- Je peux s'asseoir quelle mouche a bien pu te piquer ?! As-tu la moindre idée des risques que tu as pris ?! De l'enjeu de tout ce que nous faisons ? Ou cela n'est qu'une vaste blague pour toi ?

- Je...

- Jedusor pourrais nous tuer ! Là ! tout de suite ! Mais non, tu ce que tu as trouvé à faire c'est prendre plus de risques !

- Je te répondrais bien mais faudrait-il encore que tu me laisses en placer une ! Soupira Drago devant la tirade interminable de sa Dark Lady.

- Oh non ! C'est à moi de parler ! Tu as pris l'apparence d'Abraxas et mis en danger toute notre mission dans un but purement égoïste ! Rien de ce que tu pourras dire ne t'excusera !

Elle était furibonde et véritablement outrée. Face aux regards bas et grimaces de ses amis, c'est un véritable démon qui se déchaînait. A juste titre ? Personne ne savait vraiment. Oui, Drago avait agi dans un intérêt des plus stupides et oui, il méritait de se faire hurler dessus comme un enfant de 10 ans, mais ce que Ginny ignorait, était que c'était bien la dernière raison de leur réunion ce soir. Au contraire, il ne s'agissait pas de Drago, mais bien d'elle. A bout de souffle, l'esprit embrumé et la gorge serrée, la jeune femme arrêta de s'époumoner pour la première fois depuis son arrivée il y a déjà plus de 10 minutes. Ses talons haut à la main, elle marchait pieds nus sur le tapis de la Grande Salle magique, une main fatiguée posée sur son ventre délesté du poids de la magie. Oh oui, à la voir on n'aurait pas cru qu'elle puisse autant se déchaîner dans un état pareil, mais c'était mal connaître le feu qui brûlait en elle. Merlin lui-même n'aurait pas oser la contredire à cette heure.

Penaude, Hermione regarda Blaise et Drago tour à tour. Ils étaient épuisés aux aussi ; mais cette soirée, et cela Ginny l'ignorait, était encore loin d'être fini. Dans leur silence, elle se racla la gorge. Elle ne voulait pas envenimer la situation, mais désirait encore moins laisser un doute planer. En temps normal, elle aurait sûrement gardé le secret de la supercherie de Drago, mais elle y avait aussi vu un intérêt. Celui de la faire venir à eux malgré la fatigue à cette heure tardive. C'était une excuse oui, mais justifiée. Car ce soir, la Granger avait vu quelque chose. Quelque chose, qui plus encore que la supposée mort de Grindelwald, lui avait retourné le sang et présagé l'enfer.

- Ginny, il y a autre chose.

- Quoi encore ? Soupira-t-elle dans une grimace dépitée. Quelqu'un d'autre à prit du Polynectar ?

- Non, ce n'est pas pour ça.

- Alors quoi ? Par Merlin, je veux juste en finir... Souffla-t-elle en s'asseyant, une migraine au front.

- Je t'ai vu avec Jedusor.

La soudaineté et la dureté du ton de son amie la surprit. Les sourcils froncés, elle la vit s'avancer, le visage fermé face à elle, et les mains triturant la couture argentée de sa robe.

- Vous étiez très proche. Dit-elle.

- C'était volontaire. Dit-elle alors. Je me rapproche de lui dans un but purement tactique ! Il doit me faire confiance.

- Tu es sûr de ça ? Demanda alors Drago. Que ce n'est que tactique ?

- Qu.. quoi ?!

- J'étais là aussi. On vous a vu à la fête. Et honnêtement, je n'avais pas l'impression de te voir toi.

- Et qui voyais-tu dans ce cas ?

- Une marionnette. Un pion de plus dans les filets de Jedusor.

- Je ne comprends pas. Je...

- Gin... Dit Blaise. On sait que c'est dur pour toi depuis la disparition du maître. Mais on doit être sûr que tu peux tenir le coup face à Jedusor. C'est tout.

Outre la blessure évidente que lui causèrent ces mots, pour le moins crus, Ginny resta sans voix pendant plusieurs secondes, l'air hagard et déboussolé. Elle n'aurait jamais cru entendre de pareilles choses être dîtes à son égard. Pas après tous ses efforts, et sacrifices. Pas après toutes ses peines et angoisses. Pas après tous ses mois de pure souffrance... et pourtant, elle faisait bien face à des regards qui lui donnèrent l'effet d'un impacte en plein mur. Ils la jugeaient. Eux, ses plus proches amis et famille, la jugeait pour son rapprochement inattendu avec Tom. Et le pire, était qu'à cette même heure, elle se serait sûrement regardée de la même façon si elle avait pu. La bouche sèche et le ventre étonnement plus douloureux, elle grimaça dans un halètement étouffé. Elle n'avait pas besoin d'eux pour la blâmer. Elle même le faisait très bien toute seule.

- Je suis désolé si... si mon comportement vous fait douter. Mais je vous assure, que vous n'avez rien à craindre ! Je ne renierai notre cause pour rien au monde !

- On n'a pas peur de ça enfin ! Dit Hermione.

- Alors de quoi ?! S'agaça-t-elle.

- On a peur pour toi.

- Je vais bien !

- Non ! Si c'était le cas, Jedusor n'aurait pas autant d'impact sur toi ! Il te bouleverse ! Autant que toi tu le bouleverse.

- Et alors ? Dit-elle sans souffle. Tant que je respecte le plan et que tout se passe comme prévu, mes états-d'âmes importent peu.

- Tu n'es pas un robot ! Et on comprendrait si ça devenait trop dur...

- Trop dur ?

Ces mots la firent étonnement rire. Elle n'était même plus certaine de pouvoir leur donner une définition objective. "Trop dur". A croire qu'ils définissaient ce qu'était devenu sa vie. Pour autant, elle ne pouvait pas accepter les remises en question qu'elle suscitait. Elle s'était donnée tant de mal... elle ne pouvait pas flancher. Et ne flancherait pas. Oui, Tom la bouleversait, et la rendait certainement plus faible, mais que pouvait-elle y faire ? Elle était coincée, perdue et seule à endurer cette torture quotidienne. Une torture, qui ne faisait que se rajouter à celle qu'elle entendait tous les jours de sa vie depuis l'espace-temps.

- Je tiendrais le coup. Dit-elle alors, d'un ton vide d'émotion. Je peux même vous le promettre si vous avez si peur...

- Ne prends surtout pas ça comme un reproche de notre part ! S'exclama alors Hermione en s'agenouillant devant elle, ses mains dans les siennes. On t'aime ! Et on sait que tu serais prête à aller jusqu'au bout du monde pour nous et les enfants ! Mais on a juste peur qu'à force de repousser tes limites, tu ne les vois plus.

- Et Jedusor est l'une d'entre elles. Conclut-elle.

Ils hochèrent la tête, avec dépit et inquiétude ; quant à Ginny, à la surprise générale, elle leur sourit timidement. Il n'y avait pas lieu à être en colère. Elle seule était responsable de leur inquiétude, car elle seule les mettaient véritablement en danger. Le cœur gros et la conscience très peu sereine, elle retint un sanglot coincé dans sa gorge. Ils avaient raison. A force de s'aveugler, elle ne voyait même plus le vrai danger. Et cela était bien pire que n'importe quelle supercherie au Polynectar. Plus honteuse que jamais, et déçue de susciter autant de méfiance, elle serra davantage la main de son amie toujours dans la sienne. Un contacte rassurant, qui réchauffa son cœur et allégea un peu sa douleur, qui ne faisait que croître.

- Merci de... m'en avoir parlé.

- Merci de ne pas nous avoir mangé !

Elle rit légèrement, très vite essoufflée, avant de se relever dans une grimace toujours plus prononcée.

- J'ai bien conscience que Jedusor et moi sommes lié d'une telle manière, que même moi je dois me méfier. Mais je ne veux pas que vous doutiez de moi. Pas comme ça.

- On te fais confiance. Mais pas à lui. Dit Drago. On sait tous à quel point c'est un roi dans l'art de la manipulation.

- Drago, je connais les risques, mais vous semblez tous oublier que je n'ai plus 11 ans. Je sais à qui on a à faire, et c'est peut-être justement ça le problème...

- Ginny...

- Je... je suis fatiguée. Écourta-t-elle au bord de la nausée. Je crois qu'il vaudrait mieux que je...

Elle aurait voulu finir sa phrase, mais se mordit violemment la lèvre pour ne pas hurler. Les entrailles soudainement déchirées, elle se senti poignarder si brutalement qu'elle ne sût pas comment elle fit pour rester debout. Le corps tremblant, elle agrippa son ventre avec force dans un râle effrayant. Quelque chose arrivait. Quelque chose qui n'était pas normal. Paniqués, elle vit ses amis se jeter sur elle dans l'incompréhension la plus totale. A genoux, la respiration coupée, le corps paralysée et la tête bourdonnante, Ginny ne se vit pas tomber au sol, et se senti malade face au plafond. Dans les cris d'Hermione, elle crut un instant se sentir léviter, ou porter, elle ne savait pas. Mais ce dont elle était certaine, était qu'une voix résonnait. Plus forte que les autres, elle se propageait dans tout son être. Comme un cri venant d'une âme. Une âme très lointaine et pourtant, étonnement proche. Un cri qu'elle avait déjà entendu par le passé, dans un souvenir qui n'était pas le sien. Un souvenir où l'une de ses raisons de vivre l'avait vu se faire torturer par son frère. Un cri venant de sa fille.


- Elle va bien. Il n'y a aucun dommage interne ou d'organe touché. De toute évidence, ce qui a provoqué son malaise ne vient pas d'elle.

Hermione abaissa sa baguette, scintillante au-dessus du corps inconscient de son amie. Depuis déjà une heure, elle et les deux serpentards attendaient, blêmes et inquiets devant son lit à l'infirmerie ; un lieu où ils se rendaient bien trop souvent à leur goût. Dans le silence de l'aurore, ils ne disaient mots, incapable de parler sans immédiatement se taire dans un mutisme oppressant. Il y a quelques heures encore, ils remettaient ouvertement en question la détermination de leur maîtresse, n'hésitant pas à douter d'elle et de ses capacités. Or, maintenant qu'ils étaient face à sa pâleur presque cadavérique, c'est avec la peur au ventre qu'ils suppliaient le bon dieu de les épargner d'un nouveau fléau. Honteux jusqu'au bout des ongles, Drago et Blaise fixaient le sol, les mains jointes en prières de dévotion. Ils avaient peur. Bien trop peur pour accepter de la perde, et pour admettre l'hypothétique vérité qui n'allait pas tarder à leur exploser au visage.

- L'infirmière ne devrait pas poser de question. A cause de son coma, Ginny est susceptible de rechute. Elle croira notre mensonge.

- Mais si ce n'est pas une rechute, qu'est-ce que s'est ?! S'énerva Blaise, dont la jambe tremblait déjà d'impatience.

- Je ne sais pas. Mais ça a été assez violent pour toucher Magnus.

- Est-ce... est-ce qu'il...

- Il va bien, mais à changer de position. Souffla-t-elle paniquée en palpant le ventre de son amie.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?!

- Ça veut dire que tout ne va pas tarder à s'accélérer. Soupira-t-elle. Il est en avance. L'accouchement n'est pas prévu avant encore quatre bons mois et pourtant j'ai l'impression que ce n'est plus qu'une question de quelques semaines...

- De semaines ! S'exclama Drago halluciné. Mais... mais... on n'est pas prêt !

- La magie avance son développement. Et de toute évidence, quelque chose d'autre à tout bouleversé. Je ne sais pas ce que c'est mais il va falloir trouver une solution. Conclut-elle en s'asseyant bruyamment sur sa chaise, le visage défait et les cheveux en bataille. On ne peut pas la laisser continuer la mission. Ça devient trop dangereux pour le bébé.

- Vous pensez qu'elle acceptera ?

- Pour Magnus, oui. Elle ne prendra pas le risque de le perdre lui aussi.

Un silence suivit les mots de Drago. Il savait qu'elle ne serait pas folle au point de risquer la vie de son fils, mais ce n'était pas pour ça qu'il frémissait d'inquiétude. Oh non, car le véritable problème ne venait pas d'elle, mais bien de leur mission et de son objet principal : Jedusor. Lui mentir allait s'avérer particulièrement épineux, sans parler du fait qu'il ne tolérerait pas que Ginny prenne du recul désormais. Il la voulait déjà auprès de lui les trois quarts du temps, alors l'évincer ne reviendrait qu'à lui agiter un bâton rouge sous le nez. Il sentirait que quelque chose cloche, et chercherait lui-même à obtenir des réponses. Or, aucun d'eux n'en avaient. Car cette fois, il ne s'agissait plus que de Ginny, mais également de Magnus. Lui aussi était en danger désormais ; et il n'était pas question qu'il le reste. Quitte à brûler Poudlard des douves aux tours, les sorciers ne reculeraient devant rien pour préserver leur héritier, car il s'agissait aussi de sauvegarder la mémoire et l'honneur de leur maître.

- Il faut prévenir Harry et Ron. Dit alors Blaise d'une voix livide.

- Non, ils reviendraient dans la minute ! Riposta Drago. Ils sont en mission eux aussi.

- On n'a pas le choix ! Ils doivent savoir !

- On doit d'abord trouver un moyen de gérer Jedusor. Dit-il en chiffonnant ses cheveux platines. Les cours commencent dans moins de deux heures, et il nous faut une excuse en béton. Il a déjà suffisamment de doute, pour qu'on en rajoute...

- Je crains que ce ne soit pas ça le pire... Déclara alors Hermione en sortant de son silence.

- Comment ça ?

Elle déglutit, incertaine et pourtant sûr d'elle. Elle détestait être porteuse de ce genre d'information. De toute évidence, le savoir aussi, pouvait s'avérer être un fardeau.

- Le corps de Ginny est faible. Elle et Magnus sont sur un fil ! Et je doute qu'elle puisse supporter toute forme de magie désormais.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Elle ne pourra plus utiliser le sortilège de dissimulation. Ce serait beaucoup trop de magie à gérer et à contrôler pour son corps ; elle risquerait de faire une fausse couche ! Dit-elle.

- Donc on ne peut plus le cacher ?! On... on ne peut plus cacher le bébé ! Paniqua Blaise.

- Non...

- Donc on a plus que deux heures pour trouver comment la cacher elle et son ventre de cinq mois, avant que Jedusor n'apprennent ce qui est arrivé, et qu'il ne se mette à la chercher partout ? C'est ça ? Récapitula le Malfoy devenu aussi pâle que ces cheveux.

- C'est ça...


Jedusor soupira dans l'ombre. Il était tard. Bien trop tard pour se trouver en haut de la tour d'Astronomie. Pourtant, et contrairement à ses mangemorts, lui était à l'heure. La nuit était nuageuse, et la lune absente ce soir, ne rendant que le froid de décembre un peu plus mordant. Il en aura presque frissonné, mais se ressaisit, conscient qu'il ne pouvait que s'en prendre à lui-même, sa veste se trouvant sur les épaules de sa cavalière de la soirée. Une cavalière, qui hantait un peu trop ses pensées, au point qu'il en vînt à grimacer dans le noir. Or, c'était au-dessus de ses forces. Tout son être ne vibrait plus que de son souvenir ; un souvenir qu'il pouvait presque encore goûter du bout des lèvres. Il ne savait pas comment cela était possible. Pas plus qu'il ne savait comment une femme pouvait avoir autant d'effet sur lui. C'était comme s'il la revoyait encore, dans les mirages de l'obscurité. Sa robe émeraude, sa peau de lait, ses cheveux de feu... tout chez elle n'appelait qu'à la luxure, et pourtant il y avait autre chose. Une fierté indomptable, une posture de reine et l'éclat d'un regard de braise... Elle portait sur elle une élégance et une force, que peu de femmes arrivaient à dégager en toute une vie. Et pourtant, cela semblait presque innée chez elle. A tel point qu'il en avait baissé sa garde sa garde, se maudissant de mille mots pour cela.

Mais il n'avait pas été le seul, et là était son seul réconfort. Elle aussi avait cédé. Plus qu'il ne l'aurait cru ; et si bien qu'il avait presque perçut ce qu'elle s'était évertuée à lui cacher. Une partie de son passé, qui résonnait en elle à travers cette douleur qu'aucun mot n'aurait pu décrire. Une douleur qui le fascinait au-delà de tout, et qui était apparue dans les dorures de ses iris, à chaque fois que sa main s'était posée sur elle. Elle avait bien tenté de le cacher, de le dissimuler à travers ses sourire parfaits, et sa voix de velours, mais cela avait été en vain. Il l'avait vu. Senti même, à travers ce lien qui l'unissait à elle. Un lien dont il commençait à saisir l'ampleur ce soir. Rien n'aurait plus l'expliquer, mais il comprenait désormais que chercher une raison à ce dernier était inutile. Car au-delà de ce mystère, il y avait des conséquences. Dont la principale était cette obsession devenue presque maladive. Il s'en était d'autant plus rendu compte ce soir, au milieu de tous ces convives qui n'avaient cessé de la reluquer comme une vulgaire fille de joie. Une jalousie était alors montée en lui, plus indomptable et haineuse qu'il ne l'aurait jamais cru possible. Une jalousie folle, désespérée et autoritaire, qui l'avait empêché de la lâcher de la soirée, et rendue même fou quand c'est elle, qui s'était éloignée. La simple idée de la voir seule au milieu de tous ses prédateurs l'avait rendu aveugle, embrasant son âme d'une colère insupportable et destructrice. Il n'avait pu le supporter, pas plus qu'il ne supportait de la sentir loin de lui désormais.

Horrifiée de sa dépendance, il passa une main dans ses cheveux gominés, comme pour se concentrer. Mais chaque battement de cils ouvrait une obscurité où elle apparaissait, ne faisant que l'éblouir davantage de sa beauté, et gonfler son cœur de cette douleur inhumaine qu'était celle du manque. S'il avait pu, il l'aurait garder auprès de lui. S'il avait pu, cela aurait été de ses bras qu'il l'aurait couverte et non pas de sa veste. S'il avait pu... cela aurait été avec elle qu'il serait, non pas ici, à attendre ses fidèles dans le noir. Que de si... et tellement, de désir qu'il en perdait la tête. Un désir qu'il savait plus que réciproque. Son parfum l'enivrait encore à cette heure, tout comme la satisfaction certaine de savoir qu'il gagnait du terrain, et qu'elle cédait un peu plus chaque jour. D'ici peu, plus aucun secret ne les séparerait, car il pouvait le sentir, elle aussi perdait pied. Bientôt, a douleur si mystérieuse qu'il avait perçu et ressenti, en ayant son corps pressé contre le sien, deviendrait bientôt sienne et dès cet instant alors, il aurait gagné. Car c'était bien cette douleur qui l'empêchait de la posséder toute entière. Elle était cette barrière qu'érigeait parfois les femmes pour se protéger de tout ce qu'elles se refusaient de ressentir. Or, il n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne tombe elle aussi. Cette pensée le fit étrangement sourire. Il n'aurait jamais cru qu'il faille détruire une femme, pour qu'elle se laisser aller. Pour qu'elle cède... et à accepte d'aimer.

Presque perdu dans ses songes, il sursauta en entendant les pas pressés de Orion et Arias. Ces deux-là étaient loin d'être des as en matière de discrétion. Aussi, il soupira, affligé avant de les voir se dresser devant lui, des cernes de fatigues sous les yeux. Ils n'avaient pas beaucoup dormi, cela se voyait, mais il s'en ficha autant que de leurs cheveux défaits par leurs courses.

- Vous êtes en retard. Claqua-t-il énervé.

- Veuillez nous excusez maître.

- Nous...

- Peu importe. Interrompit-il brusquement. Vous l'avez trouvé ?

- Assommé dans un placard de maintenance, sans vêtements, ni baguette.

- Ce cher Drago est doué. Souffla-t-il alors dans un ricanement presque admiratif. Je dois dire que je ne m'attendais pas à ce qu'il aille aussi loin pour éloigner Hermione d'Abraxas. C'est osé.

- Maître, c'est une haute trahison ! Se scandalisa Arias.

- Moi seul est à même d'en juger ! Répondit-il alors.

- Mais...

- Melors pense m'avoir berné ce soir. Croyez-moi, cela ne restera pas impuni. Mais ce qu'il ignore est que, contrairement à ce qu'il croit, ce moi qui l'ai piégé.

- Maître ?

Ses deux soldats le regardèrent sans comprendre, les sourcils froncés et la chaire frissonnante. Ils n'aimaient pas voir leur Seigneur sourire de la sorte.

- Dites-moi, Abraxas portait-il encore sa bague ? Demanda-t-il beaucoup trop joyeux.

- Sa bague ?

- Celle de l'emblème des Malfoy imbéciles !

- Heu... he... non maître. Il était entièrement dépouillé. Je pense d'ailleurs qu'il serait préférable d'aller le chercher. On ne peut le laisser assommer et presque nus dans un placard !

- Laissez-le où il est. Il a été assez bête pour se faire prendre, et n'a qu'à s'en prendre qu'à lui-même. Ce qu'il ignore cependant, c'est que sa faiblesse d'esprit vient de nous révéler quelque chose d'essentiel ce soir. Quelque chose qui change absolument tout...

- C'est-à-dire ?

Jedusor ne répondit pas tout de suite, analysant un peu plus, ce que tout ce qu'il avait mis en place il y a des semaines, lui révélait aujourd'hui. Il avait encore du mal à comprendre ce que cela signifiait, mais était certain de sa réussite. Ce soir, l'amour de Drago pour Hermione lui avait fait commettre une erreur. Une erreur qui en disait bien plus sur lui, que tout ce qu'il avait pu imaginer. C'était déroutant, inquiétant et dangereux même. Pour autant, les réponses que cela lui offrait le grisait déjà de curiosité. Leur secret s'effritait un peu plus ce soir.

- Il y a plusieurs semaines de cela, j'ai jeté un sort sur la bague d'Abraxas. Une bague familiale transmise de père en fils, de génération en génération... une bague que j'ai ensorcelée pour que seul un Malfoy, et uniquement un Malfoy, puisse la porter... j'ignorais si cela porterait ces fruits un jour, mais il ne m'a pas déçu. Je me doutais qu'il ne laisserait pas Abraxas s'approcher à outrance de sa chère et tendre.

- Quoi ?! Mais, c'est impossible. Dit Orion. Drago est un Mélors.

- Remettrais-tu en doute l'efficacité de mon sort Black ?

- Non non maître, jamais ! Mais... c'est...

- Surprenant ? Je le reconnais. Concéda-t-il. Mais cela ne veut dire qu'une seule chose.

Les deux sorciers se regardèrent entre eux, abasourdis par ce que leur maître supposait, et effrayés à l'idée qu'il puisse avoir raison.

- Maître ? Vous... vous ne pensez quand même pas que Drago est un...

- Un Malfoy ! S'exclama-t-il alors. Si, Arias. C'est exactement ce que je pense, et ce que mon sort a démontré aujourd'hui.

- Mais cela n'a aucun sens !

- Pas si on envisage l'idée qu'ils nous aient tous menti depuis le début. Dit-il alors songeur. Ce que je crois depuis le jour de leur arrivée à Poudlard...

- Il serait un parent d'Abraxas ?! Mais comment ce fait-il qu'il n'en ai jamais entendu parler ? Ou qu'ils ne se soient jamais rencontrés par le passé ?! Les Malfoy ne sont pas nombreux, et ne vivent qu'entre eux !

- Je ne sais pas Orion... Dit-il en se tournant vers la nuit. Il reste beaucoup de secrets à découvrir. Mais nous savons désormais le principal.

- Qui est ?

- Que rien de ce qu'ils ont pu nous dire n'est vrai... leurs noms, peut-être même leurs histoires, ne sont qu'un tissu de mensonge, savamment appris et étudié. Ils voulaient s'intégrer dans l'école, sans se faire remarquer. Ils voulaient que nous les croyions. La question est de savoir pourquoi.

- Mais l'Epouvantard ne mentait pas Maître... leurs souvenirs...

- Sont réels, oui. Mais leurs explications ne valent rien. Soupira-t-il. Ce qui ne rend que cette vérité, qu'un peu plus fascinante...

Étrangement, il n'y avait ni colère, ni désir de vengeance dans le regard de Jedusor. Non. Ne paraissait que cette curiosité un peu plus grandissante à chaque seconde, qui effraya davantage ses fidèles, encore sous le choc par une telle révélation.

- Des cheveux blonds, des yeux bleus, un prénom significatif, et un orgueil démesuré... Les Malfoy sont des Seprentards jusqu'au bout des ongles. Et je le soupçonne d'en être un depuis que mes yeux se sont posés sur lui. Dit-il alors sans les regarder. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir la ressemblance qui les unis, mais sans preuve, cela ne tenait pas debout. Maintenant que j'en ai une, je peux enfin explorer toutes mes théories, qui, jusqu'à il y a quelques minutes, n'avaient pas le moindre sens.

- Quelles théories Maître ?

Le jeune seigneur se tourna vers eux, indécis. Il était trop tôt. Et la nuit allait toucher à sa fin.

- Rompez soldat. Je vous communiquerais notre prochaine réunion au plus tôt, mais jusque-là, je vous somme de garder le silence. Personne, et encore moins Drago, Hermione, Blaise ou Ginerva, ne doit avoir le moindre doute. La moindre erreur les ferait changer de tactique, et vous coûterait plus que votre simple vie, est-ce claire ?

- Oui maître.

- Bien. Disparaissez maintenant.

- Et pour Abraxas ?

- Il ne doit pas être au courant lui non plus. Jusqu'à ce que j'aie établi leur lien de parenté exacte, personne, y compris lui, ne doit savoir. Il est trop imprévisible.

Orion et Arias déglutirent, conscient de ce qui reposait désormais sur leurs épaules. Sans rien dire, et dans une dernière courbette, ils se retirèrent dans le silence de la nuit. Quant à Tom, il sourit à pleines dents. Oui, le secret de Ginny, ainsi que de toute sa petite troupe, ne tarderait pas à éclater au grand jour. Celui de Drago était sien désormais ; ne restait plus qu'à savoir l'ampleur de ce dernier. S'il était un Malfoy, pourquoi s'en cacher ? Surtout s'ils étaient des réfugiés comme ils le disaient ? Oui, il y avait encore beaucoup de silence et non-dits à combler. Pour autant, il n'avait jamais été aussi proche de la vérité. Une vérité qu'il soupçonnait bien plus grande, que tout ce qu'il pouvait imaginer.


- Maman ! Maman ! Non ! Laisse-moi ! Maman !

Magnus hurlait dans les bras d'Hermione, désespéré de voir sa mère à terre. Désespéré de voir son oncle lui cracher au visage. Et désespéré de la voir la lui être enlevé. Il ne comprenait pas ce qui arrivait, ni pourquoi il ne pouvait pas aller la rejoindre pour l'aider, et la défendre. Oh, il n'aurait sûrement pas fait long feu, du haut de ses cinq ans, mais il voulait essayer. Il voulait la sauver. Mais c'était trop tard. Le Portoloin l'avait emmené lui aussi, réduisant ses minces espoirs en poussière. Quand ils s'écrasèrent tous dans le salon de leur forteresse, Rosalie et Scorpius étaient encore accrochés à leur mère, leurs visages enfouis dans les restes calcinés de sa robe. Cette dernière en revanche, resta prostrée à terre, incapable d'esquiver le moindre geste. Ses joues sales étaient cependant baignées de larmes silencieuses, et ses yeux, écarquillés devant l'horreur à laquelle elle venait d'assister, fixaient le vide avec désespoir. Elle venait d'abandonner son amie, sa sœur, sa maîtresse... et son cœur s'en déchirait de toute part.

Magnus la regardait sans comprendre lui non plus. Ses petites mains tremblaient à mesure que son esprit ressassait ces images innommables. Pourtant, elles s'arrêtèrent d'elle-même au contact de la paume de sa sœur. Assise à côté de lui, blottie contre ses jambes, elle le contemplait de ses grands yeux humides. Elle n'avait peut-être que deux ans, mais elle aussi avait tout vu. Et elle aussi, ne comprenait pas. Aussi, elle sembla l'interroger. Sans aucun mot, elle cherchait dans son regard une réponse, une explication... mais il n'y en avait pas. Les seules choses certaines pour l'heure, étaient que leur maison venait d'être attaquée, que leur oncle les avait retrouvés, que leur mère leur avait été enlevée... et qu'il y avait bien des chances pour qu'ils ne la retrouvent jamais. Cette simple possibilité, Magnus arrivait à la comprendre malgré son âge, mais Katherine... elle ? Elle ne pouvait l'envisager. Elle ne pouvait l'accepter. Pourtant, c'est bien ce qu'elle lut dans les larmes de son frère. Et il n'y a rien de plus cruel que de voir un désespoir profond dans l'éclat des yeux mort d'un enfant.

Le choc fut trop grand, trop fort et trop irréel pour elle. Elle était bien trop jeune, trop fragile pour face à ce genre de chose ; à la réalité. Bouleversée, elle ne fit donc que ce que son cœur fit à son tour dans sa poitrine. Elle hurla. D'un cri si fort et déchirant, qu'on put presque sentir son âme s'en briser et les murs en trembler par-delà le temps.


Ginny voulut hurler elle aussi. Elle ne comprenait pas ce qu'elle avait vu, ni ne comprenait pourquoi elle l'avait vu : sa fille, son fils, Hermione et ses enfants, à une heure où la guerre battait son plein dans leur futur. Elle s'était sacrifiée pour eux, mais aussi et bien malgré elle, devant eux ; leur offrant le plus terrible cauchemar de leur vie. Un cauchemar qu'elle avait vu dans le fond de leurs yeux désormais vides d'innocence. Sa fille avait hurlé à la mort pour elle. Un cri qui résonnait encore dans ses oreilles et son cœur... un cri bien trop réel pour n'être qu'un rêve. Un cri qui dans la pire des circonstances, s'était confondu avec ceux de son père hurlant à la mort dans l'espace-temps. Cette combinaison la bouleversa dans son âme, à tel point qu'elle crut elle-même hurler à son tour. C'en était trop.

Dans son sursaut d'angoisse, elle crut bien tomber dans le vide, et se redressa si violemment qu'elle en eut la nausée. Éveillée, et éblouie par la lueur du jour, elle resta prostrée, incapable de comprendre ce qu'il venait d'arriver. Comme si son réveil la surprenait, elle regarda autour d'elle, la bouche ouverte et les joues trempées. Elle se sentait déphasée, perdue... et ne comprit pas non plus ce qu'elle faisait dans la grande salle magique de la Salle sur Demande. Ses souvenirs étaient flous, fugaces, altérés par les images de ce seul et unique moment qu'elle revivait dans son esprit endoloris. Plus rien n'avait de sens, ni le temps, ni l'espace. Et au fond d'elle-même, elle le senti. Quelque chose arrivait. Quelque chose qu'elle-même ne pouvait pas contrôler.

Alertée par ses jappements, elle vit Hermione se précipiter vers elle, un tissu mouillé à la main. Elle lui parla, la questionna, mais rien n'y fit. Aucun mot n'aurait pu exprimer son angoisse et sa peur. Aucun son n'aurait pu donner une idée de sa douleur. Mais était-ce seulement la sienne ? Elle ne savait plus. A ce stade, et après revécu ce souvenir à travers les yeux de ses enfants, elle n'était même plus certaine de s'appartenir. Tout se confondait. Son maître, Magnus, sa fille... tout. Aussi, elle ne put que caresser son ventre pour se rassurer, se calmer et se recentrer. Son corps, son cœur, ses pensées, elle devait les retrouver, les ressentir pour ne pas replonger. Pour ne pas sombrer dans ses méandres qu'elle-même ne comprenait pas. En la voyant faire, et face à son mutisme, la Granger se tu à son tour, consciente qu'un combat faisait rage en elle. Un combat dont aucun d'eux ne pouvait comprendre la portée. Pendant plusieurs minutes, elle la fixa intensément, jusqu'à ce que sa respiration se calme enfin et qu'elle n'ouvre de nouveau les yeux. Ils étaient rouges, injectés de sang, et plombés de cernes noir qui contrastaient avec sa peau laiteuse. Elle faisait peur à voir, oui, mais était en vie. Et cela suffisait à Hermione, pour se sentir bénie.

- Ginny... tu m'entends ? Demanda-t-elle incertaine.

Elle la vit hocher la tête dans un tremblement incontrôlé. Quelque chose la rongeait, la torturait.

- Tu as perdu connaissance cette nuit. On t'a emmené à l'infirmerie avant de te ramener ici.

Elle la regarda sans rien dire, mais comprenant chacun de ses mots dans un plissement de paupière douloureux. Elle semblait avoir du mal à capter la réalité. D'une main réconfortante, son amie essuya ses joues de son chiffon mouillé, l'aidant à reprendre son souffle et à garder les pieds au sol. Le froid la fit frissonner, mais lui permit de se concentrer. Un effort désormais presque surhumain.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Dit alors Hermione. Ginny, qu'est-ce qui t'es arrivée ?

Formuler une phrase était encore trop dur. Sa gorge asséchée et ses lèvres de papier, lui donnait l'impression de pouvoir s'écrouler à tout moment. Aussi, elle ne put formuler qu'un mot. Le seul qui habitait son âme à cet instant.

- Ka...Katherine...

- Quoi ?!

- Katherine.

Elle prononçait chacune de ces syllabes avec une telle ferveur qu'Hermione n'osa pas demander ce que cela signifiait. Elle se contenta de l'écouter, répéter en boucle le prénom de sa fille avant de la voir prendre ses mains avec force et de lui dire.

- Je... la sens.

- Mais... Ginny c'est impossible !

- Non ! S'exclama-t-elle alors. Je... sens Katherine. Je l'ai... entendu. Elle... elle souffre.

- Comment ? Dit-elle déboussolée. Comment c'est possible ?

Cette question, Ginny ne savait pas y répondre. Ou du moins la seule réponse possible semblait inconcevable. Pourtant, en y pensant à deux fois, un étrange sentiment étreint son cœur, surpassant le doute et l'angoisse, la raison et la peur... Un sentiment si fort et sincère, qu'elle en eut le souffle coupé. Son instinct lui hurlait d'y croire, et pour la première fois, c'est ce qu'elle fit, oubliant tout ce que sa raison lui hurlait. Elle le sentait, au fond d'elle et dans l'échos des hurlements de son âme. C'était vrai. C'était possible.

- Elle est ici. Souffla-t-elle transcendée.

- Qu... quoi ?

- Katherine. Ma fille, elle... elle est ici.


Coucouuu ! Les choses s'accélèrent et l'étau se resserre ! Drago est démasqué, Ginny est en difficulté... et Jedusor se rapproche de tout découvrir ! J'espère que cela vous a plût en tout cas, et j'ai hâte de vous faire découvrir la suite qui ne va pas manquer de piment !

Merci infiniment pour tous vos retours, et n'hésitez pas à me laisser vos réactions en commentaire !

A très vite pour la suite ! Bisous !