était ridicule ! Débile même ! A croire que Merlin lui-même se fichait de lui ! Incapable de rester en place, il parcourut le rayon de livre dans un grondement sourd, la tête basse et l'esprit en feu. La simple idée de l'imaginer aux bras de grand-père lui donnait la nausée.
- Tu... tu ne peux pas y aller !
- Drago, je n'ai pas le choix... tu le sais bien.
- Tu n'as qu'à dire que tu es malade ! Dit-il brusquement.
- Oui bien sûr, comme si ce genre d'excuse pouvaient marcher avec Jedusor ! Dit-elle en explosant de rire.
- Ne te fiche pas de moi ! Tu ne peux pas y allez avec Abraxas ! S'énerva-t-il.
La Gryffondor sourit malgré elle devant son air agité. Il avait peur pour elle, et étonnement, elle trouvait ça mignon. Mais autre chose le dérangeait. Quelque chose qui se traduisait en lui par une jalousie dévorante. Abraxas cherchait à se rapprocher d'elle depuis quelques semaines, chose qu'il n'avait pas manqué de remarquer. D'abord il était venu s'excuser, puis il avait essayé de lui faire la conversation et de la réconforter. Il lui avait même proposé de venir avec lui à Pré-au-lard, mais ses tentatives n'étaient pas innocentes. Elle ne manquait aucun de ses regards en coin lubriques, tout comme elle n'ignorait pas son penchant malsain pour elle. Drago non plus n'était pas aveugle. Personne ne l'était.
- Il ne m'arrivera rien. Dit-elle calmement en lui prenant la main. On sera en public, et je n'ai certainement pas l'intention de rester avec lui plus que nécessaire.
- Hermione, il a tenté de t'agresser. Quand bien même vous devriez visiter un élevage hippogriffe, je refuserais que tu y ailles avec lui !
- Je sais, je sais... Mais on n'a pas le choix. C'est un ordre.
- Je n'en ai rien à faire des ordres ! S'exclama-t-il brusquement. Il s'agit de ta sécurité !
- Et pas plutôt de ta jalousie ?
Son commentaire le fit salement grimacer, et déjà il regrettait de ne pas avoir frapper plus fort Abraxas. Dieu qu'il haïssait cette sensation ! Qu'il haïssait son grand-père ! Et qu'il haïssait Jedusor pour être l'organisateur de son pire cauchemar ! Oui, il était jaloux. Affreusement même. Mais ce n'était pas comme si les raisons manquaient. Il connaissait les hommes de sa famille, et savait mieux que quiconque que rien n'était jamais fait sans arrière-pensée. Abraxas n'était pas net, et Tom non plus. La seule chose qu'il ignorait était la raison de tout ce cirque. Pourquoi Jedusor ferait-il une telle chose ? Quel intérêt avait-il à gagner à part le faire littéralement enrager ? Il regarda Hermione, les dents serrées. Ses grands yeux bruns le fixaient avec intensité et tendresse, ne faisant qu'alimenter un peu plus le feu qui brûlait avidement en lui. Il ne pouvait pas la laisser au bras de ce monstre. C'était hors de question. Elle était trop belle, trop gentille, trop elle... Et Abraxas ? Lui, n'était que le fils du pêché et de la honte. Telle était leur malédiction, à eux, les Malfoy.
- Tout se passera bien, je te le promets. Dit-elle en prenant ses mains. Tu n'as pas à t'en faire ! Aussitôt que la soirée sera finie je te rejoindrais, d'accord ?
Il la regarda avec pour seule envie, la croire. Mais cela ne dépendait pas d'elle, mais d'Abraxas. Et il n'y avait qu'une seule et unique façon de s'assurer qu'elle aurait raison.
- Je déteste être mis à l'écart. Souffla-t-il.
- Je sais, et je suis désolé.
- Ce n'est pas ta faute. Dit-il la prenant par la taille pour l'attirer contre lui. J'arriverai à me contenir.
- Avant ou après avoir menacé Abraxas ?
- Je n'ai pas besoin de le menacer. Sourit-il brusquement. J'ai juste à lui rappeler quelques souvenirs...
- Drago ? S'inquiéta-t-elle brusquement devant son air étrangement sadique.
- Oh ne t'en fais pas. Je ne vais faire que mon boulot.
- C'est à dire ?
- M'assurer que ce sale pervers garde ses mains loin de toi. Cingla-t-il avec une froideur amoureuse.
Elle ne sut pas comment réagir face l'intensité de son regard. Elle y lisait tant de chose, qu'elle aurait pu s'y perdre. Mais un sentiment plus fort en ressortait. Non, pas un sentiment. Une pulsion. Une pulsion destructive qui ravivait en lui l'âme cruelle qui l'avait habité autrefois. Une âme vide de compassion, qui l'avait mené dans cette maison, et qui l'avait caractérisé, lui et le nom Malfoy. Hermione ne lui dirait probablement jamais, mais dans ces instants, il ressemblait davantage à son père. Et cela, elle le craignait, ne présageait rien de bon pour quiconque prendrait le risque de la convoiter, à part lui.
Bonjour à tous ! Comme promis, voici la suite ! J'espère qu'elle vous a plût ;) Comme vous le voyez, Katherine est en très mauvaise posture mais soyez patient, vous en saurez plus un peu plus tard !
Merci beaucoup pour vos commentaires, je les lie tous et ils sont très constructifs ! Continuez de me donnez vos avis, ils m'aident beaucoup ! Et merci encore de me suivre après tout ce temps :)
A très vite ! Bisous !
