- C'est ridicule. Soupira Ginny en jetant ses vêtements sur son lit.

- Tu dramatises. Ce ne sera peut-être pas si horrible que ça ?

- C'est toi qui dis ça ?! Hermione, les fêtes de Slughorne sont les pires de toute l'histoire de Poudlard !

La Granger sourit malgré la grimace de son amie. C'était bien la première fois de sa vie qu'elle la voyait réticente à l'idée de se rendre à une soirée, elle qui d'ordinaire était toujours la première à se faire belle pour la moindre occasion. Mais là encore, cela remontait à il y a longtemps. Une époque plus douce, innocente et où personne n'était enceinte jusqu'au cou. Désespérée devant son armoire, son ventre rond de cinq mois devant elle, Ginny essayait tant bien que mal de trouver quelque chose à enfiler dans les méandres de ses habits. En temps normal, elle aurait minutieusement préparé ses affaires avec une idée précise de ce qu'elle aurait porté, mais ce soir, elle était dépassée. La fête commençait dans moins de trois heures, et elle se baladait encore en t-shirt et culotte dans sa chambre, ses cheveux relevés en un chignon si mal fait que la plupart de ses mèches lui tombait sur le visage. Et pourtant, ce n'était pas le stresse qui lui manquait. Depuis des jours, elle redoutait cet instant, et maintenant qu'elle y faisait face, elle se sentait prise au piège. Même affronter un Détraqueur lui aurait semblé moins angoissant.

- Comment tu fais pour être aussi calme ?! Demanda-t-elle à la Granger qui domptait ses cheveux de sa baguette dans un geste élégant.

- J'essaie de relativiser.

- Tu y vas avec Abraxas ! Comment tu peux relativiser ?! S'exclama-t-elle.

- Ginny, les hormones parlent à ta place. En temps normal, tu aurais été prête depuis ce matin.

- Mais ce n'est pas le cas ! Et j'espère encore qu'un incendie annulera tout à la dernière minute.

- Mais enfin, qu'est-ce qui te prends ? Tu trouvais que c'était une super avancée il y a quelques jours, et que Jedusor commençait à perdre du terrain !

- C'est le cas, mais sur le moment, je ne m'étais pas imaginée en train de me faire belle pour lui et sa petite troupe...

- On s'en fiche !

- Pas moi ! S'offusqua-t-elle.

- Alors, c'est ça ? Comprit la brune. Tu es nerveuse parce qu'il t'a donné un rendez-vous ?

- Non ! Je... je suis nerveuse parce qu'il attend de moi que j'enfile une tenue qui ne fera que révéler le rayonnement magique de Magnus, que je vais devoir battre des cils devant des inconnus, rire à leurs blagues ridicules, et que Slughorne va loucher sur mon décolleté toute la soirée !

- La grosse poitrine va avec le gros ventre. Rit-elle devant sa tête.

Son commentaire ne la fit pas rire mais l'exaspéra davantage. Elle n'en pouvait plus. Toute cette situation, ce cirque, ce cinéma... tout était un peu plus pesant chaque jour. Et ses changements d'humeurs ne l'aidaient pas, loin de là. Quand elle n'avait pas l'impression d'être sur le point de fondre en larme à chaque seconde, la colère prenait le dessus, changeant tous ses mots en un venin acide et mortel. Ses amis en étaient, malgré eux, les principales victimes mais la voir ainsi semblait plus les faire rire qu'autre chose. Ils ne lui en voulaient pas, et s'amusaient de ses crises de nerfs de plus en plus fréquentes. Rien que la veille, ils avaient dû passer plus d'une heure à la calmer à cause d'un commentaire moyen sur l'une de ses copies. D'ordinaire, elle ne l'aurait même pas relevé, les cours étant bien la dernière de leur priorité, mais depuis peu, c'était un véritable monstre qui se déchaînait à chaque contrariété. Le pire étant qu'elle devait se contenir en public, pour pouvoir exploser à l'abris des regards. Ajouté au stress permanent de savoir Ron et Harry perdus dans la nature, la peur de sentir son lien avec Jedusor se renforcer, la méfiance des regards des mangemorts, la douleur de son corps, et la fatigue... elle n'en menait pas large. Porter un masque l'épuisait. Mentir constamment l'épuisait. Elle ne savait plus où donner de la tête, ni même quoi penser, elle qui était désormais la Dark Lady de tous. Elle qui devait les guider.

Dans un souffle de plus en plus haché, Ginny s'assit, désemparée et à bout. Elle aurait voulu être invincible. Mais même les plus endurants finissaient toujours pas craquer. Alors qu'elle se perdait déjà dans le flou de larmes de frustration, elle senti Hermione s'asseoir à ses côtés. Son amie savait qu'elle faisait de son mieux. Mais parfois ce n'était pas suffisant. Se cacher n'était pas suffisant.

- Tu n'es pas un robot, Gin. C'est normal.

- J'en ai assez de moi. Souffla-t-elle en ravalant furieusement son sanglot. J'en ai assez d'être comme ça !

- Je te l'ai dit, ce ne sont que les hormones. C'est temporaire.

- Mais si je n'arrive pas à me gérer aujourd'hui, qu'est-ce que ce sera demain ? Ou dans deux semaines ? Ou dans deux moi ?! S'écria-t-elle.

- Gin...

- J'ai décidé de rester parce que je pensais être assez forte pour supporter d'être sur tous les fronts en même temps ! Le bébé, la mission, la couverture, les mensonges, la comédie, Jedusor, les mangemorts... mais si j'avais eu tort ? Si je me plante depuis le début et que je ruine tout ? Dit-elle.

- Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes ?!

- Si je faisais un faux pas... Un faux pas à cause de ces hormones ?! Ou à cause de mon incapacité à être impartiale avec Jedusor ? A cause de notre lien ?!

Hermione vit soudain où se trouvait le véritable nerf de la guerre. Il ne s'agissait pas de Ginny ou de son comportement, mais des conséquences de sa perte de contrôle sur elle-même. Se montrer aussi vulnérable n'était pas dans ses habitudes, or, son état émotionnel la bouleversait plus encore qu'elle ne le montrait. Elle ne se sentait plus maîtresse de son corps, ni même de son cœur ; et elle détestait cette situation. La crainte de tout faire déraper la hantait, et la peur elle-même, la terrifiait. A la voir ainsi, on aurait dit une enfant, recroquevillée dans le noir de son esprit lugubre.

- Tu doutes trop de toi.

- Ce n'est pas comme si je n'avais pas de quoi. Soupira-t-elle en reniflant.

- Ginny, on a tous confiance en toi. Dit Hermione en lui prenant la main. Et on sait que tu vis les choses beaucoup plus intensément que nous, à travers Magnus, Jedusor, et le Maître... on sait que c'est dur, et qu'on ne peut qu'essayer de t'accompagner dans tout ça. Mais tu es forte ! Tu as déjà traversé le plus dur !

- Herm...

- Non. Ne dis rien. La coupa-t-elle alors. Imaginer le pire n'aide personne. Alors, nous allons tranquillement de trouver une belle robe à mettre ce soir, cacher ce gros ventre et sa magie, et aller à cette fête, accompagnées de nos terribles cavaliers. Je serais avec toi tout le long, et rien ne viendra ruiner notre plan. C'est compris ?

La rousse ne put que hocher la tête face à la vigueur du sourire de son amie. Elle ne voulait pas lui miner le moral. Elle ne voulait pas se montrer faible. Pour autant, un pressentiment terrible l'empêchait de pleinement respirer. Un pressentiment qui ne faisait que croître depuis l'annonce de la mort de Grindelwald, et qui oppressait le peu d'air que ses poumons arrivaient à garder. Et à cet instant, elle était incapable de dire si cela venait d'elle, ou de tout ce qui prenait l'eau dans sa vie.

Au même moment et dans leur ignorance la plus complète, une ombre s'avançait déjà dans le couloir qui menait jusqu'au dortoir des Sepentard. Rapide et vivace, elle se glissait hors de toute lumière, veillant à ne rester que ce mirage encapuchonné dans l'ombre des chandeliers. Puis, alors que silence de la soirée s'épaississait peu à peu, on la vit se lever dans l'obscurité, s'engouffrant à travers plus de portes dérobées que personne en une seule nuit. Il connaissait bien les passages secrets de sa salle commune. Tous, sans la moindre exception, et c'est d'un pas sûr qu'il réussit à déboucher à l'autre bout des dortoirs masculin sans avoir à les traverser. Un raccourci plus que pratique, quand le lit de sa cible se trouvait justement dans l'angle de la fenêtre la plus éloignées de la dernière chambre. Il ne lui fallut plus que quelques secondes pour l'atteindre et déjà son cœur s'emballa sous sa cape. Il touchait enfin au bout, et pouvait presque déjà sentir l'aura irritante et hautaine qui s'accordait à son propre sang. Abraxas se préparait encore, cherchant à être le plus beau pour sa cavalière. Et enfin, Drago allait lui donner la leçon adéquate à son rang.


Les marches semblèrent véritablement interminables pour Ginny, Pourtant, elle les regretta bien vite quand le couloir se dessina devant elle. Elle ne voulait pas le voir, pas ce soir, pas maintenant, mais là encore, elle n'avait pas son mot à dire. Ses pieds avançaient devant elle, comme pour la mener devant l'échafaud où l'attendait son bourreau. Elle savait qu'il serait sûrement déjà là, habillé de noir, pâle comme la mort, avec des pupilles de sang prêtent à la damner au premier regard. Et elle savait aussi, que ce soir plus que jamais, elle devait faire de même. Elle devait être plus forte que lui. Pour ses amis, son fils, mais aussi pour elle. Elle lui avait laissé trop de marge de manœuvre, trop d'opportunité de la découvrir, ou de la déstabiliser, et cela s'arrêtait dès ce soir. Elle ne pouvait pas se permettre de tout ruiner à cause de ses émotions. Elle ne pouvait pas gâcher autant de sacrifice. Aussi, alors qu'Hermione lui lançait un sourire encourageant, elles s'avancèrent toutes deux, le dos droit et le visage impassible.

Être à Serpentard n'était pas qu'une question de personnalités, mais aussi d'apparence. Et ce soir, elles avaient suivi le protocole de leur maison. Hermione avait opté pour une robe à dos nu, en satin argenté qui lui tombait jusqu'au cheville dans une coupe droite et un décolleté en V. Ses boucles rebelles tombaient en ondulations délicates et travaillées dans son dos, faisant ressortir le teint lumineux de ses joues et le brillant de ses lèvres. Jedusor lui avait donné des consignes à elle aussi. Ce soir, elles devaient être les plus belles. Quant à Ginny, c'était sans surprise, et à sa propre demande, qu'elle portait la couleur la plus sombre. Une robe en velours vert émeraude. Un véritable petit bijou dont Hermione lui avait fait la surprise. Moulante, sans manche mais dont le col remontait jusqu'au cou, fendue jusqu'au milieux des cuisses, et resserrée à la taille par une fine ceinture en cuire, la rousse osait à peine respirer dedans. Elle était si serrée, et la magie si imprévisible, qu'à tout moment Ginny craignait de voir la robe déclencher son accouchement en pleine réception. La tête basse, elle sentie cheveux raides tomber sur ses joues. Chaque pas, chaque souffle était contrôlé et médité à la seconde près. Elle ne devait pas faillir ce soir.

D'une main tremblante, elle caressa le plat magique de son ventre et frissonna dans le claquement régulier de ses talons hauts. Malgré ses dernières semaines, elle ne parvenait toujours pas à s'y habituer, et regrettait déjà les rondeurs de son gros ventre de cinq mois. Faire semblant sur ce sujet était le plus difficile, même avec toute la magie du monde. Et puis, aucun sort n'était parfait. Quelqu'un d'attentif pouvait à tout moment remarquer le scintillement étrange de son abdomen comparé au reste de son corps, ainsi que la distension du tissu dans un plis dissimulé ; mais là encore, elle devait s'accommoder des moyens du bord et prier.

Sans rien montrer de son trouble et dans le silence pesant de la nuit, les deux sorcières rejoignirent le lieu du rendez-vous. Sans grande surprise, leur maître et Abraxas les y attendaient avec impatience. Habillé d'un riche costume surmonté d'une cape, jamais on n'eut vit le Seigneur des Ténèbres aussi bien vêtu. Figé, une montre à gousset dépassant de sa main pendue dans le vide, il ne bougea pas pendant plusieurs secondes, le regard ancré sur la silhouette qui se dessinait peu à peu devait lui. De sa vie, il n'avait jamais vu plus belle femme porter du vert. Si bien que sa propre stupéfaction l'effraya dans l'instant. Sa peau de lait, ses yeux dorés, ses cheveux de feux, ajouté à ses courbes et la couleur rubis de ses lèvres... Elle portait sur elle, le visage de la luxure et l'envie. Un visage qui à sa première vue, lui tordis déjà les entrailles. C'est à peine s'il la distinguait encore derrière ses battements de cils incontrôlés. Décidément, Ginerva portait en elle la malédiction des belles femmes ; celle qui faisait regretter à chaque homme de ne pas être né aveugle ; celle qui les changeait en pierre pour le seul prix d'un regard. C'est ainsi que Tom se senti, pour la première fois ; comme une statue figée hors du temps, et maudite à ressasser cette image trop cher pour sa vie sans valeur. Ce n'est que dans le raclement de gorge d'Abraxas qu'il réussit à trouver du réconfort, et que, une fois sa montre fébrilement rangée, il trouva la force de dire.

- Pile à l'heure.

- Vous êtes ravissantes mesdemoiselles. Souffla le Malfoy, la bave aux lèvres à son tour.

- Vous aussi.

Ginny ne trouva pas la force de parler. Car si Tom avait pu sortir de sa torpeur, ce n'était pas son cas. La gorge serrée, et sans un mot, elle choisit de se détourner, le regard happé au sol. Lui faire face dans ces conditions était insensé. Sans rien dire, ni même le regarder, elle saisit le bras qu'il lui tendit et s'engagea dans son sillage. Derrière eux, Hermione et Abraxas, les regardèrent s'avancer dans une allure princière. Personne n'aurait pu croire qu'ils n'étaient qu'élèves. Personne n'aurait pu vouloir résister à l'envie de courber l'échine devant leur magnificence. Une grandeur nouvelle naissait de leur union ce soir. Et il ne fallait pas être devin pour savoir que tous les regards seraient envoûtés par cette dernière, éblouissant les invités d'une humiliation certaine.


Le trajet jusqu'au bureau de Slughorne se déroula dans un silence anxieux pour les quatre jeunes gens. Seul l'écho des talons des jeunes femmes sur la pierre, comblait le vide pesant qui les séparaient de leurs cavaliers. Leurs bras accrochés l'un à l'autre, Tom et Ginny ne se regardaient pas. Le regard fixé devant eux, le visage fermé tels des statues trop parfaites pour être réelles, ils dégageaient une électricité suffocante qui semblait se propager à mesure de leur avancée. Chacun de leur pas provoquait un éclair quelque part, là-haut, dans le ciel, et c'était presque à croire que le tonnerre battait à vif dans leurs corps. Leurs battements de cils étaient presque synchronisés, si bien qu'à chaque fois qu'un élève croisait leur route, il pensait faire face à un couple fantomatique, damné, et prêt pour le bûcher dans leurs dernières heures de gloire.

Plus en retrait, Hermoine et Abraxas ne s'étaient jamais aussi bien accordé, mais n'en menaient pas large non plus. Loin d'être à l'aise, le Malfoy ne disait rien, laissant à sa cavalière le plaisir de se rassurer un peu à mesure que le silence s'écoulait. Au moins, il ne serait pas trop encombrant ce soir se disait-elle. Malgré tout, c'est quand même avec soulagement que les sorciers entendirent des éclats de rires s'échapper depuis la salle de réception déjà bondée du professeur. Le moins que l'on pouvait dire, était que Slughorne n'avait pas démérité cette année. Dans sa quête de gloire et de reconnaissance, il avait convié tout le monde magique à sa petite sauterie. Des ministres américains, à certains professeurs douteux de Durmstrang, et mêmes quelques stars populaires ; tous les plus grands noms se bousculaient, une coupe de champagne et des petits fours à la main. Quelques élèves triés sur le volet, dont beaucoup de Serdaigles, étaient eux aussi présents. La plupart regardaient de leurs yeux terrorisés ces idoles dont ils avaient rêvé toute leur vie, un petit calepin coincé dans leurs mains tremblantes. Ils se repliaient dans les coins timides et craintifs à l'idée d'être vus ou d'aborder leurs modèles. En revanche, ce ne fut pas le cas de Tom.

Comme transformé, la foule lui insuffla un regain d'énergie inattendu qui stupéfia même Abraxas. Son visage impassible s'aiguillât d'un sourire au charme dévastateur, tandis son charisme naturel attira déjà sur lui la moitié de tous les regards. Du moins c'est ce que Ginny crut. Pourtant, et alors qu'ils s'avançaient au milieu des invités, la jeune femme ne vit pas les coups d'œil stupéfaits et langoureux des hommes autour d'elle. Persuadée qu'il ne s'agissait que de l'attention quasi magnétique de Jedusor sur les invités, elle ne remarqua rien de l'attention qu'elle même suscitait parmi la foule. Une attention justifiée et pas des moindres. Grande, élancée, et fière, elle retournait plus de tête qu'Hermione n'aurait su en compter. A cet instant, son amie ne put que frissonner à son tour. Ginny était véritablement la Drak Lady ce soir, sans pour autant le réaliser. Mais, ce ne fut pas le cas de Tom. Alors qu'ils marchaient à grands pas, il ne manqua rien des yeux posés sur la taille et les hanches de sa cavalière convoitée ; des yeux qui se mirent à déclencher en lui une haine sourde dans une fougue incontrôlable. Sans la lâcher, ni même lui demander son avis, il la saisit brusquement par la taille d'une main possessive et la colla contre lui, lui arrachant un léger sursaut et un frisson qu'il partagea tout aussi violemment. La force qu'il exerça contre sa peau la fit rougir, si bien qu'elle mit plusieurs secondes avant de comprendre sa jalousie. Pourtant, elle n'eut pas le temps de se défaire de lui car très vite, ils tombèrent nez-à-nez sur leur professeur. Déjà bien attaqué par le champagne à en juger par son nez étrangement rouge, il les kidnappa dans la seconde même, s'empressant de leur présenter tous ses amis les plus riches de la soirée dans une flopée de gloussement ridicules.

Devant un pareil spectacle, Hermione ne put retenir un grand sourire désolé. Elle savait ce qui l'attendait et la plaignait déjà. Pour autant, la jeune femme n'était pas pour le moins mécontente. Ce soir, elle ne risquait pas d'attirer l'attention. Les invités de Slughorne se trouvaient être bien plus intéressant qu'elle, aussi elle se décida d'attendre que les heures passent d'elles-mêmes dans l'ignorance presque réconfortante de son anonymat. Oh bien sûr, elle aussi attirait les regards envieux des femmes, et désirant des hommes, mais elle n'y prêtait pas attention. Le seul homme qu'elle voulait voir ce soir n'était pas là…

Sans se soucier de son cavalier, elle alla sereinement au bar, dans l'espoir de se changer les idées pour la première fois depuis longtemps. Elle buvait peu ; trop peu selon Blaise ! Or, tout ce dont elle avait besoin pour s'aérer l'esprit se trouvait dans un Whisky Pur feu. Sans craindre ni jugement, ni retenue, il se mit donc à détailler la foule, son verre à la main. Ce soir, elle prenait soin d'elle et de sa peine quotidienne. Ce soir, elle décidait de s'accorder un peu de répit. Oui, les problèmes savaient nager, mais il ne lui coûtait rien d'essayer de les noyer dans son verre, au moins pour un soir. A chaque gorgée, elle tenta d'oublier. A chaque goutte enflammée, elle essaya de fermer les yeux sans penser. Pour autant, elle ne resta pas tranquille très longtemps, et vit déjà Abraxas la rejoindre dans un soupir agacé.

- Tu bois seule ?

- Je buvais seule. Claqua-t-elle. Malheureusement, ce n'est plus le cas.

- Oh je t'en prie. Sourit-il. Je croyais qu'on était amis.

- Des connaissances seraient un terme un peu plus exact.

- Tu me vexes ! Dit-il en feignant d'être outré.

- Par Merlin, il en faut donc si peu pour offenser un Malfoy ? Rit-elle en buvant une gorgée amère. Si j'avais su...

Abraxas la regarda sans rien dire, un sourire aux lèvres. En le voyant, elle déglutit dans un silence gêné. Il la détaillait avec envie et convoitise, mais aussi autre chose. Une étincelle brillait dans ses pupilles aciers, si bien qu'elle lui retourna le ventre, dans un bouleversement inattendu. Quelque chose ne tournait pas rond chez lui ce soir.

- Tu bois pour oublier ? Lui demanda-t-il alors.

- Une femme ne peut pas boire par simple envie ?

- Tu n'es pas comme toutes les autres femmes. Et tu le sais très bien.

Ses mots prenaient une autre signification, aussi, elle chercha à se détourner de lui, plus mal à l'aise que jamais. Pourtant elle l'entendit rire de bon cœur derrière elle. Un rire qui la figea sur place de stupeur, avant même qu'elle ne comprenne pourquoi. Incertaine, elle fit volteface, le transperçant d'un regard nouveau. Elle pensa un instant que l'alcool lui était déjà monté à la tête, pourtant, elle ne put pas s'en convaincre. Alors qu'un silence se mit à les séparer, elle se mit à le détailler les sourcils froncés. Elle avait tellement essayé de l'éviter, qu'elle n'avait même pas prit le temps de le regarder dans les yeux... et de voir la supercherie. Il arborait un sourire Malfoynien, un rictus amusé, et un regard curieux. Mais ce rire... ce rire n'était pas le sien. Pas plus que cette aura, qu'elle n'avait jusqu'alors pas su reconnaître près d'elle.

- Dites-moi que je rêve... souffla-t-elle horrifiée.

- J'ai gagné le pari. Dit-il alors dans un sourire plus radieux que jamais. Blaise pensait que tu ne verrais rien avant la fin de la soirée. Mais j'en étais sûr du contraire. Rien ne t'échappe.

Un sursaut d'angoisse la saisit, et avant même qu'il n'ait le temps de parler davantage, elle l'attrapa par le bras pour l'entraîner à l'abris des regards dans un coin reculé de la salle bondée, un air furibond sur le visage.

- C'est une blague j'espère !

- Hermione !

- Tu te fiches de moi ou quoi ?! S'exclama-t-elle furieuse en essayant de ne pas hurler.

- Hé ! Je n'ai fait qu'un pari ! Se défendit-il.

- Drago ! Dit-elle à bout de souffle sans arriver à y croire. Tu... tu as pris la place d'Abraxas ?!

- Je t'ai dit que j'allais faire ce qu'il fallait pour qu'il garde ses mains loin de toi. Et j'ai bien fait d'ailleurs, il t'aurait sauté dessus à la seconde où tu es arrivé. Tu es bien trop belle pour lui !

- Mais... mais... tu es fou ! Jedusor te tuera s'il l'apprend ! Tu as perdu la tête !

Drago soupira dans un sourire amusé. Il s'était attendu à cette réaction. Il savait qu'elle allait lui trouver toutes les raisons et prétextes du monde pour le convaincre de partir, ou de se cacher, mais il savait aussi qu'il n'en ferait rien. Il avait fait son choix dès l'instant qu'il avait su qu'Abraxas serait son cavalier et ne regrettait rien. Elle était si belle, si rayonnante dans sa robe couleur de lune, que jamais dans sa vie il ne pourrait avec de remords. Elle valait tous les sorts du monde.

- J'ai pris des précautions, ne t'en fais pas. Lui dit-il doucement. Le polynectar cessera d'agir dans un peu de plus de trois heures. C'est largement suffisant, et puis, Abraxas ne se souviendra de rien ! Il a toujours eu une vie de dépravé, mais l'ironie est qu'il n'a jamais tenu l'alcool. Il pensera avoir trop bu, et rien de plus. Il ne cherchera même pas à comprendre. Mon sort de confusion est infaillible !

Plus il parlait, plus Hermione commençait à regretter d'avoir laissé son verre au bar. Les joues roses, et la panique au bord des lèvres, elle n'osa même plus le regarder et guetta Jedusor, de peur de le voir les démasquer d'un instant à l'autre. C'était ridicule. Dangereux et ridicule.

- Tout va bien se passer. Assura-t-il.

- Bien se passer ?! Drago, tu as pris l'apparence de ton grand père par peur qu'il me drague ! C'est complètement stupide !

- Je...

- Où est Abraxas là tout de suite ? S'empressa-t-elle de demander.

- Il va bien !

- Drago...

Elle ne croyait pas à son regard rassurant. Surtout, parce qu'elle savait qu'il ne voulait rien dire de très rassurant.

- Je l'ai endormi. Il est dans un lieu sûr et ne se réveillera pas avant demain.

Cette version ne collait pas avec son plan.

- Autrement dit ?

- Je l'ai assommé et jeté un sort de sommeil. Puis j'ai laissé Blaise le cacher dans un placard de maintenance...

- Par Merlin... souffla-t-elle au bord de la crise nerveuse dans des chuchotement de plus en plus aigus. Tu es malade ! Tu vas tous nous faire tuer !

- Je préfère prendre le risque. Dit-il alors.

- Quoi ?! Mais...

- Hermione, je pensais ce que j'ai dit. Déclara-t-il beaucoup sérieux. Il est hors de question qu'il pose ne serait-ce qu'un regard sur toi. Je.. je connais mon grand-père, et je sais ce qu'il a fait aux femmes au cours de sa vie. Il n'a jamais reculé devant rien. Crois-moi, j'aurais préféré ne pas avoir à venir, mais je refuse de le laisser ne serait-ce que t'approcher. Il est dangereux. Mais pour te protéger, je suis prêt à l'être cent fois plus que lui.

- Drago je... je sais que tu penses bien faire. Et je te remercie, mais tu mets ta vie en danger ! Dit-elle dépitée.

- Je suis un Malfoy. Jouer ce rôle est presque trop facile. Sourit-il. Et puis, estime toi heureuse. C'était soit le polynectar, soit le kidnapping. Mais je me suis dit que je n'allais pas me priver d'une petite soirée chez Slughorne, en compagnie de la plus belle sorcière de tout le château.

- Tu as conscience que Ginny va te tuer si elle apprend ce que tu as fait ? Finit-elle par dire dans un sourire presque vaincu.

- Je sais... mais je sais aussi que tu ne lui diras rien.

- Tu me demande de mentir à ma Dark Lady et ma meilleure amie !?

- Je ne serais pas sûr de survivre à l'une de ses crises d'hystérie de femme enceinte ! Se défendit-il.

- Tu es fou. Finit-elle par souffler, dépitée.

- Je sais. Mais c'est pour ça que tu m'aimes.

Elle ne put que rougir dans un rire étouffé, et le bouscula, agacée et pourtant étonnement heureuse. Son homme était là, malgré les risques et les embûches. Il n'avait pas hésité à prendre la place d'Abraxas, et à jouer le jeu. Il n'avait pas hésiter à tous les faire tuer. Et même si elle était terrifiée à l'idée qu'ils soient démasqués, elle ne put pas s'empêcher de l'entraîner avec elle au bar, un doux sourire aux lèvres, pour savourer ensemble, leur premier Whisky Pur Feu.


- Tu es en retard. Soupira Arias en apercevant enfin Blaise au bout du couloir.

Leur rendez-vous étaient hebdomadaire pour la plupart, parfois même un peu plus réguliers. Pour autant, jamais le Zabini n'en manquait un. Et pour cause, il n'était pas courant de voir un drogué rater le coche pour sa dose.

- J'ai dû gérer un imprévu. Dit-il d'une voix saccadée.

- De quel genre ?

- Du genre qui ne te concerne pas.

Le ton de sa voix fit sourire le Lestrange. De toute évidence, il ne comprenait pas le concept de réciprocité qui les unissaient.

- Ne prend pas pour acquis mon aide Richards.

- Et toi ne joue pas avec ma patience. Cingla-t-il énervé.

Son sourire s'élargit davantage dans l'ombre de la nuit avancée. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir ses mains tremblantes cachées dans son dos, ses lèvres pâles et son teint cireux. Oui, il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir que Blaise Zabini, était en manque. Pas peu fière et toujours aussi amusé par la consommation toujours plus grandissante de son associé, Arias baissa la tête pour ne pas rire nerveusement. C'était tellement jouissif, de le sentir à sa merci, de le voir aussi demandeur, et pendu à sa drogue, que parfois, le jeune serpentard en oubliait presque que son maître attendait de lui des renseignements. Aussi, dans un rictus dissimulé dans l'ombre, il dit.

- Le sang de Vélane ne se trouve pas partout. Tu le sais.

- Et pourtant, tu en as toujours sur toi. Je le sais aussi. Répliqua-t-il rapidement.

- Ne pense pas que ce sera toujours gratuit.

- Je paye notre maître de ma propre vie. L'absence de douleur est la moindre des récompenses !

- Je suis d'accord. Mais fais attention à toi petit soldat. Dit-il alors en saisissant sa monnaie d'échange. Il arrive que certain prix soient réévalués.

- Ne joue pas avec moi Lestrange.

- Je ne joue pas. Je te mets en garde. Mais comment résistez ? Hein ?

Sans plus de mots, et avec un regard qui en disait long, il lui tendit la fiole tant convoitée. Un simple récipient, qui renfermait pourtant la clé de désir d'un seul homme. A sa vue, Blaise frémit et dût se retenir pour ne pas lui arracher des mains. Il savait qu'il prenait trop de risque. Qu'il jouait avec le feu. Mais à cet instant, et devant l'incarnation de son péché, il ne se posa pas la moindre question. Comme si son cerveau avait cessé de marché, et que son corps ne faisait que répondre à un besoin primaire, il saisit la fiole et la déboucha d'un coup de pouce. En moins de deux secondes, et dans un soupire de jouissance absolue, il en vida le contenu dans l'écho de la fête de Slughorne. Le goût de sang envahit alors sa bouche, comme le plus délicieux des fruits interdits, le laissant échapper un gémissement. Alors que ses membres se réchauffaient dans la même minute, sa poitrine s'allégea brusquement, comme soulagée d'un poids qui l'avait privé de toute respiration. Enivré, il ferma les yeux d'aise et de soulagement, son cœur réconforté et ses muscles soudainement revigorés en sentant la magie se répandre dans tout son être. Il n'avait encore jamais connu de tel extase, et regrettait presque déjà d'avoir fini sa dose. Comme en suspend dans les aires, l'esprit embrumé et pourtant ressaisi, il jeta la fiole au sol dans un frisson d'excitation, et se retourna vers Arias, qui ne l'avait pas quitté des yeux un seul instant.

- On se sent mieux, pas vrai ? Demanda-t-il alors d'un rire étouffé, en voyant une dernière goutte écarlate se refléter sur sa lèvre.

Blaise ne put qu'hocher la tête, essoufflé par sa propre jouissance.

- Merci. Souffla-t-il.

- Non, ne me remercie pas. Je te l'ai dit, ça se paye.

- Je payerais. Assura-t-il alors dans sa confusion. Je payerais.

Le serpentard sourit de toutes ses dents. Voilà des mots qu'il aimait entendre.

- Je n'en doute pas mon petit soldat. Je n'en doute pas...


Bonjour à tous ! J'ai enfin passé mes partiels blancs et je peux enfin vous publier la suite ! J'ai bien l'intention de retrouver un rythme un peu plus régulier de publication ! J'espère en tout que la suite vous a plût ! N'hésitez pas à me donner vos avis dans les commentaires ! A votre avis, comment va se finir la soirée ? La suite au prochain épisode ;)

En tout cas, je tenais à vous remercier pour votre soutient et tous vos messages que je relis tous les jours pour me redonner motivation et détermination !

Je vous embrasse ! A très vites ! Bisssouuuusss !