Quand Venec émergea du sommeil il tomba nez à nez avec Arthur qui le regardait, éveillé semblait-il depuis un bon moment. Le bandit remarqua presque tout de suite les traces de larmes séchées sur les joues du souverain et ses yeux rouges et gonflés. Il se redressa sur son coude.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-il, inquiet.
Le visage d'Arthur se tordit douloureusement et il ferma son poing sur les plis du drap. « Je… je… rah. Je crois… enfin j'en sais rien… »
Venec haussa les sourcils pour faire comprendre au roi qu'il ne pigeait rien. Ce dernier soupira et ferma les yeux. « Je crois que Kalupso est ma fille. »
Le romain retomba lourdement sur le matelas, abasourdi. Il lui fallut quelques secondes pour assimiler ce qu'il venait d'entendre. « Mais… quoi ? Comment ?
- Avant de devenir roi en Bretagne, je me suis marié. Ici, à Rome. »
Venec écarquilla de nouveau les yeux. « Wow… d'accord. souffla-t-il.
- Avec la femme qui habitait dans cette villa, Aconia. Kalupso m'a dit hier soir qu'elle était sa fille. Et je… j'ai réfléchi toute la nuit. Même si elle était déjà mariée, les dates pourraient correspondre. Le timing est tellement… »
Le breton avait l'air totalement perdu et Venec eut de la peine pour lui. Un sourire triste apparut sur ses lèvres. « Et je suppose… enfin, simple déduction mais, vu votre tête ça ne va pas être simple de savoir qui est le père, n'est-ce pas ?
- Non. répondit le roi sur le même ton. Aconia et son mari Manius Macrinus Firmus ont été assassinés il y a un peu plus de deux ans. »
Le bandit posa une main compatissante sur l'épaule de son compagnon. « Je suis désolé.
- Non, c'est pas… enfin ça fait un moment que je n'entretiens plus aucun espoir de revoir Aconia, c'est juste… je m'y attendais pas. Sa mort, et puis… qu'elle ait eu un enfant. C'est si soudain.
- Vous allez le dire à Kalupso ? »
Le roi pinça les lèvres. « Non. Je ne veux pas la chambouler plus qu'elle ne l'est, surtout que je ne suis sûr de rien… mais peu importe qui l'a élevée. » Il planta un regard déterminé dans celui de Venec. « Elle est restée seule pendant si longtemps. Même si je ne suis pas son père biologique je ne la laisserai pas. Maintenant… elle nous a nous. »
Ils se sourirent et serrèrent l'autre dans leurs bras.
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Venec avait été chargé de mettre le couvert pendant que Kalupso et Arthur préparaient à manger. Il ne put s'empêcher de remarquer qu'effectivement, ses deux colocataires ressemblaient fort à un père et sa fille. Il était touché que son roi l'ait automatiquement intégré à cette vie de famille, et il en était venu à vraiment se poser des questions sur leur relation. Arthur et lui dormaient ensemble maintenant, partagaient des étreintes, partagaient tout de la vie de l'autre. Le breton n'avait pas hésité à se confier à lui par rapport à Kalupso. Tellement de choses avaient changé depuis leur départ de Kaamelott, et le bandit ne savait pas quoi en penser. Il était très heureux de ce qu'il vivait avec Arthur, mais ne pouvait pas mettre de mots dessus. Ça ne le dérangeait pas plus que ça, il était simplement curieux de savoir ce que son compagnon en pensait.
Les deux cuisiniers arrivèrent dans la salle à manger en riant, les bras chargés de plats qu'ils dégustèrent dans la bonne humeur.
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Quatre mois de plus se déroulèrent à ce rythme. Kado avait réussi à rassembler à peu près toutes les informations dont Venec avait besoin. Il avait ainsi appris que les chevaliers proches du roi avaient soit survécu, soit disparu. Arthur et lui avaient fait le lien avec cette fameuse résistance qui commençait à bien embêter Lancelot. Kado devait faire passer des messages à des hommes de confiance, ceux qu'il connaissait et ceux dont lui avait parlé Venec, pour pouvoir entrer en contact avec les rebelles. Il était prévu que le bandit les rencontrent à sa prochaine venue en Bretagne. Les choses s'accéléraient et Arthur reprenait confiance en lui. Toutes ses décisions étaient appuyées par Kalupso. Leur complicité s'était faite plus forte. Ils allaient se promener tous les trois dans les rues de Rome au moins deux fois par semaine, pour le plus grand plaisir de la jeune femme.
Il y a longtemps, Venec s'était résolu à ne pas avoir de famille, ses occupations professionnelles l'en empêchant. Mais avec ces deux là, peut-être, peut-être qu'il pouvait s'autoriser un peu de bonheur. En tous cas, plus le temps s'écoulait, plus il se rendait compte qu'il ne pourrait pas se passer de leur présence. Il savait qu'il espérait en vain, mais il priait tous les dieux qu'Arthur continue de l'inclure dans sa vie quand il serait de nouveau roi de Bretagne. Il lui serait impossible de renoncer au bonheur ultime après y avoir goûté.
